dimanche 16 juillet 2017

BOUCHONS ET BOUTEILLES DE CHAMPAGNE AU XIX° SIECLE



Amis collectionneurs, bonjour !


Un bouchon de champagne trouvé ce matin m'incite à revenir sur un article que j'avais consacré à 
une ancienne bouteille de champagne munie de son bouchon d'origine.



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Le miroir du bouchon de champagne trouvé aujourd'hui est marqué CHAMPAGNE CANARD-DUCHENE, autour de la traditionnelle étoile filante. 



Un bouchon Canard-Duchêne...


La tête est munie de sa capsule de muselet en tôle d'acier emboutie, pointée au centre et à quatre encoches, avec la marque CANARD et une étoile estampées.



... et sa capsule de muselet.


Un lecteur saura-t-il me dire un peu plus sur ce bouchon de champagne et sa capsule de muselet ?



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Concernant la bouteille de champagne que j'avais décrite ici, cf. :
PUCES DE METZ : TIRE-BOUCHONS, COUTEAUX, PIPETTES ET BOUTEILLE DE CHAMPAGNE FICELÉE A LA FICELLE

Je l'avais trouvée aux Puces de Metz.
Elle n'était pas étiquetée, mais était encore emplie aux deux tiers et surtout elle était bouchée à la ficelle et au fil de fer !



Bouteille de champagne bouchée à la ficelle et au fil de fer.


L'absence d'étiquette n'aidait évidemment pas à l'identification.
Mais le non-étiquetage était souvent de règle avant la fin du XIX° siècle.
Rappelons que jusqu'à la fin du XVIII° siècle au moins, bouteilles et carafes étaient apportées sur la table, munies de "plaques de col" accrochées par une chaînette.
Cf. l'article du blog :
Ces plaques sont aujourd'hui très recherchées des collectionneurs.
Vous pouvez en retrouver régulièrement sur Ebay :




An early George II silver wine label, c.1750 'CHAMPAGNE'




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Le marchand m'a dit avoir trouvé ma bouteille de champagne - ainsi que quelques autres non bouchées - en vidant une maison de vigneron près d’Épernay.


Il est impossible de décrire complètement cette bouteille, sauf à la déboucher, ce que bien sûr je ne ferai pas.

Retenons que c'est une belle bouteille champenoise, de fabrication bien maîtrisée, certainement manufacturée ; forme et aspect sont en effet très réguliers.
Le verre est de couleur vert foncé ; il comporte des stries peu apparentes. 
Le corps est cylindrique et trapu.
Une couture verticale révèle l'utilisation d'un moule.
La piqûre est profonde et régulière. Elle comporte un mamelon ou boule, caractéristique de l'utilisation d'une molette (tige utilisée pour foncer la bouteille).
Les épaules sont hautes et peu marquées, dégageant un goulot court.

La hauteur est de 25,5 cm et le diamètre du corps est de 9,9 cm.
Le goulot cylindrique a un diamètre extérieur de 2,6 cm et de 3,4 cm au niveau de la cordeline (ou collerette), cordeline très saillante donc.
Masse et capacité resteront inconnues. En l'état, la masse est de 1510 g dont environ 500 g de vin de champagne.


Ces éléments nous permettent d'avancer dans la datation :

- Soufflée dans un moule, elle date probablement du milieu du XIX° siècle.

- Sa forme générale, ses "épaules tombées" confirment cette datation.

- La bouteille est encore remplie aux deux tiers, mais surtout, elle est bouchée !
Un stockage aléatoire (debout ?) a entraîné une rétraction du bouchon, d'où des fuites et une diminution du contenu.
Cependant ce stockage a aussi permis à cette bouteille munie de son bouchon de traverser un siècle et demi !

- Le bouchage est d'origine !
Le bouchon, aisément observable, a été taillé à la main puis assujetti à la collerette de la bouteille à l'aide de deux liens différents : un lien de ficelle tressée et un deuxième en fil de fer doublé et torsadé.




Le bouchon est lié à la collerette.



"Deux liens assujettissent le bouchon, 
l'un en ficelle trempée dans l'huile de lin, l'autre en fil de fer" 
(Moët et Chandon XIX° siècle).


Le ficelage double, à la ficelle et au fil de fer, correspond en tous points à la description proposée sur Wikipedia :

Pour améliorer l'opération de ficelage, Nicaise Petitjean, demeurant à Avize près d’Épernay, fit breveter vers 1855 une machine à ficeler à la ficelle, appelée aussi cheval de bois. Cet appareil devait faciliter grandement le travail de l'ouvrier ficeleur et améliorer la fixation du bouchon, le bras de levier décuplant la force et permettant l'usage de liens renforcés.

Le ficelage est alors complété avec un ou deux fils de fer torsadés. La pose du fil de fer se fait à l'aide d'une pince cisaille. Cette fixation en fil métallique présentait des difficultés, et le consommateur devait faire usage d'une pince spéciale ou d'un petit crochet pour couper le fil de fer et pouvoir déboucher la bouteille. Ces articles étaient souvent offerts en cadeau par les négociants à leurs clients.

Pour éviter cet inconvénient et surtout le risque de se blesser au débouchage, on a fait un anneau préformé sur le fil de fer à ficeler. Ce petit anneau était quelquefois muni d'une pastille de plomb estampé au nom du négociant.

Document de la maison Moët & Chandon du XIXe: « Deux liens assujettissent le bouchon, l'un en ficelle trempée dans l'huile de lin, l'autre en fil de fer ; ce dernier a été préparé par des tordeurs spéciaux, puis passé au metteur en fil qui au moyen d'une pince fait la dernière torsion et rabat le toron sur le bouchon lui-même, de façon qu'il ne dépasse pas. »



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Cette technique de ficelage est antérieure ou contemporaine de l'invention de la capsule de muselet par Adolphe Jacquesson, dont le brevet date de 1844 :








Illustration à l'appui de la demande de 
brevet du muselet et de la capsule par Adolphe Jacquesson
(Source : INPI http://innovation.inpi.fr/)


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Je n'ai trouvé par contre ni illustration, ni trace du brevet de Nicaise Petitjean pour une machine à ficeler à la ficelle ou "cheval de bois". 
La base des brevets du XIX° siècle de l'INPI contient deux brevets de Nicaise Petitjean :
- l'un de 1832 pour un "nouveau genre de panier propre à l'emballage des vins de Champagne"
- l'autre de 1852 pour un "mode de fermeture de paniers à vin de Champagne".
Mais le brevet du cheval de bois est présenté comme plus tardif : "vers 1855". Peut-être n'est-il donc pas encore numérisé sur la base INPI ?

A défaut de pouvoir présenter le "cheval de bois", voici un document de 1866 montrant des ouvriers ficeleurs à la ficelle et au fil d'archal (alliage cuivre et zinc) :




"Lectures de famille" choisies dans la collection du Magasin Pittoresque 
par Edouard Charton 1866 (Gallica).


Ce document est lui-même issu d'un livre de Blanchard devenu introuvable :
Des métiers disparus : les boucheurs et les ficeleurs de bouteilles de champagne (1851).



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Un simple bouchon nous a fait voyager...
La bouteille de champagne présentée dans cet article est aujourd'hui un document historique précieux. 
Comme le champagne qu'elle contient, elle date approximativement de 1850.
Mais on ne saura pas quel goût peut bien avoir ce champagne là !



M


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