dimanche 9 décembre 2018

UN TIRE-BOUCHON BATARD, UNE CUILLERE À ABSINTHE, DEUX BOUCHONS ANRI...




Amis chineurs, bonsoir !


Samedi 08 décembre 2018, 
il ne fallait pas rater les Puces de Metz : c'était la dernière fois... pour cette année !




Metz en décembre (archives).


Beaucoup de monde ce samedi ! Les "gilets jaunes" n'avaient découragé ni les vendeurs, ni les chineurs !
Les étrangers étaient d'ailleurs nombreux : allemands, belges, américains, polonais... les plaques d'immatriculation sur le parking donnaient l'impression d'un congrès paneuropéen !
Et l'ambiance était à la décontraction : les fêtes de fin d'année approchant, les stands en témoignaient, chargés de décorations de Noël, crèches, cristal, émaux de Longwy...
Beaucoup de sourires, des bises échangées, des verres partagés... nous avancions ce matin là, mon épouse et moi, d'un train de sénateurs en campagne électorale et la matinée entière ne nous suffit pas à faire le tour des stands !

Je ne comptais guère sur la découverte d'un tire-bouchon : je ne voyais que des extensibles ou des ménagères ! Je pensais plutôt art populaire, vieux outils ou instruments de cuisine.
Mon épouse china très vite un encrier double en cristal et bois noirci Napoléon III, puis une caisse d'outils... peut-être pour me faire travailler ?
De mon côté, j'achetai un petit lot réunissant :
- deux mesures en aluminium, 
- un petit récipient en tôle devant se ficher en terre (un pluviomètre ?), 
- une étrange canne se terminant en pointe, trop courte pour marcher... à quoi pouvait-elle donc servir ? M'aiderez-vous à trouver ?
- un aiguisoir à couteaux, en forme de lézard, fait de fonte moulée et marqué LE FETICHE BTE SGDG,
- une petite boîte contenant deux pierres à aiguiser les lames de rasoir,
- et... un deuxième moulin à fromage.
L'ami François venait en effet de m'en offrir un !


Pêche du jour.


Je trouvais plus loin un petit pot en porcelaine vert olive, étiqueté "ipéca mou" : pur exemple de poésie surréaliste, que je ne pouvais donc délaisser, n'est-ce-pas ?

Et puis, deux bouchons articulés ANRI me "firent de l’œil" sur un stand voisin,



Bouchon gigogne et bouchon verseur.


accompagnés d'une langoureuse cuillère longue à absinthe :


Cuillère longue, décor aux cœurs.


... je ne pouvais faire moins que les rapporter à la maison !

Et, cerise sur le gâteau, je dénichai le tire-bouchon que je ne cherchais plus : 



un BATARD, caché dans une boîte, au milieu de décapsuleurs et d'un lot d'ouvre-boîtes !


Noël était là avant l'heure !



M




mardi 4 décembre 2018

DER KORCKZIEHER / LE TIRE-BOUCHON ÉTAIT DÉJÀ PRÉSENT DANS LES ÉTATS ALLEMANDS AU DÉBUT DU XVIIIe SIÈCLE




Amis lecteurs, bonsoir !


C'est un progrès important pour notre recherche : nous avons la preuve que le terme allemand Korckzieher était utilisé dès 1711 !


Nous savons que l'apparition d'un nouvel objet sur un territoire est forcément antérieure à la création du mot créé pour le désigner.
Les dictionnaires anciens, académiques ou de traduction, sont donc pour nous essentiels : ils nomment l'objet nouveau  - inventé ou importé - qui entre en usage dans un pays.
C'est la même chose pour le tire-bouchon et c'est pourquoi Armando CECCONI et moi recherchons les plus anciennes occurrences du ou des mots le désignant dans les différentes langues.


Les progrès que je vous présente aujourd'hui concernent le Saint-Empire romain germanique du XVIIIe siècle : dans cette étape historique antérieure à l'unification allemande, l'empire n'est plus qu'une constellation de principautés indépendantes.
J'avais déjà abordé ici l'arrivée du tire-bouchon dans les territoires germaniques, cf. :

Et nous avions alors réussi à remonter le temps jusqu'en 1754 : Le nouveau dictionnaire suisse, françois-allemand et allemand-françois de François Louïs POËTEVIN traduisait alors tirebouchon (et non tire-bouchon) par Korkzieher, P[f]ropfzieher ou Stopfelzieher.







-/-


J'ai retrouvé ensuite deux autres dictionnaires témoignant d'une diffusion antérieure du tire-bouchon dans les Etats germaniques. 
Ces découvertes ont été présentées lors du récent Congrès de l'AICC :

Le Nouveau Dictionnaire des passagers françois-allemand et allemand-françois, par Johann Leonhard FRISCH, proposait une traduction de tirebouchon (ainsi orthographié) par Korckzieher dans son édition de 1737 :








Mieux encore, dès 1729, le Petit Dictionnaire François & Allemand, Contenant les mots les plus utiles, par Charles Mouton, traduisait notre très académique tire-bouchon par Korckzieher :








Ces deux dictionnaires permettaient d'attester de la diffusion du tire-bouchon dans les Etats germaniques un peu avant 1730 et nous avions ainsi "gagné" 25 années.


-/-


Mais, de manière inespérée, un nouveau bond vient de nous faire gagner 18 autres années ! 
J'ai en effet retrouvé le Nouveau Dictionnaire françois-allemand et allemand-françois de Thomas Fritschen publié en 1711 ; et il proposait déjà de traduire tire-bouchon par Korckzieher :







Il est important de noter que le terme français, usité depuis les années 1690, est ici (en 1711) orthographié tire-bouchon, alors même que cette orthographe ne sera "officiellement" consacrée que dans la deuxième édition du Dictionnaire de l'Académie Française en 1718.


Ces trois dictionnaires de 1737, 1729 et 1711 contribuent à établir que :
- le tire-bouchon est arrivé en terre germanique quarante ans plus tôt que les documents connus ne l'indiquaient jusqu’alors : il est présent avant 1711, puisque entré dans un dictionnaire cette année-là,
- la diffusion s'est faite à partir de la France comme le montre la structure des néologismes formés en langue allemande,
- le terme allemand initialement choisi a été Korckzieher, qui a évolué ensuite en Korkzieher, puis en Korkenzieher, tandis que des variantes telles que Pfropfzieher, Stopfelzieher ou Zapfenzieher étaient progressivement abandonnées.

La recherche continue, particulièrement celle de représentations graphiques de cette époque : aidez-nous !



M


Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...