vendredi 16 mars 2018

LE CATALOGUE MATHÈS : I. UNE AVENTURE INDUSTRIELLE


Amis collectionneurs, bonjour !


Le catalogue ancien des Etablissements MATHÈS sera notre "coffre aux trésors" du jour !


Ayant acquis ce catalogue auprès de l'ami Gérard, brocanteur passionné par le monde du vin et du tire-bouchon, je l'ai longuement admiré, parcouru avant de me décider à le présenter. C'est qu'il est riche et complexe, qu'il nous parle d'une aventure industrielle pleine de rebondissements et qu'il nous incite à poursuivre des recherches.

Pour cette raison, je vous propose de ne faire aujourd'hui que sa présentation générale, d'essayer de le dater et d'évoquer l'aventure industrielle qu'il raconte.
Je consacrerai un prochain article à la disposition, la forme et le contenu de ce magnifique catalogue.



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Présentation générale



Le titre est sobre :
Catalogue B-14
Fournitures Générales pour Caves
Etablissements Louis MATHÈS
MACON


La couverture du catalogue, de grande qualité, est chargée d'idéologie d'entreprise : 




Première de couverture

- La "une", vert bronze rehaussé d'or, associe au titre et à la raison sociale deux vues de l'usine mâconnaise, un décor de pampres et un logo.


- Les vues de l'entreprise, magasin et ateliers, offrent une image gratifiante, d'importance imposante, respirant l'ordre et la modernité.



Vues de l’entreprise et logo 


Les rues alentour sont très animées : les piétons sont nombreux, une automobile et un camion stationnent devant le magasin, tandis que dans une rue latérale circule un fourgon tiré par un cheval.

Le logo de l'entreprise, très parlant, représente une main tenant un marteau en avant-plan d'une roue d'engrenage. Il est accompagné de la mention anglaise "TRADE MARK" et d'une devise en latin "OMNIA PRIMA MANUS" qu'on pourrait traduire par "LA MAIN AVANT TOUT". La vocation des Etablissements Louis MATHÈS est ainsi bien établie : c'est le commerce d'outillages !




Quatrième de couverture


- La "quatrième" de couverture montre en superposition les armoiries de Mâcon "de gueules à trois annelets d'argent" et une vue panoramique de la Saône et de la ville, à l'encadrement très "art nouveau".


La page 1 donne plus de renseignements. 
On y lit que magasins de vente et bureaux sont partagés entre le 2, rue Gambetta et le 54, rue Carnot à Mâcon ; et que l'entreprise possède un dépôt à Bordeaux et un Comptoir de lièges et bouchons en gros à Vidauban (Var).
Les familles de produits vendus sont listées :
- outillage de tonnellerie,
- articles pour caves et distilleries,
- matériel et fournitures générales pour négociants en vins, distillateurs, entrepositaires de bières et viticulteurs,
- produits œnologiques.

Le bas de cette page 1 permet de personnaliser la remise du "Catalogue-Tarif B" aux clients. On y reviendra.
Notons encore que chaque exemplaire du catalogue est numéroté : le nôtre porte le N° 1468... c'est une façon de dire au client qu'il est privilégié de le recevoir, et les privilégiés devaient être au moins 1468 !


Le sommaire, page 3, indique que les articles contenus dans le catalogue B - le nôtre - sont divisés en 7 départements distincts et, à l'intérieur de chaque département "sont classés par lettres alphabétiques". 
Précisons que notre catalogue B présente des milliers de références sur 160 pages !

Le bas de la page 160, enfin, nous apprend que l'ouvrage a été réalisé par l'imprimerie X. PERROUX et Fils à Mâcon.



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Datation



Les éléments ci-dessus et d'autres contenus dans le catalogue autorisent une datation précise.

Tout d'abord, comme dit précédemment, le bas de la page 1 prévoit qu'y soit inscrit le nom du destinataire et la date de remise :
Remis à M................
Le....................191.
Nous sommes donc clairement dans la décennie 1910.
On en trouve confirmation en pages intérieures avec plusieurs illustrations de tonneaux millésimés 1906 ou 1907, et une caisse de transport de marchandises marquée 1909.
Des lois et règlements applicables sont également cités, datés de 1905 à 1909.

Le décor "art nouveau" de la couverture plaide de son côté pour une publication antérieure à la première guerre mondiale. 
Aucun élément dans les conditions de vente n'évoque d'ailleurs une économie de guerre : ni refus de crédit, ni crainte d'inflation, et pas plus de peur de pénurie. A l'inverse, la présence de tarifs atteste d'une stabilité des prix (ce qui était le cas entre 1900 et 1914) et d'un climat de confiance dans la relation entre négociant et clients, ce qui exclut les années de guerre et immédiatement postérieures.

Enfin, on a vu plus haut que notre catalogue était dit "Catalogue B-14".
La page 66 nous donne une explication supplémentaire. On peut y lire en effet : 
"Pour les articles concernant spécialement la tonnellerie demander le Catalogue illustré A."
Le catalogue B est donc le catalogue général, à compléter si besoin par un catalogue spécifique A.

J'en déduis que "B-14" doit se comprendre comme : catalogue général B de l'année 1914.
Notre catalogue a donc été rédigé fin 1913 pour 1914.



1914 : la France "danse sur un volcan", ignorante du prix humain et économique du conflit à venir.
Les entreprises, décimées, déstabilisées ou arrêtées pendant quatre années, vont souvent y jouer leur avenir.



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L'aventure industrielle.




Au tournant du XXe siècle, deux entreprises suivent un chemin parallèle : les Etablissements MATHÈS et la Maison QUILLET, devenue NICLOZ. 
Entre les deux guerres, elles finiront par être absorbées par l'entreprise de Lucien GODIN, créée en 1872.
Nous considérerons successivement les Etablissements MATHÈS et la Maison QUILLET / NICLOZ, avant d'évoquer la société fusionnée GODIN et son devenir.


Les Etablissements MATHÈS (vers 1900 - 1930),
du fondateur Louis MATHÈS  au repreneur  Lucien GODIN 


En 1902, l'entreprise Louis MATHÈS est installée à Mâcon. 
Sa raison sociale est : Fournitures générales pour caves et chais, Ustensiles pour négociants en vins et distillateurs, Outillage complet pour tonnellerie.
Ses magasins et bureaux sont au 2 rue Gambetta, ses ateliers et entrepôts, rue de la République. Et, indice de l'importance déjà prise, l'entreprise a le téléphone, n° 1.15 !



En-tête Facture Louis MATHÈS, 1902.


Dans ses documents commerciaux, l'entreprise met aussi en avant d'autres spécialités : produits œnologiques, machines à rincer, à boucher, à capsuler, à mettre en bouteilles, cuivrerie – ferblanterie, bouchons et bondes, plaques pour futailles, pompes à vin, robinetterie et tuyaux.

Avant 1918, les  Etablissements MATHÈS ont transféré leur siège au 54, rue Carnot à Mâcon (transfert attesté sur une facture de mars 1918).

En 1920, l'entreprise a changé de propriétaire, sinon d'adresse ou de raison sociale, et s'appelle dorénavant "Anciens Ets MATHÈS Emile MOREAU Successeur", puis, en 1924, "Anciens Ets MATHÈS Emile MOREAU-ARTAULT Successeur". Et le propriétaire, Emile MOREAU-ARTAULT, met en avant sa qualité de "Constructeur Breveté".

Mais cette nouvelle situation n'est pas durable et en 1930, l'entreprise est passée aux mains de Lucien GODIN & Fils :



En-tête facture L. GODIN & Fils, 1930.


On peut voir sur ce document de 1930 que la société L. GODIN & Fils a repris :
- l'entreprise Emile MOREAU-ARTAULT, repreneur de L. ANTOINE, Successeur de MATHÈS, 
- mais aussi l'entreprise NICLOZ, successeur de la Maison QUILLET.


La Maison Léon QUILLET (vers 1870 - 1884) et ses repreneurs, de Julien NICLOZ à Lucien GODIN


La Maison LÉON QUILLET est encore établie sous ce nom en 1887 et publie cette année-là un introuvable "catalogue des fournitures, outils et ustensiles pour viticulteurs, tonneliers, brasseurs et distillateurs".
(Source : vente Bibliothèque œnologique Bernard Chwartz chez Alde, Paris, avril 2011).

Vers 1884, elle est reprise par un collaborateur : Julien NICLOZ.
"Le Panthéon de l'industrie", journal hebdomadaire illustré, N° 596 du 15 août 1886, nous apprend que :
"Julien Nicloz, qui fut pendant quatorze années le collaborateur de M. Léon Quillet, chef de la maison alors située 4, rue de la Verrerie, et qui la dirige seul depuis deux ans, vient d'inaugurer, le 15 juillet dernier, 22, rue des Francs Bourgeois, les vastes ateliers de ferblanterie et d'estampage de plaques pour fûts, qui font aujourd'hui partie de son bel établissement, et dont l'organisation, aussi bien que celle des ateliers de construction mécanique de la rue des Tanneries, lui fait le plus grand honneur." 

Pour mémoire, nous avons déjà eu affaire à Julien NICLOZ, cf. mon article :


L. ANTOINE succède à NICLOZ à la fin du XIXe siècle (la reprise est attestée en 1898) et jusqu'en 1913.


Cette année-là voit en effet GODIN, PESSAT & Cie, constructeurs brevetés, prendre le relais.



En-tête facture GODIN, PESSAT & Cie, repreneurs de 
L. ANTOINE, successeur de Louis MATHÈS, 1913.



La Maison Lucien GODIN, Fabrique spéciale d'articles & matériel de caves, est une maison bien établie qui revendique une fondation en 1872.




Logo GODIN


En 1917, le nom de PESSAT (dont nous ne savons rien) a disparu des documents de l'entreprise. Lucien GODIN est seul patron. Sa marque de fabrique déposée représente trois abeilles dans un ovale (cf. ci-dessus).
L'adresse est inchangée : 22 rue des Francs Bourgeois Paris 3°.

En 1929, une nouvelle génération apparaît et l'ancienne entreprise QUILLET appartient désormais à la SARL GODIN & Fils.


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Après 1929 : la S.A.R.L. Lucien GODIN & Fils 
(1929 - 1962 ?) prolonge l'aventure



Lucien GODIN a repris les Etablissements MATHÈS et la Maison QUILLET / NICLOZ.
Cependant il poursuit sa politique d'acquisition comme le montre un en-tête de facture de 1941 : l'entreprise GODIN a absorbé entre-temps une entreprise supplémentaire, la société PAILLARD, entreprise sur laquelle nous n'avons pas de renseignements.



En-tête facture L. GODIN & Fils
Anciens Etablissements ANTOINE, PAILLARD, MATHÈS, 1941.


Et si l'entreprise L. GODIN & Fils conserve une succursale au 54, rue Carnot à Mâcon, elle a surtout déplacé son siège parisien vers le 1, place Lachambeaudie, dans le quartier des entrepôts de Bercy et possède un entrepôt proche au 12, rue Félix Faure à Vincennes.

La raison sociale et l'adresse du siège sont conservées au moins jusqu'en 1962, année où l'indépendance tarit la "source" des vins algériens, précipitant le déclin des entrepôts de Bercy.

1962 est aussi l'année où je perds la trace de l'entreprise GODIN...



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Le prochain article sera l'occasion d'une plongée dans les 160 pages du catalogue B-14 des Etablissements MATHÈS...

Mais peut-être pourrez-vous m'apporter d'ici là de nouvelles informations sur PESSAT, ANTOINE ou PAILLARD ? ou sur la fin de l'entreprise GODIN ?
Je publierai bien sûr vos contributions.



M

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