vendredi 18 août 2017

AVANT LES TIRE-BOUCHONS, LES PIPETTES DE VIGNERON



Amis collectionneurs, bonjour !




Une nouvelle acquisition me conduit à actualiser cet article publié il y a quelques semaines.


Pas de tire-bouchon aujourd'hui, mais un objet plus ancien et tout aussi nécessaire au service du vin : 
la pipette de vigneron.


J'aime cet objet - probablement aussi ancien que le tonneau - et destiné à en déguster le contenu sans qu'il soit nécessaire de le mettre en perce.

Sur le principe, il s'agit d'un simple tube, muni ou non d'anses, et dont on plonge l'orifice inférieur dans un liquide : en obturant l'orifice supérieur, on peut retenir dans le tube le liquide qui y est entré, puis le libérer dans un autre récipient en ouvrant à nouveau cet orifice.

Pour ce qui concerne plus spécifiquement le vin, la pipette permet de prélever un échantillon par la bonde du fût avant sa mise en perce.
Le vigneron peut ainsi apprécier l'évolution de son vin et le faire déguster à sa guise.
Avec le temps, la mise en scène a également gagné en importance : on ne fait pas n'importe quoi dans un domaine culturellement aussi important.

Dès 1663, un tableau du peintre Ferdinand BOL, les "Gouverneurs de la Guilde du Marchand de Vin", actuellement au musée la Pinakothek de Munich, témoigne de cette mise en scène :




À gauche, le gouverneur de la Guilde des négociants en vin d'Amsterdam, 
tient une pipette à vin et un tastevin (1663).



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Les pipettes ont ainsi été progressivement améliorées pour mieux s'adapter aux techniques et spécificités des différents terroirs.
Parmi les plus anciennes qui soient venues jusqu'à nous, certaines sont en bois.


Pipette en bois
(Site Internet "Objets d'hier")


Aux XVII° et XVIII° siècles, elles sont le plus souvent en verre soufflé, parfois coudées pour faciliter la manipulation.


Pipettes en verre soufflé (collection personnelle)



Addition du 12.09.17 :
Dernière trouvaille, une pipette coudée, en verre soufflé, telle que je l'évoquais ci-dessus :


Celle-ci vient du vignoble de Cahors 
et a manifestement servi à déguster ses vins.



Avec le XIX° siècle et la révolution industrielle, le fer blanc s'impose :


Pipettes en fer blanc (collection personnelle)


... même si on peut trouver aussi des pipettes en cuivre, voire en argent !


Pipettes en cuivre et en argent (Internet)



Et puis le temps a passé et le développement de l’œnologie et les recommandations d'observer la couleur et l'éclat du vin avant de le humer et de le déguster, ont contribué au retour du verre transparent.

Oublions si vous le voulez bien la détestable parenthèse du plastique utilisé il y a quelques décennies et réjouissons-nous de la transparence du verre, aujourd'hui retrouvée !


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Plaisir de chine, j'ai trouvé aux Puces de Montpellier il y a quelques semaines une pipette en fer blanc d'une longueur hors du commun : la manipulation ne devait pas être chose aisée, sauf peut-être pour plonger au fond de foudres ?


Une pipette en fer blanc longue de 106 cm !
(collection personnelle).



Elle a rejoint une autre pièce aussi intéressante : une longue pipette à Tokay de Hongrie en verre soufflé, avec son bulbe de belle contenance :


Pipette à bulbe, spécifique au Tokay de Hongrie,
longue de 80 cm
(collection personnelle).


Moins spectaculaire et de facture plus récente, cette pipette bourguignonne chinée ce week-end dernier à la grande foire aux puces d'Aillant-sur-Tholon :


Pipette bourguignonne, longue de 51 cm
(collection personnelle).


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Une autre catégorie, assimilable aux pipettes, est celle des "topettes" à Cognac ou à Pineau des Charentes.


Trois topettes en verre soufflé à la bouche, 
entre la fin du XVIII° siècle et la fin du XIX° siècle
(collection personnelle).


Alternative à la pipette, la "topette de fond" est une ampoule de verre, autrefois soufflée à la bouche. Le culot, épais et plein, facilite la plongée au fond de la cuve pour y prélever l'échantillon souhaité. Une cordelette nouée au col renforcé de la topette en permet -généralement - la récupération.

On trouve un beau texte, "Les retrouvailles", sur une topette perdue dans un demi-muid sur le site :
http://www.alambic-city.com
En voici un court extrait : 
"Plouf ! Qu'il pouvait être frustrant de retirer une simple ficelle imbibée de cognac ne présentant plus qu'un noeud coulant à son extrémité comme un matelot est pris d'un malaise  cardiaque en soulevant la chaîne privée de son ancre."

Les topettes anciennes, appréciées des collectionneurs et des amateurs de Cognac et Pineau, ne sont pas faciles à trouver.


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On pourrait penser que la généralisation des cuves, aujourd'hui en inox et munies de robinets-dégustateurs, sonnerait la fin des pipettes... Ce serait oublier le vieillissement en fût et surtout les aspects culturels, le cérémonial destiné à valoriser le produit... et donc aussi le client !

Prélever un peu d'un liquide précieux pour le faire déguster, c'est déjà associer son hôte à un mystère !

La pipette a donc encore de beaux jours devant elle.



M




2 commentaires:

  1. Belle érudition qui laisse admiratif le fumeur de pipe que je suis.
    J.F.

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