samedi 14 juin 2014

LA VIEILLE-LOYE : THE OLDEST FRENCH GLASSWARE / LA PLUS ANCIENNE VERRERIE FRANCAISE



Amis collectionneurs, bonsoir !



C'est un truisme que de dire qu'il n'y aurait pas de tire-bouchons sans bouteilles et bouchons.

La proposition n'est pourtant pas un syllogisme : bouteilles et bouchons n'impliquent pas forcément les tire-bouchons, même s'ils sont à l'origine de leur invention !

La conjonction de ces trois objets continue de me passionner, et mes pérégrinations me rapprochent souvent des temps, circonstances et lieux où a pu se produire la "rencontre".


Un site important de ce point de vue est celui de la verrerie de la Vieille-Loye : les bouteilles y ont en effet été produites par millions, avant et après l'invention du tire-bouchon !


Je m'y étais engagé et vous devais donc un article sur l'exposition 
DE SABLE ET DE FEU
La Verrerie de la Vieille-Loye
1295 - 1931 


Le voici, documenté grâce à l'aide précieuse de :
- Madame Sylviane Sauge, responsable Patrimoine Ecrit à la médiathèque de DOLE
- et de Monsieur Jean-Claude Charnoz, cheville ouvrière de cette exposition, chimiste chez Solvay, spécialiste de la fabrication du verre et auteur d'un important travail de recherche : 
LA VIEILLE-LOYE 
DES VERRIERS AU CŒUR DE LA FORÊT DE CHAUX.

Que tous deux soient ici chaleureusement remerciés du temps qu'ils ont bien voulu me consacrer et de la qualité des informations qu'ils m'ont apportées.


L'exposition, montée avec la collaboration de la verrerie de Passavant-La Rochère (encore en activité), était présentée à la Médiathèque de DOLE jusqu'au 31 mai dernier. 
Elle est maintenant visible au Musée de la vigne et du vin d'ARBOIS, jusqu'au 29 octobre 2014.


Mais avant de la présenter, il me faut expliquer pourquoi et comment je me suis retrouvé à DOLE.


-/-

J'avais visité l'an dernier l'exposition 
Verrerie des Islettes 
Derniers feux en Argonne 
aux Islettes, chez Les Amis du Verre d'Argonne.

Je vous en avais rendu compte dans un article le 27 novembre 2013 :
CHEZ "LES AMIS DU VERRE D'ARGONNE"

Et j'avais appris alors que la verrerie des Islettes, propriété de la famille Bigault Du Granrut, maîtres verriers depuis 1589, avait absorbé la verrerie de la Vieille-Loye en 1919 pour former une nouvelle entreprise : les "Verreries des Islettes et de la Vieille-Loye Du Granrut et Cie", aventure qui trouverait son terme en 1931, année de la fermeture définitive.
 ... La Vieille-Loye ! ... verrerie emblématique où était fabriqué le clavelin.
Je m'étais dit alors qu'il me faudrait impérativement en apprendre plus sur la verrerie de la Vieille-Loye.

En avril dernier, cette verrerie se rappelait à moi : un brocanteur vendait aux Puces de Metz des dizaines de matrices en cuivre provenant des stocks de la verrerie de la Vieille-Loye et destinées à marquer les bouteilles, !
J'achetai - cher - celle-ci gravée VERRERIE DE LA VIEILLE-LOYE et datant des années 1850.


Matrice de cachet

Une recherche sur le Net fit le reste : coïncidence heureuse, une exposition était consacrée à la verrerie à la Médiathèque de DOLE... je ne pouvais la rater !
Et je réussis même à y entraîner mon épouse !


L'exposition remarquable met en valeur les caractéristiques de la verrerie de la Vieille-Loye :
- la plus ancienne verrerie de France,
- une verrerie ayant toujours fonctionné au bois,
- le travail du verre organisé autour des maîtres verriers,
- la fabrication et la commercialisation des bouteilles.



La plus ancienne verrerie de France

La verrerie, située au cœur de la forêt de Chaux, près de DOLE, a fonctionné pendant plus de six siècles.
Elle est en effet attestée depuis 1295 et la preuve de cette activité fait partie de l'exposition.
Madame Sauge m'a permis d'accéder à un manuscrit précieusement conservé à la Médiathèque : un état du domaine du comté de Bourgogne, destiné à en apprécier les revenus y est présenté à Philippe le Bel, roi de France, par Othon IV, dernier des comtes indigènes, vers 1295.




Etat du domaine du comté de Bourgogne, conservé à la Médiathèque de Dole,
et attestant l'existence de la verrerie de La Vieille-Loye en 1295 !



Cf. 4° ligne : "Item li verriers de Chaux vaut XVI livres",
il s'agit de la redevance annuelle de XVI livres due par les verriers de la La Vieille-Loye.


Au Moyen Âge, la verrerie produisait de la gobeleterie en verre blanc : pots à miel ou confitures, vases d'ornement, flacons, vases à boire...
Au XVII° siècle au plus tard, elle s'était spécialisée dans la seule production de bouteilles.
Et cette production se poursuivit jusqu'au XX° siècle : le phylloxéra, la première guerre mondiale, enfin la crise économique de 1929 précipitèrent la fin et le four de la verrerie, éteint le 31 mai 1931, n'a plus jamais été rallumé.



Une verrerie au bois

Une particularité forte de la verrerie de la Vieille-Loye est qu'elle a toujours fonctionné au bois quand les autres verreries se convertissaient au four à houille à partir de la moitié du XVII° siècle, à l'image des verreries anglaises.
Jean-Claude Charnoz, mon guide du jour, m'expliqua que la verrerie de la Vieille-Loye tira longtemps profit du respect de ce mode de fabrication : les bouteilles fabriquées au four à bois sont nettes, alors que celles fabriquées au four à houille présentent en surface des dépôts de goudrons nécessitant alcool et acide tartrique pour les dissoudre, au risque d'une altération du vin.
On retrouve cette affirmation dans un article du Moniteur vinicole de Paris, le 20 juin 1889, article constituant la meilleure publicité pour la verrerie de la Vieille-Loye ! (Source : Daniel Bienmiller in "De sable et de feu", Les Cahiers Dolois n° 12, 1997).
Le constat remonte à l'invention de la bouteille moderne par Kenelm Digby en 1632 : il justifie que la fabrication au bois ait longtemps perduré et que la production de la verrerie de La Viille-Loye ait été appréciée des meilleurs vignobles, particulièrement ceux de Champagne.



Le travail du verre organisé autour des maîtres verriers

L'exposition offre un éclairage important sur l'organisation du travail dans et autour de la verrerie.
Au Moyen Âge, partout en Europe, les maîtres verriers maîtrisent un savoir faire stratégique : ils sont astreints au secret et en contrepartie ont rang de gentilshommes, écuyers ou chevaliers.
Le document de présentation de l'exposition rappelle qu'en 1445, Charles VII, roi de France, a statué que :
"Nul ne doit exhiber le dit art verrier s'il n'est noble et procréé de noble génération et de généalogie de verrier".
Les équipes étaient organisées entre gamins (les cueilleurs), grands garçons (ou seconds) et pères : les maîtres verriers (ou souffleurs).
Autour s'activaient bûcherons et charbonniers pour la gestion du bois et l'alimentation en continu des fours, rouliers et voituriers pour les transports des matériaux pondéreux ou de la production à livrer.
Ouvriers et maîtres verriers étaient nécessairement logés sur place avec leurs familles et constituaient des micro-sociétés très structurées et fortement hiérarchisées.



La fabrication et la commercialisation des bouteilles

C'est Madame Sauge qui me fit découvrir la collection d'objets exposés, entre outils des verriers, exemples de bouteilles, objets de bousillage, manuscrits précieux, archives et documents iconographiques...

Je retrouvais là des cannes de souffleurs, pontis ou pontils, cordelines, moules, pinces, matrices de cachets... et bien sûr aussi des exemples de fabrications : bouteilles champenoises, clavelins, objets de bousillage...


A gauche : outils de verriers, matrices de cachets et exemples de bousillage.
A droite : moule (verrerie de la Rochère).

Monsieur Charnoz  m'expliqua la fabrication du verre et des bouteilles à travers les siècles.



Jean-Claude Charnoz présentant une canne de souffleur.

Sable, calcaire, fondant, groisil et éventuels colorants sont les ingrédients nécessaires, le feu fait le reste : tous étaient disponibles autour de la verrerie de la Vieille-Loye.

Le XIX° siècle  fut celui des innovations industrielles : 
- le chemin de fer arriva jusqu'aux portes de la verrerie, 
- le four à bassin remplaça les fours à pots permettant une fabrication continue,
- l'entreprise Solvay, celle où travaille Monsieur Charnoz, bâtit un empire en déposant le brevet de l'utilisation du carbonate de soude comme fondant en remplacement de la potasse...
A 80 % le million de bouteilles produites annuellement au début du XX° siècle était destiné aux grandes maisons de champagne : Lanson, Heidsieck, Monopole, Pol Roger, Moët et Chandon, De Venoge, Roederer, Krug et Mercier.
L'autre destination était bien sûr le vignoble du Jura pour lequel la verrerie de la Vieille-Loye avait fabriqué une bouteille spécifique, marquée d'un cachet de verre apposé à chaud : le clavelin.
Ce type de bouteilles, réservées au vin jaune et au Château-Chalon, avaient été personnalisées à la demande de l'abbé Paul clavelin, propriétaire de vignes à Nevy-sur-Seille. 
Un courrier à la verrerie, cité par Daniel Bienmiller, en témoigne, levant toute ambiguïté : 
"Je vous ai demandé en 1912 quelques centaines de bouteilles forme Chateau-Chalon (anglaise Clavelin) ; à cette époque vous m'avez écrit que vous ne pouviez me fournir de bouteilles avec le cachet "Château-Chalon- Clavelin" parce que vous n'aviez pas d'ouvrier habitué à poser ce cachet. Avez-vous maintenant un ouvrier pour faire ce travail ? J'ai encore le cachet que m'avait fait faire autrefois Monsieur Neveu sur la recommandation de mon oncle, Monsieur Aigrot, d'Arc-et-Senans."
La bouteille, d'invention plus ancienne, y a gagné son nom, même si elle est d'invention plus ancienne, inspirée des bouteilles anglaises, y compris pour l'apposition d'un cachet ou sceau, et adaptée au mode particulier d'élaboration des vins de Jura : la "part de l'ange" doit être payée par ... le consommateur, identifié lui !
Les matrices de cachets étaient déjà utilisées à la verrerie de la Vieille-Loye au milieu du XIX° siècle.

Elles étaient fabriquées par la maison J. Augey, graveur-mécanicien à Saint-Claude.




Ici : matrice VERRERIE DE LA VIEILLE-LOYE, avec étoile à cinq branches, vers 1850.




Mais il était tard et il convenait de quitter la Médiathèque après avoir remercié nos hôtes, particulièrement Sylviane Sauge et Jean-Claude Charnoz ...

Alors, nous partîmes à la recherche d'un poulet au vin jaune !


M



Sources complémentaires :





Daniel Bienmiller : 
"De sable et de feu", 
Les Cahiers Dolois revue des amis de la bibliothèque et des archives de Dole, année 1997, n° 12




Cahier entièrement consacré à la verrerie de la Vieille-Loye.







Jean-Claude Charnoz : 
LA VIEILLE LOYE 
DES VERRIERS AU CŒUR DE 
LA FORÊT DE CHAUX




Importante monographie (444 pages), éditée par l'auteur.
- approche de l'histoire de la fabrication et de la diffusion du verre,
- présentation des grandes verreries anciennes françaises,
- histoire de la verrerie de la Vieille-Loye et de ses dynasties de maîtres verriers et ouvriers,
- production et commercialisation de la production de la verrerie,
- inventaire des clients.






Raymond Kuster
Les bouteilles de Frédéric l'Ancêtre
Editions du Folklore Comtois, 2005
Inventaire raisonné et précieux d'une cave jurassienne.




Nombreux dessins et descriptions de bouteilles et irremplaçables reproductions de cachets. 









4 commentaires:

  1. C’est toujours passionnant prendre du temps pour venir lire les articles de ce blog ; Il devra devenir un endroit incontournable pour tout enthousiaste de l’histoire du Vin et de la façon dont il arrive à nos tables et nous arrivons à l’ouvrir et à le boire !

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  2. Trop gentil ! Mais merci ! Je vais essayer de ne pas te décevoir !

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  3. Trop gentil ! Mais merci ! Je vais essayer de ne pas te décevoir !

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  4. En 1860 mon arrière Grand Père Louis Lequin exploitait des mines de dolomie sur la commune de Santenay 21590 et expédiait ses sables par peniches via le canal du centre la Saone et le Doubs jusqu'a Dole aux verreries de la Vieille Loye

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