samedi 24 janvier 2026

LES TIRE-BOUCHONS VALENTÍ

 
Amis blogueurs, bonjour !


Connaissez-vous 
les tire-bouchons VALENTÍ ?


Je chine depuis des années, et pourtant certains noms continuent de surgir et de m'étonner au hasard des vide-greniers, puces ou d’une annonce en ligne.
 
C’est ce qui m’est arrivé lors des dernières Puces de Metz (encore Metz ? me direz-vous) avec un tire-bouchon marqué VALENTÍ, du nom d'un fabricant espagnol sur lequel je ne savais pour ainsi dire rien, ou juste de quoi exciter ma curiosité ! 


-/-


Les tire-bouchons VALENTÍ : 
pensés pour être vus autant que pour servir


Je n'avais eu aucun tire-bouchon à glisser dans ma besace jusqu'à ce stand où était exposé, sous vitrine, et comme un trésor, un tire-bouchon figuratif, élégant et même un brin théâtral, illustrant le golf et marqué VALENTÍ MADE IN SPAIN.



Chine du jour : deux feuilles de boucher zoomorphes, une badine faite de rondelles de corne, 
une curieuse clef triple, une petite balance à bijoux et... un tire-bouchon VALENTÍ !





Le tire-bouchon golf  par VALENTÍ


Ce tire-bouchon au design aussi original qu'affirmé doit dater des années 60. En bronze patiné doré, il est très lourd, pesant quelque 520 grammes ! La mèche, archimédienne, est en acier chromé. La tête et les bras en forme de clubs évoquent immédiatement le golf.
La maison VALENTÍ est connue pour des pièces fantaisie, finition argent ou bronze doré, souvent marquées "VALENTÍ MADE IN SPAIN", sur des thèmes instantanément lisibles : golf, équitation, parfois des formes animalières, rarement des tire-bouchons.



Marquage VALENTÍ MADE IN SPAIN


Equitation ? Je vais devoir m'attacher maintenant à trouver son semblable consacré à l'équitation :



Thème équitation (image internet)


Au-delà du thème, et malgré sa mèche qui jure un peu par son aspect brillant, l'objet acheté ce week-end est de belle facture. 
La mise en scène fait la différence : la mécanique n'est plus qu'un décor, la forme de la poignée et celles des bras de levier deviennent essentielles, et l’objet raconte quelque chose ; ce n’est pas seulement un outil, mais plutôt un objet-sculpture, pensé pour être vu autant que pour servir.
C'est là la signature de la Maison VALENTÍ, marque qui met en avant un mélange de techniques traditionnelles et d’innovations dans le design, avec une ambition de développement international.


-/-


Que sait-on de l'entreprise VALENTÍ ?


Selon les informations communiquées sur son site, la famille a fondé son premier atelier d’orfèvrerie à Barcelone en 1798. 
Le site indique que "VALENTÍ est une entreprise du secteur de la décoration haut de gamme, forte d'une longue tradition et d'un savoir-faire artisanal."
Au fil du temps, l’activité s'est diversifiée : mobilier, arts décoratifs, pièces de décoration, l'entreprise continuant de revendiquer un soin d’orfèvre dans les formes, les matières et les finitions et s'attachant, en collaboration avec d'autres créateurs, à définir et promouvoir de nouvelles lignes de design. 
"Celles-ci, dit encore le site, mêlent mobilier classique et nouvelles collections vintage et contemporaines, dans des domaines aussi divers que complémentaires : chaises, canapés, luminaires, argenterie, grès cérame et mobilier."
L'entreprise VALENTÍ est aussi de plus en plus tournée vers l'international, et est présente aujourd'hui dans des villes comme Rome, Paris, Londres, New York et Tokyo.

Le siège est situé 
Rambla del Garraf, 58 — 08812 Sant Pere de Ribes (Barcelona, Espagne) 
avec un magasin à Barcelone : 
V BCN Carrer de Provença, 308 — 08037 Barcelona
"V BCN", pour VALENTÍ BARCELONA, est le nom sous lequel la Maison VALENTÍ opère aujourd’hui dans le domaine du design, de la décoration et du lifestyle, à Barcelone (BCN étant l’abréviation courante de Barcelona).

La transmission familiale s’est opérée sur plusieurs générations avant d’aboutir à l’activité actuelle, portée par trois sœurs : l'entreprise est en effet dirigée aujourd'hui par Yolanda, Sandra et Betty VALENTÍ.


-/-  


Autres productions VALENTÍ


En cherchant sur le net, on retrouve la "patte" VALENTÍ dans des objets utilitaires et décoratifs, tels que casse-noix, plateaux, plats, luminaires, sculptures décoratives en métal argenté ou en bronze...






Créations VALENTÍ


-/-


Ma conclusion est que parmi les tire-bouchons espagnols, trop peu connus de ce côté des Pyrénées, les figuratifs VALENTÍ gagnent vraiment à être connus. 
Même marginaux dans la production VALENTÍ, ce sont des objets de caractère, immédiatement reconnaissables et qui donnent envie d’explorer l’ensemble des créations de la marque.

Je n'ai sûrement pas fini d'apprendre sur cette belle maison !



M

samedi 17 janvier 2026

ENIGMA N° 89 : VOS CONTRIBUTIONS ET LA REPONSE : "COUVET", "COUVOT" OU CHAUFFERETTE

 

Amis blogueurs, bonsoir !


L'énigme proposée par Bernard Devynck ne vous a pas laissés froids !

L'objet mystérieux est un "couvet", dit aussi "couvot" ou chaufferette.





Plusieurs blogueurs ont apporté leurs contributions :

Voici la première contribution, proposée par Jean-Pierre : 
"Pour moi cela pourrait être un pique-fleurs. J'en ai un en faïence de Gien mais sans le pot en cuivre."

La deuxième nous est venue d'Italie :
"Scaldino con scaldapiedi" soit, littéralement, un "chauffe-pieds".

Un autre blogueur y a vu  "un appareil pour cuire des châtaignes "...

Marcus nous a fait plusieurs propositions pleines d'imagination :
- un support "pour tenir des couverts",
- une boîte pour "dépôt de petits papiers, messages",
- ou encore un "faux porte braises" (comme j'ai des fausses presses (en petit)).

Rémy a pensé à :
- "une chaufferette pour pieds, des braises dans le pot, mais la partie en bois ne résisterait pas longtemps à la chaleur", 
- ou peut être "un diffuseur de parfum avec des  plantes séchées en infusion". 

De même, Alain pense à "une chaufferette pour les mains ou les pieds".


On peut dire que les contributeurs "chauffaient" : ils tenaient la réponse ! Mais laissons Bernard nous donner lui-même les explications.


-/-


La réponse de Bernard Devynck : un "couvet" !


Il s'agit d'un "couvet" champenois, appelé parfois également "couvot". 
Sa fonction est cousine de celle de la bassinoire : garder et diffuser de la chaleur grâce à l'apport de braises chaudes. 

- Le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (https://www.cnrtl.fr) en donne la définition suivante. "Couvet" : Pot de terre ou cuivre avec une anse dans lequel on mettait de la braise et qui servait de chaufferette aux femmes et aux marchands de plein air.

- Le Dictionnaire de l'Académie française (https://www.dictionnaire-academie.fr) est plus laconique : Sorte de chaufferette en terre ou en cuivre.

- Pour initier des recherches étymologiques, le net nous offre "Couvet" :  Commune de Val-de-Travers (ancien canton de Neufchâtel, Suisse) ; la localité tire son nom de "covets", pots servant de chaufferette, créés par les potiers au Moyen Age.

"A ce stade, ajoute Bernard, voici beaucoup de références littéraires mais pas encore de représentation illustrée. Sauf que sommeillait, depuis des décennies dans ma bibliothèque, une série de dix volumes sur les grands styles mobiliers et autres... comprenant trois volumes sur les styles régionaux, dont celui dédié à la Normandie, la Champagne et les Pays du Nord-Île de France. Et c'est dans le chapitre consacré à la Champagne que j'ai retrouvé en page 38 une reconstitution d'intérieur rural avec au pied de l'âtre à droite un couvet identique, ainsi qu'un autre, en page 45, couvet de forme carrée cette fois, et de volume plus important."



Intérieur champenois : 
au sol, près de la cheminée, un couvet semblable à celui de l'énigme


-/-


Il serait cependant injuste de ne pas signaler qu'un autre blogueur fidèle, Jacky Corbel, animateur du site Les tire-bouchons de Rebel-TBavait trouvé cette solution et nous avait proposé, via Facebook, un lien vers le site des musées de Reims : https://musees-reims.fr/oeuvre/chaufferette-a-pieds
Une chaufferette à pieds y est présentée au Musée-Hôtel Le Vergeur. 
En voici la description : Fin XIXe siècle. Objet composé de deux parties, d’un repose-pieds de forme circulaire monté sur quatre pieds à bouton, ceinture pleine et dessus à clairevoie et d’un récipient en terre cuite à panse ovoïde et anse horizontale.
Annotation signalée sur l'objet, à l'intérieur de la ceinture du repose-pieds, au crayon à papier : COUVET.



La chaufferette à pieds du Musée-Hôtel Le Vergeur à Reims. 


-/-


De mon côté, cherchant moi aussi la solution à l'énigme de Bernard, j'ai retrouvé un "couvot", mais de forme carrée, sur le site https://art-populaire-brocante.com/
Il est  proposé à la vente pour 220,00 €.



Couvot en vente sur le site art-populaire-brocante.com


En voici la description faite par le vendeur :
Ancienne chaufferette appelée dans certaines régions "couvot", terme qui désigne à la fois le récipient contenant les braises incandescentes mais aussi l’ensemble avec le petit banc appelé "chevrette".
Notre couvot est en laiton avec une anse fixe en fer ; il a été un peu abîmé par l’usage du feu. Sur la chevrette, on posait les pieds pour les tenir au chaud.
Dimensions : Chevrette : 22 cm x 22 cm – Hauteur :  16 cm
Couvot : Diamètre : 18 cm – Hauteur : 13 cm (sans anse).


-/-


Dispositif à utiliser avec précaution !


Notons enfin que les chaufferettes et autres couvets, utilisés au quotidien, notamment par des femmes travaillant dans le froid, n'avaient pas que des avantages :
Joël Coste, de l'Université Paris Descartes, dans les Actes de la journée d’étude "Pour une histoire de la santé des classes populaires en France, en Flandre, en Italie et en Suisse, XVIIIe - XXe siècles", écrit ainsi en 2011 :
"En 1772, un médecin de Valenciennes décrivit des ulcères et cancers cutanés survenant chez des ouvrières textiles des Flandres et du Hainaut utilisatrices de chaufferettes à charbon, une maladie qui ne fut reconnue par la médecine que deux siècles plus tard, alors qu’elle avait presque disparu du monde occidental."

Finalement, il vaut peut-être mieux l'utiliser pour y présenter des tire-bouchons !


-/-


Merci à Bernard de nous avoir proposé cette énigme. 
Merci à nos contributeurs et merci à vous tous de vous y être intéressés.



M



samedi 10 janvier 2026

ENIGMA N° 89 : QUAND LE CONTENANT VAUT PLUS QUE LE CONTENU !

 

Amis blogueurs, bonsoir !


Notre ami Bernard Devynck, qui a l'art de dénicher l'impossible, nous propose une belle histoire qui se termine en énigme.


Voici donc notre 

ENIGMA N° 89 : QUAND LE CONTENANT VAUT PLUS QUE LE CONTENU !


Dans ce petit village de la Drôme, des héritiers avaient mis en vente la maison familiale, laquelle devait donc être préalablement vidée. 
Le vide-maison allait permettre de débarrasser à bas prix les petits meubles, les bibelots, la vaisselle, les outils... tout ce dont ils n'avaient pas l'usage.

Brocanteurs et chineurs sont de plus en plus nombreux à courir ces vide-maisons où apparaissent parfois de vrais trésors, ignorés ou oubliés depuis longtemps.
Le hasard d'un déplacement avait mis celui-là sur la route de Bernard, à l'heure d'ouverture... comment ne pas s'y arrêter ?
Et, coup de chance ? il y avait des tire-bouchons !!!

Entassés sur et dans un curieux récipient, ils s'efforçaient de bien se montrer pour mieux séduire un éventuel visiteur hélixophile et, de fait, ce fut Bernard !



Etonnante présentation
(reconstitution a posteriori)


-/-


Des tire-bouchons et un objet mystérieux


Bernard examina consciencieusement les tire-bouchons mais, non, décidément, il ne se voyait pas en acheter un : tous étaient basiques et l'ensemble faisait penser à une collection de débutant ou à une accumulation destinée à décorer une cave ou un bar.
Le récipient par contre retint son attention : une tablette percée sur un pot de bronze... il avait une sensation de déjà vu.

Il demanda à la dame qui semblait mener la vente si elle pouvait lui dire à quoi servait ce "pot". 
Réponse de la dame : "Je ne sais pas, j'ai toujours vu ce "truc" chez mon père, mais même lui ne savait pas de quoi il pouvait bien s'agir. L'objet avait toujours été dans la maison, hérité de la génération des grands-parents. Pour lui, c'était seulement un support pratique qu'il avait installé près du bar pour y planter ses tire-bouchons, des tire-bouchons auxquels il tenait beaucoup."

Bernard comprit que les tire-bouchons seraient surévalués, mais que le "truc" n'avait guère de valeur pour l'héritière.
Il engagea le dialogue :
"- Combien pour le lot de tire-bouchons ?"
Pas de surprise : les tire-bouchons étaient au triple des prix qui se pratiquaient en brocante.
"Un peu cher ! Et juste le support ?"
 "- 15 €, je vous le laisse à 10 si vous voulez : c'est juste le prix du bronze."

Les tire-bouchons dépités virent notre Bernard s'en aller avec ce qui leur servait si bien d'écrin !


-/-


L'énigme


Je vous ai tout dit, mais je ne vous ai rien dit...  Voici la description et les photos fournies par Bernard :



Un coffret de bois et un pot en bronze à anse de cuivre.



22 cm de diamètre, 28 cm de hauteur et 2 X 13 trous


L'objet est de petite taille. Il est composé de deux pièces pour une hauteur de 28 cm : un coffret de bois placé sur un pot en bronze muni d'une anse en cuivre.
Le coffret en bois comprend quatre pieds, hauts de 16 cm. Il est de forme cylindrique, d'un diamètre de 22 cm, avec un couvercle. Le couvercle est de forme pleine mais avec une fente centrale permettant le passage de l'anse du pot et 13 trous traversants sont percés de chaque côté de cette fente. 
Le poids total est de 1150 grammes.
L'ensemble peut être facilement déplacé en saisissant l'anse en cuivre.


-/-


Et depuis lors, l'objet, nettoyé et ciré, habite le bureau de Bernard et accueille à l'occasion une sélection de ses trouvailles récentes :



Fait pour ça ??


Mais quel est le nom et la destination de cet objet ? Saurez-vous l'identifier ?


-/-


Je publierai bien sûr vos contributions avant de laisser Bernard nous livrer le résultat de ses recherches.
Déjà, merci à lui pour cette nouvelle énigme, et à vous, amis blogueurs, d'essayer de la résoudre !



M

dimanche 4 janvier 2026

OÙ EST PASSÉ LE TIRE-BOUCHON ?

 
Amis blogueurs, bonjour !


Mon ami Salvatore m'a montré cette belle photo ancienne. Il les collectionne, comme nous collectionnons les tire-bouchons.
Intrigué, j’ai regardé longuement ce cliché. Peut-être même me suis-je assoupi ? Et même ai-je rêvé que la photographe venait m’expliquer ?
En voici en tout cas le récit, mieux que vrai : vraisemblable !


OÙ EST PASSÉ LE TIRE-BOUCHON ?
Lecture d’une scène de table vers 1913



Photographie originale,
tirage sur papier au ton chaud, format 8 × 10 cm. Verso muet.



Henriette


Je m’appelle Henriette, je suis la cadette. On me présente souvent comme “celle qui s’occupe de tout”, ce qui est une manière polie de dire que je sais où l’on range les verres, les nappes… et les secrets. On me demande aussi, de plus en plus souvent, de prendre les photographies.
On dit que je cadre bien. Que je sais attendre. Que je n’oublie personne. Du coup, je n’apparais jamais, ce qui me va bien.
Voici la photo que je préfère, prise il y a une dizaine d'années...


Scène de table 1913


Les "années 1900" étaient derrière nous, l'art nouveau ne l'était plus tout à fait. 
Au-delà des frontières, cette année-là, les conflits se multiplient.
Le lustre hésite, les robes se libèrent sans s’affranchir. André, mon neveu, le seul enfant, n’est plus déguisé en petit adulte, mais pas encore un enfant moderne. Tout indique cette période suspendue de 1913, quand on buvait encore comme avant, sans savoir que le monde allait changer.

Emile et Marguerite venaient de faire installer l’électricité. Le lustre s’en félicitait presque. Il pendait au-dessus de la table avec l’assurance un peu vaine des choses neuves, et sa frange accrochait la lumière comme une coquetterie. Cette clarté-là ne flatte rien : elle révèle. Sous elle, les visages paraissent plus nets, les gestes plus amples, et les certitudes parfois trop visibles.

La table n’avait pas été débarrassée. Le fromage attendait encore entre le couteau et la fourchette, abandonné comme une conversation qu’on n’a pas jugée digne d’être terminée. Dans la boîte en bois, les gâteaux roulés faisaient mine d’être des cigarettes. Louise en tenait une du bout des doigts ; sa sœur, Marguerite, en bonne maîtresse de maison, faisait de même, l'air de ne pas y toucher ; André faisait semblant de fumer.


Les héros du jour


Les trois beaux-frères : Emile, Jules, le mari de Louise, et Paul, le mien, s’étaient levés. Ils occupaient l’arrière-plan comme une petite scène improvisée. Ils buvaient debout, la tête renversée, avec des gestes larges, presque théâtraux. Ce n’était pas la soif qui les guidait, mais le plaisir d’être vus en train de boire.
Leurs costumes étaient impeccables — trop bien coupés pour ces grimaces-là — et c’était précisément ce contraste qui les amusait. On pouvait encore être respectable et faire le pitre, parce que le monde semblait tenir tout seul.
Emile levait le bras comme on lève un argument définitif : pas exactement un toast, plutôt une ponctuation joyeuse adressée à l’instant lui-même. Ils buvaient comme on affirme une certitude, sans imaginer qu’un jour ce geste deviendrait un souvenir, ou pire, une nostalgie.

Les femmes étaient restées assises. Marguerite regardait cette agitation avec une indulgence exercée ; Louise commentait à mi-voix. Leurs robes flottaient un peu plus qu’autrefois, juste assez pour laisser passer l’air. Elles tenaient leurs “cigarettes” sucrées avec une élégance discrète qui n’avait pas besoin de s’expliquer. Elles savaient — sans encore le dire — que les choses changent rarement d’un coup.

Au centre, André s’ennuyait, et cela se voyait. Un ennui calme, appliqué, presque studieux. On l’avait placé là ; il y restait. Son ennui était peut-être la chose la plus moderne de toute la scène.
L’horloge indiquait 11h13. Mais André avait cessé de la regarder depuis longtemps. Il était bien sûr 23h13, et personne ne comptait plus le temps, sauf moi. 
J’ai déclenché alors, presque par politesse pour cette pendule qui continuait à faire son travail.


Ma photo


Dans cette ambiance de fin de repas, j’avais quitté ma place à table et pris mon appareil. Marguerite avait haussé les épaules, Louise m’avait souri. Elles savaient que je préférais regarder.
J’ai pris la photographie avec le petit Kodak Vest Pocket que je venais d’acquérir et auquel je m’étais facilement faite. Il tenait dans la main, se glissait dans une poche, et offrait une liberté nouvelle : plus besoin d’ordonner, de faire poser, il suffisait d’attendre que les choses se mettent en place et de savoir saisir l'instant.
Le tirage a été fait sur un papier au ton chaud, ce qui donne à l’image cette belle couleur sépia. La photographie est petite — huit sur dix centimètres — presque modeste. Elle oblige à s’approcher. Le verso est resté muet. Le laboratoire n’a ajouté aucun nom, aucune date, comme si l’image devait parler d’elle-même.


Le tire-bouchon


Et le tire-bouchon ? Voilà la question.

Il n’est pas sur la table. Ce n’est pas un oubli : c’est une règle. Le tire-bouchon est un personnage de passage. Il travaille, puis il disparaît. Il ouvre la bouteille, donne le signal de la suite, et s’éclipse avant qu’on ait le temps de le remercier. Jules l’avait reposé quelque part, j’en étais sûre.

Je crois même savoir où il est passé. Non par divination, mais par habitude. Je l’ai vu souvent circuler, puis quitter le champ, comme quittent le champ tous les objets utiles : un tiroir, une poche, un coin de nappe, une main prudente. Hors cadre, mais pas hors histoire.

C’est pour cela que l’on me demande souvent de prendre les photographies. Comme le tire-bouchon je joue mon rôle, puis je m’efface. Je cadre et déclenche quand l’essentiel est déjà en train de disparaître.
Je ne suis pas sur l’image. Il fallait bien que quelqu’un reste de ce côté-ci, pour regarder sans lever le verre. 

Et les collectionneurs le savent mieux que quiconque : les meilleurs tire-bouchons sont ceux dont on ne se souvient pas sur le moment, parce qu’ils font exactement ce qu’on attend d’eux — ouvrir, sans se faire remarquer.

C’est là sans doute notre paradoxe : rendre visible l’outil invisible, donner une histoire à ce qui, par nature, s’efface. Il n’y a pas de tire-bouchon sur cette photographie. Et pourtant, il est partout — dans la bouteille déjà ouverte, dans les gestes trop sûrs d’Émile, de Jules et de Paul, dans la table après le fromage, dans la frange du lustre, dans l’heure exacte indiquée par la pendule, et jusque dans l’ennui patient d’André.


Où est passé le tire-bouchon ?
Dans un tiroir, probablement.
Dans la mémoire, certainement.


-/-



Henriette, Salvatore, M & IA

mercredi 31 décembre 2025

VOEUX 2026, SIX INSOLITES ET SIX MEILLEURS TIRE-BOUCHONS 2025

 

Amis blogueurs, bonjour et bonne fin d'année 2025 !


J'espère que vous vous en êtes rendu compte par vous-même... tant ça a influé sur notre vie quotidienne ! Et que vous avez aimé ?
Vous vous rappelez ? 2025 était une "année carrée parfaite" :
Le nombre 2025, m'avait dit mon copain "prof de Maths", est en effet le carré de la somme de tous les chiffres du système décimal : 
(0 + 1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6 + 7 + 8 + 9)² = 2025. 
Et c'est aussi la somme des cubes de tous les chiffres du système décimal : 
(0³ + 1³ + 2³ + 3³ + 4³ + 5³ + 6³ + 7³ + 8³ + 9³) = 2025.

Et dire qu'on va perdre tout ça !... et que 2026 ne rime à rien !!


Mais bon... bonne année 2026 quand même à tous les blogueurs !


Comme chaque année, je vais partager avec vous mes six meilleurs tire-bouchons trouvés en 2025, mais d'abord, comme l'an dernier, vous proposer mes "Six insolites 2025".


-/-


"Six insolites 2025"


Les objets insolites m'attirent comme autant d'aimants : en voici six que je vous laisse essayer d'identifier (le premier et le dernier ont été présentés récemment sur le blog).





1. Tube en bois se terminant par deux disques creux. L'instrument mesure 17,5 cm de long. Il n'a pas sa place en cuisine... 

2. Structure ovoïde en fil de fer, avec petite ouverture et crochet à la base. Il a sa place en cuisine...

3. L'objet est tout en fer et enferme...

4.Une couronne en fer plat, une lame pivotante courbe. Lui a sa place en cuisine, tôt le matin...

5. L'élégance d'un oiseau, deux lames en tête, une en queue. Mais lui n'a plus sa place en cuisine...

6. Celui-là dansait jadis pour mesurer...


Ces "Six insolites" ne vous résisteront pas longtemps : j'espère que vous m'enverrez vos propositions détaillées à l'adresse mail du Blog :
leblogdestirebouchons@gmail.com
Et vous pouvez aussi m'envoyer vos "Six insolites 2025" si vous le voulez !


Et maintenant, les tire-bouchons...


-/-


Mes "Six meilleurs 2025"


2025 était une année carrée parfaite, mais pour moi ce fut aussi "l'âge du bronze" ou du moins... des poignées en bronze :





-/-


A l'année prochaine pour de nouveaux articles sur l'Histoire et les histoires, petites ou grandes, des tire-bouchons, des bouteilles et des bouchons et de leurs amis : nous allons poursuivre l'aventure encore un peu !



M


vendredi 26 décembre 2025

ENIGMA N° 86 : TIRE-BOUCHON JP, J.C.P., J.H.P. ... SUITE ET FIN (?)

 

Amis blogueurs, bonsoir !


Les membres du Club Français du Tire-Bouchon ont reçu leur cadeau de Noël, L'Extracteur n° 117.
Un vrai plaisir : la revue, comme toujours, est de grande qualité !



L'Extracteur n° 117 - décembre 2025


Mais ce numéro apporte aussi un éclairage certainement définitif sur notre 

Cf. aussi, notre second article :

Rappelons que le sujet concernait le marquage d'un tire-bouchon appartenant à un lecteur assidu, François Touzin :




PARIS J.C.P. sur une face


J.P. Bté S.G.D.G. et couronne, 
le tout inscrit dans un cercle dentelé


Nous en étions arrivés à conclure que ce tire-bouchon avait été fabriqué par Jacques Pérille pour Jules Piault entre 1876 et 1879.
Mais nous n'avions pas plus réussi à découvrir qui se cachait derrière le "C" de J.C.P., qu'à expliquer de façon définitive le "H" de JHP.


-/-


Jacques Courcelles Pérille


Dans un article qui vient de paraître dans L'Extracteur, Daniel Jallageas, membre du C.F.T.B., spécialiste de Pérille, et certainement lecteur du Blog des tire-bouchons, nous apporte les réponses : 
- Daniel a su trouver que Jacques Pérille se faisait parfois appeler Jacques Courcelles Pérille, marquant même ses manches à gigot des lettres J.C.P. : cette explication est une véritable avancée ! Jacques Pérille ajoutait au sien le nom d'une personnalité du berceau familial, Joigny, sans que ne soit établi le lien familial. 
C'est sous ce nom qu'il signe comme témoin au mariage de son frère cadet Benjamin Pérille en 1867, ou à celui de sa belle-sœur Mathilde Regniaud dix ans ans plus tard. 



Mariage de Mathilde Regniaud, belle-sœur de Jacques Pérille.
(Document retrouvé par Daniel Jallageas).


Et c'est encore ce même nom qui est utilisé dans son avis de décès en 1903...  
J.C.P. correspond, à n'en pas douter, à Jacques Courcelles Pérille !

- Et cette découverte renforce évidemment l'hypothèse que le "H" de JHP puisse correspondre à l'initiale du nom de jeune fille de sa mère, Madeleine Hattier... 
JHP correspondrait à Jacques Hattier Pérille !

Merci à Daniel Jallageas !


-/-


Les tâtonnements de Jacques Pérille en matière de marquage en témoignent, il cherchait à identifier au mieux ses fabrications.
- Le marquage "EXPOSITION" de son tire-bouchon à hélice en 1876, trop circonstanciel, n'était ni satisfaisant, ni durable.
- Le cercle dentelé et les initiales J.P. de Jules Piault l'auront vraisemblablement inspiré, comme en témoigne l'utilisation ultérieure du cercle dentelé, sauf qu'il lui était évidemment impossible de reprendre ces deux seules lettres "J" et "P", d'où probablement le "J.C.P."
- Le "compas d'or", enseigne de sa quincaillerie, a remplacé avantageusement la couronne de Piault.
- Et les trois lettres soudées "JHP" sur les indications mêmes de Jacques Pérille ne pouvaient appartenir qu'à lui !



Dépôt de marque du 26 février 1879 (INPI)

"La dite marque se compose des lettres J H P groupées comme ci-contre et pouvant être reproduites seules, ou en combinaison avec un cercle, un compas, etc ... etc".


-/-


Il me reste à remercier tous ceux qui se sont efforcés de résoudre cette énigme, particulièrement François Touzin, Lionel Belhacène, Bernard Devynck et bien sûr Daniel Jallageas !



M






Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...