dimanche 7 juin 2026

ENIGMA N° 90 : CANNES DE METIER : VOS REPONSES

 
Amis blogueurs, bonjour !

Vous n'avez pas été longs à apporter vos réponses à notre 

ENIGMA N° 90 : DEUX CANNES DE MÉTIER




Voici vos propositions.


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Concernant la canne droite :
Rappelons que :
- elle est probablement française, comme le montre son marquage "mètre",
- elle comporte une virole à une extrémité et un embout ferré à l'autre, 
- elle mesure un mètre (graduations tous les centimètres et subdivisions en décimètres).

Jacky y a vu "une canne de drapier ou de marchand de tissus".

Pour Marc, c'était peut-être "une canne servant pour tirer un échantillon dans un tonneau" ? Genre "vrille des accisiens", "accisien" étant un belgicisme pour désigner un agent du service de contrôle des alcools.
Une autre idée était qu'il s'agissait peut-être d'une "canne de chef militaire".

Tomas a pensé qu'il pouvait s'agir d'une canne de paysan "graduée permettant de mesurer la taille de l'herbe de pâturage, peut-être pour décider de débuter la récolte du foin".

Bernard a d'abord pensé à une velte de jaugeage des tonneaux, par "déformation de collectionneur imbibé", nous dit-il. Mais comme il possède plusieurs veltes, il sait que ce n'est pas la bonne réponse. 
S'appuyant sur la présence des graduations, il rejoint Jacky pour proposer à son tour "une canne de drapier", appelée également "aune de drapier". Il précise que l'aune, mesure des étoffes de 0.676 à 1.118, a été supprimée en 1840. 

Pour mémoire, j'avais déjà évoqué ici les aunes de drapier en 2021. 
"En Alsace, l'aune de mariage ou aune de mariée était le cadeau traditionnel que devait faire le promis à sa jeune fiancée. C'était là le gage que celle-ci serait bonne épouse et bonne couturière ; et de fait une belle aune servait une vie entière, voire se transmettait de génération en génération.


Son nom était celui d'une unité de mesure ancienne : l'aune drapier, pièce de bois ou de métal utilisée par les drapiers et, par extension, par les couturières pour mesurer les tissus.
La mesure était locale, l'aune de Paris valait d'ailleurs approximativement le double de l'aune drapier alsacien. L'aune alsacienne avait une longueur totale d'environ 66 cm, mais la partie utile, graduée, ne mesurait qu'environ 54 cm.
Le fiancé se devait de faire en fonction de ses moyens autant que de l'amour qu'il portait à sa promise. Il pouvait acheter ou, mieux, fabriquer et personnaliser son cadeau et certaines aunes richement décorées sont aujourd'hui très recherchées."


Au terme d'un dernier échange, et avec un indice de plus, Bernard m'a donné la solution : une canne de bucheron pour mesurer des stères de bois.
Pour être plus précis, cette canne est généralement dite canne à cuber ou canne à stérer (un stère de bois = 1 m3), destinée à contrôler le volume de bois affoué :



Utilisation de la canne à cuber (M & IA)


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Concernant la seconde canne, à poignée recourbée :
Nous savons qu'elle est marquée "Meter" (origine germanique ?), possède aussi un embout ferré et est dotée d'une poignée courbe et fendue à son extrémité.
Le fût est gradué de haut en bas, de 0 à 80 cm (+ 10 cm jusqu'à l'extrémité de l'embout ferré) et est rainuré depuis la base de la poignée jusqu'à l'embout.
La rainure cache une tige plate en fer, longue de 40 cm, pouvant pivoter et s'insérer dans la fente de la poignée pour former un angle droit.

Un autre Marc, brocanteur à Metz, m'avait expliqué qu'il s'agissait d'une canne de maquignon, destinée à mesurer la hauteur des animaux au garrot. J'avais enregistré sans pour autant bien comprendre la façon d'utiliser l'équerre, inadaptée à des animaux de grande taille : chevaux, bœufs...

Bernard confirme : "ta canne est une canne de maquignon, avec deux usages : la canne en elle-même servait à guider ou faire avancer les animaux, l'ingéniosité de la toise pliante permettait la mesure et hauteur (au garrot??). Certaines cannes de maquignon étaient dotées d'un rehausseur vertical de la toise pour adaptation à la hauteur des animaux." 



Vu sur eBay


Soit, il s'agirait donc d'une canne pliante de maquignon, probablement d'origine germanique, destinée à vérifier rapidement la taille d'animaux domestiques de petite taille : veaux, moutons, porcs, éventuellement petits équidés... en les faisant passer sous la toise lors des foires et transactions.



Mais même l'IA doute... !


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Bernard ajoute que les cannes sont nombreuses selon les métiers et corporations : canne de bourrelier, de drapier, canne de scribe écrivain, canne de géologue avec poignée marteau, et d'autres.....
Il nous renvoie à deux ouvrages :
- "Les cannes à système - Un monde fabuleux et méconnu" par Catherine Dike :




- "La Canne. Objet d'Art" par Catherine Dike et Guy Bezzaz :





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Une canne à cuber ou stérer donc et peut-être une canne de maquignon, mais d'une utilisation mal établie...
Merci aux contributeurs !
Et surtout, je crois que les conseils de lecture de Bernard sont les éléments les plus utiles de cet article !



M

lundi 1 juin 2026

ENIGMA N° 90 : DEUX CANNES DE MÉTIER

 

Amis blogueurs, bonjour !


Me voici de retour, doté d'une nouvelle prothèse du genou et, temporairement, d'une paire de béquilles.




Des béquilles, des cannes en somme ? ... de là m'est venue l'idée de vous proposer une nouvelle énigme :

ENIGMA N° 90 : DEUX CANNES DE MÉTIER


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Ce ne sont pas des cannes dissimulant épée ou tire-bouchon, toujours recherchées par les collectionneurs...



3 cannes tire-bouchons,
collection Jean-Paul Boussat dispersée par la Maison ADER en juin 2022



Non. Mais parmi les objets insolites qui toujours me fascinent, je possède deux cannes professionnelles, lesquelles intriguent parfois aussi mes visiteurs et ce sont des cannes à système quand même :





Toutes deux sont dépourvues de marquage permettant d'identifier un fabricant. Le bois n'a rien d'exotique : hêtre, frêne ou noisetier ? Ce ne sont pas des cannes de promenade, encore moins de parade, ce sont de simples accessoires nécessaires au quotidien de ceux qui les utilisent.
Et le mieux est de vous les décrire.


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- La première est ferrée à une extrémité et peut donc servir de canne de marche. Cependant le fût mesure un "mètre" - marquage en français - et est gradué en centimètres, le "0" se trouvant en haut de la canne et le "100" au niveau de l'embout ferré.





Haut de la canne : marquage "1 mètre" et début des graduations


Bas de la canne : embout ferré et dernières graduations



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- La seconde, également ferrée, est dotée d'une poignée de marche, dont l'extrémité est fendue. 
Le fût, marqué "Meter" (anglais ou allemand), est également rainuré depuis la base de la poignée jusqu'à l'embout. Il est gradué de 0 à 80 cm (+ 10 cm jusqu'à l'extrémité de l'embout ferré).
La rainure cache une tige plate en fer, longue de 40 cm, pouvant pivoter et s'insérer dans la fente de la poignée pour former un angle droit.





Haut de la canne : marquage "1 mètre" et début des graduations, à partir de "0"


Dans la rainure du fût, une tige métallique longue de 40 cm et pouvant pivoter



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A qui et à quoi servaient-elles ?
J'imagine que cette double énigme ne vous résistera pas longtemps et j'espère que vous me ferez part de vos propositions de solutions : je ne manquerai pas de les publier.

Brocantes et tire-bouchons attendront encore un peu !



M

dimanche 24 mai 2026

LES MINISTRES DU VIN

 
Amis blogueurs, bonjour !


Avec l'aide de mon fils, j'ai retrouvé une fable inédite, peut-être attribuable à Jean de la Fontaine. 
Rappelons en effet que Jean de la Fontaine, né en 1621 et décédé en 1695, est contemporain de l'invention du tire-bouchon.

Je vous partage cette fable :


LES MINISTRES DU VIN





Un Tire-bouchon neuf, de sa mèche armé,
Se croyait dans l’office un ministre estimé.
Il disait à la table, aux verres, à la nappe,
Qu’il n’est point de plaisir qu’enfin il ne décape.

 
« Sans moi, point de banquet, point de joie au dessert,
Point de vieux bourgogne, aucun flacon ouvert ;
Le vin le plus exquis, sous le liège qui le garde,
Attendrait vainement qu’une main le hasarde.

 
Je fais tout, disait-il ; je délivre au palais
Ce qu’un long soin couvait dans l’ombre des celliers.
La cave me doit tout ; et la bouteille même
N’est qu’un coffre inutile, à moins qu’on ne m’y mène. »

 
Une Bouteille alors, reposant à l’écart,
Lui répondit tout bas, mais d’un ton plein d’égard :
« Monsieur, votre secours est sans doute fort utile ;
Mais gardez de donner trop d’orgueil à la mèche subtile.

 
Vous entrez par un col que d’autres ont fermé ;
Vous servez un instant, puis l’on vous met de côté.
Le vin que l’on savoure, et que la table admire,
N’est ni dans votre acier, ni dans ce que vous tirez.

 
C’est moi qui l’ai gardé durant l’hiver, l’année ;
Le bouchon m’obéit, la cave m’a soignée.
Vous venez au dernier, fort propre à l’accident ;
Mais vous n’êtes, après tout, que l'aide d’un moment. »

 
Un Bouchon dit alors : « Je garde et je me tais ;
Monsieur vient à la fin, et se vante après.
Sans moi, point de repos pour le vin qu’on admire ;
Tu prends toute la gloire, et n’arrives qu’au pire. »

 
Le Tire-bouchon, piqué, reprit avec chaleur :
« Aide, soit ; mais sans moi, tout dort dans la langueur.
Le meilleur des flacons, sans ma mèche hardie,
Vieillit pour le néant dans sa mélancolie. »

 
La Bouteille repart : « Je ne vous nie point ;
Chacun a son emploi, son mérite et son soin.
Mais l’outil qui se vante oublie en sa manie
Qu’il n’est rien par lui seul, s’il ne sert compagnie. »

 
Un vieux Verre, témoin de ce petit débat,
Dit : « Chacun de vous tous a son utile état.
La bouteille conserve, le bouchon fait barrage ;
Le tire-bouchon survient, et d’un tour le dégage. »


Morale


Ils se disputaient tous l’honneur de la victoire ;
Le vin, pendant ce temps, se passait de leur gloire.






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Merci à Hugues, Sylvain et l'IA réunis,


M

lundi 11 mai 2026

SAUVETAGE D'UN TIRE-BOUCHON ZOOMORPHE BORGNE PAR JOSÉ CARDOSO

 

Amis blogueurs, bonsoir !


Voici l'histoire d'un lapin borgne auquel notre ami José Cardoso a miraculeusement rendu la vue :



J'avais acheté naguère ce joli tire-bouchon zoomorphe : le lapin créé, non pas par Georges Féret ou Eugène Volynkine, mais par Grégoire Goloubkof... ce que j'ignorais alors. 

Malheureusement, à peine arrivé, Jeannot Lapin est devenu la risée de ses copains, les deux ânes qui braient derrière lui, parce qu'il était  borgne !





J'ai bien pensé à lui mettre un bandeau pour cacher son orbite vide, mais il n'a pas vraiment la tête d'un pirate...


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Et puis je me suis souvenu de la visite faite il y a quelques années à un membre du Club Français du Tire-Bouchon, le regretté Georges Féret, tabletier-sculpteur, notamment de tire-bouchons figuratifs, et de sa passion pour les matériaux utilisés durant sa longue carrière : macassar, palissandre, galalithe, bakélite, rhodoïd... ou les milliers d'yeux en verre coloré qu'il avait conservés.
Georges Féret n'est plus, mais il a formé et nous a laissé un héritier spirituel : José Cardoso, "le" spécialiste des tire-bouchons "pisseurs" : c'est donc vers lui que je devais me tourner pour lui demander s'il ne disposait pas d'une paire d'yeux pour mon petit lapin.

Contacté, José a d'abord évoqué la paternité de ce lapin, me renvoyant au Dictionnaire du tire-bouchon français de Gérard Bidault :
Gérard Bidault nous y apprend en effet que Grégoire Goloubkof, d'origine russe, dessinateur de talent, a travaillé avec Georges Féret, avant et après un intermède au "Souvenir Moderne", entreprise créée par André Desroches. Il a dessiné et réalisé beaucoup d'animaux et quelques autres personnages humains. 
José ajoute : il est le seul à avoir utilisé les yeux en galalithe : ses pièces sont donc reconnaissables.

Surtout, José m'a proposé beaucoup mieux : si je lui adressais notre Jeannot Lapin, il était disposé à l'opérer dans sa clinique et même à nous fournir des photos de l'intervention !
L'ambulance a livré le patient et le Professeur Cardoso a opéré. 
Laissons-le nous présenter lui-même son compte rendu :


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"D’après notre ami Georges Féret qui vouait une grande estime pour Grégoire Goloubkof et ses talents de dessinateur et sculpteur, Grégoire Goloubkof a réalisé des sculptures d'animaux en bois pour son propre compte. Pour se différencier de ses patrons et ne pas être tributaire de l'achat des yeux en verre, ce qui à l'époque représentait un certain budget, il a mis au point une méthode de fabrication des yeux entièrement en galalithe ou "gala". 
A l'époque trouver de la galalithe blanche (pour l'iris de l'œil) et noire (pour la pupille) était courant. Il a choisi le diamètre de 4 mm pour l’iris et 1,5 mm pour la pupille, j'imagine qu' il trouvait certainement de la gala noire de 1,5 mm en bâton prêt à l'emploi."



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L'intervention


Première étape : 
"J'ai nettoyé la cavité de l’œil pour enlever les traces de colle ou impuretés qui s'y étaient accumulées.
J'ai aussi vérifié la profondeur et le diamètre (4 mm / 4 mm)."




Deuxième étape : mise aux dimensions des bâtons de gala :
"De nos jours c'est très difficile de trouver cette matière en bâtons, mais j'ai eu la chance il y a quelques années d'acheter un lot de plusieurs coloris dans lequel il y avait un bâton de gala blanche de 4 mm de diamètre ; hélas pour le noir il fait 12 mm de diamètre : il faut donc le débiter en lamelles pour le ramener à un diamètre de 1,5 mm. C'est un travail assez délicat et fastidieux, mais pas le choix !!!"




Troisième étape : l'ris de l'œil
"J'ai collé un petit morceau de gala blanche de 5-6 mm de longueur.
J'ai utilisé pour cela de la colle à bois d'extérieur, qui a une bonne résistance a l'humidité. 
Ensuite, après séchage, j'ai arasé la gala blanche à fleur du bois."








Quatrième étape : la pupille
"J'ai scié une lamelle de gala noire, dans laquelle j'ai taillé un cylindre de 1,5 mm de diamètre et 5 mm de longueur."





 
"A ce stade, j'ai percé l’iris de l'œil à 1,5 mm de diamètre et ai inséré et collé la gala noire de la pupille."






"J'ai arasé la pupille et ce fut la fin des travaux !!! (ouf).
Je pouvais contrôler le résultat et fêter un nouvel objet "sauvé" de la disgrâce... avant son retour dans sa famille !"


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Que dire de plus ? Sinon merci José, et pour la réparation, et pour les explications !



Les ânes ne font plus les malins !



Merci Doc José !



M

jeudi 7 mai 2026

MUSEO VIVANCO DE LA CULTURA DEL VINO

 
Amis blogueurs, bonsoir !


Chose promise, chose due : voici mon compte rendu - très subjectif - de la visite du Musée Vivanco à l'occasion du Congrès CFTB 2026 :

Museo Vivanco de la cultura del vino




Notre nouveau Président, Loïc Bahuet, devant le car des congressistes


Il existe des musées où l’on apprend. Et d’autres où l’on reconnaît soudain, derrière des objets familiers, toute une civilisation. Le Museo Vivanco de la Cultura del Vino appartient clairement à cette seconde catégorie.




Dès l’arrivée, le regard est happé par le paysage. Le musée est installé au cœur de l’immense domaine viticole de la famille Vivanco, parmi les vignes pierreuses de la Rioja qui encerclent le village de Briones, posé au loin sur sa hauteur, presque immobile dans la lumière printanière. Rien d’ostentatoire. Le musée semble au contraire vouloir s’effacer dans le vignoble qui l’entoure. Et c’est sans doute déjà une manière d’annoncer son propos : ici, le vin est d’abord une histoire de terre, de temps et d’hommes.

Je ne saurais trop vous recommander la lecture du livre-guide Museo Vivanco de la Cultura del Vino que vous pouvez acheter à la boutique de la Bodega :




Vous y découvrirez l'aventure de la famille Vivanco ainsi qu'un aperçu des riches collections exposées dans les nombreuses salles du musée.

L’architecture intérieure mérite d’ailleurs qu’on s’y attarde. Les longs couloirs de circulation sont habillés extérieurement de bois courbe, tandis que leurs parois intérieures sont peintes dans de profondes teintes lie-de-vin. L’ensemble évoque discrètement l’intérieur d’un tonneau ou les douelles d’une barrique géante. Ce choix architectural, à la fois sobre et immersif, accompagne parfaitement le propos du musée : le visiteur ne traverse pas seulement des salles d’exposition, il chemine littéralement à l’intérieur de l’univers du vin.



Les œuvres antiques côtoient celles des peintres modernes. Les objets de piété de la mythologie gréco-latine voisinent avec ceux des religions monothéistes. Les matériaux les plus rares composent avec le bois et la pierre. On oscille sans cesse du plus noble au plus humble, évocation de peuples entiers...



Rafael Vivanco


Nous avons eu le privilège d’être accueillis par Rafael Vivanco qui représente avec ses frères Pedro et Santiago la quatrième génération Vivanco. Sa présence donne immédiatement un ton particulier à la visite. Pas de discours récité. Pas d’emphase. On sent très vite l’homme cultivé, francophile quand il le faut, habité par ses collections, attentif autant aux objets qu’aux histoires qu’ils transportent avec eux.

Mais bouteilles et tire-bouchons m'appelaient !


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Les bouteilles


Le parcours commence très loin de la bouteille moderne. Amphores méditerranéennes, jarres anatoliennes, céramiques archaïques : les premiers contenants rappellent que le vin a d’abord circulé dans la terre cuite avant d’habiter le verre.



Le Museo Vivanco possède un remarquable ensemble de bouteilles anciennes présenté avec une rare intelligence chronologique. Dès les premières vitrines apparaissent plusieurs bartmannskrug, ces grès germaniques déjà évoqués ici rappellent combien l’histoire du contenant du vin plonge ses racines bien avant la généralisation du verre. Et puis surgit, presque comme une apparition fondatrice, la fondamentale bouteille « shaft and globe », invention de Sir Kenelm Digby, avec son verre sombre, sa silhouette ramassée, sa panse sphérique et son col élégant cravaté d'une collerette, qui marquent une étape essentielle dans l’histoire de la bouteille moderne.



Une bouteille « shaft and globe », inventée par Sir Kenelm Digby, 
mais cet exemplaire est hollandais, XVIIe siècle, précise François Touzin.


Les vitrines permettent ensuite de suivre, siècle après siècle, la lente stabilisation des formes. On voit apparaître les bouteilles type « oignon » ou « maillet » anglaises du XVIIIe siècle, encore basses et ventrues, puis les modèles hollandais plus allongés, avant les silhouettes cylindriques qui finiront par s’imposer.


      


On s’attarde longuement devant ces alignements silencieux. La scénographie est particulièrement réussie : les bouteilles émergent de la pénombre comme des objets archéologiques tout juste sortis de fouilles. 
Certaines semblent lourdes, presque trapues ; d’autres prennent déjà cette élégance verticale annonçant la bouteille contemporaine. À plusieurs reprises, je me suis surpris à revenir sur mes pas pour comparer une épaule, une teinte, un goulot, ou simplement la manière dont la lumière traversait le verre.

Le musée présente également plusieurs bouteilles remontées d’épaves, couvertes de concrétions marines, dont la présence introduit soudain une autre dimension : celle du transport maritime et du commerce du vin. Ces objets ne racontent plus seulement le contenant, mais le voyage.




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Les tire-bouchons


Et puis viennent les tire-bouchons. La salle qui leur est consacrée impressionne immédiatement par son ampleur. De grandes vitrines courbes déroulent des centaines de modèles dans une présentation claire, élégante et parfaitement lisible.



Le musée ne présente pas le tire-bouchon comme un gadget de cave ou un simple accessoire publicitaire. Il retrouve ici son véritable statut : celui d’objet technique autant que culturel, définitivement lié à l’évolution du bouchage, du transport du vin et des usages de table.


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Les installations vitivinicoles... une cathédrale !


La visite se prolonge ensuite dans les installations vitivinicoles du domaine. Et le contraste est saisissant. Après les amphores antiques, les bouteilles soufflées et les tire-bouchons anciens, le visiteur découvre soudain l’extrême modernité des équipements actuels. Machines à vendanger, systèmes d’égrappage, cuveries inox, pressoirs pneumatiques et chaînes de vinification témoignent d’une maîtrise technique impressionnante.
Puis viennent les chais. Immenses salles souterraines, alignements de barriques, perspectives monumentales soutenues par de puissantes colonnes, lumière chaude glissant sur le bois : l’architecture des caves Vivanco possède quelque chose de presque théâtral, mais sans ostentation inutile.







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Finalement il faut reconnaître qu’il est difficile, pour un amateur de bouteilles anciennes et de tire-bouchons, de rester raisonnable dans un pareil endroit. 
On avance de vitrine en vitrine avec les meilleures intentions du monde… avant de s’attarder beaucoup plus longtemps que prévu, oubliant et le groupe et le guide !

Au fond, le musée Vivanco réussit surtout une chose assez rare : donner envie de ralentir. On pensait visiter un musée du vin ; on se surprend finalement à examiner pendant plusieurs minutes une statue de Dionysos, une œuvre d'art contemporaine, un bouteille bordelaise "Défendu d'en laisser" ou de rares tire-bouchons en se disant qu’on aurait bien aimé repartir avec. 

C’est probablement le meilleur compliment que l’on puisse adresser au Museo Vivanco : on y entre par curiosité, on en ressort avec l’envie de regarder autrement les objets du vin que l’on croyait connaître depuis longtemps... l'envie aussi d'y retourner !

Mais le temps est venu de la dégustation - avec modération - des vins de la Rioja des domaines Vivanco :



Servis par notre guide !





M


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