lundi 2 mars 2026

NETTOYER DES TIRE-BOUCHONS OXYDÉS PAR ÉLECTROLYSE



Amis blogueurs, bonjour !


Interrogé sur ma façon de nettoyer des tire-bouchons ou autres objets en fer oxydés, j'ai communiqué à quelques proches mon utilisation très empirique de l'électrolyse, inspirée de la méthode d'un ami collectionneur de clés à molette.

Comment je fais ???


Evidemment, il faut pouvoir utiliser un bac à électrolyse et le plus simple est peut-être d'en fabriquer un.

Les images qui suivent sont celles de mon bac à électrolyse : il a beaucoup servi et son état s'en ressent : la rouille l'a "légèrement" coloré !
Pour la circonstance, je l’ai vidé, notamment de cette rouille qui s'accumulait au fond ; je l'ai démonté, nettoyé (inox brossé particulièrement) et ai essayé de montrer les étapes de sa fabrication avant sa remise en service. Chacun pourra s'inspirer à sa guise de ce petit tutoriel.

Voici le matériel nécessaire pour en fabriquer un :
- un bidon plastique grande taille (le mien est un bidon de 20 litres), avec orifice près d’une face (pas centré) et bouchage hermétique,
- une électrode en acier inoxydable,
- un panier plastique genre range-couverts,
- un chargeur de batterie,
- 3 ou 4 pinces crocodile reliées au chargeur de batterie.

Fabrication :
- La face du bidon la plus proche de l’orifice doit être découpée pour obtenir un bac de la plus grande contenance possible.
- Le bouchon doit être remis en place, en s’assurant qu’il ferme bien.
- Le bac est posé à l’horizontale, bouchon dans la partie supérieure.

 


Ici : mon bac, l’électrode inox et la grille plastique


- Il faut découper une tôle d’inox (ou autre objet en inox) et l’adapter au fond du bac : mieux l’anode ainsi fabriquée épouse la forme, et mieux c'est. Les coins sont pliés et relevés pour supporter la grille plastique à venir.
- On relie l’anode inox au chargeur de batterie en veillant à ce que la partie qui sera immergée dans le liquide soit bien isolée électriquement (axe métallique protégé par un manchon isolant et vissé).
- On adapte la grille plastique (range-couvert, grille de peintre…) aux dimensions du bac. Son but est d’éviter le contact entre les objets à nettoyer et l’anode inox. Il faut prévoir une découpe pour permettre le passage de la liaison électrode-chargeur. La grille plastique est ensuite suspendue aux bords du bac par des crochets en "S" bricolés. 

 

Anode en place, angles relevés, liaison électrique protégée établie avec le chargeur



Grille plastique en place, suspendue par 4 crochets


- Anode (inox) et cathode (pinces crocodile) sont reliées aux deux bornes du chargeur de batterie.
- On remplit le bac d’eau.
- On introduit les objets à nettoyer en les reliant aux pinces crocodile. On peut aussi en ajouter en veillant à ce qu’ils soient en contact les uns avec les autres et bien immergés.



Ici une doloire, fortement oxydée


- On ajoute des cristaux de soude (j’utilise la lessive... Saint-Marc, forcément !) : une tasse environ (15 à 20 cl) pour commencer. J’en ajoute 3-4 cuillers à soupe les fois suivantes. L'expérience permet de mieux ajuster le dosage.

 

Addition de cristaux de soude


- Tout étant branché, on observe pendant quelques instants pour vérifier le bon fonctionnement : des bulles doivent commencer à apparaître à la surface, signe que l’électrolyse a commencé.

 

Premières bulles


- Je lance généralement l’opération en fin d’après-midi et arrête le processus 12 à 24 heures après pour en apprécier le résultat. 
Si l’oxydation était prononcée, il faut alors sécher les objets, puis les passer à la brosse tournante.



Et finalement, la doloire a de l'allure !


- La finition se fait par polissage et lubrification des mécanismes.


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Peut-être utilisez-vous une meilleure méthode ? N'hésitez pas à nous la proposer.
Je présenterai prochainement un exemple de nettoyage d'un tire-bouchon.



M

mardi 24 février 2026

LA TOURNERIE GROSFILLEX FRÈRES


Amis blogueurs, bonjour !


Il est un type de fabriques dont nous ne parlons pas souvent, alors qu'elles ont pourtant produit massivement des tire-bouchons parmi d'innombrables autres objets, tels que jouets, pipes, ustensiles de cuisine, accessoires d'outils..., ce sont les tourneries sur corne et/ou sur bois de l'Ain et du Jura.



Tournerie sur corne et bois.
Musée de la tournerie de Lavans-lès-Saint-Claude (Jura)



Je vous propose d'en évoquer une aujourd'hui :

La tournerie GROSFILLEX FRÈRES à ARBENT


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Les Frères Grosfillex, spécialistes de la chasse aux ours ?


J’avais cru un instant les avoir retrouvés au début de mes recherches...
Selon les journaux de l’époque, Joseph Grosfillex (1806-1863) et ses frères étaient des spécialistes de la chasse à l'ours. Joseph aurait tué dans sa longue carrière de chasseur une cinquantaine d'ours à lui seul. 
Oui, sauf que c’était à Gex, et non à Arbent où allait être créée la tournerie Grosfillex !


En réalité :

1927 : trois frères, Auguste, François et Jean Grosfillex, fils d’agriculteurs, ouvriers dans la tournerie Piavoux, se mettent à leur compte et créent leur propre tournerie de bois à Arbent, dans la banlieue nord de l’agglomération d’Oyonnax (Ain).
- Joseph Alexandre Auguste Grosfillex (1896-1944) sera arrêté et fusillé par les occupants allemands en 1944 : son acte de décès porte la mention « Mort pour la France ».
- Son cadet, Eugène François Grosfillex (1901-1948), ne lui survivra que quatre ans.
- Le benjamin, Jean Joseph Grosfillex (1909-1991), aura une vie sensiblement plus longue, même si elle se terminera par un accident. 

Leur "Fabrique de Tournerie Bois et Buis" a pour raison sociale : 
Grosfillex Frères à Arbent.



Le logo de Grosfillex Frères


La tournerie utilise le buis et de nombreuses autres essences de bois, mais aussi la galalithe ou "pierre de lait".
Ce sont des pinces à linge, des brosses, des coquetiers, des jouets (jeux de comptoir, bilboquets, yo-yo…), des boutons de tiroir ou encore des manches d’outils qui font connaitre l’entreprise Grosfillex Frères.



Les Echos 26 novembre 1937



Annuaire de la Quincaillerie et  des métaux Grosfillex 1938


Dès les débuts, la croissance est forte et le management de l’entreprise est apprécié pour son dynamisme.



1936 : enterrement de la semaine de 48 heures  
(https://www.grosfillex-expert.com)

 
Après la guerre et le décès de ses frères, Jean Grosfillex fera prendre à l’entreprise familiale le tournant de la résine de synthèse ou PVC en 1954. et déposera plusieurs brevets, dont l’un des plus connus est le brevet FR1090688 du 01.04.1955 pour un bac à plantes, incluant pot et soucoupe (réserve d’eau). 



Jardinière à roulettes Grosfillex en plastique orange - années 1970


Un neveu, Raymond (1927-2015), fils de Eugène François Grosfillex, prend le relais à la tête de l’entreprise et dépose à son tour de nombreux brevets pour des menuiseries plastiques et des éléments de mobilier (chaises, fauteuils, tables... en tous genres) produits dans les deux usines de la « Plastic Valley » de l’Ain, à Oyonnax-Arbent et Montréal-la-Cluse, vingt kilomètres plus au sud.



Publicité Grosfillex
Magazine "Elle", 3 octobre 1955



Chaises Grosfillex, fabrication actuelle
(Site de l’entreprise)


A l’aube des années 2000, l’entreprise, leader des menuiseries extérieures, est présente dans 80 pays, avec cinq sites de production en France, aux États-Unis et au Brésil, et compte 1200 salariés dont 550 en France.


Mais après le décès de Raymond Grosfillex, la famille décide de mettre en vente l’entreprise. 98 ans après sa fondation, elle est cédée au fonds de retournement EIM Capital en date du 1er décembre 2025.


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Les tire-bouchons Grosfillex


On ne connait que deux modèles, visibles sur la publicité suivante reprise dans  la revue du CFTB, L'Extracteur N° 47 de décembre 2006 :
- un tire-bouchon en « T », manche tonneau,
- un tire-bouchon en buis à cloche et hélice.



Publicité Grosfillex 1948
(Cahier L'Extracteur N° 47 de décembre 2006)


Le tire-bouchon tonneau semble bien anonyme. 
Le modèle à cloche et hélice est plus caractéristique, mais nous ne l'avons quand même pas retrouvé et devrons nous contenter de reprendre l'illustration parue dans un autre numéro de L'Extracteur :



Cahier de L'Extracteur N° 55 de décembre 2008 (pages 5 et 12)


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Peut-être possédez-vous ce tire-bouchon Grosfillex ? Je serais heureux d'inclure dans cet article les photos que vous voudriez bien m'adresser.

Et puis, il y eut l'appel de Tomás... et voici des photos de son tire-bouchon Grosfillex :



On notera la mèche archimédienne...


Merci beaucoup Tomás !



M



mercredi 11 février 2026

WILLIAM HOGARTH : "LA MACHINE SUPERBE POUR SERVIR DE TIRE-BOUCHON"

 

Amis blogueurs, bonjour !


Je vous avais proposé il y a quelques années de nous intéresser aux tire-bouchons représentés dans les œuvres du peintre anglais William Hogarth. J'y avais notamment consacré un développement dans mon livre Le tire-bouchon aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Fort d'une nouvelle analyse, je vous propose de revenir sur le tableau The Inspection, troisième d'une série de six, intitulée Marriage-a-la-mode, pour mieux examiner le tire-bouchon pris dans son contexte.

Voici donc :

William Hogarth : "la machine superbe pour servir de tire-bouchon"


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Hogarth dans l’Angleterre géorgienne


Rappelons tout d'abord que William Hogarth (1697-1764) est né à Londres et y a passé l’essentiel de sa vie.
Franc-maçon, il est décrit par les historiens d'art comme un homme libre et un philanthrope engagé. 
Artiste graveur autant que peintre talentueux, mais aussi homme d'affaires avisé, il diffuse ses œuvres par le procédé de la gravure, et les protège en obtenant à son profit la mise en place du copyright.
[Note : The Engraving Copyright Act 1735 ou Hogarth's Act protège les producteurs de gravures : la loi interdit de tirer des estampes d'art sans l'accord contractuel de l'auteur.]



The Painter and his Pug
Autoportrait par William Hogarth
(Tate Gallery, Londres)

 
Hogarth a largement contribué à émanciper la peinture anglaise des influences étrangères, particulièrement par ses séries de tableaux où se succèdent des scènes de genre racontant les travers de personnages contemporains, connus du public londonien. 
Il s'est construit explicitement en opposition au modèle artistique français dominant au XVIIIe siècle. 
La peinture académique française, codifiée par l’Académie royale, hiérarchisait les genres entre peinture d’histoire, portrait, scène de genre, paysage, nature morte, privilégiant les sujets antiques ou bibliques, et une esthétique fondée sur l’idéalisation.
Lui revendique une peinture du présent, du quotidien, du trivial même. Il ne peint ni héros antiques ni scènes mythologiques, mais des avocats, des médecins, des prostituées, des aristocrates endettés, des marchands enrichis. 
Cette opposition est à la fois esthétique, morale et politique.

L'œuvre de Hogarth est indissociable de la ville de Londres, devenue au XVIIIe siècle l’un des grands centres économiques, commerciaux et intellectuels de l’Europe. 
L’Angleterre géorgienne est une société profondément marquée par l'importance du commerce, l’essor d’une bourgeoisie urbaine, la mobilité sociale et une relative liberté de la presse et de l’image. Contrairement à la France, où la production artistique est largement contrôlée par les institutions académiques et la cour, l’Angleterre offre un espace plus ouvert à l’initiative individuelle. Hogarth s’y inscrit pleinement, et son expérience de graveur le conduit à penser ses œuvres pour un public élargi, urbain, lettré, amateur d’images, capable de lire une gravure comme on lit un texte.
Pour lui, Londres n’est pas seulement un décor : c’est un organisme vivant, traversé par les flux d’argent, de marchandises, de maladies, de croyances et de pratiques sociales, une société confrontée à des réalités très concrètes : promiscuité urbaine, alcoolisme, prostitution, maladies vénériennes, pratiques médicales incertaines, autant de faits de société qu'il observe avec l'acuité d'un ethnologue. 


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La série Marriage-a-la-mode



L'ensemble des six tableaux peints par Hogarth est intitulé Marriage a-la-mode, dans le "franglais" de l'époque. Il constitue une satire moralisatrice et grinçante d’un tragique mariage de convenance et d'intérêt entre noblesse dépravée et désargentée et bourgeoisie arriviste prête à tout.... 
Et la France est plus qu'égratignée dans cette œuvre !



Hogarth : Marriage a-la-mode
(Wikipédia : National Gallery Londres)


La série suit une progression rigoureusement construite :
1. The Marriage Settlement : le contrat, décision initiale, froide et calculée.
2. The Tête à Tête : les premiers signes du désordre moral et financier dans le couple.
3. The Inspection : l’inscription des conséquences de la dépravation chez le jeune marié.
4. The Toilette : la mondanité dévoyée dans le paraître et le spectacle chez la jeune mariée.
5. The Bagnio : entre mari et amant, l'explosion des tensions et la rupture irréversible.
[Note : le terme bagnio désigne, dans l’Angleterre du XVIIIe siècle, un établissement combinant bains, chambres et lieux de rencontres clandestines.]
6. The Lady’s Death : issue tragique, la mort de la mariée, présentée comme un suicide.

Et c'est au troisième tableau qu'apparaît le tire-bouchon.


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Le tableau The Inspection



La scène se déroule dans un cabinet médical, espace étroit, fermé, oppressant : aucune fenêtre ouverte, aucune échappée visuelle vers l’extérieur. Le spectateur est enfermé avec les personnages.



Gros plan sur les quatre personnages du tableau


La composition est construite autour d’un noyau central formé par quatre figures principales : le jeune marié, la prostituée et la maquerelle, en consultation chez le médecin.

- Le jeune aristocrate, stigmate de la maladie visible au cou, est le seul à être assis, signe de faiblesse physique et morale. Entre menace et ironie, il brandit sa canne et tend une boîte de pilules à la maquerelle, tandis qu’une boîte identique est placée à dessein sur le fauteuil, entre ses jambes.
La double présence de la pilule indique, sans que le doute soit permis, la syphilis, le "mal français" dont est atteint le jeune marié. Mari trompeur, il accuse cependant la maquerelle de tromperie quant à la pureté de la jeune prostituée. 
Ce motif du "mal français" est récurrent dans The Inspection. Il ne s’agit pas seulement d’une désignation médicale de la syphilis, mais d’un marqueur idéologique. En Angleterre, la maladie vénérienne est volontiers associée à la France, perçue comme décadente, libertine et moralement corrompue. Hogarth exploite cette association avec ironie : le jeune aristocrate anglais, censé incarner un ordre social supérieur, se révèle contaminé, physiquement et moralement.

- La jeune prostituée a une attitude d’apparente innocence. Son expression est presque naïve. Elle tient elle aussi dans la main une boîte de pilules : est-elle porteuse de la maladie ? Hogarth laisse planer le doute, mais l’innocence affectée de la prostituée contraste avec la culpabilité du jeune noble : la hiérarchie morale attendue est inversée.

- L'imposante maquerelle qui avait dû garantir que la demoiselle "était parfaitement innocente et exempte de toute espèce de gallicisme" *, porte elle-même les stigmates de ce "mal français". Son visage est altéré, tandis que son maintien est agressif. Elle surjoue l'indignation et ouvre un couteau pour en menacer le comte.
[ * Source : Hendryk Jansen, biographe de William Hogarth]

- Le médecin n'est pas à son avantage : posture, traits du visage, teint, vêtements relèvent plutôt de la caricature. Occupant une position excentrée, il prend le temps de nettoyer son lorgnon et observe avec curiosité, ni choqué ni compatissant : il n'est que dans l’exercice de sa fonction.
Les contemporains ne pouvaient que reconnaître Jean Misaubin, médecin huguenot français réfugié à Londres, chirurgien-barbier reconnu, dont le cabinet, établi au 96 St Martin's Lane, était un véritable Museum, chargé de symboles. Franc-maçon comme Hogarth, Misaubin a souvent été moqué pour ses manies, son penchant pour l’alcool et son fort accent français. Ses pilules destinées à guérir les maladies vénériennes lui valurent le surnom de "Monsieur de la Pillule" (sic). 

Le cabinet de Misaubin, immédiatement reconnaissable par le spectateur, est encombré d'une collection de curiosités, en plus du crâne ou memento mori cher aux francs-maçons ou de la dent de narval... "corne de licorne" aux vertus de contrepoison. Ce type de mise en scène du savoir était fréquent chez les praticiens désireux d’affirmer leur statut intellectuel.
Parmi tous les objets présents, ceux disposés à droite nous intéressent plus particulièrement : deux machines et un traité.


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Une machine superbe pour servir de tire-bouchon


Le titre du traité ouvert en page de garde nous renseigne :
"EXPLICATION DE DEUX MACHINES SUPERBES
L’UN POUR REMETTRE L’EPAULES
L’AUTRE POUR SERVIR DE TIRE-BOUCHON
INVENTES PAR MONSIEUR DE LA PILLULE
VUES ET APPROUVEES PAR L’ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES A PARIS."
[orthographe respectée]



Explication de deux machines superbes...


L'ironie de Hogarth est patente : "Monsieur de la Pillule" n’est pas seulement un médecin : il est aussi inventeur, auteur et promoteur de machines d'une telle complexité que cela justifie un traité en deux volumes, approuvé par l’Académie royale des sciences à Paris.
Le livre ouvert n’est pas tenu en main ni consulté, il est exposé, lisible, presque exhibé, pour fonder l'autorité de Misaubin. 
La machine à remettre les épaules est dressée, prête à l'emploi, entre cordes de traction et engrenages.

Celle destinée à servir de tire-bouchon est posée sur le sol, au premier plan du tableau. 


... L'autre pour servir de tire-bouchon


La machine proposée par Hogarth, et curieusement posée au sol, évoque davantage un instrument mécanique, voire médical, qu’un accessoire destiné à la table. On distingue un dispositif de blocage de la bouteille - ici une mallet bottle -  en position verticale, une base très stable, deux montants latéraux destinés au guidage de la mèche insérée dans le bouchon et actionnée par une manivelle... mais le dispositif est-il vraiment fonctionnel ?
Cette forme singulière fait pourtant écho à d’autres instruments présents dans l’univers médical de l’époque. Le peintre se serait-il inspiré de la terebra, instrument utilisé pour la trépanation ? 


terebra ?


On y retrouve en tout cas et le style et une même logique mécanique : une base assurant la stabilité, des montants destinés au guidage, et une vis centrale permettant une progression lente et contrôlée dans une matière résistante.

Il serait sans doute excessif d’affirmer que le tire-bouchon de Hogarth est la représentation directe d’une terebra. En revanche, l’hypothèse d’une filiation formelle est difficile à écarter. Les instruments de trépanation sont abondamment illustrés dans les traités de chirurgie des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, et Hogarth, observateur attentif - et souvent critique - du monde médical, ne pouvait les ignorer.



Terebra 
Source : piratesurgeon.com


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La scène de genre The Inspection est située dans le cabinet de Misaubin, médecin français buvant beaucoup et le tableau est traversé par les thèmes de la maladie, de la médecine et du charlatanisme : le choix fait par William Hogarth d’un tire-bouchon à l’allure quasi chirurgicale prend alors sens.

Mais qui nous le fabriquera ?



et un peu d'I.A...gination !



mercredi 4 février 2026

LES TIRE-BOUCHONS VENDUS PAR HAUËT & VIDAL

 
Amis blogueurs, bonjour !


Voici, comme annoncé, la suite de notre article consacré à la saga des grossistes CHOPIN, FOULQUIER, EYMAR, HAUËT, VIDAL, LEROUX, WITTMER.
Cf. :

Seuls dans cette saga, HAUËT et VIDAL ont proposé des tire-bouchons, dans les années 1890, d'où notre titre :

LES TIRE-BOUCHONS VENDUS PAR HAUËT & VIDAL


Deux Tarifs, chronologiquement proches, le N° 41 de 1890-1891 et le N° 45 de 1892, actualisé entre 1893 et 1896, nous les présentent.

Il convient cependant de se rappeler que les tire-bouchons occupent un espace réduit parmi les milliers de références proposées par ces Tarifs.
 
Ils y avoisinent les abreuvoirs pour basse-cour, les biblorhaptes, les écouanes ou les fouillots (vous connaissez ?), les lanternes de ville, les marquises, les plats à barbe ou à escargots, les révolvers et sabres-manchettes, les tabourets à eau bouillante, ... ou bien encore l'enclume des familles, les chenets à tête Alsace, Lorraine, la cible homme-tonneau et le tricycle !



Je vous propose trois définitions : Vous, vous saviez sûrement, mais d'autres non (et c'est mon cas !) :
Biblorhapte : Sorte de classeur possédant une reliure mobile, mécanique ou non, le biblorhapte est généralement utilisé pour ranger des documents ou des lettres.
Écouane : Grande lime plate à une seule rangée de tailles non croisées dont se servent les tabletiers, les ajusteurs de monnaie ou les ébénistes. 
Fouillot : Pièce d'une serrure percée d'un trou destiné à recevoir la tige carrée du bouton double ou de la béquille, et portant un bras destiné à transmettre son mouvement.

Nos Tarifs présentent donc de nombreuses nouveautés, au point qu'on découvre même l'éclairage à l'électricité, en page 760 du Tarif N° 75 !


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Tarif N° 41 de 1890-1891
(Document Bernard Devynck)


Trois pages, 171, 172 et 173, sont consacrées aux tire-bouchons et aux forets-coups de poing. Les références vont du n° 3459 au n° 3550.



Page 171


Page 172


Page 173


On peut y voir des modèles émanant de fabricants très différents, tels :
- Pérille : Commercial JP, Hélice, Bascule, Bélière, Bague, Étoile, Crémaillère...,
- Guichard : Excelsior,
- Mestre : crochet,
Génot et Gunther (breveté en 1887 avec additif de 1888),
- Pecquet assurément, aux mèches taillées ou façonnées, mais difficilement repérables sur ces illustrations de petite taille,
ainsi que des modèles importés : anglais type Thomason, Lund, Lew...


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Tarif N° 45 de 1892
(Document Marc Ouvrard)


Quatre pages, 477, 478, 479 et 480, sont consacrées aux tire-bouchons et aux forets-coups de poing. Toutes les références ont été revues. Elles vont maintenant du n° 9391 au n° 9486.



Page 477


Page 478


Page 479


Page 480


On retrouve la même diversité de fabricants avec, parmi les nouveautés :
- le Diamant de Pérille,
- le Phénix de Guichard,
- un modèle de poche pliable (pantographe) type Hollweg,
- une carte de tire-bouchons Leboullanger (L.B.)


Carte tire-bouchons "L.B."


On note une discrète rectification entre les deux tarifs :
Concernant un tire-bouchon Pecquet, une erreur manifeste apparait dans le Tarif N° 41, page 171 : le n° 3475 est intitulé "Manche dés à jouer", alors que la gravure montre un "Manche découpé". 
Cette erreur est rectifiée dans le Tarif N° 45, page 477 : le même modèle, devenu le n° 9404, est cette fois dit à "Manche découpé", avec les mêmes termes qu'utilise Pecquet dans ses catalogues :



L'erreur est signifiante : le Manche dit "dés à jouer" existait donc déjà et il est dommage qu'il n'ait pas été représenté. Il correspondrait peut-être à un tire-bouchon Pecquet que Lionel Belhacène avait appelé faute de mieux le "Domino" ?
Cf. le groupe Facebook créé par Lionel : Tire bouchons Pecquet et autres
Nous avons discuté tous les deux de cette erreur figurant dans le Tarif N° 41 et voici l'interprétation qu'en fait Lionel :
"[...] En effet, il est donc tout à fait possible que celui appelé "dés à jouer“ soit bien le ”Domino". Les dates collent aussi. Elliott présente le Damier dès 1888, même s'il faut attendre 1896 pour que Pecquet le mette sur son catalogue."



Collection Lionel Belhacène



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Mises à jour du Tarif N° 45, entre 1893 et 1896


Le 1er Cahier, de 1893 :
- acte deux hausses de prix, de 20% pour le vide-bouteilles n° 9119 et de 10% pour « Le Phénix » n° 9483,



- corrige une "coquille" concernant le prix de la douzaine d'hélices JP n° 9418 : "la douzaine 16,70". 
- annonce une nouveauté : le  n° 15853, tire-bouchon nickelé à cloche automatique mouvement continu brevet JP n° 1.900, pièce 1.76 :



Il s'agit bien d'une nouveauté puisqu'on reconnait là le Brevet n° 231.088 délivré à Jacques Pérille le 3 octobre 1893, soit quelques mois après la parution du Tarif N° 45 de 1892.


Les Cahiers suivants, de 1894 à 1896, reprennent ces modifications et proposent en plus à la vente deux beaux modèles dus à Pecquet :
- le tire-bouchon à hélice nickelé n° 337 : L’Etincelant, en boîte, pièce 1.80,
- le tire-bouchon à hélice nickelé n° 374 : Le Parisien Breveté, en boîte, pièce 3.10 :




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Merci à Pascale, Bernard et Lionel pour leur aide précieuse.
Je vais maintenant pouvoir oublier un peu les tire-bouchons pour feuilleter plus longuement mon Tarif N° 45, et m'offrir un voyage à la Belle Epoque !



M

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