Amis blogueurs, bonsoir !
Voici le deuxième article consacré à L'énigme du noyé au "tirbouchon".
Le lien ci-après vous permet de retrouver mon premier article :
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2. Le sauveteur héroïque
Ce jeudi 06 octobre 1768 vers 16h30, la marée commençait de se retirer.
C'est à ce moment que le Chevalier de Caligny, depuis le chemin de douane, aperçut en contrebas un homme en train de se noyer.
Le devoir commandait, il lui fallait faire l'impossible pour sauver cet homme.
L'article de la Gazette précise que le Chevalier "attira [l'homme] sur le rivage, & le fit porter dans le corps-de-garde de Luc qui étoit proche. Malgré tous les secours qu’il reçut sur le champ du Château de Luc, & le grand feu qu’on fit pour le réchauffer, il ne fut pas possible de lui sauver la vie".
Mais qui était le Chevalier de Caligny ? Et que faisait-il là ?
Hubert François Guillaume Le Marchant de Caligny, dit le Chevalier de Caligny, était le fils cadet de Pierre Paul Le Marchant de Caligny, seigneur de Luc.
Né le 19 novembre 1748, Hubert n'avait donc pas encore vingt ans le 6 octobre 1768, mais sa carrière militaire avait déjà commencé.
Avec son frère Philippe Paul Aimé Le Marchant de Caligny, de deux ans son aîné, il avait été admis dans la seconde compagnie des Mousquetaires de la Garde du Roi : les fameux Mousquetaires noirs, ainsi nommés à cause de la robe de leurs chevaux.
Revue de mousquetaires noirs dans la plaine des Sablons,
Paul-Ponce-Antoine Robert de Serry, 1729. Versailles.
Les deux frères resteront Mousquetaires jusqu'à la dissolution des deux compagnies en 1775, après l'avènement de Louis XVI.
Hubert et Philippe n'avaient pas eu la moindre part dans leur nomination. Elle n'était due qu'aux manigances et sollicitations de leur père, Pierre Paul Le Marchant de Caligny, récent seigneur de Luc : le fief avait été acquis vingt ans plus tôt seulement, en 1746. Pour lui, tous les moyens étaient bons pour asseoir une noblesse encore contestée, particulièrement par le clergé local, et rechercher de nouveaux bénéfices.
Et forcément cette double nomination n'était pas allée sans commentaires dans la Compagnie de Mousquetaires !
Il s'agissait d'ailleurs d'une histoire recommencée. Une génération plus tôt, le même Pierre Paul, fils unique de Nicolas Philippe Le Marchand de Caligny, n'avait dû sa nomination de capitaine à Ouistreham, dans la Compagnie de Beuville, qu'à l'influence de son père, conseiller au Présidial de Rouen et commandant la compagnie de Lion.
Ce titre de capitaine valait à Pierre Paul la charge d'officier de la garde-côtes, charge qu'il avait déléguée à son fils ce jour-là : Hubert ne se promenait pas sur le chemin de douane, il encadrait des paysans garde-côtes et surveillait l'éventuelle approche de vaisseaux de la côte normande, quand il se porta au secours du noyé.
[Concernant le service de guet des garde-côtes :
Les activités agricoles mobilisaient pleinement, non seulement les hommes, mais aussi les femmes et les enfants. S'y ajoutait pour les hommes le fastidieux service obligatoire du guet dans la milice garde-côtes.
Les paysans n'aimaient pas ce service dangereux : ils tournaient habituellement le dos à la mer et ne savaient généralement pas nager.]
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L'auteur des articles
La situation de la famille Le Marchant, devenue de Caligny, nous livre l'identité de l'auteur des articles parus dans les Annonces, affiches et avis, puis dans la Gazette.
Le récit répété s'achève d'ailleurs sans ambiguïté. Son auteur explique qu'en donnant au public le signalement de l'inconnu, il n'a pas voulu passer sous silence "cet acte d'humanité" du chevalier de Caligny.
"… il n’est point d’obstacle pour un cœur vraiment grand".
Tout s'éclaire : c'est à Pierre Paul Le Marchant de Caligny et à ses relations dans la Gazette qu'on doit ce récit !
Le noyé justifiait à peine la publication d'un signalement ; son sauvetage permettait de célébrer le jeune Caligny. Pour ce mousquetaire qui n'avait pas encore vingt ans, ce sauvetage manqué constituait paradoxalement un premier fait d'armes... en temps de paix.
Cela valait bien de tordre un peu la réalité : le Chevalier "se promenait le long des côtes de Luc", les garde-côtes ne sont que des "paysans qui n'étoient pas éloignés", les secours sont venus "sur le champ du Château de Luc"...
Le récit hagiographique, répété à l'envi, contribue dans l'esprit de Pierre Paul Le Marchant de Caligny à asseoir la noblesse de sa famille.
Il en délivrera même une version "améliorée", reprise dans le Dictionnaire de la Noblesse, rédigé avant 1783 par Aubert de La Chesnaye Des Bois, pour ajouter à la gloire des Le Marchant de Caligny.
Disputant aux religieux le titre de seigneur patron de la paroisse, et du même coup le droit de justice, le drame lui offrait en outre une occasion d'affirmer son ascendant, mais allait-il exercer ce droit de justice ?
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L'inconnu au "tirbouchon", lui, semblait avoir été vite oublié !
A suivre.
M

























