samedi 28 mars 2026

LA GRANDE DIVERSITÉ DES TIRE-BOUCHONS À AIGUILLE


Amis blogueurs, bonjour !


Le sujet du jour concerne

La grande diversité des tire-bouchons à aiguille


Un ami brocanteur m'a mis dans les mains à Arlon (Belgique) un tire-bouchon que je n'ai pas osé refuser : la BOUCHONETTE ! 
J'ai souri et remercié : cultiver une relation durable entre vendeur et chineur est parfois à ce prix !
L'achat m'a rappelé mes débuts de collectionneur quand ce type de tire-bouchons à aiguille me surprenait encore. 

Cependant, rentré chez moi, je me suis dit que je tenais là un sujet d'article pour le blog : ces tire-bouchons sont certes modestes, mais réunissent finalement bon nombre de modèles et représentent bien les années 60, entre matériaux et couleurs. 


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Principe de fonctionnement


Le principe des tire-bouchons à aiguille est constant, il s'agit d'injecter de l'air ou un gaz en dessous du bouchon jusqu'à ce que la pression exercée le soulève :
- de l'air en pompant manuellement, 
- ou du gaz comprimé, à partir d'une recharge de gaz inerte ou d'une cartouche de protoxyde d'azote.




[Mise en garde : Le protoxyde d'azote ou N2O, utilisé dans le domaine médical (anesthésie) et en pâtisserie (crème chantilly), dit aussi gaz hilarant, est particulièrement dangereux quand il est détourné de son utilisation : c'est une drogue euphorisante et hallucinogène, à l'origine de nombreux accidents.]


Les brevets pris pour des tire-bouchons à aiguille sont le plus souvent d'origine suisse (nombreux de 1963, particulièrement) comme nous l'avait appris le regretté Hajo TÜRLER. 
Cf. son opuscule : Brevets Suisses de Tire-bouchons par Hans J. TÜRLER.
Ajoutons que la revue du CFTB, l'Extracteur, avait consacré un dossier à ces tire-bouchons, dès son n° 14 d'octobre 1998.


Voici quelques exemples de tire-bouchons à aiguille : vous jugerez vous-même de leur diversité.

[Note : les photos ont parfois été reprises des plateformes marchandes, à titre d'illustration.]


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BOUCHONETTE




Le modèle est bien marqué sur le bouton poussoir noir BOUCHONETTE et MADE IN SWITZERLAND. Le mode d'emploi, en quatre langues, indique :
1. Enfoncer l'aiguille au travers du bouchon.
2. Tenir la bouteille d'une main et de l'autre pomper en actionnant la poignée jusqu'à ce que le bouchon sorte.
3. Si le bouchon ferme bien, 2 ou 3 coups de pompe suffiront. Dans le cas contraire, incliner la bouteille de sorte que le liquide humecte le bouchon. Pomper un peu et ce dernier sortira.
Brevet suisse 390 072 de 1963 par René Besançon, Bienne.


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CORKETTE


C'est au site de l'ami Jacky Corbel, Les tire-bouchons de Rebel-TB, que j'emprunte la définition de la CORKETTE : 
 "Poignée pompe en matière plastique. Il suffisait d'introduire l'aiguille et la faire traverser le bouchon, puis de pomper, l'air insufflé dans la bouteille faisant une pression verticale sur le bouchon." 




Tire-bouchon à air fabriqué par Spong Co.LTD BASILDON ESSEX. REGG DESIGN N°912910/1 de 1963. 


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CORKEX


Le "tire-bouchon automatique" CORKEX :




Fonctionnement manuel.
Autre brevet suisse, 390 072 déposé en 1963 par René Besançon.


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CORK BOY


Le CORK BOY, tire-bouchon à cartouche de gaz :




Brevet suisse 369 674 déposé en 1963 par Serge Mourreau et Marcel Gonnet.


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CORK JACK


"Air Cork Extractor" CORK JACK.
Le mode d'emploi (en anglais) déconseille de l'utiliser sur une bouteille de champagne ou autre boisson effervescente !!




Brevet allemand de Werner STREICHER pour EMIDE, fabriqué au Japon.


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CORK POPS


"The Original Cork Pops wine opener" :




CORK POPS, US Patent 3-085-454 par Stero Chem MFG Corp San Francisco.


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CORKY


Ce tire-bouchon à pompe manuelle, marqué CORKY et Made in Switzerland, est très commun : c'est un des tout premiers tire-bouchons que j'ai acquis il y a déjà une trentaine d'années.




Brevet suisse 403-526 de Franz TSCHAPPU, toujours fabriqué.


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PARTY JACK


PARTY JACK, multioutil à aiguille :
Combiné décapsuleur, perce-boîte, ouvre-boîte, coupe-papier d'aluminium et extracteur de bouchon à aiguille.


Stewi Party Jack Cork Remover 
(image http://www.bullworks.net/)


Brevet suisse 467 717 de 1967 déposé par Walter STEINER pour sa société STEWI.


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TIRVIT - PK


TIRVIT, tire-bouchon à gaz, avec recharge, décliné en plusieurs versions (blanche, noire, orange, argentée, dorée...) :




Modèle français créé par Marcel Pecazaux en 1965.


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ROCKET ?


En forme de roquette, "tire-bouchon mécanique pneumatique à cartouche de gaz carbonique"... une belle trouvaille présentée par Jacques Lapierre au Congrès du CFTB à Hyères en 2019 (Extracteur n° 92).




Brevet allemand 872 302 déposé en 1963 par Monopol-Werk Usbeck & Söhne.


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ÉPÉE brisée


Je possède aussi ce modèle que je crois assez courant, et qu'on me dit français. La poignée montre Saint-Michel terrassant le dragon... Un modèle qui ne manque pas d'intriguer mes visiteurs :






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Les modèles suivants, à cartouche de gaz, ont été dispersés par la Maison de Vente Valoir-Pousse-Cornet  le 16 mars 2023.


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SPARKLETS CORKMASTER et EMIDE

Lot 83 : Réunion de 2 tire-bouchons à aiguille et air comprimé :




- SPARKLETS CORKMASTER, brevet américain du 2 mars 1982 de Michio NAKAYAMA.
- EMIDE, modèle publicitaire pour la BISCUITERIE AMANDIER LYON. Brevet allemand de Werner STREICHER du 25 avril 1964 (Cf. aussi Cork Jack). 


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CORK JACK et CORK FLASH

Lot 84 : Réunion de 2 tire-bouchons à aiguille, à air comprimé, années 60.




- autre modèle CORK JACK, anglais... ou plus vraisemblablement déclinaison japonaise du Modèle allemand EMIDE (cf. ci-dessus).
- CORK FLASH, modèle français.


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CORK ACE et KISAG


Lot 85 : Réunion de 2 tire-bouchons à aiguille et injection de gaz. 




- CORK ACE, modèle anglais breveté
- KISAG AG BELLACH SWISS MADE.


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CORKAIRE et EMZO


Lot 87 : Réunion de 2 tire-bouchons pneumatiques à aiguille, années 60




- CORKAIRE SPEEDY CORK
- Tire bouchon pneumatique, air comprimé vintage EMZO QUICK.


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Quel inventaire à la Prévert : 
BOUCHONETTE, CORKETTE, CORKEX, CORK JACK, CORK BOY, CORK POPS, CORKY, PARTY JACK, SPARKLETS CORKMASTER, EMIDE, CORK FLASH, CORK ACE, KISAG, CORKAIRE, EMZO,TIRVIT - PK... et même une ROCKET et une ÉPÉE brisée !


Peut-être connaissez-vous d'autres modèles, des modèles italiens ou espagnols notamment ? Ou avez-vous plus d'éléments sur les brevets et les fabricants ?
Je serais heureux de pouvoir les ajouter en complément à cet article.


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Et puis il y eut le Congrès du CFTB à Vitoria-Gasteiz et la visite du domaine Vivanco, où nous pûmes y admirer - entre autres merveilles - d'autres tire-bouchons à aiguille :



à air...



et à gaz.


Je reviendrai sur le congrès du CFTB à Vitoria-Gasteiz dans un prochain article.



M


mercredi 18 mars 2026

L'HÉLIXOPHILE ET LE CONGRÈS

 
Amis blogueurs, bonjour !


Point de travail pour moi, je goûte enfin loisir ;
Mon aîné s’en est chargé, pour mon grand plaisir.
Je le laisse aujourd’hui vous conter quelque chose :
Une fable à sa façon — qu’il invente ou qu’il ose.


Voici donc, vu par lui,

L’hélixophile et le Congrès





Un Curieux disait : « Je vais au Congrès voir
Quelques beaux Tire-bouchons, et non point m’émouvoir.
Les clubs ont leur caquet, leurs disputes frivoles ;
Un bel objet suffit aux personnes moins folles. »

Il partit là-dessus, l’esprit ferme et content,
Se promettant d’être homme à juger froidement.
« Je verrai, disait-il, ce que chacun étale ;
Mais je ne suis pas né pour la ferveur banale. »

À peine fut-il là, qu’un voisin complaisant
Tira d’un écrin noir un objet séduisant.
C’était un vieux modèle, à mèche déliée,
Dont la poignée avait noble grâce alliée.

Notre homme, en le voyant, dit d’un ton retenu :
« La pièce est fort honnête, et le travail connu ;
J’en ai vu toutefois de fabrique plus sûre. »
Mais son œil, en parlant, mesurait la mèche et la monture.




Un autre alors montra, d’un air simple et discret,
Un tire-bouchon court, presque sans apparat ;
On l’eût cru fort modeste, et d’origine obscure :
Un ancien catalogue en sauva la figure.




On disputa longtemps le lieu, l’âge, le nom ;
L’un donnait pour auteur un habile compagnon ;
L’autre niait le tout ; un troisième, plus souple,
Disait : « J’en ai connu de même espèce en groupe. »

Un jaloux souriait d’un sourire approbateur,
Qui cache assez souvent l’aiguillon du cœur.
Tel louait une pièce, et tout bas, dans son âme,
Souhaitait que son maître en perdît un peu l’âme.

Un quatrième enfin, sans paraître y tenir,
Sortit de son carton un rare souvenir :
Petit tire-bouchon, mais d’invention si neuve,
Que chacun s’empressa d’en examiner l’épreuve.

« D’où vient-il ? — D’un grenier. — Songez-vous ! — Sans façon.
— J’en ai vu le cousin chez un vieux compagnon.
— La mèche en est tardive. — Au contraire, elle est fine.
— Le manche sent Paris. — Non, plutôt la province. »




Ainsi, de table en table, et de boîte en étui,
On se prit à montrer, reprendre, et dire : lui
N’a pas tout à fait tort, mais pousse un peu l’affaire ;
Celui-ci sait beaucoup ; cet autre veut trop plaire.

Notre homme, qui jurait de n’être point des leurs,
Corrigea deux erreurs, soutint trois controverseurs,
Admira malgré lui plus d’une trouvaille neuve,
Et sentit contre un autre une petite fièvre.

Car ce voisin heureux, d’un air presque innocent,
Possédait justement ce qu’il cherchait souvent :
Un modèle ancien, simple, avec juste patine,
Que notre Curieux eût volontiers mis en vitrine.




Il dit : « Belle rencontre. » Et son rival répondit :
« Bagatelle, Monsieur ; je n’y tiens qu’à demi. »
Ce mot fut entendu comme on entend une offense ;
Rien n’irrite un amateur autant que l’indifférence.

Le soir, chacun pourtant soupa fort civilement,
Loua les découvertes et parla doctement ;
On reprit les débats, les doutes, les querelles,
Mais le vin adoucit les pointes les plus belles.

Tel qui soutenait ferme un avis le matin
Convia son rival, le verre à la main ;
Tel autre, fort piqué d’une remarque un peu vive,
Riait une heure après d’une humeur moins chétive.

Notre homme, de retour, songeait en son logis
Aux modèles montrés, aux ressorts, aux avis ;
Mais plus encor aux voix, aux regards, aux visages,
Aux plaisirs de disputer entre gens du même usage.

Il convint en secret, d’un cœur simple et civil,
Que le Congrès lui-même avait plus qu’ un charme utile ;
Si le tire-bouchon du Congrès en est l’alibi,
Il sert surtout à voir se retrouver les amis.





Morale

On part pour les objets ; on revient par les hommes.



H, M & IA

dimanche 15 mars 2026

ARCHIVES DE L'INSTITUT D'ÉTUDES HÉLIXOPHILES APPLIQUÉES



Amis blogueurs, bonjour !



Ex cochlea veritas
De la vrille naît la vérité.


Chacun de nous sait la vigilance et la protection que nous apporte

l'Institut d’Études Hélixophiles Appliquées, 

le véritable "Conseil de l'Ordre" de notre corporation. 
Rappeler son histoire n'est cependant pas inutile.


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Fondation de l’Institut d’Études Hélicoïdales Appliquées


Conscients de l’intérêt universellement porté à ces curieux instruments que sont les tire-bouchons, plusieurs chercheurs et observateurs décidèrent, à la fin du XXᵉ siècle, de réunir leurs travaux au sein d’une institution commune.
C’est ainsi que fut fondé, en 1985 — selon la tradition admise par ses membres — l’Institut d’Études Hélixophiles Appliquées (IEHA).

L’Institut s'est donné pour mission d’étudier les instruments d’extraction du bouchon dans leur diversité technique, de documenter leur histoire industrielle et artisanale, d’observer les comportements des collectionneurs et de conserver les témoignages matériels et documentaires relatifs à ces objets.
Les résultats de ces travaux sont conservés dans les Archives de l’IEHA, sous la forme de rapports et d’observations cliniques.


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Les fondateurs de l’Institut d’Études Hélixophiles Appliquées (Paris, 1985).


Plusieurs érudits et amateurs d’objets techniques se réunirent en 1985, dans un entrepôt de Bercy à Paris, afin d’échanger leurs pratiques et observations. De cette rencontre naquit l’idée de constituer un cercle d’étude permanent, bientôt connu dans tout l'Occident, sous le nom d’Institut d’Études Hélixophiles Appliquées.
Le néologisme "hélixophile" fut adopté à la quasi-unanimité : il s'agissait d'affirmer la valeur de la passion partagée, n'en déplaise aux hélixophobes.

Les documents conservés dans les archives de l’Institut citent parmi les membres fondateurs :

Gérard Tirbien
Historien des techniques domestiques — Paris
Considéré comme l’initiateur du projet, il proposa de réunir les travaux relatifs aux instruments d’extraction du bouchon dans une publication commune qui deviendra plus tard les Archives de l’IEHA.

Docteur Armand Levrillé
Médecin — Lyon
Spécialiste des comportements addictifs.

Jean Hélicier
Ingénieur mécanicien — Saint-Étienne
Spécialiste des dispositifs et perfectionnements techniques.

Félix Tournebout
Négociant en vins — Beaune
Collectionneur passionné, il possédait déjà à cette époque quelques centaines de tire-bouchons différents, et apportait volontiers ses dernières trouvailles lors des réunions de l’Institut afin d’en nourrir les discussions.
Les procès-verbaux des premières séances mentionnent que son enthousiasme, parfois débordant, contribua largement à convaincre les membres de l’intérêt d’une étude systématique de ces instruments


Les travaux de ces premiers membres furent progressivement rassemblés dans les Archives de l’Institut d’Études Hélixophiles Appliquées, publiés sous la devise adoptée lors de la séance fondatrice : 
Ex cochlea veritas
De la vrille naît la vérité.

[Note : Selon la tradition de l’Institut, l’année 1985 est retenue comme date officielle de fondation, cependant certains documents laissent penser que les premières réunions informelles remontent à quelques années auparavant.]


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Le Comité Scientifique aujourd'hui


Composition du Comité Scientifique de l’Institut d’Études Hélixophiles Appliquées, mise à jour au 1er janvier 2026.


Membres du Comité Scientifique de l’Institut d’Etudes Hélixophiles Appliquées

Président
Professeur Gérard Tirbien,
Taxonomiste des instruments d’extraction du bouchon
Auteur du traité fictif : De Cochlearum Generibus (1992)

Membres titulaires du Conseil Scientifique de l’Institut d’Études Hélixophiles Appliquées :

Dr Armand Levrillé
Médecin-observateur des débuts addictifs
Responsable du programme : Pathologie des passions hélixophiles

Professeur Octave Labible
Linguiste des objets mécaniques
Spécialiste du vocabulaire technique et autres sabirs partagés par les patients

Capitaine Édouard Tournette
Chasseur-naturaliste des marchés aux puces
Responsable des observations de terrain et de l'exploration des caisses d’outils anciens.

Docteur Philibert Papier
Archiviste de l’Institut
Historien des brevets, catalogues et documents commerciaux relatifs au tire-bouchon.

Professeur Augustin Padvis
Historien des mécanismes
Étudie l’évolution technique des systèmes d'extraction.


Correspondant étranger
Sir Thomas Turnwell
Fellow of the Royal Society of Corkscrew Studies (Londres)
Spécialiste des brevets britanniques du XIXᵉ siècle.


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Avec le souci d'ouverture au monde qui le caractérise, le Président Gérard Tirbien a bien voulu me mettre en relation avec les membres de ce Comité Scientifique et m'autoriser à publier quelques-unes de leurs importantes contributions.
Les Archives de l’IEHA conservent en effet une série de rapports cliniques consacrés à l’étude des addictions hélicoïdales.
Ces observations cliniques examinent les différentes étapes de l’évolution du sujet exposé à cet objet technique singulier : de la simple curiosité jusqu’aux formes avancées de l’hélixomanie.
Voici le premier rapport :

 

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ARCHIVES DE L’IEHA
Institut d’Études Hélixophiles Appliquées
Service de pathologie des passions collectionneuses
Rapports cliniques sur les addictions hélixophiles


Rapport n°1 — Premiers signes d’addiction
Observation des sujets exposés au virus hélixophile
par le Dr Armand Levrillé, médecin-observateur des débuts addictifs


Il est difficile de déterminer avec précision le moment où un individu contracte cette affection.
Les observations que j'ai pu réunir au fil des années montrent cependant que la plupart des cas commencent de manière remarquablement banale. Le sujet découvre un tire-bouchon ancien — souvent dans une brocante, parfois dans un tiroir de famille  — et l’achète ou se l'approprie sans intention particulière. 
L’objet lui plaît. Il est ancien. Il possède une certaine présence. Rien de plus.



Tire-bouchon simple, ancien, élégant :
type d’objet souvent à l’origine du premier symptôme.


À ce stade, rien ne distingue encore le futur collectionneur d’un simple amateur d’objets anciens.
Pourtant, un premier signe apparaît presque toujours dans les heures ou les jours qui suivent. Le nouveau propriétaire examine l’objet. Non pas comme un simple outil, mais comme un mécanisme.
Il observe la vrille. Il regarde la façon dont elle est forgée. Il s’interroge sur la forme de la poignée. Il compare.
La question surgit alors, presque inévitablement : depuis quand fabrique-t-on des tire-bouchons comme celui-ci ?

C’est généralement à ce moment que la situation évolue.
Car la réponse, lorsqu’on commence à la chercher, ouvre un champ inattendu. On découvre que le tire-bouchon n’est pas un objet uniforme mais appartient à une famille extraordinairement variée : systèmes simples, mécanismes à levier, cages, dispositifs à vis, inventions parfois ingénieuses, parfois étranges ou incongrues.
Le nouveau propriétaire comprend alors que son objet n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres. 

La curiosité s’installe.
Dans certains cas — il faut le reconnaître — elle reste modérée. L’objet est rangé, admiré de temps à autre, puis oublié.
Mais dans d’autres cas, bien documentés, le sujet commet une seconde acquisition.



Modèle à anneau métallique : 
exemple d’objet susceptible de provoquer une seconde acquisition.


Ce second objet n’est plus acheté tout à fait par hasard. Il est choisi. On a remarqué une différence de forme, une autre manière de concevoir la vrille, un mécanisme particulier.
Le collectionneur ne s’est pas encore déclaré.
Mais il existe déjà.

Les dossiers cliniques montrent qu’à ce stade apparaissent également les premiers symptômes documentaires. Le sujet consulte la bibliographie comme l'hypocondriaque consulte un dictionnaire médical, il achète un premier livre. Il feuillette des catalogues anciens, le vieux Manufrance de ses grands-parents par exemple. Il examine d’autres exemplaires chaque fois qu'il le peut.
Il commence surtout à regarder les tire-bouchons d’un œil différent.
L’objet n’est plus seulement un outil ; il devient un témoin technique.

Les observateurs ont également noté un phénomène intéressant : le sujet reconnaît rapidement les tire-bouchons dans des environnements où les autres ne les voient pas. Dans une caisse d’outils, dans un lot de quincaillerie ancienne, dans un tiroir poussiéreux, dans un grenier encombré...
Cette faculté oculaire semble s’acquérir très vite.



Celui que les autres ne voient pas...


Il faut cependant rassurer le lecteur. À ce stade, l’affection reste bénigne. Le patient peut parfaitement mener une existence normale. Il peut posséder quelques tire-bouchons anciens sans que son entourage en soit véritablement affecté.

La prudence reste toutefois recommandée.
Car l’expérience montre que :
- l’exposition répétée à des objets intéressants, notamment dans les brocantes ou les collections d’autres amateurs, 
- la découverte sur les "spots de chasse" de concurrents arrivés avant eux,
- voire - pire encore - la manipulation trop fréquente de ces objets, 
peuvent accélérer sensiblement l’évolution de la pathologie.
Dans la plupart des cas observés, le passage au stade suivant survient avec l’apparition d’un phénomène linguistique particulier : de la même façon que les adolescents utilisent le langage SMS, le sujet commence à employer systématiquement un langage quasi codé et ignoré du plus grand nombre. Quelques exemples : vrille tordue, mèche lévogyre, chapeau de gendarme, cloche à piliers, bilame, pisseur...

Dans de rares cas, le sujet, déprimé devant l'ampleur de la tâche, cesse d'admirer le tire-bouchon pour frénétiquement l'utiliser.


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Indications thérapeutiques


Les observations accumulées permettent d’esquisser quelques mesures destinées aux sujets présentant les premiers symptômes.

La première consiste à détourner l’attention du patient par des activités de substitution. Certains praticiens recommandent par exemple de proposer au sujet l’étude d’autres objets techniques anciens : clés, cadenas, rabots, outils agricoles ou instruments de mesure.
Dans quelques cas isolés, cette méthode de diversion mécanique a permis d’éloigner temporairement l’intérêt du patient pour les dispositifs hélicoïdaux. 
On rapporte notamment le cas d’un amateur dont l’attention fut momentanément captée par une collection de vieux mètres pliants. L’effet thérapeutique ne dura cependant que jusqu’à la découverte, dans la même caisse d’outils, d’un tire-bouchon à double levier.

Une seconde mesure consiste à proposer au sujet une activité de substitution susceptible d’occuper ses dispositions naturelles d’observation et de classement. Certains thérapeutes suggèrent ainsi la photographie de brocante, la botanique appliquée aux talus ferroviaires ou encore la constitution d’un herbier de plantes communes.
Ces pratiques présentent l’avantage d’exercer les mêmes facultés d’attention et de patience que la chasse au tire-bouchon, tout en réduisant le risque d’acquisition impulsive.
Il convient toutefois de signaler que plusieurs patients ont profité de ces sorties botaniques pour explorer des greniers, dépendances ou remises agricoles, environnements dans lesquels la présence de tire-bouchons anciens reste statistiquement non négligeable.
Les résultats d'un tel traitement doivent donc être considérés avec prudence.

La troisième mesure, plus exigeante, consiste à persuader le patient de ne conserver qu’un seul tire-bouchon, choisi avec soin, et de renoncer à toute acquisition ultérieure.
Le principe repose sur une idée simple : si le sujet ne possède qu’un unique instrument d’extraction du bouchon, son intérêt pour les variantes mécaniques devrait progressivement s’atténuer.
Dans la pratique, cette thérapeutique s’avère difficile à appliquer. Les observations montrent en effet que le patient consacre alors une attention considérable à ce tire-bouchon unique ce qui l'amène à un interminable questionnement : il en examine longuement la vrille, le mécanisme, la fabrication... Il s’interroge bientôt sur les modèles comparables, puis sur ceux qui ont précédé ou suivi ce type particulier. Cette réflexion conduit presque inévitablement à la conclusion qu’un second exemplaire serait utile à titre de comparaison, ... quitte à le cacher au thérapeute.
Les archives de l’Institut signalent que cette prescription n’a, à ce jour, jamais été observée au-delà de quelques jours.
Dans un cas particulièrement remarquable, un sujet qui s’était engagé à ne conserver qu’un seul tire-bouchon finit par déclarer que la présence d’un second modèle était indispensable pour vérifier la bonne conservation du premier.
La thérapeutique dut alors être abandonnée.


En conclusion, il convient donc de reconnaître avec franchise que l’addiction hélixophile, une fois déclarée, ne connaît pas de véritable guérison.
Elle peut en revanche évoluer vers des formes remarquablement fécondes pour l’étude des instruments d’extraction du bouchon.
Et l’Institut d’Études Hélixophiles Appliquées ne saurait s’en plaindre.


Protocole de soins finalement retenu :


Après examen du cas présenté, l’Institut recommande au patient les mesures suivantes :
Examiner attentivement tout tire-bouchon rencontré dans son environnement naturel.
Comparer les mécanismes avec les modèles déjà observés.
Consigner les observations utiles dans un carnet ou tout autre document approprié.
Et, lorsque les circonstances l’exigent et que l’intérêt scientifique le justifie, procéder à l’acquisition de l’objet.
Cette prescription peut être renouvelée sans limitation de durée.


Signé :
Dr Armand Levrillé, médecin-observateur des débuts addictifs.

[Rapport transmis aux Archives de l’Institut d’Études Hélixophiles Appliquées
Sous la direction du Professeur Gérard Tirbien.
Comité scientifique : Levrillé – Labible – Tournette – Papier – Padvis – Turnwell.]


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Grâce au Professeur Tirbien, et avec l'accord des membres du Comité Scientifique que je remercie chaleureusement, j'espère pouvoir vous communiquer d'autres rapports sur l'évolution de cette addiction... commune.



M & IA



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