vendredi 26 juin 2026

LA SAGA REBATTET & BAROCHE... AVANT ET APRÈS : PREMIÈRE PARTIE

 

Amis blogueurs, bonjour !


La canicule depuis une semaine, Norvège - France ce soir et, courageusement, le blog reprend !

Dans l’Extracteur N° 117 de décembre 2025, Bernard Devynck avait consacré un important article à la saga Rebattet – Baroche, concluant sur la nécessité de recherches complémentaires, notamment sur les périodes précédant et suivant cette association REBATTET et BAROCHE.

L’occasion a fait le larron : j'ai acquis depuis peu le volumineux Tarif-Album N°8 de F. M. Rebattet, document auquel nous n’avions accès jusqu’alors que sur le net, via Gallica ou le site https://bibliotheques-specialisees.paris.fr/
Cet achat nous a décidés à reprendre ensemble les recherches sur l’histoire de l’entreprise. 

"Tout pourrait commencer par la création d’un comptoir de quincaillerie en 1839 regroupant plusieurs sociétés : C. Dupont & Rebattet, Ducoudré & Guichard, B. Delaune et Verret-Truffault réunies", écrivait Bernard, il y a quelques mois.
Nous sommes donc repartis à la recherche de ces sociétés, "avant et après Rebattet & Baroche" pour aboutir à cet article à quatre mains :

LA SAGA REBATTET & BAROCHE... AVANT ET APRÈS : 


Nous présentons ici la première partie de nos recherches : 

"L'avant Rebattet & Baroche".

"L'après Rebattet & Baroche" fera l'objet d'un prochain article;

Et le catalogue et ses tire-bouchons attendront encore un peu !

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Première partie : "L'avant Rebattet & Baroche"


Une fondation en 1834... ou de Dessant à Eeckhout

1834 Dessant Auguste, dit Dessant Aîné est identifié comme propriétaire d'une "Usine à vapeur pour la fabrication de ferronnerie et couverts métal aciéré". 
Son fils lui succède avant de s'associer avec Bernard Mathieu en 1867 :
Raison sociale : Société Dessant Fils et Mathieu
Objet : commerce de ferronnerie et articles de ménage
Siège : rue des Gravillers, 24, Cour de Rome, 9

1874 Bernard Mathieu reste seul.
Il communique sur sa fabrique de ferronnerie à Hirson (Aisne).


01.01.1874  Mathieu & Cie (Didot et Bottin)


1887 la société B. Mathieu est reprise par Lechevretel & Girot
Raison sociale : Lechevretel & Girot, successeurs
Siège : rue Saint-Martin,138 Paris
Objet : fabrique de soufflets et balais d’âtre, ustensiles de ménage.
L'association dure jusqu'en 1893. 

1893 la société est dissoute avant reprise par Lechevretel & Eeckhout.

1893-1902 Lechevretel & Eeckhout. 
Siège : 93-95 boulevard Richard-Lenoir
Objet : ustensiles de ménage.


01.01.1896 Lechevretel & Eeckhout 
(Firmin Didot et Bottin)


1902 Lechevretel cède ses droits à Foubert.
La raison sociale devient Eeckhout & Foubert.
L’objet est conservé : vente d’articles de ménage en gros.

1913 – 1919 après le retrait de Foubert, E. Eeckhout reste seul gérant jusqu’à la vente à Dutrut, Bernier & Desrues.

Cette première ligne de sociétés semble hors sujet, mais elle est pourtant intéressante parce que sa fondation en 1834 sera revendiquée par Dutrut, Bernier & Desrues, les repreneurs de Rebattet et Baroche.


Entête Facture DBD 1935 (Document Bernard Devynck)


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Quincaillerie Benjamin Delaune et P. Jeanselme (1876-1891)

1871-1885 Benjamin Delaune et P. Jeanselme, commissionnaires, s’associent pour fonder la quincaillerie Delaune et Jeanselme, installée au 4 rue Payenne à Paris.

Définition du rôle du commissionnaire : aux termes de l’Article L. 132-1 du Code de commerce : Le commissionnaire est un intermédiaire de commerce qui agit en son nom mais pour le compte d'un commettant dans les limites du mandat qui lui est conféré et pour les opérations qui lui sont confiées.


09.09.1871 Delaune et Jeanselme 
(Journal officiel de la République française)


Benjamin Jacques Delaune (1840-1902), négociant – propriétaire, épouse Marie Désirée Guérin en 1875 et en a une fille Marie Hélène Désirée : toutes deux seront victimes de l'incendie du Bazar de la Charité Dames le 4 mai 1897.
Nous ne savons rien de P. Jeanselme, lequel quitte l’association en 1885.
1885-1891 Benjamin Delaune poursuit seul, à la même adresse

1891 L’entreprise Delaune et Jeanselme est reprise par C. Dupont Ainé & F. M. Rebattet.


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Ducoudré et Guichard (1876-1885)

1876 Création de la société en nom collectif Emile Ducoudré & Armand Guichard,  société commissionnaire, sise au 1 rue Saint-Claude, puis au 10 rue du Parc-Royal, à Paris.


13.12.1876 Formation Ducoudré Guichard 
(Journal officiel de la République française)


Les deux associés demeurent à Paris. Emile Ducoudré était précédemment représentant de commerce et Armand Guichard (citoyen belge), employé de commerce.
La société Ducoudré & Guichard durera neuf années avant sa dissolution en 1885 et son rachat par C. Dupont Aîné.


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Verret-Truffault… ou Varret-Truffaut (avant 1882-1903)


01.11.1882  dissolution Varret-Truffault & Fils 
(Journal des sociétés civiles et commerciales)

1882 La quincaillerie dite Varret-Truffaut & Fils (et non Verret-Truffault), 60 rue des Tournelles à Paris, est dissoute : il s’agit en fait d’un simple changement de raison sociale et la société est encore active à cette adresse en 1887, même si l’orthographe des noms a changé : « Verret-Truffaut » !

La quincaillerie Verret-Truffaut se maintiendra jusqu’en 1903, année de son rachat par Rebattet.


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Charles Louis Dupont ou C. Dupont dit Dupont Aîné (1887 – 1895)

Charles Louis Dupont (1856-1895) est recensé comme commissionnaire en 1884, puis comme négociant en 1887.
Entrepreneur actif, il reprend la société Ducoudré & Guichard en 1887, puis s’associe avec Félix Marie Rebattet en 1889.


01011890 Dupont & Rebattet (Firmin Didot et Bottin réunis)


Mais des décès précoces vont frapper la famille Dupont. Charles Louis Dupont a épousé Sophie Pauline Antoinette Ternisien (1862-1894) en 1884, et en a eu un fils : André Alfred Paul. 
Cette épouse décède en 1894. Et Charles Louis Dupont ne lui survit que quelques mois : âgé de 38 ans, il décède le 11 janvier 1895 à son domicile 72, boulevard Richard Lenoir à Paris, 
Le fils orphelin est alors adopté par une tante, sœur de sa mère, Marie Eugenie Louise Ternisien (1864-1943), et prend le nom de André Alfred Paul Dupont-Ternisien (1887-1947). Il ne suivra pas les traces de son père.
De son côté, Félix Marie Joseph dit Marius Rebattet (1860-1925) a épousé Jeanne Marie Toussaint (1866-1952) en 1866, qui lui a donné quatre enfants, mais deux sont décédés en bas âge et les deux autres ne lui succéderont pas.
Si C. Dupont est dit négociant en 1887, Rebattet se déclare encore comme employé de commerce, lors de la naissance de sa fille en 1892.

L’association en 1889 de Charles Louis Dupont et Félix Marie Rebattet aboutira à la réunion des sociétés précédentes :
- ensemble, ils sont successeurs des commissionnaires en quincaillerie Ducoudré & Guichard,
- repreneurs de l’entreprise de Benjamin Delaune vers 1891,
- puis Rebattet, resté seul, reprendra Verret-Truffault en 1903.

... la société Dessant (et successeurs) attendra la reprise de Rebattet & Baroche pour rejoindre le giron commun.

1892 la raison sociale devient : Comptoir Français de Quincaillerie C. Dupont Ainé & Rebattet, et le siège est fixé au 72 Boulevard Richard-Lenoir à Paris.


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Rebattet (1895-1921)

Evolution de la raison sociale : Comptoir Français de Quincaillerie C. Dupont Ainé & Rebattet (1892-1895), Rebattet & Cie (1895-1907), puis F. M. Rebattet & Cie (1907-1921).

Au décès de C. Dupont en 1895 ses héritiers deviennent des actionnaires de la société rebaptisée Rebattet & Cie.
1895 est l’année de publication de l’imposant Tarif-Album N°8 du Comptoir Français de Quincaillerie RBT de F. M. REBATTET, objet d'un prochain article.

1895 Tarif-Album N°8 du Comptoir Français de Quincaillerie (relié 1907)
(document Marc Ouvrard)

Ce tarif-album de 764 pages en consacre trois aux tire-bouchons, pages précieuses puisque représentatives des productions des principaux fabricants en 1895 : Pecquet, Pérille, Guichard...


Petite "mise en bouche",  avant notre prochain article

Nous y reviendrons très bientôt et ces pages seront détaillées.

1903 reprise de la quincaillerie Verret-Truffault.

1909 dépôt de marques pour F. M. Rebattet & Cie : le logo à l’abeille et le sigle R.B.T.

Logo et marques R.B.T. déposées le 31.12.1909


1922 rachat de F. M. Rebattet par Baroche & Benouville.


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Mais là commence "L'après Rebattet & Baroche" : à découvrir dans le prochain article sur le Blog !
Et l'analyse du Tarif-Album N° 8 de Rebattet suivra très vite !

Merci Bernard, pour cette belle coopération !



M

dimanche 7 juin 2026

ENIGMA N° 90 : CANNES DE METIER : VOS REPONSES

 
Amis blogueurs, bonjour !

Vous n'avez pas été longs à apporter vos réponses à notre 

ENIGMA N° 90 : DEUX CANNES DE MÉTIER




Voici vos propositions.


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Concernant la canne droite :
Rappelons que :
- elle est probablement française, comme le montre son marquage "mètre",
- elle comporte une virole à une extrémité et un embout ferré à l'autre, 
- elle mesure un mètre (graduations tous les centimètres et subdivisions en décimètres).

Jacky y a vu "une canne de drapier ou de marchand de tissus".

Pour Marc, c'était peut-être "une canne servant pour tirer un échantillon dans un tonneau" ? Genre "vrille des accisiens", "accisien" étant un belgicisme pour désigner un agent du service de contrôle des alcools.
Une autre idée était qu'il s'agissait peut-être d'une "canne de chef militaire".

Tomas a pensé qu'il pouvait s'agir d'une canne de paysan "graduée permettant de mesurer la taille de l'herbe de pâturage, peut-être pour décider de débuter la récolte du foin".

Bernard a d'abord pensé à une velte de jaugeage des tonneaux, par "déformation de collectionneur imbibé", nous dit-il. Mais comme il possède plusieurs veltes, il sait que ce n'est pas la bonne réponse. 
S'appuyant sur la présence des graduations, il rejoint Jacky pour proposer à son tour "une canne de drapier", appelée également "aune de drapier". Il précise que l'aune, mesure des étoffes de 0.676 à 1.118, a été supprimée en 1840. 

Pour mémoire, j'avais déjà évoqué ici les aunes de drapier en 2021. 
"En Alsace, l'aune de mariage ou aune de mariée était le cadeau traditionnel que devait faire le promis à sa jeune fiancée. C'était là le gage que celle-ci serait bonne épouse et bonne couturière ; et de fait une belle aune servait une vie entière, voire se transmettait de génération en génération.


Son nom était celui d'une unité de mesure ancienne : l'aune drapier, pièce de bois ou de métal utilisée par les drapiers et, par extension, par les couturières pour mesurer les tissus.
La mesure était locale, l'aune de Paris valait d'ailleurs approximativement le double de l'aune drapier alsacien. L'aune alsacienne avait une longueur totale d'environ 66 cm, mais la partie utile, graduée, ne mesurait qu'environ 54 cm.
Le fiancé se devait de faire en fonction de ses moyens autant que de l'amour qu'il portait à sa promise. Il pouvait acheter ou, mieux, fabriquer et personnaliser son cadeau et certaines aunes richement décorées sont aujourd'hui très recherchées."


Au terme d'un dernier échange, et avec un indice de plus, Bernard m'a donné la solution : une canne de bucheron pour mesurer des stères de bois.
Pour être plus précis, cette canne est généralement dite canne à cuber ou canne à stérer (un stère de bois = 1 m3), destinée à contrôler le volume de bois affoué :



Utilisation de la canne à cuber (M & IA)


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Concernant la seconde canne, à poignée recourbée :
Nous savons qu'elle est marquée "Meter" (origine germanique ?), possède aussi un embout ferré et est dotée d'une poignée courbe et fendue à son extrémité.
Le fût est gradué de haut en bas, de 0 à 80 cm (+ 10 cm jusqu'à l'extrémité de l'embout ferré) et est rainuré depuis la base de la poignée jusqu'à l'embout.
La rainure cache une tige plate en fer, longue de 40 cm, pouvant pivoter et s'insérer dans la fente de la poignée pour former un angle droit.

Un autre Marc, brocanteur à Metz, m'avait expliqué qu'il s'agissait d'une canne de maquignon, destinée à mesurer la hauteur des animaux au garrot. J'avais enregistré sans pour autant bien comprendre la façon d'utiliser l'équerre, inadaptée à des animaux de grande taille : chevaux, bœufs...

Bernard confirme : "ta canne est une canne de maquignon, avec deux usages : la canne en elle-même servait à guider ou faire avancer les animaux, l'ingéniosité de la toise pliante permettait la mesure et hauteur (au garrot??). Certaines cannes de maquignon étaient dotées d'un rehausseur vertical de la toise pour adaptation à la hauteur des animaux." 



Vu sur eBay


Soit, il s'agirait donc d'une canne pliante de maquignon, probablement d'origine germanique, destinée à vérifier rapidement la taille d'animaux domestiques de petite taille : veaux, moutons, porcs, éventuellement petits équidés... en les faisant passer sous la toise lors des foires et transactions.



Mais même l'IA doute... !


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Bernard ajoute que les cannes sont nombreuses selon les métiers et corporations : canne de bourrelier, de drapier, canne de scribe écrivain, canne de géologue avec poignée marteau, et d'autres.....
Il nous renvoie à deux ouvrages :
- "Les cannes à système - Un monde fabuleux et méconnu" par Catherine Dike :




- "La Canne. Objet d'Art" par Catherine Dike et Guy Bezzaz :





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Une canne à cuber ou stérer donc et peut-être une canne de maquignon, mais d'une utilisation mal établie...
Merci aux contributeurs !
Et surtout, je crois que les conseils de lecture de Bernard sont les éléments les plus utiles de cet article !



M

lundi 1 juin 2026

ENIGMA N° 90 : DEUX CANNES DE MÉTIER

 

Amis blogueurs, bonjour !


Me voici de retour, doté d'une nouvelle prothèse du genou et, temporairement, d'une paire de béquilles.




Des béquilles, des cannes en somme ? ... de là m'est venue l'idée de vous proposer une nouvelle énigme :

ENIGMA N° 90 : DEUX CANNES DE MÉTIER


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Ce ne sont pas des cannes dissimulant épée ou tire-bouchon, toujours recherchées par les collectionneurs...



3 cannes tire-bouchons,
collection Jean-Paul Boussat dispersée par la Maison ADER en juin 2022



Non. Mais parmi les objets insolites qui toujours me fascinent, je possède deux cannes professionnelles, lesquelles intriguent parfois aussi mes visiteurs et ce sont des cannes à système quand même :





Toutes deux sont dépourvues de marquage permettant d'identifier un fabricant. Le bois n'a rien d'exotique : hêtre, frêne ou noisetier ? Ce ne sont pas des cannes de promenade, encore moins de parade, ce sont de simples accessoires nécessaires au quotidien de ceux qui les utilisent.
Et le mieux est de vous les décrire.


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- La première est ferrée à une extrémité et peut donc servir de canne de marche. Cependant le fût mesure un "mètre" - marquage en français - et est gradué en centimètres, le "0" se trouvant en haut de la canne et le "100" au niveau de l'embout ferré.





Haut de la canne : marquage "1 mètre" et début des graduations


Bas de la canne : embout ferré et dernières graduations



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- La seconde, également ferrée, est dotée d'une poignée de marche, dont l'extrémité est fendue. 
Le fût, marqué "Meter" (anglais ou allemand), est également rainuré depuis la base de la poignée jusqu'à l'embout. Il est gradué de 0 à 80 cm (+ 10 cm jusqu'à l'extrémité de l'embout ferré).
La rainure cache une tige plate en fer, longue de 40 cm, pouvant pivoter et s'insérer dans la fente de la poignée pour former un angle droit.





Haut de la canne : marquage "1 mètre" et début des graduations, à partir de "0"


Dans la rainure du fût, une tige métallique longue de 40 cm et pouvant pivoter



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A qui et à quoi servaient-elles ?
J'imagine que cette double énigme ne vous résistera pas longtemps et j'espère que vous me ferez part de vos propositions de solutions : je ne manquerai pas de les publier.

Brocantes et tire-bouchons attendront encore un peu !



M

dimanche 24 mai 2026

LES MINISTRES DU VIN

 
Amis blogueurs, bonjour !


Avec l'aide de mon fils, j'ai retrouvé une fable inédite, peut-être attribuable à Jean de la Fontaine. 
Rappelons en effet que Jean de la Fontaine, né en 1621 et décédé en 1695, est contemporain de l'invention du tire-bouchon.

Je vous partage cette fable :


LES MINISTRES DU VIN





Un Tire-bouchon neuf, de sa mèche armé,
Se croyait dans l’office un ministre estimé.
Il disait à la table, aux verres, à la nappe,
Qu’il n’est point de plaisir qu’enfin il ne décape.

 
« Sans moi, point de banquet, point de joie au dessert,
Point de vieux bourgogne, aucun flacon ouvert ;
Le vin le plus exquis, sous le liège qui le garde,
Attendrait vainement qu’une main le hasarde.

 
Je fais tout, disait-il ; je délivre au palais
Ce qu’un long soin couvait dans l’ombre des celliers.
La cave me doit tout ; et la bouteille même
N’est qu’un coffre inutile, à moins qu’on ne m’y mène. »

 
Une Bouteille alors, reposant à l’écart,
Lui répondit tout bas, mais d’un ton plein d’égard :
« Monsieur, votre secours est sans doute fort utile ;
Mais gardez de donner trop d’orgueil à la mèche subtile.

 
Vous entrez par un col que d’autres ont fermé ;
Vous servez un instant, puis l’on vous met de côté.
Le vin que l’on savoure, et que la table admire,
N’est ni dans votre acier, ni dans ce que vous tirez.

 
C’est moi qui l’ai gardé durant l’hiver, l’année ;
Le bouchon m’obéit, la cave m’a soignée.
Vous venez au dernier, fort propre à l’accident ;
Mais vous n’êtes, après tout, que l'aide d’un moment. »

 
Un Bouchon dit alors : « Je garde et je me tais ;
Monsieur vient à la fin, et se vante après.
Sans moi, point de repos pour le vin qu’on admire ;
Tu prends toute la gloire, et n’arrives qu’au pire. »

 
Le Tire-bouchon, piqué, reprit avec chaleur :
« Aide, soit ; mais sans moi, tout dort dans la langueur.
Le meilleur des flacons, sans ma mèche hardie,
Vieillit pour le néant dans sa mélancolie. »

 
La Bouteille repart : « Je ne vous nie point ;
Chacun a son emploi, son mérite et son soin.
Mais l’outil qui se vante oublie en sa manie
Qu’il n’est rien par lui seul, s’il ne sert compagnie. »

 
Un vieux Verre, témoin de ce petit débat,
Dit : « Chacun de vous tous a son utile état.
La bouteille conserve, le bouchon fait barrage ;
Le tire-bouchon survient, et d’un tour le dégage. »


Morale


Ils se disputaient tous l’honneur de la victoire ;
Le vin, pendant ce temps, se passait de leur gloire.






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Merci à Hugues, Sylvain et l'IA réunis,


M

lundi 11 mai 2026

SAUVETAGE D'UN TIRE-BOUCHON ZOOMORPHE BORGNE PAR JOSÉ CARDOSO

 

Amis blogueurs, bonsoir !


Voici l'histoire d'un lapin borgne auquel notre ami José Cardoso a miraculeusement rendu la vue :



J'avais acheté naguère ce joli tire-bouchon zoomorphe : le lapin créé, non pas par Georges Féret ou Eugène Volynkine, mais par Grégoire Goloubkof... ce que j'ignorais alors. 

Malheureusement, à peine arrivé, Jeannot Lapin est devenu la risée de ses copains, les deux ânes qui braient derrière lui, parce qu'il était  borgne !





J'ai bien pensé à lui mettre un bandeau pour cacher son orbite vide, mais il n'a pas vraiment la tête d'un pirate...


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Et puis je me suis souvenu de la visite faite il y a quelques années à un membre du Club Français du Tire-Bouchon, le regretté Georges Féret, tabletier-sculpteur, notamment de tire-bouchons figuratifs, et de sa passion pour les matériaux utilisés durant sa longue carrière : macassar, palissandre, galalithe, bakélite, rhodoïd... ou les milliers d'yeux en verre coloré qu'il avait conservés.
Georges Féret n'est plus, mais il a formé et nous a laissé un héritier spirituel : José Cardoso, "le" spécialiste des tire-bouchons "pisseurs" : c'est donc vers lui que je devais me tourner pour lui demander s'il ne disposait pas d'une paire d'yeux pour mon petit lapin.

Contacté, José a d'abord évoqué la paternité de ce lapin, me renvoyant au Dictionnaire du tire-bouchon français de Gérard Bidault :
Gérard Bidault nous y apprend en effet que Grégoire Goloubkof, d'origine russe, dessinateur de talent, a travaillé avec Georges Féret, avant et après un intermède au "Souvenir Moderne", entreprise créée par André Desroches. Il a dessiné et réalisé beaucoup d'animaux et quelques autres personnages humains. 
José ajoute : il est le seul à avoir utilisé les yeux en galalithe : ses pièces sont donc reconnaissables.

Surtout, José m'a proposé beaucoup mieux : si je lui adressais notre Jeannot Lapin, il était disposé à l'opérer dans sa clinique et même à nous fournir des photos de l'intervention !
L'ambulance a livré le patient et le Professeur Cardoso a opéré. 
Laissons-le nous présenter lui-même son compte rendu :


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"D’après notre ami Georges Féret qui vouait une grande estime pour Grégoire Goloubkof et ses talents de dessinateur et sculpteur, Grégoire Goloubkof a réalisé des sculptures d'animaux en bois pour son propre compte. Pour se différencier de ses patrons et ne pas être tributaire de l'achat des yeux en verre, ce qui à l'époque représentait un certain budget, il a mis au point une méthode de fabrication des yeux entièrement en galalithe ou "gala". 
A l'époque trouver de la galalithe blanche (pour l'iris de l'œil) et noire (pour la pupille) était courant. Il a choisi le diamètre de 4 mm pour l’iris et 1,5 mm pour la pupille, j'imagine qu' il trouvait certainement de la gala noire de 1,5 mm en bâton prêt à l'emploi."



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L'intervention


Première étape : 
"J'ai nettoyé la cavité de l’œil pour enlever les traces de colle ou impuretés qui s'y étaient accumulées.
J'ai aussi vérifié la profondeur et le diamètre (4 mm / 4 mm)."




Deuxième étape : mise aux dimensions des bâtons de gala :
"De nos jours c'est très difficile de trouver cette matière en bâtons, mais j'ai eu la chance il y a quelques années d'acheter un lot de plusieurs coloris dans lequel il y avait un bâton de gala blanche de 4 mm de diamètre ; hélas pour le noir il fait 12 mm de diamètre : il faut donc le débiter en lamelles pour le ramener à un diamètre de 1,5 mm. C'est un travail assez délicat et fastidieux, mais pas le choix !!!"




Troisième étape : l'ris de l'œil
"J'ai collé un petit morceau de gala blanche de 5-6 mm de longueur.
J'ai utilisé pour cela de la colle à bois d'extérieur, qui a une bonne résistance a l'humidité. 
Ensuite, après séchage, j'ai arasé la gala blanche à fleur du bois."








Quatrième étape : la pupille
"J'ai scié une lamelle de gala noire, dans laquelle j'ai taillé un cylindre de 1,5 mm de diamètre et 5 mm de longueur."





 
"A ce stade, j'ai percé l’iris de l'œil à 1,5 mm de diamètre et ai inséré et collé la gala noire de la pupille."






"J'ai arasé la pupille et ce fut la fin des travaux !!! (ouf).
Je pouvais contrôler le résultat et fêter un nouvel objet "sauvé" de la disgrâce... avant son retour dans sa famille !"


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Que dire de plus ? Sinon merci José, et pour la réparation, et pour les explications !



Les ânes ne font plus les malins !



Merci Doc José !



M

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