mardi 15 septembre 2026

LE TIRE-BOUCHON ET LA PROHIBITION, PREMIÈRE PARTIE : LE TIRE-BOUCHON DANS LA CLANDESTINITÉ ?



Amis blogueurs, bonjour !


La Prohibition américaine et ses tire-bouchons constitue un sujet qui me trotte dans la tête depuis longtemps.
Je ne suis certainement pas le mieux placé pour rédiger un article sur ce thème, ... mais si j'attends de l'être, je ne l'écrirai jamais, et ça vaut pour bien d'autres sujets : alors, lançons-nous !


Voici donc 

LE TIRE-BOUCHON ET LA PROHIBITION


L'article sera divisé en deux parties :

LE TIRE-BOUCHON ET LA PROHIBITION, PREMIÈRE PARTIE : LE TIRE-BOUCHON DANS LA CLANDESTINITÉ ?


et



LE TIRE-BOUCHON ET LA PROHIBITIONDEUXIÈME PARTIE (à suivre) : TRAFICS, CARICATURES ET REVANCHE DU TIRE-BOUCHON



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LE TIRE-BOUCHON ET LA PROHIBITION, PREMIÈRE PARTIE : LE TIRE-BOUCHON DANS LA CLANDESTINITÉ ?




Volstead, comminatoire !



Des croisades de tempérance à la loi Volstead


"À consommer avec modération"… L’avertissement vaut ici autant pour l’alcool que pour les légendes et les objets auxquels la Prohibition a donné naissance.


Le 17 janvier 1920, les États-Unis se réveillent officiellement "secs". 
Depuis la veille au soir, le XVIIIe amendement est entré en vigueur : fabriquer, vendre ou transporter des boissons alcoolisées est désormais interdit sur l’ensemble du territoire.
On imagine peut-être qu’à cet instant, et comme par magie, les bouteilles ont disparu, que les verres ont été rangés et que les tire-bouchons sont devenus inutiles.

 

Quelques tire-bouchons américains 
des dernières décennies du XIXe siècle et du début du XXe siècle.
(Photographie d’illustration générée).


C’est tout le contraire. Pendant treize ans, les Américains vont continuer à boire — légalement, clandestinement, encouragés médicalement ou religieusement. L’humble tire-bouchon va devenir le discret complice d’une immense désobéissance nationale.


Une longue croisade contre l’alcool


La Prohibition ne naît pas en 1920. Depuis le XIXe siècle, le mouvement de tempérance dénonce l’alcool comme l’une des causes de la pauvreté, des violences familiales, des accidents du travail et du désordre social. Les Églises protestantes, la Woman’s Christian Temperance Union et surtout l’Anti-Saloon League mènent une campagne d’une remarquable efficacité.
Le mouvement rallie des militantes réformatrices, des médecins, des industriels désireux d’employer une main-d’œuvre sobre et une partie de l’Amérique rurale, méfiante envers les saloons urbains associés aux immigrés. La Première Guerre Mondiale ajoute deux arguments : économiser les céréales devient patriotique et les grands brasseurs d’origine allemande sont rendus suspects. Cette convergence morale, sociale et politique permet la ratification du XVIIIe amendement le 16 janvier 1919, deux mois seulement après la fin de la Première Guerre Mondiale !


Volstead donne des dents à l’amendement


L’amendement pose le principe ; encore faut-il définir ce qui est interdit et comment le faire respecter. Andrew J. Volstead, représentant républicain du Minnesota et président de la commission judiciaire de la Chambre, donne son nom au National Prohibition Act. Adopté en octobre 1919 malgré le veto du Président Woodrow Wilson, le "Volstead Act" considère comme intoxicante toute boisson contenant plus de 0,5 % d’alcool.
Volstead n’est donc pas le père de la Prohibition. Le texte a été largement préparé avec l’appui de Wayne Wheeler, puissant dirigeant de l’Anti-Saloon League. Mais c'est son nom qui reste attaché à la loi d’application — et bientôt à toutes les colères qu’elle suscite. Cette célébrité encombrante lui vaudra bientôt d’être transformé en personnage de tire-bouchon.




Andrew J. Volstead, représentant du Minnesota, en 1923.
Photographie Harris & Ewing — Library of Congress. 



Une interdiction moins simple qu’il n’y paraît


Les textes interdisent surtout la fabrication, la vente, le transport et l’importation. Ils ne punissent pas directement le fait de boire. Les caves constituées avant janvier 1920 peuvent continuer à être utilisées par leurs propriétaires ; chez les plus prévoyants, le tire-bouchon n’a donc rien d’un instrument clandestin. Encore faut-il que le stock dure treize ans.
Les exceptions sont nombreuses. Le vin destiné au culte reste autorisé et l’alcool peut être prescrit comme médicament. Médecins, pharmaciens et ministres du culte deviennent ainsi les gardiens de voies d’approvisionnement parfaitement légales — du moins en apparence. La consommation sacramentelle et les affections justifiant quelques rasades de whisky connaissent une croissance exponentielle qui laisse soupçonner bien des conversions ou des maladies opportunes.

Les lieux de culte étant parmi les seuls débouchés légaux pour l’alcool, la production de vin sacré explose en effet : 
"La production de raisin dans la Californie fortement catholique romaine a augmenté de 700 % pendant la prohibition", écrit Gregory Elder, professeur d’histoire et de sciences humaines au Moreno Valley College et prêtre catholique romain.

La demande restant très forte, la contrebande s'organise, les bootleggers utilisant de puissantes voitures - les "go fast" de l'époque - pour tenter de semer la police.

[Le mot bootlegger fait référence à l'habitude qu'avaient certains fraudeurs de cacher une bouteille plate d'alcool dans leur botte pour franchir des contrôles.]



Voiture de bootleggers et son chargement (Internet)


La production familiale fournit une autre échappatoire. Raisins, jus et concentrés peuvent être vendus ; les viticulteurs californiens expédient leurs récoltes vers l’Est, allant jusqu'à mettre en garde leurs clients : le jus de raisin risque de fermenter en vin dans les maisons ! 
Et une fois mis en bouteille et bouché, il faudra bien un tire-bouchon pour libérer ce vin.



Vieilles bouteilles, vieux alcools et tire-bouchons de la Prohibition.
Collection et photographie Marc Ouvrard.



Le tire-bouchon n’est pas interdit


C’est une précision essentielle pour le collectionneur : posséder, fabriquer ou vendre un tire-bouchon ne constitue pas une infraction. Les eaux minérales, les préparations pharmaceutiques et diverses bouteilles alimentaires utilisent toujours le liège. Les fabricants peuvent poursuivre leur activité et associent volontiers le tire-bouchon au décapsuleur : un même outil ouvre officiellement un soda et, plus discrètement, une bouteille de vin.
Il faut donc se garder de baptiser trop vite "tire-bouchon de la Prohibition" n’importe quel modèle des années 1920. Sans inscription, publicité ou iconographie explicite, rien ne permet de savoir s’il a ouvert une bouteille autorisée, un vin familial ou une cargaison arrivée dans la nuit. 


Dans la seconde partie, nous suivrons justement ces bouteilles jusqu’aux bars clandestins ou speakeasies — avant de voir Volstead lui-même caricaturé en tire-bouchon.



M



mardi 1 septembre 2026

LES AVENTURES D'UN TIRE-BOUCHON, LONDRES, 1775

 

Amis blogueurs, bonjour !


C'est à notre ami Dirk Gondry que nous devons l'article du jour, article initialement publié en anglais, mais qu'il a bien voulu traduire pour nous en français sous le titre :

LES AVENTURES D'UN TIRE-BOUCHON, LONDRES, 1775.

Dirk Gondry, collectionneur belge, vit dans les environs de Gand. 
Bibliophile et hélixophile, il se présente ainsi : "je possède aujourd’hui environ 130 livres, tandis que les quelques tire-bouchons de ma jeunesse sont devenus une collection de quelque 1 600 pièces, réunies dans ce que nous appelons tout simplement, chez nous, "la chambre des tire-bouchons"...
C'est sur les réseaux sociaux que nous avons lié connaissance en espérant nous rencontrer vite !

Dirk a ainsi publié sur Facebook un article intitulé 
THE ADVENTURES OF A CORK-SCREW, LONDON, 1775
lequel m'a semblé avoir toute sa place sur le Blog des tire-bouchons.

Voici donc la traduction proposée par Dirk :


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En 1775, vingt ans avant que Samuel Henshall n’obtienne son célèbre brevet britannique pour un tire-bouchon, paraissait à Londres The Adventures of a Cork-Screw. 





Cet ouvrage, publié anonymement, fut imprimé pour T. Bell, libraire établi à Bell Yard, Temple Bar. Avec ses 170 pages, il ne s’agit nullement d’un traité technique consacré aux tire-bouchons, mais d’un roman satirique dans lequel un tire-bouchon sert de fil conducteur à une succession de personnages et d’événements.

L’ouvrage appartient à une tradition littéraire typique du XVIIIe siècle, celle des "it-narratives", récits dans lesquels un objet du quotidien passe d’un propriétaire à un autre, entraînant ainsi le lecteur à travers les différentes couches de la société. L’auteur utilise ce procédé pour faire la satire, comme l’annonce la longue page de titre elle-même, "des vices, des folies et des mœurs de l’époque présente".

[It-narrative (ou roman de circulation) : genre littéraire anglais du 18e et 19e siècle où le personnage principal est un objet inanimé ou un animal qui voyage de main en main.]

Le tire-bouchon joue un véritable rôle dès les premières pages. Le premier chapitre est intitulé "Declamation over a Cork-Screw" ("Déclamation sur un tire-bouchon"), et le récit s’ouvre sur le narrateur sortant un tire-bouchon de sa poche. Au fil des aventures de l’objet, nous rencontrons des lords et des ladies, fréquentons des tavernes, et croisons mariages, soldats, prisons, juges et bien d’autres personnages.

L’édition originale londonienne ne comporte aucune illustration au sens traditionnel du terme, bien qu’elle soit ornée de plusieurs motifs typographiques caractéristiques de l’époque. Les pages reproduites ici proviennent de l’exemplaire de l’édition originale de 1775 conservé à la British Library et numérisé par Google Books.





Table des matières et début du chapitre I
(Edition originale 1775 - British Library)


La cinquième image, "Entrance into the Temple & Temple Bar", fut dessinée par Samuel Wale et gravée par Edward Rooker en 1761, soit seulement quatorze ans avant la parution du livre. Elle représente les environs de Temple Bar à Londres.





Cette vue est particulièrement intéressante puisque T. Bell, l’éditeur et libraire de The Adventures of a Cork-Screw, était établi tout près de là, au 26 Bell Yard, Temple Bar, adresse qui figure sur la page de titre. Cette gravure nous offre ainsi un aperçu contemporain du quartier londonien dans lequel le livre fut publié et vendu.

Pour un collectionneur de tire-bouchons, l’intérêt de cet ouvrage réside avant tout dans son ancienneté. Dès 1775, le tire-bouchon était manifestement un objet du quotidien suffisamment familier et immédiatement reconnaissable pour pouvoir devenir le personnage central de tout un roman.


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C'est faute d'avoir connu alors ce très intéressant document que je ne l'ai pas évoqué dans mon livre "Le tire-bouchon aux XVIIe et XVIIIe siècles - Chrono-géographie d'une révolution en Occident", au chapitre "Le tire-bouchon dans la littérature".
Mais ainsi va la vie : tout travail de recherche a vocation à être approfondi, remis en cause, complété...

Merci Dirk pour cette belle contribution. 



M

mardi 25 août 2026

REINHOLD BERNDT : LA VISITE QUI FAIT DU BIEN !

 

Amis blogueurs, bonjour !


Un progrès pour ma santé cette semaine : le consensus médical semble conclure à une algodystrophie postopératoire.
La bonne nouvelle c'est que ça ne devrait pas m'empêcher d'écrire.
La moins bonne, c'est que la jambe est gonflée, chaude et traversée de douleurs intenses, ce qui limite la marche à quelques pas, armé de deux béquilles.

Cette introduction trop personnelle, seulement pour vous dire le contexte dans lequel Reinhold Berndt, avait souhaité nous visiter et essayer de me réconforter...
Impossible de différer : Reinhold ne pouvait pas rater les Puces de Metz ce samedi et celles de Thionville dimanche.

Bien sûr c'est le moment que choisit notre petit-fils Louis pour venir passer une semaine avec nous et égayer notre quotidien. 
Et bien sûr aussi c'est celui que choisit Elisa, jeune amie italienne, pour nous visiter,
... deux heures plus tard, nous étions tous polyglottes !

Reinhold est arrivé les bras chargés, craignant probablement de mourir de soif chez moi. Il m'a surtout offert un ancien catalogue USBECK de 1935 et un très joli tire-bouchon à poignée décorée de feuilles d'acanthe, français sûrement.



Le cadeau de Reinhold : poignée décorée de feuilles d'acanthe, mèche française


Ce tire-bouchon me laisse une impression de "déjà vu"... mais où ? 
J'en possède un qui a un air de famille, un Delaporte peut-être ?



Deux poignées de bronze, une même inspiration ?

 
Peut-être saurez-vous me dire ?


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Samedi, dès l'infirmière passée (elle aussi avait fait effort pour nous : merci à elle),  nous sommes allés tous les deux à Metz, Reinhold "portant" ma jambe pour entrer et sortir de la voiture. Des amis brocanteurs avaient prévu pour moi un passe-droit pour approcher la voiture au maximum et un siège solide où patienter. Je n'ai pas marché plus de deux cents mètres, d'autant que d'autres amis brocanteurs sont venus vers moi :
Marco avait apporté pour moi un tire-bouchon à dégorger le champagne, à mèche archimédienne, attribué à Armand Walfard, ainsi qu'un petit tire-bouchon à poignée de corne. 




Stephan avait bien apporté le Thomason promis, mais il était déjà reparti en restauration : nous en reparlerons !
Gauthier, de son côté, m'avait réservé deux anciens jeux de comptoir, la "Bézette" et le "Zanzi-Domino" : ma chine était faite !



La BEZETTE et le ZANZI-DOMINO


Reinhold, pendant ce temps, avait passé en revue tous les stands, sans en oublier aucun. Et il nous revînt souriant, muni :
- d'un Presto à tête couronnée, Pérille première époque, en parfait état,
- et surtout d'un tire-bouchon allemand en forme de clé, en métal argenté, évoquant la ville de Brème. Le décor, finement réalisé, reprend Bacchus, assis sur un tonneau de vin. Ce tonneau se trouve au Ratskeller de Brême, une rareté inattendue, qui va donner à Reinhold matière pour rédiger un dossier sur le magazine allemand "Der Krätzer",
... deux achats à petits prix qui ne pouvaient que le ravir !



Les trouvailles de Reinhold



Bacchus, assis sur un tonneau de vin. 
Ce tonneau se trouve au Ratskeller de Brême.



Exposition finale : on croirait deux pêcheurs se vantant de la taille des poissons pris !



Joyeux moment !


Mais il ne nous restait qu'à mieux repartir, Reinhold nous ayant invités au restaurant :



Reinold, Marc, Louis, Eliane et Elisa se régalant d'un Tajine 
au restaurant l'Oriental d'Amnéville-les-Thermes


Il faudrait encore vous raconter le dimanche à Thionville, mais l'histoire n'est que celle de belles rencontres, et surtout d'une belle bredouille : oublions la !


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Les meilleures choses sont souvent improbables !
Jamais je n'aurais imaginé chiner deux jours de suite, à grands coups de béquilles !
Merci Reinhold !



M

lundi 17 août 2026

PRÉSENTATION ENRICHIE DU TARIF-ALBUM N°8 DU COMPTOIR FRANÇAIS DE QUINCAILLERIE R.B.T. DE F.M. REBATTET.

 
Amis blogueurs, bonjour !


Voici le dernier volet du triptyque consacré à la saga Rebattet & Baroche, actualisé grâce à la contribution De Christian Braconnier :


Le Tarif-Album N°8 du Comptoir Français de Quincaillerie R.B.T. de F.M. REBATTET


Souvenez-vous, dans l’Extracteur N° 117 de décembre 2025, Bernard Devynck avait consacré un important article à la saga Rebattet & Baroche, concluant sur la nécessité de recherches complémentaires, notamment sur les périodes précédant et suivant cette association Rebattet & Baroche.

L'acquisition il y a quelques semaines du volumineux Tarif-Album N°8 de F. M. Rebattet (Merci à Christophe Chauveau pour son aide dans cet achat !), document auquel nous n’avions accès jusqu’alors que sur le net, via Gallica ou le site https://bibliotheques-specialisees.paris.fr/, nous a décidés à reprendre ensemble les recherches sur l’histoire de l’entreprise. 

Deux articles du Blog, corédigés avec Bernard Devynck, ont été consacrés à cette saga :


et 



Il ne restait donc qu'un seul article à vous proposer : 
LA PRÉSENTATION DU TARIF-ALBUM N°8 DU COMPTOIR FRANÇAIS DE QUINCAILLERIE R.B.T. DE F.M. REBATTET.



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Une courte description de la couverture précèdera une partie consacrée à la datation de l'ouvrage, et celle de présentation du contenu.



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DESCRIPTION GENERALE


Mon Tarif-Album N° 8 est un catalogue relié carton toilé noir, lettrage doré, pas toujours bien lisible.
Il compte 764 pages N & B numérotées (1 page couleur), les illustrations sont gravées, les prix indiqués : la stabilité monétaire était de mise avant la première guerre mondiale.
22 910 produits, en trois parties, sont présentés par ordre alphabétique.
Imprimeur : Imp. DONNADIEU 23 rue des Francs-Bourgeois Paris.


On peut lire ou deviner en couverture :

Comptoir Français 
de Quincaillerie

72 & 74 Boulevard Richard-Lenoir

R.B.T.
Adresse télégraphique : DUPOREB – PARIS

Logo abeille sur mappemonde (logo de Rebattet)

PARIS

F. M. REBATTET

ALBUM DÉPOSÉ
 


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DATATION DU TARIF-ALBUM N°8


La couverture de notre exemplaire nous apporte quelques éléments :
- L’adresse postale : 72 & 74 Boulevard Richard-Lenoir a été fixée lors de la création du Comptoir Français de Quincaillerie C. Dupont Ainé & Rebattet en 1892.
- L’adresse télégraphique DUPOREB, présente en couverture et ajoutée en surcharge en page 1, associe les noms des associés : DUPOnt et REBattet : elle est donc contemporaine de la création de l’entreprise en 1892.
- le téléphone 901-05 est celui induit par la numérotation des abonnés, dont l’utilisation – décidée au plus tard en 1895 - est imposée au 1er janvier 1896 à Paris (remplaçant la lettre identifiant le central et l'appel nominatif en place depuis 1879).
- La mention du seul F. M. Rebattet correspond à la période ouverte après le décès de son associé C. Dupont, le 10 janvier 1895.


Après la parution de cet article, Christian Braconnier, ami lecteur et collectionneur, nous a envoyé des extraits de deux exemplaires du Tarif-Album N° 8 en sa possession. Ces deux exemplaires s'ajoutent aux trois que nous connaissions et me conduisent à remanier quelque peu la suite de mon texte :


VERSION ACTUALISEE AU 5 SEPTEMBRE 2026


La comparaison des cinq exemplaires connus nous fait progresser : tous sont numérotés en page 1 et peuvent donc être classés :





1. Le N° 1448 est le plus ancien et appartient à Christian Braconnier.




2.  Le N° 1761 est deuxième dans l'ordre de diffusion. Il est accessible sur le site https://bibliotheques-specialisees.paris.fr/. Le Tarif-Album N°8 est daté précisément de 1895 : "Publication : Paris : Comptoir français de quincaillerie Rebattet & Cie, [1895]".
Cette datation par des professionnels est cohérente avec les éléments de couverture et la disparition de C. Dupont Aîné.
L’exemplaire numérisé est doté d’une couverture neutre, sans raison sociale.




C'est le seul parmi les cinq à avoir cette couverture neutre, restaurée peut-être ?


3. Le N° 2360 est l’exemplaire accessible sur Gallica-BnF (sauf sa couverture).
Il comporte une annotation au crayon : Année 1880, souvent utilisée pour les réimpressions actuelles à la demande, intitulées "fac-similé de l'édition originale de 1880", mais ne saurait convenir à la datation : 
- plusieurs brevets de tire-bouchons présents dans le Tarif-Album sont postérieurs à 1880 (cf. notamment brevets Pérille)
- le nom de F. M. Rebattet n’apparait que neuf ans plus tard, en 1889, au moment de son association avec C. Dupont Ainé.


4. Le N° 2700 appartient également à Christian Braconnier, il comporte des annotations au crayon en page 1 : « 1903 » et « Remise 30% ». L'adresse de l'entreprise a été actualisée pour prendre en compte son extension : 72 & 74 Boulevard Richard-Lenoir.




3. Le N° 3003 est mon exemplaire
Cet exemplaire a un contenu identique à ceux ci-dessus. 
Comme le N° 2700 l'adresse de l'entreprise a été actualisée : 72 & 74 Boulevard Richard-Lenoir.
Cependant, un feuillet intercalaire de 13,8 x 21,3 cm est collé en page intérieure de couverture : il expose des décisions interprofessionnelles de 1907 et précise leur application particulière au Tarif-Album N° 8.



Feuillet intercalaire 1907


Plus remarquable, et de manière identique dans chaque exemplaire, plusieurs bandeaux surcharges soigneusement collés actualisent des prix. Trois autres surcharges, imprimées au tampon, et présentes dans les exemplaires numérotés N° 2360 et N° 3003,  indiquent des objets supprimés.




Exemple de surcharge collée (P 77)



Que conclure ?

- La couverture illustrée est commune. Mais l'adresse a été complétée dans les deux exemplaires les plus tardifs : 72 & 74 Boulevard Richard-Lenoir.
Seul, le N° 1761 (https://bibliotheques-specialisees.paris.fr/) a une couverture neutre, indice d'une restauration.

Le Tarif-Album N° 8 – monument de 764 pages - investissement important, a dû être préparé pendant des mois (travail d'inventaire, de gravure...) avant d’être imprimé en 1895, dans l’objectif de servir pendant plusieurs années, avec seulement des actualisations à la marge.
- Tous les articles présentés ont donc nécessairement été fabriqués avant 1895.

Au total, 10 pages seulement sur 764 comportent des surcharges composées de bandeaux de papier soigneusement collés, actualisant des prix... et une seule comporte des surcharges au tampon (encre violette), supprimant suppriment trois articles (moulins).
C’est dire que 753 pages sur 764 sont encore entièrement valides en 1907 !

Un encadré, en dernière page donne l’organisation en trois parties et le nombre de produits référencés : 22 910 ! 
Il donne aussi le prix de l’Album N° 8 : Cent francs net. 
Était-ce là un moyen de sensibiliser les clients potentiels à la valeur du document mis à leur disposition ?



Encadré final, page 764


On trouve déjà dans cet encadré le logo à l’abeille et la marque déposée RBT, dont on sait pourtant que le dépôt des marques n’est intervenu que le 31.12.1909…



Marques déposées le 31.12.1909 (INPI)


L'utilisation de ce dessin et de la marque est donc manifestement antérieure au dépôt de 1909.

 



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CONTENU DU TARIF-ALBUM N°8



Il est évidemment impossible de détailler ici les 22 910 produits présentés par ordre alphabétique.
Retenons, parce qu’ils sont proches de mes centres d’intérêt.. et peut-être des vôtres !

1. En Première partie :
« Articles d’Agriculture et de Jardin, Articles de Cave, Articles d’Ecurie, Cuivrerie d’Ameublement, de Bâtiment et de Plomberie, Clouterie, Fournitures pour Carrosseries et Voitures, Fournitures d’Usines, Fournitures pour l’Electricité, Instruments de Pesage et Mesures Linéaires, Outillages, Quincaillerie, Serrurerie ».
Anneaux de clés, de thyrse ; attache-bouchons ; bouchons (à pression, verseurs, à ressort…) ; arrache-bouchons ; forets-coup de poing ; mâche-bouchons ; machines à boucher, pinces arrache-faussets, à dégoudronner ; pompes (pipettes), tire-bondes, tire-fonds ; cadenas ; ciseau à champagne ; couteaux ; cuillères à absinthe ; bocfils & drilles ; diamants de vitrier ; fouets à œufs ; hachettes et haches ; marteaux ; moulins à café ; moulins à poivre ; tire-boutons ; outils de sculpteur ; marteaux ferblantier & chaudronnier ; outils de sellier & bourrelier, de tonnelier ; sécateurs, notamment RBT ; pinces ; (fils à) plomb ; siphons à champagne ; encart couleur : stores RBT ; timbres & sonnettes ; tire-bouchons… dont hélice RBT…



Coups de poing, page 61. 
A noter : surcharge papier en haut de page, colonne de droite 
(la même sur les deux autres exemplaires)




Siphons, page 445.



Tire-bouchons, page 473.


On trouve là nombre de tire-bouchons Pecquet. Six tire-bouchons sont revendiqués comme étant des modèles R.B.T..



Tire-bouchons, page 474.


Une hélice R.B.T. et beaucoup de brevets identifiés : Lew ou Pégé 1887, Perle JP, Etoile JP 1885, Etui à coulisse  et à ressort JP 1885, Express à tête de lion JP 1886 (et 1899), Lund, « Lanterne » Pecquet (brevet Plant 1887), Hélice JP 1876, Hélice 2 pales Pecquet 1887.



Tire-bouchons, page 475.


On y voit notamment les brevets Bague JP 1884, Crémaillère JP 1879, Excelsior Guichard 1880, Diamant JP 1888 et Mestre 1873, évidemment tous antérieurs à 1895.



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Je vous économise les centaines de pages consacrées aux autres articles, mais suis à votre disposition pour vous aider dans une recherche :


2. En Deuxième partie : 
« Brosserie et Plumeaux, Ustensiles de basse-cour et de jardin, Articles d’Eclairage et d’Illumination, Appareils de chauffage et Garnitures de foyer, Ustensiles de ménage, Ferblanterie, Articles d’hygiène, Vannerie et Voitures d’enfants. »
Appareils à eau de Seltz ; dessous de plat ; chevaux à bascule, tricycles, voitures de poupée…

3. En Troisième partie :
« Articles de bureau, Articles de chasse et de tir, Ustensiles de pêche, Agrès de gymnastique et d’escrime, Bicyclettes et accessoires, Jeux et sports, Appareils et fournitures photographiques, Articles de voyage, Couronnes mortuaires, Articles omis dans les première et deuxième partie. »
Compas ; plumes ; appeaux ; jeux ; appareils photographiques…


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La saga Rebattet est un véritable feuilleton, et le Tarif-Album N°8 n'en finira pas de m'étonner ! Mais de grâce, dans l'immédiat, ne me "Rebattet" plus les oreilles (Don't beat my ears anymore) !

Merci pour votre aide, Christophe, Bernard et Christian !



M

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