mercredi 11 février 2026

WILLIAM HOGARTH : "LA MACHINE SUPERBE POUR SERVIR DE TIRE-BOUCHON"

 

Amis blogueurs, bonjour !


Je vous avais proposé il y a quelques années de nous intéresser aux tire-bouchons représentés dans les œuvres du peintre anglais William Hogarth. J'y avais notamment consacré un développement dans mon livre Le tire-bouchon aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Fort d'une nouvelle analyse, je vous propose de revenir sur le tableau The Inspection, troisième d'une série de six, intitulée Marriage-a-la-mode, pour mieux examiner le tire-bouchon pris dans son contexte.

Voici donc :

William Hogarth : "la machine superbe pour servir de tire-bouchon"


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Hogarth dans l’Angleterre géorgienne


Rappelons tout d'abord que William Hogarth (1697-1764) est né à Londres et y a passé l’essentiel de sa vie.
Franc-maçon, il est décrit par les historiens d'art comme un homme libre et un philanthrope engagé. 
Artiste graveur autant que peintre talentueux, mais aussi homme d'affaires avisé, il diffuse ses œuvres par le procédé de la gravure, et les protège en obtenant à son profit la mise en place du copyright.
[Note : The Engraving Copyright Act 1735 ou Hogarth's Act protège les producteurs de gravures : la loi interdit de tirer des estampes d'art sans l'accord contractuel de l'auteur.]



The Painter and his Pug
Autoportrait par William Hogarth
(Tate Gallery, Londres)

 
Hogarth a largement contribué à émanciper la peinture anglaise des influences étrangères, particulièrement par ses séries de tableaux où se succèdent les scènes de genre racontant les travers de personnages contemporains, connus du public londonien. 
Il s'est construit explicitement en opposition au modèle artistique français dominant au XVIIIe siècle. 
La peinture académique française, codifiée par l’Académie royale, hiérarchisait les genres entre peinture d’histoire, portrait, scène de genre, paysage, nature morte, privilégiant les sujets antiques ou bibliques, et une esthétique fondée sur l’idéalisation.
Lui revendique une peinture du présent, du quotidien, du trivial même. Il ne peint ni héros antiques ni scènes mythologiques, mais des avocats, des médecins, des prostituées, des aristocrates endettés, des marchands enrichis. 
Cette opposition est à la fois esthétique, morale et politique.

L'œuvre de Hogarth est indissociable de la ville de Londres, devenue au XVIIIe siècle l’un des grands centres économiques, commerciaux et intellectuels de l’Europe. 
L’Angleterre géorgienne est une société profondément marquée par l'importance du commerce, l’essor d’une bourgeoisie urbaine, la mobilité sociale et une relative liberté de la presse et de l’image. Contrairement à la France, où la production artistique est largement contrôlée par les institutions académiques et la cour, l’Angleterre offre un espace plus ouvert à l’initiative individuelle. Hogarth s’y inscrit pleinement, et son expérience de graveur le conduit à penser ses œuvres pour un public élargi, urbain, lettré, amateur d’images, capable de lire une gravure comme on lit un texte.
Pour lui, Londres n’est pas seulement un décor : c’est un organisme vivant, traversé par les flux d’argent, de marchandises, de maladies, de croyances et de pratiques sociales, une société confrontée à des réalités très concrètes : promiscuité urbaine, alcoolisme, prostitution, maladies vénériennes, pratiques médicales incertaines, autant de faits de société qu'il observe avec l'acuité d'un ethnologue. 


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La série Marriage-a-la-mode



L'ensemble des six tableaux peints par Hogarth est intitulé Marriage a-la-mode, dans le "franglais" de l'époque. Il constitue une satire moralisatrice et grinçante d’un tragique mariage de convenance et d'intérêt entre noblesse dépravée et désargentée et bourgeoisie arriviste prête à tout.... 
Et la France est plus qu'égratignée dans cette œuvre !



Hogarth : Marriage a-la-mode
(Wikipédia : National Gallery Londres)


La série suit une progression rigoureusement construite :
1. The Marriage Settlement : le contrat, décision initiale, froide et calculée.
2. The Tête à Tête : les premiers signes du désordre moral et financier dans le couple.
3. The Inspection : l’inscription des conséquences de la dépravation chez le jeune marié.
4. The Toilette : la mondanité dévoyée dans le paraître et le spectacle chez la jeune mariée.
5. The Bagnio : entre mari et amant, l'explosion des tensions et la rupture irréversible.
[Note : le terme bagnio désigne, dans l’Angleterre du XVIIIe siècle, un établissement combinant bains, chambres et lieux de rencontres clandestines.]
6. The Lady’s Death : issue tragique, la mort de la mariée, présentée comme un suicide.

Et c'est au troisième tableau qu'apparaît le tire-bouchon.


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Le tableau The Inspection



La scène se déroule dans un cabinet médical, espace étroit, fermé, oppressant : aucune fenêtre ouverte, aucune échappée visuelle vers l’extérieur. Le spectateur est enfermé avec les personnages.



Gros plan sur les quatre personnages du tableau


La composition est construite autour d’un noyau central formé par quatre figures principales : le jeune marié, la prostituée et la maquerelle, en consultation chez le médecin.

- Le jeune aristocrate , stigmate de la maladie visible au cou, est le seul à être assis, signe de faiblesse physique et morale. Entre menace et ironie, il brandit sa canne et tend une boîte de pilules à la maquerelle, tandis qu’une boîte identique est placée à dessein entre ses jambes, posée sur le fauteuil.
La double présence de la pilule indique, sans que le doute ne soit permis, la syphilis, le "mal français" dont est atteint le jeune marié. Mari trompeur, il accuse cependant la maquerelle de tromperie quant à la pureté de la jeune prostituée. 
Ce motif du "mal français" est récurrent dans The Inspection. Il ne s’agit pas seulement d’une désignation médicale de la syphilis, mais d’un marqueur idéologique. En Angleterre, la maladie vénérienne est volontiers associée à la France, perçue comme décadente, libertine et moralement corrompue. Hogarth exploite cette association avec ironie : le jeune aristocrate anglais, censé incarner un ordre social supérieur, se révèle contaminé, physiquement et moralement.

- La jeune prostituée a une attitude d’apparente innocence. Son expression est presque naïve. Elle tient elle aussi dans la main une boîte de pilules : est-elle porteuse de la maladie ? Hogarth laisse planer le doute, mais l’innocence affectée de la prostituée contraste avec la culpabilité du jeune noble : la hiérarchie morale attendue est inversée.

- L'imposante maquerelle qui avait dû garantir que la demoiselle "était parfaitement innocente et exempte de toute espèce de gallicisme" *, porte elle-même les stigmates de ce "mal français". Son visage est altéré, tandis que son maintien est agressif. Elle surjoue l'indignation et ouvre un couteau pour en menacer le comte.
[ * Source : Hendryk Jansen, biographe de William Hogarth]

- Le médecin n'est pas à son avantage : posture, traits du visage, teint, vêtements relèvent plutôt de la caricature. Occupant une position excentrée, il prend le temps de nettoyer son lorgnon et observe avec curiosité, ni choqué ni compatissant : il est dans l’exercice de sa fonction.
Les contemporains ne pouvaient que reconnaître Jean Misaubin, médecin huguenot français réfugié à Londres, chirurgien-barbier reconnu, dont le cabinet, établi au 96 St Martin's Lane, était un véritable Museum, chargé de symboles. Franc-maçon comme Hogarth, Misaubin a souvent été moqué pour ses manies, son penchant pour l’alcool et son fort accent français. Ses pilules destinées à guérir les maladies vénériennes lui valurent le surnom de "Monsieur de la Pillule" (sic). 

Le cabinet de Misaubin, immédiatement reconnaissable par le spectateur, est encombré d'une collection de curiosités, en plus du crâne ou memento mori cher aux francs-maçons ou de la dent de narval... "corne de licorne" aux vertus de contrepoison. Ce type de mise en scène du savoir était fréquent chez les praticiens désireux d’affirmer leur statut intellectuel.
Parmi tous les objets présents, ceux disposés à droite nous intéressent plus particulièrement : deux machines et un traité.


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Une machine superbe pour servir de tire-bouchon


Le titre du traité ouvert en page de garde nous renseigne :
"EXPLICATION DE DEUX MACHINES SUPERBES
L’UN POUR REMETTRE L’EPAULES
L’AUTRE POUR SERVIR DE TIRE-BOUCHON
INVENTES PAR MONSIEUR DE LA PILLULE
VUES ET APPROUVEES PAR L’ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES A PARIS."
[orthographe respectée]



Explication de deux machines superbes...


"Monsieur de la Pillule" n’est pas seulement un médecin : il est aussi inventeur, auteur et promoteur de machines d'une telle complexité que cela justifie un traité en deux volumes, approuvé par l’Académie royale des sciences à Paris.
Le livre ouvert n’est pas tenu en main ni consulté, il est exposé, lisible, presque exhibé, pour fonder l'autorité de Misaubin. 
La machine à remettre les épaules est dressée, prête à l'emploi, entre cordes de traction et engrenages.

Celle destinée à servir de tire-bouchon est posée sur le sol, au premier plan du tableau. 


... L'autre pour servir de tire-bouchon


La machine proposée par Hogarth évoque davantage un instrument mécanique, voire médical, qu’un accessoire destiné à la table. On distingue un dispositif de blocage de la bouteille - ici une mallet bottle -  en position verticale, une base très stable, deux montants latéraux destinés au guidage de la mèche insérée dans le bouchon et actionnée par une manivelle... mais le dispositif est-il vraiment fonctionnel ?
Cette forme singulière fait pourtant écho à d’autres instruments présents dans l’univers médical de l’époque. Le peintre se serait-il inspiré de la terebra, instrument utilisé pour la trépanation ? 


terebra ?


On y retrouve en tout cas et le style et une même logique mécanique : une base assurant la stabilité, des montants destinés au guidage, et une vis centrale permettant une progression lente et contrôlée dans une matière résistante.

Il serait sans doute excessif d’affirmer que le tire-bouchon de Hogarth est la représentation directe d’une terebra. En revanche, l’hypothèse d’une filiation formelle est difficile à écarter. Les instruments de trépanation sont abondamment illustrés dans les traités de chirurgie des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, et Hogarth, observateur attentif - et souvent critique - du monde médical, ne pouvait les ignorer.



Terebra 
Source : piratesurgeon.com


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La scène de genre The Inspection est située dans le cabinet de Misaubin, médecin français buvant beaucoup et le tableau est traversé par les thèmes de la maladie, de la médecine et du charlatanisme : le choix fait par William Hogarth d’un tire-bouchon à l’allure quasi chirurgicale prend alors sens.

Mais qui nous le fabriquera ?



et un peu d'I.A...gination !



mercredi 4 février 2026

LES TIRE-BOUCHONS VENDUS PAR HAUËT & VIDAL

 
Amis blogueurs, bonjour !


Voici, comme annoncé, la suite de notre article consacré à la saga des grossistes CHOPIN, FOULQUIER, EYMAR, HAUËT, VIDAL, LEROUX, WITTMER.
Cf. :

Seuls dans cette saga, HAUËT et VIDAL ont proposé des tire-bouchons, dans les années 1890, d'où notre titre :

LES TIRE-BOUCHONS VENDUS PAR HAUËT & VIDAL


Deux Tarifs, chronologiquement proches, le N° 41 de 1890-1891 et le N° 45 de 1892, actualisé entre 1893 et 1896, nous les présentent.

Il convient cependant de se rappeler que les tire-bouchons occupent un espace réduit parmi les milliers de références proposées par ces Tarifs.
 
Ils y avoisinent les abreuvoirs pour basse-cour, les biblorhaptes, les écouanes ou les fouillots (vous connaissez ?), les lanternes de ville, les marquises, les plats à barbe ou à escargots, les révolvers et sabres-manchettes, les tabourets à eau bouillante, ... ou bien encore l'enclume des familles, les chenets à tête Alsace, Lorraine, la cible homme-tonneau et le tricycle !



Je vous propose trois définitions : Vous, vous saviez sûrement, mais d'autres non (et c'est mon cas !) :
Biblorhapte : Sorte de classeur possédant une reliure mobile, mécanique ou non, le biblorhapte est généralement utilisé pour ranger des documents ou des lettres.
Écouane : Grande lime plate à une seule rangée de tailles non croisées dont se servent les tabletiers, les ajusteurs de monnaie ou les ébénistes. 
Fouillot : Pièce d'une serrure percée d'un trou destiné à recevoir la tige carrée du bouton double ou de la béquille, et portant un bras destiné à transmettre son mouvement.

Nos Tarifs présentent donc de nombreuses nouveautés, au point qu'on découvre même l'éclairage à l'électricité, en page 760 du Tarif N° 75 !


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Tarif N° 41 de 1890-1891
(Document Bernard Devynck)


Trois pages, 171, 172 et 173, sont consacrées aux tire-bouchons et aux forets-coups de poing. Les références vont du n° 3459 au n° 3550.



Page 171


Page 172


Page 173


On peut y voir des modèles émanant de fabricants très différents, tels :
- Pérille : Commercial JP, Hélice, Bascule, Bélière, Bague, Étoile, Crémaillère...,
- Guichard : Excelsior,
- Mestre : crochet,
Génot et Gunther (breveté en 1887 avec additif de 1888),
- Pecquet assurément, aux mèches taillées ou façonnées, mais difficilement repérables sur ces illustrations de petite taille,
ainsi que des modèles importés : anglais type Thomason, Lund, Lew...


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Tarif N° 45 de 1892
(Document Marc Ouvrard)


Quatre pages, 477, 478, 479 et 480, sont consacrées aux tire-bouchons et aux forets-coups de poing. Toutes les références ont été revues. Elles vont maintenant du n° 9391 au n° 9486.



Page 477


Page 478


Page 479


Page 480


On retrouve la même diversité de fabricants avec, parmi les nouveautés :
- le Diamant de Pérille,
- le Phénix de Guichard,
- un modèle de poche pliable (pantographe) type Hollweg,
- une carte de tire-bouchons Leboullanger (L.B.)


Carte tire-bouchons "L.B."


On note une discrète rectification entre les deux tarifs :
Concernant un tire-bouchon Pecquet, une erreur manifeste apparait dans le Tarif N° 41, page 171 : le n° 3475 est intitulé "Manche dés à jouer", alors que la gravure montre un "Manche découpé". 
Cette erreur est rectifiée dans le Tarif N° 45, page 477 : le même modèle, devenu le n° 9404, est cette fois dit à "Manche découpé", avec les mêmes termes qu'utilise Pecquet dans ses catalogues :



L'erreur est signifiante : le Manche dit "dés à jouer" existait donc déjà et il est dommage qu'il n'ait pas été représenté. Il correspondrait peut-être à un tire-bouchon Pecquet que Lionel Belhacène avait appelé faute de mieux le "Domino" ?
Cf. le groupe Facebook créé par Lionel : Tire bouchons Pecquet et autres
Nous avons discuté tous les deux de cette erreur figurant dans le Tarif N° 41 et voici l'interprétation qu'en fait Lionel :
"[...] En effet, il est donc tout à fait possible que celui appelé "dés à jouer“ soit bien le ”Domino". Les dates collent aussi. Elliott présente le Damier dès 1888, même s'il faut attendre 1896 pour que Pecquet le mette sur son catalogue."



Collection Lionel Belhacène



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Mises à jour du Tarif N° 45, entre 1893 et 1896


Le 1er Cahier, de 1893 :
- acte deux hausses de prix, de 20% pour le vide-bouteilles n° 9119 et de 10% pour « Le Phénix » n° 9483,



- corrige une "coquille" concernant le prix de la douzaine d'hélices JP n° 9418 : "la douzaine 16,70". 
- annonce une nouveauté : le  n° 15853, tire-bouchon nickelé à cloche automatique mouvement continu brevet JP n° 1.900, pièce 1.76 :



Il s'agit bien d'une nouveauté puisqu'on reconnait là le Brevet n° 231.088 délivré à Jacques Pérille le 3 octobre 1893, soit quelques mois après la parution du Tarif N° 45 de 1892.


Les Cahiers suivants, de 1894 à 1896, reprennent ces modifications et proposent en plus à la vente deux beaux modèles dus à Pecquet :
- le tire-bouchon à hélice nickelé n° 337 : L’Etincelant, en boîte, pièce 1.80,
- le tire-bouchon à hélice nickelé n° 374 : Le Parisien Breveté, en boîte, pièce 3.10 :




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Merci à Pascale, Bernard et Lionel pour leur aide précieuse.
Je vais maintenant pouvoir oublier un peu les tire-bouchons pour feuilleter plus longuement mon Tarif N° 45, et m'offrir un voyage à la Belle Epoque !



M

vendredi 30 janvier 2026

TIRE-BOUCHONS ET VIEUX PAPIERS : LA SAGA CHOPIN, FOULQUIER, EYMAR, HAUËT, VIDAL, LEROUX, WITTMER...

 

Amis blogueurs, bonjour !


Bon, certes ce n'est pas la Bible, ni l'Encyclopédie, mais quand même...

LE TARIF N° 45 HAUËT & VIDAL DE 1892

est un beau livre d'histoire(s) !


L'aide de mes amis Pascale et Bernard n'est pas de trop pour vous raconter l'enquête...

Ce lourd catalogue est intitulé :
Quincaillerie Articles de Paris
Anciennes Maisons A. CHOPIN, FOULQUIER & EYMAR
HAUËT & VIDAL
6, Rue Froissart 
PARIS
TARIF N° 45
Spécialité d’achats à commission



Document Marc Ouvrard


Le Tarif HAUËT & VIDAL compte plusieurs centaines de pages illustrées de gravures, et si les tire-bouchons ne représentent qu'une toute petite partie des articles proposés, ils sont quand même une centaine, issus des plus grands fabricants de la fin du XIXe siècle ! 
Dans son Dictionnaire du tire-bouchon français, Gérard BIDAULT écrit à propos de ce Tarif HAUËT & VIDAL  : "Un nouveau catalogue , qui propose un panel de plus de cent tire-bouchons, est édité. PERILLE côtoie BUREL, LEDUC, PECQUET, CREDOT et bien d'autres, dont le brevet de GENOT & GÜNTHER."

Nous datons le Tarif N° 45 de 1892, mais l'histoire de l'entreprise est longue, incertaine et pleine de rebondissements.
Un Tarif N° 45... et nous n'accédons qu'à deux versions antérieures : le Tarif N° 32 et le N° 41 !
Malgré nos efforts de recherches, les dirigeants, souvent, restent dans l'ombre, ne nous ayant même pas toujours laissé leurs prénoms !


Nous nous proposons de :
- vous livrer les éléments que nous avons pu retrouver sur l'histoire de l'entreprise et ses différentes époques,
- vous présenter les Tarifs auxquels nous accédons, 
- et aussi de... faire appel à vous pour compléter nos informations.
Ce sera l'objet du présent article.

Quant aux tire-bouchons, nous les garderons pour un second article, le "dessert" en quelque sorte !


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1ère époque, 1851(?) - 1864 : A. CHOPIN.


Rappelons-nous les raisons sociales citées en "une" du Tarif N° 45 : Quincaillerie Articles de Paris HAUËT & VIDAL 
Anciennes Maisons A. CHOPIN, FOULQUIER & EYMAR.
Spécialité d’achats à commission

Définition :
Selon les douanes françaises, les commissionnaires sont des intermédiaires entre vendeurs et acheteurs ; rémunérés par une commission, ils ne sont jamais propriétaires des marchandises.

A. CHOPIN est le premier dirigeant et probable fondateur (l'année 1851 sera revendiquée comme année de fondation), qualifié de commissionnaire et d'acheteur en "quincaillerie et articles de Paris" : nous ne connaissons pas son prénom et ne savons rien de ses origines, ni de sa vie !

1859 : A. CHOPIN est installé 5 Impasse Chausson Paris 10° :


Annuaire-almanach du commerce, de l'industrie, 
de la magistrature et de l'administration du 01.01.1859

1862 : on le retrouve 6 rue du Roi-Doré à Paris 3° :


Annuaire-almanach du commerce, de l'industrie, 
de la magistrature et de l'administration du 01.01.1862

1864 : au moment de sa cession, la quincaillerie A. CHOPIN est située au 6 impasse Froissart Paris 3°, adresse qui restera celle du siège de l'entreprise.


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2ème époque, 1864 - 1890 : FOULQUIER & EYMAR


FOULQUIER & EYMAR, associés, succèdent à A. CHOPIN, au plus tard en 1864.
Même constat que pour CHOPIN : faute de prénoms, nous ne sommes pas parvenus à retrouver ces dirigeants sur les sites généalogiques auxquels nous avons accès.

1864 : ils occupent deux adresses, séparées de moins de 100 m : 10 rue Commines et 6 Impasse Froissart Paris 3°. 


Annuaire des commerçants ou 
Indicateur des fabricants de Paris et du département de la Seine 
publié par Jules Méreau 01.01.1864

Il est vraisemblable que FOULQUIER & EYMAR étaient déjà installés rue Commines quand l’opportunité s’est présentée à eux de reprendre la quincaillerie de CHOPIN.

Ils y ajoutent l'adresse du 6 rue du Roi-Doré, où était précédemment établi CHOPIN.


Le Rappel 3 juillet 1875


1877 : FOULQUIER & EYMAR publient le Tarif Spécial N° 32, lequel ne propose pas de tire-bouchons.


Tarif spécial N° 32 : on notera l'adresse 6 Rue du Roi-Doré Paris.
Document Bernard Devynck.


1889 : FOULQUIER & EYMAR sont encore associés, puisqu'ils déposent cette année-là la marque "La Comète" au Greffe du Tribunal de Commerce de la Seine (marque non retrouvée sur le site de l’INPI).


Bulletin Officiel de la Propriété Industrielle 
"La Comète" marque déposée pour des tondeuses pour les chevaux 

1890 : FOULQUIER et EYMAR vendent leur entreprise à HAUËT et VIDAL :


Archives commerciales de la France 22 janvier 1890 (montage)


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3ème époque, 1890 - 1895 : FOULQUIER, HAUËT & VIDAL. 


Un mois plus tard, le 1er février 1890, FOULQUIER (sans EYMAR) s'associe avec HAUËT et VIDAL pour créer la société en nom collectif HAUËT & VIDAL, avec clause prévoyant explicitement son retrait deux ans plus tard. 


Archives commerciales de la France 12 mars 1890


On ne sait rien sur les raisons du départ d’EYMAR, absent de l'organigramme : il est pourtant encore dans le jeu au début de cette même année 1890. La ville qui a entrepris des travaux visant au classement et prolongement de l’Impasse Froissart en rue Froissart, s'engage dans une politique de dédommagement des riverains, notamment la société FOULQUIER, HAUËT & VIDAL ou... société FOULQUIER & EYMAR, locataires de Dame NÉRAT.


Bulletin municipal officiel de Paris 20 février 1890 : 
Dame NÉRAT, propriétaire du 6 impasse Froissart


Bulletin municipal officiel de Paris 29 mars 1890 : Dédommagement de la société locataire, FOULQUIER, HAUËT & VIDAL (ou société FOULQUIER & EYMAR).


1890 ou 1891 : HAUËT & VIDAL publient le Tarif N° 41.


Tarif N° 41 : document Bernard Devynck


La raison sociale est actualisée HAUËT & VIDAL : le Tarif  N° 41 ne peut donc dater que de 1890 ou 1891, le N° 45 étant daté de 1892.
On note qu'en couverture, HAUËT & VIDAL revendiquent une fondation en 1851.

Une centaine de tire-bouchons sont présentés pages 171, 172 et 173.




1892 : publication du Tarif N° 45.

Une première observation tient au rythme soutenu de parution des Tarifs, numérotés indépendamment des successions de dirigeants : l'année revendiquée pour la création de l'entreprise est 1851, le Tarif N° 32 date de 1877, le Tarif N° 41 de 1890-1891 et le N°45 de 1892 ! Soit, probablement, et en fonction des besoins, un Tarif actualisé et numéroté, tous les six mois !

Et le Tarif N° 45 semble bien être le dernier, A. VIDAL se contentant d’intercaler un cahier en 1896 dans le Tarif N° 45.





Tarif N° 45 : documents Marc Ouvrard


Ce Tarif N° 45 compte 798 pages, auxquelles il faut ajouter quatre cahiers intégrés a posteriori dans la reliure et ainsi titrés :
- "Tarif spécial réduit et modifications applicables au Tarif n° 45 de novembre 1893", 16 pages.
- Intercalaire : "Prix sans provision A. VIDAL du 15 avril 1896" : réductions de prix au Tarif N° 45 HAUËT & VIDAL … mais le nom d'HAUËT a disparu de la raison sociale !
- "Tarif spécial réduit octobre 1894", 20 pages.
- "Cahier rectifications, nouveautés (particulièrement en matière d'éclairage), 64 pages.
Soit 798 pages + 16 + 20 + 64 = 898 pages illustrées !

La datation du Tarif N° 45 découle de ce qui précède : après le Tarif N° 41 et avant les cahiers rectificatifs de 1893 à 1896.

Comme pour le Tarif N° 41, la réalisation de ce document a été confiée E. HAUËT, imprimeur-graveur, 4 Passage Brady Paris 10°... nous n'avons pas pu établir le lien - vraisemblablement familial - entre cet imprimeur et le dirigeant de l'entreprise.

Les milliers d'articles sont présentés par familles et par ordre alphabétique. Chaque article fait l'objet d'une illustration. Et tous les tarifs sont indiqués, signe d'une relative stabilité monétaire : en fait les prix sont malgré tout en hausse d'environ 10% entre les Tarifs N° 41 et N° 45.
Les tire-bouchons occupent les pages 477 à 480, et les références les concernant sont différentes de celles du Tarif N° 41 et vont du N° 9391 au N° 9486, soit 95 modèles, plus quelques variantes !




Mais, comme dit plus haut, nous y reviendrons dans un prochain article.


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4ème époque, 1895 - 1899(?) : VIDAL seul 


1er juillet 1895 : dissolution de la société HAUËT & VIDAL, mais VIDAL actualise encore le Tarif n° 45 en y insérant un additif l’année suivante, avec tarifs en date du 15 avril 1896.


Le Fer : revue métallurgique, commerciale et financière 1er août 1895
Dissolution de la société en nom collectif.


Nous n'avons toujours pas de prénom pour VIDAL, seulement la première lettre : A. VIDAL !
("A." VIDAL apparaît dans l'Annuaire-almanach du commerce, de l'industrie, de la magistrature et de l'administration : ou almanach des 500.000 adresses de Paris, des départements et des pays étrangers : Firmin Didot et Bottin réunis du 01 janvier 1897).

1899 : A. VIDAL a fait prospérer sa "quincaillerie en gros", élargissant son emprise aux immeubles voisins de l'impasse devenue la rue Froissart :


Annuaire-almanach du commerce, de l'industrie, 
de la magistrature et de l'administration 01.01.1899


L'histoire de l'entreprise va encore se poursuivre, mais avec des dirigeants mieux identifiés.


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5ème époque, 1906 - 1916 : Eugène LEROUX 


1901 : Victor Eugène Napoléon LEROUX (1856 - 1916) apparait comme repreneur unique de la quincaillerie :
Précédemment avoué, il a la cinquantaine, est célibataire, et vit au 137 avenue Victor Hugo dans le 16e arrondissement parisien.


Annuaire-almanach du commerce, de l'industrie, 
de la magistrature et de l'administration 01.01.1901

1910 :  La quincaillerie en gros Eugène LEROUX est active dans le commerce avec l'empire colonial français et figure à ce titre dans le Répertoire des entreprises coloniales, banques et négoce.

Août 1916 : C'est le coup de tonnerre ! Alors que la guerre bat son plein, Eugène LEROUX est assassiné dans ses locaux par des cambrioleurs :


La Libre Parole du 26 août 1916 : assassinat d'Eugène LEROUX


Janvier 1918 : vente de l’entreprise par Melle Jeanne-Elisabeth HERMÉ, héritière d’Eugène LEROUX, à Charles WITTMER, quincailler, et à son épouse Andrée-Jeanne ROSSIE.


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6ème (et dernière) époque, 1918 - après 1925 (1938 ?) : Charles WITTMER

1918 : Charles WITTMER (Soultz, 1882 - Paris, 1938), quincailler à Soultz, reprend parallèlement l'entreprise d'Eugène LEROUX et la dénomme Comptoir National de Quincaillerie.
1925 : Le dernier document retrouvé le montre toujours établi cette année-là à Paris et à Soultz, avec usines à Ronchamps et Soultz.


L'Annuaire industriel répertoire analytique général de l'industrie 01011925

Charles Wittmer décède en 1938 et la liquidation de ses entreprises suit en 1939.



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Pendant près d'un siècle, et avec bien des changements, l'entreprise fondée par A. CHOPIN, puis dirigée par FOULQUIER, EYMAR, HAUËT, VIDAL, LEROUX, enfin WITTMER, est restée pérenne.

Bien des interrogations demeurent cependant sur l'histoire de cette entreprise et nous espérons que vous nous aiderez à lever un coin du voile !


Avec l'aide de Pascale et Bernard, nous consacrerons un prochain article aux tire-bouchons présents dans les Tarifs N° 41 et 45.



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