jeudi 29 février 2024

IL Y A 20 ANS : DES TIRE-BOUCHONS FIGURATIFS ET DES TIRE-BOUCHONS A CAGE DANS LA REVUE LA VIE DU COLLECTIONNEUR

 
Amis blogueurs, bonjour !


Sommé par mon épouse de faire un peu de place dans notre grenier, je me suis résolu à jeter les collections d'anciennes revues que j'entassais, parfois depuis plusieurs décennies. 
L'hebdomadaire La Vie du Collectionneur, aujourd'hui disparu, en faisait partie. Mais comment ne pas feuilleter ces revues avant de les jeter ? J'ai regardé les "Une" comme on regarde dans un rétroviseur et j'ai vu...

DES TIRE-BOUCHONS FIGURATIFS ET DES TIRE-BOUCHONS A CAGE


Deux numéros, vieux de plus de vingt ans, ont consacré un dossier aux tire-bouchons :
- le numéro 440 du vendredi 13 décembre 2002 titrait sur les Tire-bouchons figuratifs,
- le numéro 467 du vendredi 28 juin 2003 en faisait autant pour les Tire-bouchons à cage.



Les deux dossiers ont été réalisés avec le concours de Marc Poncelet, alors Président du Club Français du Tire-Bouchon.


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Le premier dossier montre la diversité des modèles figuratifs :
- les thèmes : personnages, métiers, caricatures, grotesques, érotiques, pisseurs, animaux (beaucoup de chiens et de chats), clés, ancres, instruments,
- les matières utilisées : fer, bronze, laiton, cuivre, aluminium, bois sculpté, noix de corozo, ivoirine...,
- les lieux de production : si la France est championne par la richesse de la production, l'Autriche (Hagenauer), l'Italie (ANRI), les Etats-Unis (prohibition) ne sont pas en reste.





L'échelle des prix n'a guère évolué pour les modèles les plus communs, la tendance serait plutôt à la baisse pour certains (les érotiques par exemple), mais les grotesques en noix de corozo, les poignées de bronze ou les Haguenauer ont vu leurs prix flamber depuis cette période bénie !


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Le second dossier s'ouvre sur les origines anglaises des tire-bouchons à cage (Henshall, Thomason, Loach, Osborne) et montre que les autres pays européens ont emboîté le pas aux XIXe et XXe siècles : France (Pérille, Coville, Guichard, Pecquet...), Allemagne (Becker, Scharff...), Italie (modèles rarement marqués).
L'échange porte ensuite sur la technicité de ces modèles, entre doubles pas de vis, crémaillères, leviers, ressorts, hélices...





Concernant les tire-bouchons à hélice, on notera le sous-titre : "Des origines parfois introuvables"...
Une citation plus complète s'impose ici : 
... "beaucoup de réalisations à hélice sont dépourvues de tout signe d'identification. Ceci tient aussi aux copies, souvent à l'identique, de modèles portant, eux, une marque de fabrique."
On trouve là la motivation de notre ouvrage :
Les tire-bouchons à hélice par Jean-Pierre Lamy et Marc Ouvrard.

Concernant la palette des prix, vingt ans après, les estimations données restent souvent valables pour ces tire-bouchons de moyenne gamme : quelques euros pour les modèles anonymes, 100 € pour certains Colombus, à partir de 150 € pour un type Thomason.


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Peut-être qu'après quelques autres décennies, nos successeurs verront les choses différemment ? L'Histoire en tout cas aura fait son travail, effaçant beaucoup de souvenirs pour en privilégier quelques-uns.



M




lundi 19 février 2024

DES FABRICANTS DE TIRE-BOUCHONS : AUGUSTE LOUIS & ALPHONSE CREDOT



Amis blogueurs, bonjour !


Voici une suite à la rubrique inaugurée il y a quelques jours avec Georges Louis Leboullanger et ses fils, rubrique qui s'inscrit dans mon projet de livre sur les fabricants français et leurs catalogues :

DES FABRICANTS DE TIRE-BOUCHONS : AUGUSTE LOUIS & ALPHONSE CREDOT
 

Mon précédent article se concluait ainsi :
"La saga Leboullanger s'arrête avec la faillite de la société A. Leboullanger et Compagnie."

Evoquons donc les successeurs : Auguste LOUIS et Alphonse CREDOT. Le texte qui suit sera repris dans le livre en préparation, augmenté de vos éventuelles contributions. Merci à ceux qui m'ont aidé à construire ce dossier, notamment Patrice Pagniez qui suit manifestement les mêmes pistes que moi !


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LOUIS Auguste


Eléments biographiques :

On sait peu de choses concernant la vie d’Auguste Louis.
Fils de Nicolas Louis et de Ursule Deshayes, il est né vers 1830.
Marié à Héloïse Bris en 1853, il en aura une fille, Elisa (1855 - 1871) décédée à l’âge de 16 ans et dix mois, au domicile familial 16 rue d’enfer à Paris 5°.

Histoire de l’entreprise :

Tourneur sur métaux en 1880 au 179 Bd du Temple à Paris 3°, Louis reprend la Maison A. Leboullanger en 1889, du moins le dépôt du 31 rue Michel-le-Comte à Paris 3°, et installe ses ateliers à proximité, au 39 rue Volta.
Dès cette année 1889, Louis expose à l’Exposition Universelle de Paris :


Catalogue général officiel de l'exposition universelle de 1889.
(Gallica)


La revue Le Panthéon de l’Industrie du 23 juin 1889 « panthéonise » la Manufacture d’Acier Poli d’Auguste Louis :
 
 

Le Panthéon de l'Industrie du 23 juin 1889.
(Gallica)

En janvier 1892 encore, Louis fait de la publicité pour le tire-bouchon le Succès, repris de Leboullanger, dont il promeut la marque de fabrique « LB » dans un octogone :

 

Annuaire-almanach Didot-bottin 01 janvier 1892.
(Gallica)


Mais le 1er novembre 1892, sans qu’il nous ait été possible d’en comprendre les raisons, l’ancienne Maison Leboullanger passe aux mains de Crédot.

Productions Louis :

On ne connait malheureusement pas plus de catalogue Louis que de catalogue Leboullanger.


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CREDOT Alphonse


Eléments biographiques :

Nous ignorons tout ou presque des débuts de Henri Ildefonse dit Alphonse Crédot, avant son association avec Jean-Baptiste Boué pour démarrer une production de tire-bouchons dans le Vexin.
Les parents, Martial Crédot, maçon, puis facteur, et Jeanne Auclair, étaient établis à Azerables dans la Creuse. Ils eurent douze enfants. Deux nous intéressent particulièrement : le cinquième, Jean Baptiste, et surtout le dixième, de huit ans plus jeune, Henri Ildefonse - que nous appellerons Alphonse, comme il le faisait lui-même - et qui deviendra le grand fabricant de tire-bouchons que nous connaissons.

Alphonse (Henri Ildefonse) Crédot (1848 – 1914) est mobilisé pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Rendu à la vie civile, il se fixe à Paris, travaille dans la métallurgie, puis devient employé de commerce et habite un temps au 31 rue des Ecoles Paris 5°. 
En 1876, il épouse Marie Euphrasie Parisot (1857 – 1890), plumassière. Une fille nait la même année, mais meurt alors qu’elle n’est âgée que de trois semaines. Marie Euphrasie ne semble pas avoir eu d’autres enfants ; elle meurt en 1890, à seulement 33 ans.
1886 : la fabrication de tire-bouchons commence. Jean-Baptiste Boué et Alphonse Crédot s’installent dans le Vexin, à Hodent, au moulin du Pont d’Hennecourt. Ils se sépareront au bout de deux ans.
1888 : Crédot quitte Hodent pour Montreuil-sur-Epte. Il loue également un dépôt au 31 rue Charlot Paris 3° et y installe le domicile familial qu’il conservera jusqu’au décès de son épouse.
1892 : reprise de la fabrique Leboullanger* à Genainville : Crédot y loge son frère Jean Baptiste et s’y réserve un pied-à-terre. 
Alphonse Crédot conserve l’atelier Leboullanger et le logement attenant du 31 rue Michel-le-Comte Paris 3°. Après son veuvage, il s’y installe et y demeurera jusqu’à la fin de ses jours.
Pour autant, c’est définitivement dans le Vexin qu’il développera ses fabrications.
1914 : Alphonse Crédot décède en son domicile. 

Son frère aîné, Jean Baptiste Crédot (1840 – 1918), épouse Charlotte Joséphine Garnier (1835 - 1918) en 1867. Le couple aura trois enfants, morts jeunes : Alphonse Constant à 27 ans, Marie Louise à 3 ans et Henri Emile à 22 ans. 
Jean Baptiste représentera un temps son frère comme directeur de l’usine de Genainville. Plus tard, Victor Sitbon le remplacera à ce poste. 
Jean Baptiste reprendra ensuite le métier de maçon avant de se retirer à son domicile 130 rue de la Chapelle Paris 18° où il décédera en 1918. 


Histoire de l’entreprise :

1886 - 1888 : Epoque Boué & Crédot
1886 – 1888 : Jean-Baptiste Boué et Alphonse Crédot, brièvement associés, s’installent à Hodent et transforment l’ancienne filature de coton et soie du Moulin d’Hennecourt en manufacture d’acier poli.
Peut-être cette filature appartenait-elle déjà à la famille Boué… au nom orthographié Bouez ? L’Annuaire général du commerce et de l'industrie, de la magistrature de 1855 semble l’indiquer :


Annuaire général du commerce et de l'industrie, de la magistrature de 1855.


C’est durant cette période que Boué et Crédot obtiennent un brevet pour un « tire-bouchon de poche à usages multiples » (brevet n° 178.996 délivré le 14 février 1887) qu’ils marquent de leur sigle commun « B et C ».

 
Boué & Crédot : brevet n° 178.996 délivré le 14 février 1887.
(Guy Olive : 1828 - 1974 Tire-bouchons français, Brevets)


Une déclinaison du brevet.
Collection Bert Giulian (World-Class Corkscrews)



1888 - 1914 : Epoque Alphonse Crédot
1888 – 1892 : Alphonse Crédot a quitté Boué. Il a repris et transformé l’ancienne scierie mécanique pour le découpage de bois de chaises, située à Montreuil-sur-Epte, à quelques kilomètres plus à l’ouest, en manufacture d’acier poli. Son épouse meurt en 1890.
1892 : Crédot rachète à Auguste Louis la fabrique Leboullanger, une référence dans l’industrie du tire-bouchon, ce qui lui permet de reprendre les fabrications et d’y ajouter les siennes. Il conserve à cette époque la marque des frères Leboullanger, « L.B. », mais promeut en même temps la sienne, « A.C. » :



Tire-bouchon Crédot, marqué A.C. DEPOSE.
(Collection personnelle)



1894 : fort du succès croissant de son entreprise, Crédot quitte Montreuil-sur-Epte pour installer une « usine modèle » à Genainville, près d’Hodent.  Il y installe et loge son frère aîné Jean-Baptiste et s’y réserve un pied-à-terre.
La raison sociale de l’entreprise devient : 
Manufacture d’Acier Poli
Ancienne Maison Leboullanger Frères
A. Crédot successeur.
L’en-tête vante l'usine modèle de Genainville, et met en avant un point fort de Crédot : les articles sur cartes.


Document commercial 1894.
(Source : Gérard Bidault)


1906 : au terme d’un long conflit de voisinage, Crédot rachète à Jean-Baptiste Boué, son ex-associé et concurrent, le Vieux Moulin de Genainville qu’il joint à son « Usine modèle ».

 


Deux cartes postales anciennes illustrant la fabrique Crédot à Genainville.
(CPA Genainville-loisirs.fr)


Productions Crédot :

Vers 1913, Crédot a édité un catalogue dont Gérard Bidault nous offre quelques extraits dans son livre Les tire-bouchons français, malheureusement ce catalogue est devenu introuvable...


Le 7 février 1914, Alphonse Crédot décède sans héritier direct. 
C’est Victor Sitbon, son directeur à Genainville, qui va reprendre la Manufacture d’Acier Poli.


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Des questions restent en suspens, notamment :
- je n'ai pas pu retrouver l'acte de reprise de la Manufacture Leboullanger après la faillite de 1889 par Auguste Louis,
- de même, je n'ai pas retrouvé l'acte d'acquisition de la Maison Crédot par Victor Sitbon...

... Mais je compte sur votre sagacité ! 
Et tout document - catalogue, particulièrement - susceptible d'enrichir ce travail sera bienvenu.



M


mardi 13 février 2024

DES FABRICANTS DE TIRE-BOUCHONS : GEORGES LOUIS LEBOULLANGER ET SES FILS

 Amis blogueurs, bonjour !


Je voudrais évoquer aujourd'hui 

DES FABRICANTS DE TIRE-BOUCHONS : 
GEORGES LOUIS LEBOULLANGER ET SES FILS


Situons d'abord le cadre : je travaille à l'écriture d'un livre sur les fabricants français de tire-bouchons et leurs catalogues. L'aventure est compliquée et je ne suis pas sûr d'en venir à bout, mais ne dit-on pas que "les seuls combats perdus d'avance sont ceux qu'on ne mène pas" ?

Mon idée est de proposer pour ces fabricants une courte biographie, d'évoquer les grandes étapes de leurs entreprises et leurs productions, avant de proposer une reproduction de leurs catalogues d'époque.

Plusieurs d'entre vous m'ont déjà aidé en me permettant d'accéder à leurs "vieux papiers" : documents commerciaux, catalogues anciens, et je les en remercie chaleureusement. 
L'aide la plus décisive vient de m'être apportée par Gérard Bidault, président-fondateur du Club Français du Tire-Bouchon, qui m'a tout simplement donné ce qui lui restait de documentation et autorisé à utiliser librement ses écrits : un énorme cadeau et un merci tout particulier donc !

Par esprit de contradiction peut-être, je voudrais évoquer aujourd'hui Georges Louis Leboullanger et ses fils Alfred et Jules... lesquels à ma connaissance n'ont pas laissé de catalogue !

Ami lecteur,
Si vous possédez des documents, notamment factures ou papiers à en-tête Leboullanger, je vous serais reconnaissant de bien vouloir me les proposer : ils seraient très utiles pour l'illustration de ce chapitre de mon futur livre.


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Eléments biographiques sur Georges Louis Leboullanger et ses fils


Georges Louis Leboullanger est né à Caen en 1810. 
Monté à Paris, il est installé comme polisseur en acier et habite 63 rue du Faubourg du Temple quand il se marie en 1839 à Mélanie Augustine Delanoë (1819 – 1887). Huit enfants naissent de cette union (dont une fille morte en bas âge). 
Trois fils seront mécaniciens comme leur père. 
Deux, Alfred Auguste et Jules Félix, lui succéderont :
Alfred Auguste (1842 - ?) qui épousera Caroline Müller, citoyenne allemande en 1870. Ils auront deux enfants : Louis Lucien (Chaussy, 1873 - 1930 ?) et Jeanne Berthe (Les Planches, 1885 - ?).
Jules Félix (1848 - 1914) qui sera veuf deux fois : après avoir épousé Laure Marie Ménard (1855 - 1887) en 1876, puis Anne Marie Seignier (1860 - 1905) en 1889. On ne lui connait pas de descendance.
Louis Fortuné épousera Hortense Pauline Julie Goujon (1857 - 1911) en 1876. Il ne suivra pas le "droit chemin" emprunté par ses frères et sera condamné en 1887 aux travaux forcés et à la relégation au bagne de Nouméa (Nouvelle-Calédonie) où il décèdera en 1907.


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Vie de l'entreprise


Epoque Leboullanger - Aubret :

Dès avant 1855, Georges Louis Leboullanger s’associe avec Pierre Aubret, ferblantier, pour fabriquer des petits ustensiles d'acier dans leur atelier situé au 27 rue Michel-le-Comte Paris 3°. Ils reçoivent une médaille à l’Exposition universelle de 1855, pour leurs fabrications de "pinces à épiler, pinces pour fleuristes, limes à ongles, anneaux brisés, vrilles, tire-boutons et poinçons avec manches, bijouterie d’acier".

Forts de leur succès, Pierre Aubret et Georges Louis Leboullanger installent une manufacture d’acier poli dans le Vexin, à Omerville (Seine-et-Oise), où Leboullanger loue le moulin d’Amiel.
"Au hameau d’Amiel, le moulin à farine fut transformé en usine. Une trentaine d’ouvriers dont des enfants, fabriquaient de petits objets en acier poli – tire-bouchons, crochets, tire-bottes, tire-gants et pinces – qui étaient convoyés vers Paris où ils étaient stockés avant d’être expédiés vers l’Allemagne ou les Etats-Unis."


Epoque Manufacture d'Acier Poli Georges Louis Leboullanger à Chaussy :

En 1862, Leboullanger et Aubret se séparent : Aubret reste au moulin d’Amiel, Leboullanger s’installe au moulin de Chaussy, à Genainville (Seine-et-Oise) et crée sa propre manufacture :
Manufacture d'Acier Poli Leboullanger 
 avec usine à Chaussy et dépôt à Paris. 

Les années 1863 à 1876 sont une période de prospérité pour l'entreprise de Georges Louis Leboullanger.
Ses deux fils : Alfred et Jules, travaillent à ses côtés. En 1873, Jules obtient un brevet n° 97.437 du 3 mars 1873 pour un tire-bouchon / harpe dit "pince ronde", deux mois avant le brevet similaire de Pierre Aubret.

En 1876, Georges Louis Leboullanger cède la place à ses fils Alfred et Jules. Il se retire au 73 rue Neuve des Petits Champs à Paris 2°, et décède moins de trois ans après, le 19 janvier 1879, à l'âge de 69 ans.
Son épouse lui survivra jusqu’en 1887.


Epoque Leboullanger Frères, fabricants d'aciers polis :

Le sigle "L.B." commence à être utilisé et la raison sociale est modifiée :

 

Archives commerciales de la France 1876.


Le fils aîné, Alfred, est le directeur de la manufacture de Chaussy ; le cadet, Jules, prend en charge le dépôt parisien, passé du 27 au 31 rue Michel-le-Comte, et la partie commerciale. 

L'arrivée d'Alfred et Jules à la tête de la société ouvre une période d’innovation technique : 
1878 : reprise du brevet Jules Brangs, n° 122.704 du 23 avril 1878 et fabrication de son "tire-bouchon forme lyre à poignées pliantes".
1878 – 1882 : plusieurs brevets sont obtenus par les frères Leboullanger : 
- n° 126.067 du 20 novembre 1878 pour "perfectionnement tire-bouchons de poche",
- n° 145.197 du 10 novembre 1881 pour un "tire-bouchon à levier avec collier mobile" (inspiré du brevet Delavigne pour le tire-bouchon "pompe"),
- n° 151.110 du 7 décembre 1882 pour un "tire-bouchon de poche à coulisse et ressort",

    Le temps de la diversification des modèles


En 1882, la manufacture emploie une centaine d’ouvriers. Le dynamisme des frères Leboullanger se traduit par la transformation d’un second moulin à Chaussy… probablement une imprudence au plan financier.
En 1883, la presse rend compte en effet de la faillite de la société Leboullanger Frères :


Journal La Liberté : Déclaration de faillites du 18 mai 1883.


Jules Félix, cessera alors son activité de fabricant d'acier poli. Il s'installera au 15 rue Bouchardon à Paris 10° et sera camelot, puis brocanteur. Il meurt en 1914.


Epoque A. Leboullanger et Compagnie :

En 1884, Alfred rebondit très vite ; il trouve un montage financier, et reprend et continue la société faillie, sous une nouvelle raison sociale :
A. Leboullanger et Cie
Rue Michel-le-Comte 31 à Paris
Usines à Chaussy


Archives commerciales de la France n° 29 du 10 avril 1884


Parallèlement, il gagne en 1886 le procès pour contrefaçon intenté trois ans plus tôt à Boué et Crédot associés, mais aussi à Hurel : il ne s’agit pas de tire-bouchons, mais de tire-boutons… et la sanction est bien légère : Boué, Crédot et Hurel sont condamnés chacun à 25 francs d'amende... le salaire hebdomadaire d'un ouvrier !

1884 - 1888 : Alfred Leboullanger loue un ancien moulin à foulon, dit Usine des Planches, lieu-dit à Acquigny (Eure), propriété de Madame Veuve Houel, l’adapte et y lance la production de nouveaux modèles, dont le "Rapide".


Le moulin d'Acquigny, mais est-ce le bon ?
(CPA Delcampe)


Mais le 12 février 1888, tous les espoirs s’envolent en fumée (!) : un incendie ravage l’usine. 


15 février1888 : Journal d'Évreux et du département de l'Eure.


Impossible de s'en relever : le 3 juin 1889, un nouveau jugement de faillite met fin à la société A. Leboullanger et Compagnie. 


Alfred Leboullanger rejoindra sa fille Jeanne, née aux Planches en 1886, mariée à un industriel belge, et demeurant à Raucourt (Ardennes). Il sera mécanicien, puis tiendra une épicerie en Belgique. Date de décès non retrouvée.


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La saga Leboullanger s'arrête là, mais Auguste Louis, puis bientôt Crédot prendront le relais.


Encore une fois, merci de m'apporter votre aide si vous le pouvez en me proposant les documents et vieux papiers pouvant enrichir les articles de mon futur livre !



M





dimanche 4 février 2024

UN MÉTIER OUBLIÉ : LE RAJEUNISSEUR DE BOUCHONS...

 

Amis blogueurs, bonsoir !


C'est Daniel Jallageas, ami collectionneur, membre du CFTB, qui m'a offert l'opportunité de cet article.


UN MÉTIER OUBLIÉ : LE RAJEUNISSEUR DE BOUCHONS...


Daniel Jallageas a exhumé dans Le Petit Journal daté du Jeudi 9 septembre 1869, un article de presse particulièrement intéressant pour nous.

Le rédacteur nous apporte des informations sur l'emploi et le réemploi des bouchons, mais aussi sur l'usage du foret en lieu et place du tire-bouchon.

Voici la copie de cet article :




Donnons tout d'abord quelques informations trouvées sur le net à propos du journal et du rédacteur de l'article :

Le Petit Journal, premier à être imprimé sur rotatives, a un format plus petit - d'où son nom - et un coût de fabrication et un prix de vente trois fois moindres que ceux des autres journaux de l'époque !
Fondé par Moïse Polydore Millaud, il a paru de 1863 à 1944. C'est l'un des quatre plus grands quotidiens français de l'époque, avec Le Petit Parisien, Le Matin et Le Journal
Le Petit Journal est un quotidien parisien qui se dit apolitique, mais est en fait républicain et conservateur. Proposant à côté de l'information nationale et internationale, un contenu distrayant avec des feuilletons, des horoscopes, des chroniques et des faits divers, il touche un très large lectorat.

Le rédacteur signe Thomas Grimm : il s'agit là du pseudonyme d'Henri Escoffier (1837 - 1891), journaliste et romancier de littérature légère qui propose un billet quotidien dans Le Petit Journal.



Henri Escoffier, alias Thomas Grimm
(Wikipédia)


Le billet qui nous intéresse est intitulé : "Grandeur et décadence d'un bouchon... de liège". Il vante cet accessoire trop méprisé : le bouchon de bouteille.


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Le bouchon de liège


Voici quelques extraits de cet article :
Rien au monde n’a été plus vanté, plus célébré, plus chanté que la bouteille. […] Mais généralement les poètes, aussi bien que les francs buveurs, ont été ingrats envers le bouchon.
Tous ont montré le plus profond dédain pour cet humble cylindre de liège, condamné à séjourner durant de longues années dans un goulot étroit qui le comprime…
Tous, en buvant à pleine coupe un vin fameux, ont toujours rejeté, sans un remerciement, le fidèle et brave serviteur que la brutalité seule d’une spirale de fer peut arracher à son poste !..."

Le rédacteur poursuit en soulignant les éminents services rendus par le bouchon, citant l'exemple du champagne :
"Et le Champagne, ce roi des vins de dessert, ne doit-il pas une grande partie de sa renommée à la joyeuse détonation que fait entendre, en sautant au plafond, le liège qui l'emprisonne ?..."

Comment ne pas penser là au tableau Le déjeuner d'huitres peint près d'un siècle et demi plus tôt par Jean-François de Troy, tableau dans lequel on voit les convives suivre des yeux le bouchon expulsé d'une bouteille de champagne !



Jean-François de Troy Le Déjeuner d'huîtres, 1735
(musée Condé à Chantilly).


Henri Escoffier, alias Thomas Grimm, évoque aussi la fabrication du bouchon à partir de l'écorce du chêne-liège, les qualités recherchées, les risques d'altérations et d'avaries (le "ténébrion").


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Tire-bouchon ou foret ?


Le paragraphe suivant est consacré à l'ouverture des bouteilles et ses conséquences sur l'état du bouchon de liège :
"Le tire-bouchon, qui a sur les parasites le précieux avantage de ne perforer le liège qu’au moment opportun, commet cependant aussi, dans les bouchons, des dégâts irréparables.
Un bouchon, traversé de part en part, n’est plus bon à rien, et généralement les ménagères les jettent à la rue…"
... "les ménagères les jettent à la rue" : notons à cet égard que la poubelle, ne sera imposée par le préfet de la Seine éponyme, Eugène Poubelle, que 15 ans plus tard, en 1884. Dans le Paris de 1869, les ordures ménagères et les pots de chambre sont encore le plus souvent vidés dans la rue !

Poursuivons notre lecture : elle est édifiante !
"Mais dans les cafés et restaurants de Paris, le tire-bouchon n’est employé que très exceptionnellement…
Les sommeliers et les garçons savent, avec une dextérité remarquable, arracher le liège le plus rebelle d’un seul coup de foret, et les bouchons, obliquement percés par cet instrument, peuvent servir encore… une ou plusieurs fois…"
On l'a déjà évoqué ici : le foret dans ce contexte de la restauration est plus efficace et rapide que le tire-bouchon et son usage permet un réemploi du bouchon.
Cf. notamment notre dossier :


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Le rajeunisseur de bouchons


Henri Escoffier évoque, sans s'y attarder, la simple mais fréquente réutilisation des bouchons par les patrons de bistrot pour boucher d'autres bouteilles remplies au fût.
Il choisit de nous présenter plutôt le devenir des bouchons "réformés", ceux qui ne sont pas immédiatement réutilisés, occasion de mettre à l'honneur un artisan parisien qui récupère et recycle les bouchons de liège : le rajeunisseur de bouchons.

Chez lui, les bouchons sont étuvés, blanchis à l’acide chlorhydrique, séchés et retaillés au couperet : un bon ouvrier, nous dit Escoffier, peut ainsi rendre neufs… 2800 bouchons dans une seule journée.
Bien sûr "en laissant sous le couperet son vieil épiderme, il perd de son calibre, il diminue, il s'amincit", alors le gros bouchon de champagne devient bouchon à Bordeaux, le bouchon à Bordeaux passe bouchon ordinaire, et doit s’estimer heureux de protéger encore un vieux Beaune ou un respectable Pommard… Puis, après avoir bouché chez les marchands de vin toutes les vulgaires bouteilles, il ne sert plus qu’aux fioles à goulots étroits de pharmaciens, parfumeurs ou autres chimistes."


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Il est temps pour moi de conclure, même si je ne peux plus le faire comme le fit Henri Escoffier : 
"Et c'est ce bouchon dégénéré, qui ferma peut-être jadis un flacon de vin de la Comète, que je mets en terminant cet article, au goulot de mon encrier !..."


Sincères remerciements à Daniel Jallageas d'avoir mis à notre disposition ce bel article de presse !




M


vendredi 26 janvier 2024

TOMÁS DA FONSECA : "J'AIME LES TIRE-BOUCHONS EXTENSIBLES"

 

Amis blogueurs, bonjour !


Tomás da Fonseca, ami portugais, hélixophile averti, organisateur du dernier Congrès du CFTB à Porto (Portugal) nous propose aujourd’hui un article sur une thématique qui me plait bien : le ZIG-ZAG.

En voici le titre :

J’aime les tire-bouchons extensibles !


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Vous connaissez mon faible pour le tire-bouchon ZIG-ZAG de Jules Bart, notamment:

- parce que l’aventure Bart a débuté à Nancy, près de chez moi,
- parce que j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer et interviewer le fils cadet de Jules Bart,
- parce que le ZIG-ZAG est un tire-bouchon plus que centenaire et qui se fabrique toujours,
- plus simplement, parce que je trouve l’idée du ressort de rappel logé dans la poignée de cet extensible aussi originale que ludique : laissez donc un ZIG-ZAG sur votre table, vous pouvez être assuré que l’un ou l’autre convive s’en saisira et jouera avec !

Mais je ne suis pas seul à apprécier les ZIG-ZAG : François, brocanteur lorrain, Grégoire, brocanteur sarthois, ou Tommy, marchand américain, me les réclament pour leurs clients, et bien d’autres professionnels font de même sûrement !

Les hélixophiles ne sont pas en reste : les ZIG-ZAG, et plus généralement les extensibles dans leur diversité, constituent d'ailleurs un thème de collection à eux-seuls.
Ils ont justifié le livre important que leur ont consacré Jacques Lapierre et Hans-Hajo Türler. 
Cf. Ma fiche bibliographique :

BIBLIOGRAPHIE N° 14 : Jacques LAPIERRE & Hans J. TÜRLER LES TIRE-BOUCHONS EXTENSIBLES

Les auteurs, aidés de José Cardoso, ont depuis actualisé leur travail dans un Cahier de l’Extracteur n°100 en septembre 2021 : 
Guide d’identification des tire-bouchons extensibles
Répertoire illustré trié par la forme des poignées.


Tout n’était donc pas dit... et assurément le sujet ne sera pas encore épuisé aujourd'hui !


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Mais voici la contribution de Tomás da Fonseca :


J’aime les tire-bouchons extensibles !


Petit à petit, j’enrichis ma maigre collection : ebay, CFTB (bourses, échanges avec des amis..). Il y a cependant des modèles que je n’ai vus que dans les livres ou sur internet. C’est le cas, parmi bien d’autres, des SVEID, des POLICHINELLE à poignée en galalithe verte, jaune, ou bleue... quoique ces derniers, oui, je les ai vus, dans la collection de José Cardoso.

José Cardoso... voilà quelqu’un à qui je dois de belles acquisitions. C’est un ami et un expert en la matière, fier de sa très belle collection, comme doivent l'être aussi Jacques Lapierre et Hajo Türler, dont je ne connais pas les collections, mais que j’imagine bien garnies.

Oublions les modèles jamais tenus en mains pour nous pencher encore sur les ZIG-ZAG, les “extensibles des extensibles”, du moins en France. 

Vingt ans après l’invention du ZIG-ZAG, survient la seconde guerre mondiale. La guerre n’épargne (presque) rien : les gens, les bêtes, les denrées, les bâtiments, l’espoir, le bien-être, les matériaux ! Dans ces années noires, les fabricants de toutes sortes de produits ont dû arrêter leur production ou trouver des solutions innovantes pour assurer la survie de leurs activités.

Chez les Bart, liés à l'Etat par des contrats de fournitures, la production n'est pas arrêtée, mais la pénurie de matières premières oblige, de 1942 à 1948, à rechercher des économies, y compris dans la fabrication des ZIG-ZAG : c’est l’explication des poignées faites en tôle emboutie – deux coquilles soudées électriquement – moins lourdes, mais plus fragiles. Cependant ce procédé de fabrication a eu comme conséquence de rendre les ressorts de rappel moins fiables, puisque moins solidement fixés.


De rares modèles en 1942...


Un palliatif a été tenté cette année-là pour doter les exemplaires fabriqués cette année-là d’encoches, deux de chaque côté, sur le socle de la poignée, destinées à servir d’arrêts de protection du ressort, et cela dans les deux versions connues du ZIG-ZAG : avec et sans décapsuleurs. 



Gros plan sur les encoches, année 42.


Je connaissais l'existence de ces modèles plutôt rares, mais je ne les avais jamais vus, si ce n’est dans des illustrations ou photos.

Mais on dit en portugais que “não há fome que não dê em fartura”, que l'on peut traduire littéralement par : “il n’y a pas de faim qui ne cède en abondance” et le mois de décembre 2023 m’apporta l’occasion d’acquérir successivement sur internet :
- la version sans décapsuleurs d’abord, 



ZIG-ZAG sans décapsuleurs, modèles 1942 et 1947


- et, une semaine après seulement, un exemplaire avec les décapsuleurs !



ZIG-ZAG avec décapsuleurs, modèles 1942 et 1947



“A fartura”... “l’abondance” donc !


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Merci Tomás, en espérant que tu nous régales bientôt d’autres découvertes !



M


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