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mardi 22 décembre 2020

QUIZZ : LA CONQUETE DU MONDE PAR LE TIRE-BOUCHON


Amis lecteurs, bonsoir !


C'est le temps des vacances, celui des fêtes de fin d'année, chrétienne pour l'une, païenne pour l'autre. 

C'est aussi le temps de jouer.

Alors je veux faire deux choses :

- vous lancer un appel 

- et vous proposer un jeu :

LE QUIZZ DE LA CONQUETE DU MONDE PAR LE TIRE-BOUCHON.

 

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Beaucoup d'entre vous le savent, je travaille à l'écriture d'un livre que j'espère publier dans les prochains mois (vous serez les premiers avertis !).

Le titre, "provisoirement définitif", est :

 "LA CONQUETE DU MONDE PAR LE TIRE-BOUCHON AUX XVIIe ET XVIIIe SIECLES". 

Ce livre n'a pas la prétention d'être un ouvrage de référence, mais il a celle d'être un livre de références : il en contiendra en effet un nombre considérable.

Mon projet pour cette première époque où nous n'avons ni brevets, ni schémas des tire-bouchons fabriqués, est de rassembler toutes les preuves connues de leur présence afin de dater et cartographier leur diffusion dans les différents pays d'Europe et leurs colonies américaines. 


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APPEL AUX LECTEURS


L'appel que je vous lance est le suivant : 

Si vous possédez ou accédez à des documents de cette époque (XVIIe et XVIIIe siècles) évoquant le tire-bouchon, dans une langue ou une autre, qu'il s'agisse de récits, de pièces de théâtre, de poèmes, de chansons, aussi bien que textes administratifs, dessins ou peinture, je serais heureux que vous m'en informiez afin que je puisse les reprendre dans mon livre.

Il va de soi que je ne manquerai pas de citer mes sources.

Ce serait formidable si vous pouviez m'apporter votre concours !



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LE QUIZZ


Je vous propose dix questions, dont la réponse peut souvent se trouver dans mes précédents articles sur cette conquête du monde par le tire-bouchon.

Elles seront toutes présentes en tout cas dans le livre que j'écris !





Vous pouvez me donner vos réponses dès à présent par mail à l'adresse du blog :

leblogdestirebouchons@gmail.com

Je vous dirai en retour si vous avez trouvé les bonnes réponses. Le premier qui a tout juste gagne un abonnement gratuit à la Lettre (gratuite) du Blog des Tire-bouchons !
Un prochain article donnera les réponses justes à tout le monde ensuite.


Prêt ? Voici le quizz :


1. Qui a fait la première référence anglaise au tire-bouchon ?

2. En quelle année ?

3. Comment distinguer bouteilles et flacons selon Rabelais ?

4. Quels sont les trois termes allemands proposés par le Suisse François Poëtevin en 1745 pour traduire tire-bouchon ?

5. Quelle heure est-il à la pendule de "Midnight Modern Conversation" de William Hogarth ?

6. Quelles sont les deux inventions dont parle le livre de Monsieur de la Pillule, présent dans un autre tableau de William Hogarth ?

7. En quelle année le terme allemand Korckzieher est-il attesté pour la première fois ?

8. Qui avait obtenu en même temps l'interdiction des verreries à bois et le monopole de la fabrication du verre au Royaume-Uni au début du XVIIe siècle ?


9. Quel est l'inventeur de la bouteille moderne ?


10. En quelle année, à dix ans près ?




J'espère que vous aurez plaisir à chercher et que ce jeu vous donnera l'envie de m'aider et bientôt d'acquérir mon livre !


Bonnes fêtes à tous !



M


mercredi 18 mars 2020

LA CONQUÊTE DU MONDE PAR LE TIRE-BOUCHON : LA PEINTURE DE WILLIAM HOGARTH



Amis hélixophiles, bonjour !



Je vous propose de revenir aujourd'hui sur 

"la conquête du monde par le tire-bouchon".

Cet article évoquera les représentations de tire-bouchons dans les œuvres de William HOGARTH, peintre anglais majeur du XVIIIe siècle.

Il s'appuiera largement sur un article que j'avais écrit pour la revue du club Français du Tire-Bouchon, l'Extracteur.


Comme vous le savez probablement, je travaille avec notre ami Armando CECCONI, Président de l'Associazione Italiana Collezionisti Cavatappi, à reconstituer l'histoire de la diffusion du tire-bouchon dans les décennies qui ont suivi son invention.
Pour établir cette "fresque historique", nous recherchons les représentations les plus anciennes possibles de tire-bouchons dans les différentes langues européennes, comme dans la littérature et la peinture.

Il faut le reconnaître, les exemples ne sont pas très nombreux pour ce qui concerne la peinture de l'époque. 
William HOGARTH est un contre-exemple : des tire-bouchons sont présents dans deux au moins de ses tableaux.



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William HOGARTH (1697-1764) était un graveur et peintre anglais. Franc-maçon, il est décrit par les historiens d'art comme un homme libre et un philanthrope engagé.
On doit sa biographie et l'édition en français de son "Analyse de la Beauté" à Hendryk JANSEN, bibliothécaire de Charles-Maurice de TALLEYRAND-PERIGORD, notre TALLEYRAND.

Se démarquant complètement des influences étrangères, italienne et française principalement, William HOGARTH est considéré à juste titre comme le père de l'école artistique anglaise.
Il s'attacha pour cela à peindre ou graver de manière satirique, humoristique et théâtralisée, les classes aisées de la société anglaise de son temps et à en fustiger les dépravations. L'analyse de ses œuvres suppose plusieurs niveaux de lecture, tant les éléments de décors qu'il additionne dans ses réalisations sont chargés de symboles, particulièrement minutieux et signifiants.

On doit à William HOGARTH la fondation en 1735 de la St Martin's Lane Academy, préfiguration de la Royal Academy of Arts.
On lui doit également, résultat de la lutte qu'il engagea contre les imitateurs de ses gravures, la première loi de protection des droits d'auteur : the Engravers' Copyright Act, connue sous le nom de "Loi Hogarth", laquelle interdit de tirer des estampes d'art sans l'accord contractuel de l'auteur.

HOGARTH est également célèbre pour avoir publié en 1753, son "Analyse de la Beauté", traduite en français par JANSEN, traité dans lequel "il cherche à prouver que la ligne serpentine est la véritable ligne de la beauté". 


Pour lui, les principes fondamentaux de la beauté sont : "la convenance, la variété, l'informité, la simplicité, la complication et la quantité",
... mais peut-on enfermer ainsi la beauté ?


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Les deux œuvres de William HOGARTH que je vous propose d'examiner sont : 
- une gravure réalisée en 1733 et intitulée : 
"A Midnight Modern Conversation".
- et une peinture prise parmi un ensemble de six réalisées entre 1743 et 1745 
"Marriage à la Mode, The inspection" (planche 3).
Les peintures servirent de modèles à HOGARTH pour en tirer des gravures, forcément inversées.

Précisons que mon article est nourri à la fois des travaux de Hendryk JANSEN et d'un commentaire du tableau "Marriage à la Mode" publié par Franck ELLIS en 2003 (Cf. site du CCCC). Franck ELLIS y dit avoir été lui-même sensibilisé par un marchand anglais, Andy CRAWFORTH.


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A Midnight Modern Conversation


Précisons qu'il s'agit bien d'une gravure et non d'un tableau, même s'il existe une copie peinte de cette gravure au Centre for British Art de l'Université de Yale (mais la peinture n'est pas de HOGARTH).





La gravure montre une scène d'orgie masculine où le punch de minuit remplace la cérémonie du thé de dix-sept heures. La volonté chez HOGARTH de dénoncer l'inconduite de ces personnages est manifeste.
Pour Hendryk JANSEN, "le peintre a voulu dessiner le caractère général de l'humanité au moment où le chef-d'œuvre de la création oublie sa dignité et se rapproche, par l'ivresse, des brutes ou, pour mieux dire, se met au-dessous d'eux." 
JANSEN s'attache à décrire minutieusement tous les détails de la scène, depuis la pendule qui marque 04 heures... du matin, jusqu'aux bouteilles qui jonchent le sol. Les personnages, appartenant aux couches aisées de la société, ne sont pas épargnés par la satire : pasteur en soutane servant le punch, officier ivre-mort couché aux pieds d'un médecin dans le même état, politicien inconscient embrasant sa manchette... 
L'oeuvre nous offre un précieux témoignage sur les accessoires de l'époque : tenues vestimentaires, verrerie, bouteilles, pipes...
Mais, étant davantage concernés par eux que ne devait l'être JANSEN, nous nous focaliserons sur les tire-bouchons.



Les tire-bouchons

Nous pouvons observer que deux personnages prévoyants portent un tire-bouchon au doigt. Il s'agit de l'ecclésiastique brassant le punch et du personnage au bonnet de nuit soufflant de la fumée, probablement un commerçant.





Concernant les tire-bouchons, notons qu'il s'agit de modèles de poche, tous les deux munis d'un pompon et portés au doigt.
Ils sont conformes en tous points à la définition que donnaient les dictionnaires de l'époque, notamment le Dictionnaire de l'Académie Française, deuxième édition, en 1718 : "une sorte de vis de fer ou d'acier, qui tient à un anneau, et dont on se sert pour tirer les bouchons des bouteilles".
Les petites dimensions de ces tire-bouchons nous rappellent que la gravure date de 1733 : les bouchons de cette époque, taillés à la main et de forme conique, ne devaient pas être bien difficiles à extraire.



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Marriage-à-la-Mode, The inspection


Notre second document fait partie d'un ensemble de six peintures réalisées par William HOGARTH entre 1743 et 1745. Ces peintures lui servirent de modèles pour en tirer des gravures, forcément inversées.





L'ensemble est intitulé "Marriage à la Mode", dans le "franglais" de l'époque. 
HOGARTH a nommé ces six peintures, dans l'ordre chronologique où elles apparaissent dans l'histoire : The marriage contract, Shortly after the marriage, The visit to the quack doctor - ou The inspection -, The countess’s morning levee, The killing of the earl, The suicide of the countess.
L'ensemble constitue une satire moralisatrice et grinçante d’un tragique mariage de convenance et d'intérêt entre noblesse dépravée et désargentée et bourgeoisie arriviste prête à tout.
La France est plus qu'égratignée dans cette œuvre.



Résumons l'analyse de JANSEN, reprise d'autres commentateurs :
Le mariage de convenance a eu lieu, mais le marié a poursuivi ses frasques, au risque d'attraper le "mal français". 
La scène se passe dans le cabinet d'un curieux médecin au physique disgracieux et à la tenue négligée, affublé d'un nom forcément français, Monsieur de LA PILLULE, manifestement spécialiste du mal du même nom : la syphilis !
Le jeune vicomte a contracté ce mal auprès d'une prostituée, petite "sainte-nitouche" ici présente avec sa matrone. Cette dernière, écrit JANSEN, avait dû garantir que la demoiselle "était parfaitement innocente, et exempte de tout espèce de gallicanisme" (sic) ! Pourtant, comme le vicomte, la fille, en habituée du cabinet, tient dans la main une boîte de pilules, tandis que la matrone, elle-même porteuse des stigmates de la maladie, surjoue l'indignation, un couteau à la main. Ajoutons que HOGARTH a placé, de manière très suggestive, une autre boîte de pilules sur le siège, entre les jambes du comte.

Monsieur de LA PILLULE est un personnage librement inspiré de Jean MISAUBIN (1673-1734), huguenot français réfugié à Londres et médecin à succès. Etait-il médecin ou charlatan ? JANSEN fait observer à ce sujet que la dent de narval placée en position oblique est l'enseigne des barbiers à Londres...
Dans le tableau de William HOGARTH, Monsieur de LA PILLULE est en tout cas installé dans un décor évoquant le Museum créé par le vrai MISAUBIN chez lui au 96 St Martin' Lane : ce cabinet de curiosités chargé de symboles était certainement destiné à en imposer à ses pratiques. 
St Martin' Lane... une voie que HOGARTH connait en voisin : c'est là en effet qu'il a fondé huit ans plus tôt son Académie, la St Martin's Lane Academy !
Il est clair que pour HOGARTH, franc-maçon peignant un autre franc-maçon, la dent de narval, la vanité, les écorchés dans l'armoire, les monstres au-dessus... chaque symbole a forcément son importance !
Mais bien sûr, ce sont les tire-bouchons qui nous intéressent encore ici.


Un livre et une machine à déboucher une bouteille

En bas à droite sur la peinture, nous dit JANSEN, se trouve un livre ouvert, ayant pour titre : 
"Explication de deux machines superbes, l'une pour remettre les épaules, l'autre pour servir de tire-bouchon, inventées par M. de LA PILLULE, vues et approuvées par l'Académie des Sciences de Paris." 

JANSEN commente : "HOGARTH nous montre en perspective ces deux machines, extrêmement compliquées pour les opérations les plus simples. Notre savant est parvenu ensuite à perfectionner la machine à déboucher une bouteille, et l'a donnée en petit, comme on le voit par le modèle qui en est posé sur le plancher."
Mais pourquoi cette machine, incongrûment représentée dans le cabinet du médecin français, sinon pour renforcer l'impression qu'il s'agit d'un charlatan débauché ?
Franck ELLIS, dans son article, rend compte d'une version plus élaborée : un infâme avorteur français sévissait alors à Londres et était surnommé Monsieur Tire-bouchon... la présence du tire-bouchon accuserait alors Monsieur de la PILLULE de pratiques similaires.






Tout un traité pour user d'un tire-bouchon... HOGARTH se moque incontestablement ici de ces damnés français si compliqués ! 
Cependant il est loisible de regarder les choses autrement : l'ingéniosité est de mise dans cette machine à déboucher des bouteilles oignons que le peintre est allé jusqu'à munir d'une manivelle et d'une crémaillère.


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Au total, on voit bien que l'œuvre de HOGARTH le franc-maçon est marquée à la fois par l'esprit critique et le symbolisme. Si les personnages et mœurs peints par lui reflètent de manière très réaliste son époque et son "patriotisme artistique", son penchant maçonnique pour le symbolisme lui permet de complexifier les scènes et d'en proposer un second niveau de lecture.

Pour nous, "A Midnight Modern Conversation" permet d'apprécier la diffusion du tire-bouchon dans la société anglaise de cette première moitié du XVIIIe siècle. Les modèles de poche présents sur la gravure ne quittent manifestement pas le pasteur, ni le marchand.
Le tire-bouchon est ainsi devenu, à cette époque et dans les classes aisées anglaises, un objet "nomade"  pour oser cet anachronisme très XXIe siècle.
De son côté, "Marriage à la Mode", au-delà de la caricature, nous fait prendre conscience de l'imagination qui avait déjà été déployée pour ouvrir une bouteille – au point de pouvoir consacrer à cette action un traité technique et une machine complexe – alors que le premier brevet pour un tire-bouchon attendra encore un demi-siècle ! 


Et peut-être d'autres tire-bouchons restent-ils à découvrir dans les œuvres de William HOGARTH ? ... Ou dans d'autres œuvres picturales du début du XVIIIe siècle ?
Merci de me faire part des documents que vous connaissez : ils intéresseront à n'en pas douter les lecteurs de ce blog.



M




mardi 4 décembre 2018

DER KORCKZIEHER / LE TIRE-BOUCHON ÉTAIT DÉJÀ PRÉSENT DANS LES ÉTATS ALLEMANDS AU DÉBUT DU XVIIIe SIÈCLE




Amis lecteurs, bonsoir !


C'est un progrès important pour notre recherche : nous avons la preuve que le terme allemand Korckzieher était utilisé dès 1711 !


Nous savons que l'apparition d'un nouvel objet sur un territoire est forcément antérieure à la création du mot créé pour le désigner.
Les dictionnaires anciens, académiques ou de traduction, sont donc pour nous essentiels : ils nomment l'objet nouveau  - inventé ou importé - qui entre en usage dans un pays.
C'est la même chose pour le tire-bouchon et c'est pourquoi Armando CECCONI et moi recherchons les plus anciennes occurrences du ou des mots le désignant dans les différentes langues.


Les progrès que je vous présente aujourd'hui concernent le Saint-Empire romain germanique du XVIIIe siècle : dans cette étape historique antérieure à l'unification allemande, l'empire n'est plus qu'une constellation de principautés indépendantes.
J'avais déjà abordé ici l'arrivée du tire-bouchon dans les territoires germaniques, cf. :

Et nous avions alors réussi à remonter le temps jusqu'en 1754 : Le nouveau dictionnaire suisse, françois-allemand et allemand-françois de François Louïs POËTEVIN traduisait alors tirebouchon (et non tire-bouchon) par Korkzieher, P[f]ropfzieher ou Stopfelzieher.







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J'ai retrouvé ensuite deux autres dictionnaires témoignant d'une diffusion antérieure du tire-bouchon dans les Etats germaniques. 
Ces découvertes ont été présentées lors du récent Congrès de l'AICC :

Le Nouveau Dictionnaire des passagers françois-allemand et allemand-françois, par Johann Leonhard FRISCH, proposait une traduction de tirebouchon (ainsi orthographié) par Korckzieher dans son édition de 1737 :








Mieux encore, dès 1729, Charles Mouton dans son Petit Dictionnaire François & Allemand, Contenant les mots les plus utiles, traduisait notre très académique tire-bouchon par Korckzieher :








Ces deux dictionnaires permettaient d'attester de la diffusion du tire-bouchon dans les Etats germaniques un peu avant 1730 et nous avions ainsi "gagné" 25 années.


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Mais, de manière inespérée, un nouveau bond vient de nous faire gagner 18 autres années ! 
J'ai en effet retrouvé le Nouveau Dictionnaire françois-allemand et allemand-françois de Thomas Fritschen publié en 1711 ; et il proposait déjà de traduire tire-bouchon par Korckzieher :







Il est important de noter que le terme français, usité depuis les années 1690, est ici (en 1711) orthographié tire-bouchon, alors même que cette orthographe ne sera "officiellement" consacrée que dans la deuxième édition du Dictionnaire de l'Académie Française en 1718.


Ces trois dictionnaires de 1737, 1729 et 1711 contribuent à établir que :
- le tire-bouchon est arrivé en terre germanique quarante ans plus tôt que les documents connus ne l'indiquaient jusqu’alors : il est présent avant 1711, puisque entré dans un dictionnaire cette année-là,
- la diffusion s'est faite à partir de la France comme le montre la structure des néologismes formés en langue allemande,
- le terme allemand initialement choisi a été Korckzieher, qui a évolué ensuite en Korkzieher, puis en Korkenzieher, tandis que des variantes telles que Pfropfzieher, Stopfelzieher ou Zapfenzieher étaient progressivement abandonnées.

La recherche continue, particulièrement celle de représentations graphiques de cette époque : aidez-nous !



M


jeudi 19 avril 2018

ROYAUME UNI, XVII° SIÈCLE : L'INVENTION DE LA BOUTEILLE DITE MODERNE A PRÉCÉDÉ CELLE DU TIRE-BOUCHON



Amis lecteurs, bonjour !


Je reprends aujourd'hui un article publié il y a deux ans, il est consacré à : 
l’invention de la bouteille moderne par les Anglais du XVII° siècle.
Avant cette invention en effet, il n'y avait pas besoin de tire-bouchon : les bouteilles anciennes ne pouvaient tout simplement pas être bouchées de manière étanche...


Cet article est inspiré par la lecture du livre d'Oz Clarke
THE HISTORY OF WINE IN 100 BOTTLES
FROM BACCHUS TO BORDEAUX AND BEYOND 





Cf. ma fiche bibliographique :



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Sir Robert Mansell, Lord John Scudamore, Sir Kenelm Digby ou Captain Silas Taylor...
 aussi importants que Dom Perignon.



Ouvrons cet article par une citation d'Oz Clarke, page 41 :

"When people start talking about who invented champagne - how it became possible to bottle that foaming, lively liquid - they presume that the names will be French, led by the famous winemaker and cellar master of Hautvillers Abbey in Champagne Don Pérignon.
They don't generally reckon that equally important were Sir Robert Mansell, Lord John Scumadore, Sir Kenelm Digby or Captain Silas Taylor. These names don't have a very "champagne" ring to them. They're as English as the oak tree, and their expertise was largely with cider and perry, not wine. But above all they were crucially involved in developing the new strong style of glass called verre anglais by the French, without which would never be able to fashion a bottle strong enough to withstand the tremendous pressure - up to six atmospheres - that builds up in a bottle of sparkling wine."

Soit, en français :

"Quand les gens commencent à débattre de qui inventa le champagne - comment il était devenu possible d'embouteiller ce liquide moussant, vif -  ils présument que les noms seront Français, à commencer par le célèbre œnologue et maître de chai de l'abbaye d'Hautvillers en Champagne, Don Pérignon.
Ils n'imaginent généralement pas que Sir Robert Mansell, Lord John Scudamore, Sir Kenelm Digby ou Captain Silas Taylor étaient tout aussi importants. Ces noms ne sonnent pas très "champagne" pour eux. Ils sont "aussi anglais que le chêne"* et leur expertise concernait les cidres et poirés, pas le vin. Mais au-delà, ils étaient extrêmement impliqués dans le développement du nouveau type de verre solide appelé verre anglais par les Français, sans lequel on n'aurait jamais été en mesure de façonner une bouteille assez forte pour résister à la pression énorme - jusqu'à six atmosphères - qui s'accumule dans une bouteille de vin mousseux."

* allusion au quercus robur, chêne emblématique de l'Angleterre.

Cette citation synthétise parfaitement cette "révolution" dont parle Jean-Robert Pitte, celle de l'invention de la bouteille moderne.
Cf. fiche bibliographique :
BIBLIOGRAPHIE N° 15 : Jean-Robert PITTE LA BOUTEILLE DE VIN, histoire d'une révolution


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Marine et déforestation


Nous sommes au début du XVII° siècle. Le Royaume Uni domine le commerce européen du vin. Sa flotte nombreuse, de pêche, de commerce et de guerre, règne sur les mers.
Les verreries anglaises connaissent un développement récent et important grâce à l'immigration de verriers du continent, tels le huguenot français Jean Carré en 1567 ou le vénétien Jacob Verzelini en 1574.
Cette époque dite "moderne" est aussi celle du "petit âge de glace", refroidissement climatique ayant entraîné un recul de la limite septentrionale de la vigne. Pour cette raison, cidres, poirés et bières tendent à remplacer le vin : leur consommation augmente donc, dans le Royaume Uni comme dans l'Europe du Nord.


Le pouvoir anglais - déjà poussé dans le dos par les lobbys - se préoccupe de la déforestation du royaume entraînée par le chauffage au bois et par la multiplication des verreries : cette déforestation risque de priver la marine du bois nécessaire à la construction de ses vaisseaux, au dire des conseillers.

Ce type de crise pousse généralement à la créativité technique autant qu'à l'inventivité financière : c'est le cas ici !


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Mansell le lobbyiste


Le porte-parole des intérêts de la marine et des armateurs est Robert Mansell.



Robert Mansell, peintre anonyme
(Wikipedia)


Parlementaire, amiral, trésorier de la Marine, il est à la fois un industriel et un  affairiste, un spéculateur et un financier peu scrupuleux.
En 1615, il réussit à obtenir de Jacques I Stuart, l'interdiction de l'exportation du bois et, de fait, son utilisation par les verreries. Mais il obtient aussi parallèlement que lui soit concédé le monopole de la fabrication du verre !
Robert Mansell rachète alors de nombreuses verreries dont celle fondée à Winchester par Edward Zouche, le pionnier de l'utilisation du "charbon de terre" comme combustible. 
Mansell généralise ensuite cette technique dans les verreries et cristalleries acquises ou construites, particulièrement à Newcastle.


Scudamore, premier producteur de cidre


Contemporain de Robert Mansell, John Scudamore, est homme politique et diplomate. 
En 1618, il voyage en France et en rapporte une variété de pomme à cidre, surnommée la "Scudamore Crab" puis "redstreak", dont il développe les vergers dans le Herefordshire, faisant de cette région la première productrice de cidre dans le pays, au détriment du cidre français précédemment importé.



Redstreak apple ou Scudamore Crab
(Internet).


John Scudamore est le premier promoteur du cidre qu'il produit dans son domaine de Lacy Holme : des verres de dégustation sont gravés à son nom et aux armes de la couronne ; son cidre moussant, embouteillé et conservé dans des caves rafraîchies, plait beaucoup et concurrence les vins de Champagne au point d'être souvent qualifié de "champagne anglais".
Scudamore reste à la postérité pour avoir devancé les champenois en embouteillant son cidre.


Kenelm Digby, inventeur de la bouteille moderne


Kenelm Digbyné en 1603, est un bel esprit, passionné de sciences et d'alchimie (cf. sa "poudre de sympathie").
Ami de Descartes et Fermat, il mène une vie d'aventurier excentrique. Il est papiste, mais proche de Cromwell, au point d'être emprisonné en 1642 et de connaitre l'exil jusqu'à la Restauration, nouvelle période faste qui le verra contribuer à fonder la Royal Society.



Kenelm Digby by Van Dyke
( National Portrait Gallery in London).


Vers 1630, il oeuvre dans une verrerie à "charbon de terre", propriété de John Winter, dans Forest of Dean à Newnham on Severn, à proximité des lieux de production des cidres et poirés. 
Là, il peut mettre en pratique les perfectionnements qu'il avait imaginés à Londres déjàL'idée d'accroître le tirage par la création d'un tunnel de soufflerie lui permet d'augmenter la température du four ; ses recherches sur l'utilisation du charbon de terre et sur les proportions des composants du verre : sable, potasse, chaux... lui permettent de produire un verre résistant, de couleur très foncée ou "black glass", lequel préserve les liquides contenus de l'action de la lumière.



Bouteille "shaft and globe", vers 1650.
"Black glass" typique de la production de Kenelme Digby
(Oz Clarke, p. 40).


Digby travaille aussi sur les formes : 
- ses bouteilles sont "globulaires" ou "shaft and globe",
- leur base enfoncée les rend stables,
- elles sont munies d'un goulot renforcé par une collerette ou "string rim" permettant de ligaturer un bouchon pour contenir la pression du contenu,
- et cette collerette permet aussi un bouchage au liège avec utilisation d'un maillet (même si dans un premier temps Digby préconise le bouchage au verre émerisé).
Pendant son exil, d'autres essaieront de s'approprier son invention avant que le Parlement ne lui en attribue définitivement la paternité en 1662.


Silas Taylor, pionnier de la mise en bouteille


Le Captain Silas Taylor, enfin, est propriétaire d'une cidreraie dans le Herefordshire.
En juillet 1662, Taylor, devant la nouvelle Royal Society - dont Kenelm Digby, on l'a vu, est un des fondateurs en 1660 - décrit la mise en bouteille et la conservation en cave dans de l'eau fraîche, procédés qui selon lui gardent le cidre moussant et de couleur vive.
Le procédé permet donc de garder toute l'effervescence d'une boisson, laquelle n'est pas encore le champagne, mais le cidre.


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Nous assistons à une conjonction d'actions pour aboutir à la bouteille moderne dont le succès ne s'est plus démenti.
Oz Clarke a raison : les acteurs présentés ici sont des maillons importants dans l'histoire de la bouteille. La limite est cependant qu'il ne s'agit pas encore dans l'esprit de ces pionniers d'y conserver le vin.
Nous sommes encore au XVII° siècle : il reste à franchir une étape pour loger dans notre "bouteille moderne", non plus du cidre ou du champagne, mais du vin tranquille.

Le tire-bouchon est déjà en gestation...


M



Sources :

THE HISTORY OF WINE IN 100 BOTTLES 
par Oz Clarke

LA BOUTEILLE DE VIN 
Histoire d'une révolution 
par Jean-Robert Pitte

Wikipedia : 
Early modern glass in England 
John Scudamore, 1st Viscount Scudamore

http://www.gsia.org.uk 
Jim Chapman The cider industry and the glasss bottle

http://vignobles.dubourg.over-blog.com/ 
Histoire de la bouteille de vin. History of wine bottle

http://www.englishsparklingwine.co.uk/
Did the British invent Champagne?


mardi 17 avril 2018

LE TIRE-BOUCHON EN ALLEMAGNE, VERS 1750


Amis  hélixophiles, bonsoir !


C'est une nouvelle rubrique que je vous propose :
LA CONQUÊTE DU MONDE PAR LE TIRE-BOUCHON

Je vais y regrouper les articles correspondant au projet de recherche que nous partageons, Armando CECCONI et moi, sur l'apparition du tire-bouchon dans les différents pays.
L'hypothèse que nous avons formulée est que l'usage d'un mot suit forcément de peu l'arrivée sur un territoire de l'objet qu'il désigne .
Nous nous efforçons donc de retrouver les images et occurrences les plus anciennes possibles de l'objet dans l'art ou les écrits.
Les dictionnaires anciens, académiques ou de traduction, sont de ce point de vue essentiels : ils sont comme des photographies, plus ou moins floues, mais immortalisant la présence d'un mot dans une langue à la période de leur parution.


Le sujet qui nous intéresse aujourd'hui concerne l'Allemagne du XVIII° siècle, époque où le Saint-Empire romain germanique subsiste comme constellation de principautés, mais où le pays n'est pas effectivement unifié.

Ajoutons que la fabrication de tire-bouchons ne semble pas s'être encore développée dans les provinces germaniques.
Ferd. Peters indique pour sa part que l'industrie allemande de manufacture de tire-bouchons s'est développée dans la seconde partie du XIX° siècle, principalement dans les zones forestières de Thüringe autour de Solingen.
Source : Mechanical Corkscrews
Cf. ma fiche bibliographique :
BIBLIOGRAPHIE 08 : Ferd PETERS, MECHANICAL CORKSCREWS, THEIR EVOLUTION, ACTIONS, AND PATENTS

Impossible donc d'illustrer cet article d'images de fabrications allemandes du XVIII° siècle, les premiers tire-bouchons brevetés datent de la fin du XIX° siècle, comme ce modèle de Louis Öhring :




Brevet allemand Louis Öhring du 20 avril 1893
(source : collection-privee-tire-bouchons.eu).


Mais peut-être quelqu'un parmi vous pourra me faire parvenir une illustration du XVIII° siècle avec représentation d'un tire-bouchon ? J'en serais très heureux.


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J'ai évoqué dans un précédent article le dictionnaire classique français-allemand de Wilhelm de Suckau, édition de 1853.
Cf. :
AVANT "KORKENZIEHER", QUEL NOM DONNAIT-ON AU TIRE-BOUCHON EN ALLEMAND ?


Deux termes allemands étaient proposés par Wilhelm de Suckau pour traduire tire-bouchon : Korkzieher et Pfropfzieher, littéralement tire-liège et tire-tapon (tapon signifiant autrefois étoffe mise en bouchon).
L'origine française de ces mots ne faisait guère de doute. Composés d'un nom singulier et d'un verbe, ce sont des calques du français tire-bouchon et ils décrivent comme lui la fonction de l'objet. 
Leur formation diffère de celle du mot anglais corkscrew, lequel décrit l'objet et non sa fonction.
Mais nous étions en 1853 et le dictionnaire Wilhelm de Suckau semblait bien tardif dans l'histoire qui nous occupe. 

Il fallait chercher plus loin. Alors, poursuivant ma quête, j'ai fini par trouver deux dictionnaires bilingues plus anciens où figuraient déjà des traductions en allemand de notre tire-bouchon : d'abord celui de Schwan en 1782 puis, mieux encore, celui de Poëtevin en 1754.



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1782, le dictionnaire de Schwan


Le premier dictionnaire est antérieur de 71 ans à celui de Suckau. C'est l'ouvrage de l'Allemand Chrétien Frédéric - ou Christian Friedrich - Schwan, daté de 1782 et intitulé :
Nouveau dictionnaire de la langue allemande et françoise.




Dictionnaire Schwan, première partie (1782),
françois-allemand, tome 1, page de garde.




On y trouve dans la première partie, français-allemand, tome 2, page 545, le mot tire-bouchon, dans son orthographe moderne, ainsi que sa traduction en allemand :





Tire-bouchon, s. m. : Der Korkzieher oder Pfropfzieher, ein Werkzeug, die Korkpfropfen oder Stöpfel damit aus den Krügen oder Flaschen zu ziehen.
Texte allemand qu'on pourrait retraduire de la façon suivante :
le tire-bouchon ou tire-tapon, outil pour extraire les bouchons en liège ou les tapons des jarres ou des bouteilles.


La seconde partie, allemand-français, n'est publiée qu'en 1811.




Dictionnaire Schwan, deuxième partie (1811), 
allemand-françois, tome 1, page de garde.


On y trouve dans le tome 1, page 900, à la fin de l'article consacré à Kork, le mot Korkzieher et sa traduction en français :




Der Korkzieher, le tire-bouchon.


On trouve de même dans le Tome 2, page 147, à la fin de l'article consacré à Pfropf, Pfropfen, le mot Pfropfzieher :




Der Pfropzieher, le tire-bouchon.

Mais on ne trouve pas dans cette partie allemand-français de mot formé à partir du substantif Stopfel ou du verbe stopfen.

Notons que, comme ce sera le cas un demi-siècle plus tard chez Wilhelm de Suckau :
- les noms composés allemands Korkzieher et Pfropzieher retenus par Schwan sont des calques du français et décrivent l'objet plutôt que sa fonction,
- et que ces noms composés sont encore formés à partir de mots singuliers, Kork ou Pfropf, comme c'est le cas en français.


... Mais un ouvrage plus ancien restait à explorer : paru près de 30 ans plus tôt, il était l'oeuvre du Suisse François Louïs Poëtevin et était destiné à la population suisse confrontée à la diversité linguistique.



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1754, le dictionnaire du Suisse Poëtevin


Ce dictionnaire, rédigé en 1754 par François Louïs Poëtevin, Régent du Collège de Lausanne, est intitulé :
Le nouveau dictionnaire suisse, françois-allemand et allemand-françois.



Le dictionnaire du Suisse François Louïs Poëtevin (1754), 
publié un siècle avant celui de Wilhelm de Suckau, page de garde.


La première partie, français-allemand, comporte, page 1175, le mot tirebouchon ainsi orthographié et nous propose la version allemande suivante :




Tirebouchon, s. m. Kork- oder P[f]ropf- oder Stopfelzieher, womit man den Zapfen aus den Bouteillen zieht.
Les néologismes allemands présents dans cette version s'appuient sur quatre mots se rapprochant de notre terme bouchon, il s'agit de Kork, Pfropf, Stopfel et Zapfen :
- Kork correspond à liège,
Pfropf et Stopfel correspondent à bouchon, tampon, bonde et sont à rapprocher du vieux français tapon (étoffe mise en bouchon),
- Zapfen est davantage polysémique et peut correspondre à tenon, goujon, cheville, bondon, bouchon, tampon... autant de termes comportant une notion d'obstruction ou d'obturation.
La retraduction française pourrait donc être : tire-bouchon ou tire-tapon ou tire-bonde, avec lequel on retire le bouchon des bouteilles.

La deuxième partie, allemand-français, ne retient qu'un seul terme, Korkzieher, pour lequel elle propose en traduction tire-fond et tire-bouchon, avec cette orthographe :



... pas de Pfropfzieher, de Stopfelzieher ou de Zapfenzieher, même en recherchant les variantes possibles.


Dans ce dictionnaire de Poëtevin de 1754, on voit une fois de plus que l'orthographe n'était pas stabilisée et que deux formes pouvaient être proposées dans le même ouvrage pour le même terme, ici : tirebouchon et tire-bouchon.
C'est une difficulté particulière à ce type de recherche que de devoir toujours penser aux variantes orthographiques.

On voit de même façon que l'allemand du XVIII° siècle hésite entre plusieurs substantifs et n'a pas encore consacré le terme actuel, Korkenzieher, avec le substantif Korken employé au pluriel.

Le dictionnaire de François Louïs Poëtevin, ne l'oublions pas, s'adressait à un lectorat suisse pour traduire le français et l'allemand utilisés localement : la présence des termes témoigne nécessairement de leur utilisation antérieure dans les langues d'origine.

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Que retenir finalement à la lecture de ces deux dictionnaires ?

Il semble tout d’abord possible d'affirmer à ce stade que la conquête de l'Allemagne - et de la Suisse - par le tire-bouchon est survenue peu avant le milieu du XVIII° siècle. 
La présence de plusieurs termes pour le traduire et l'hésitation à en fixer un seul en témoignent.

La formation des néologismes allemands confirme aussi l'hypothèse d'une diffusion à partir de la France.
Une diffusion directe depuis la Grande Bretagne aurait favorisé l’apparition, à l'anglaise, de termes décrivant l'objet et nous aurions dû alors trouver des néologismes du type "Korkschraube", littéralement en français "vis à liège".
En réalité les divers néologismes allemands ont tous été formés sur un modèle linguistique français, privilégiant la fonction de l'objet - retirer l'obturateur d'un flacon - plutôt que sa description.


C'est un petit pas pour notre recherche.
Nous n'avons pas encore trouvé de représentation graphique de cette époque, mais l'écrit nous aide à cartographier la conquête du monde germanique par le tire-bouchon !



M



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