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jeudi 23 avril 2026

DE XÉRÈS À PARIS : LE VOYAGE D'UNE BOUTEILLE

 

Amis blogueurs, bonjour !


Une bouteille ancienne m'est arrivée il y a quelque temps, héritée de mon frère aîné décédé. Il l'avait achetée il y a très longtemps et y tenait beaucoup : il ne me l'a donc pas donnée, mais il me l'a léguée.

Voici le récit qu'elle me fit :


De Xérès à Paris : le voyage d'une bouteille



On me dirait ordinaire au premier regard. Verre épais, ligne simple, sans recherche d’effet. Et pourtant, tout en moi indique un ailleurs : un mot — "Xérès", avec ses accents —, une forme pensée pour le transport, un sceau frappé comme tatouage à l’épaule. Rien de spectaculaire, mais une cohérence.







Je ne suis pas née pour rester. J'ai été conçue pour circuler, franchir les mers et rejoindre un marché précis : la France de la fin du XIXe siècle, ses négociants, ses relais, ses tables.

C’est ce parcours, lisible à même le verre qui me fait, que je vous propose de suivre.


-/-


La forme qu'on m'a donnée, viatique pour le voyage


On m’avait marquée d’un mot simple : Xérès, avec ces accents étranges pour qui est espagnol, des accents bien français, posés là pour être lus ailleurs. Ce mot n’était pas celui de mon origine. Là-bas, on disait Jerez.

Mais moi, dès ma naissance, j’étais promise à une autre langue.

Je n’étais pas une bouteille de Jerez, pas une bouteille de Sherry destinée à l'Angleterre, j’étais une bouteille de Xérès et mon destin était la France.

Je ne suis pas de celles qui cherchent à séduire.
Mon verre est épais, solide, d'une teinte indécise, plutôt vert olive. De taille mince, je suis large d'épaules et rassure.
Mon fond est ferme, le cul bien pris. Mon col, bien dégagé, est cravaté d'une bague simple. Des bulles, comme paillettes, atténuent une tenue trop austère.
Mais rien d’orné. Je ne suis pas une pièce d’apparat. 
Je suis mieux que cela. Je suis une forme aboutie.


Je suis née peu avant 1890, dans l’orbite de Jerez de la Frontera, là où le vin que je devais contenir prenait lui-même une voie singulière : un vin que l’on fortifie, que l’on mute à l’eau-de-vie de raisin pour arrêter sa fermentation et lui donner cette stabilité, cette puissance tranquille qui permet les voyages lointains.

Comme beaucoup d'autres, je suis née pour voyager et transporter un vin qui tient la mer. Un vin qui a, en quelque sorte, le pied marin.


-/-

La traversée


On nous embarqua de nuit.
Le navire était un petit vapeur de cabotage, trapu, utilitaire, noirci de charbon. Sa machine battait avec régularité, et parfois encore, à l’avant, un peu de toile venait seconder l’effort.
Un navire sans prestige.
Mais adapté à notre route, à notre nombre.
Nous n’étions que quelques passagères acceptées à prix fort.

Dans la cale, au milieu des barriques et des caisses communes, notre petit groupe se distinguait, marqué Jerez, Sherry ou Xérès. Quelques dizaines de bouteilles seulement, partageaient l'appellation : Xérès. Non pas Jerez ou Sherry, mais cette forme française, destinée aux négociants du Havre, de Rouen, de Paris qui savaient reconnaître, derrière ce mot, un vin à part.
Un vin qui voyage bien. Un vin que l’on sert autrement.


Cadix, Huelva, Lisboa, Porto... les marins égrenaient les noms des ports, se racontaient les aventures, bonnes ou mauvaises, exagérées souvent, vécues là.



Notre vapeur, longeant les côtes (M & IA).

Et c'est à Porto que fut complétée la cargaison : des cousines nous rejoignaient le temps de notre voyage. Elles poursuivraient vers le négoce londonien.

Dans la cale, l’air était lourd. Le battement de la machine se transmettait jusque dans mon verre, régulier, obstiné.
La météo se dégradait, rendant l'équipage nerveux.
Souvent la mer était si forte que le roulis me faisait heurter mes voisines.
Je ne manquais pas de m'en excuser auprès d'elles, mais surtout je tins.
Mon corps solide conservait sa stabilité dans le désordre. Mon verre absorbait sans rompre.
C'est que même si nous n’étions pas nombreuses, nous étions attendues.


En cale, les bouteilles de Xérès, passagères privilégiées (M & IA).


À l’approche des côtes françaises, l’activité tout d'un coup changea. Le vapeur ralentit. Une embarcation nous accosta. Les voix se firent plus courtes.
On descendit dans la cale. On inspecta. On ordonna. On choisit.

Certaines furent prises — celles dont la présence appelait des comptes, ou dont la valeur justifiait qu’on les remarque. Car nous ne méritions pas toutes la même attention : quelques-unes, parmi nous, portaient un vin dont la destination ne laissait guère de doute.

Pas toutes. Pas moi. Ou du moins, pas encore. On nous glissa à l’arrière, derrière des caisses anonymes. Le bruit de la machine couvrait les gestes. 
Mon sceau — Xérès — disparut dans l’ombre.

Je venais d'entrer dans les eaux territoriales françaises.

-/-


Le Havre


Le matin était gris lorsque nous entrâmes au port du Havre.
Une lumière plate, des grues, des quais déjà animés. Le vapeur accosta sans cérémonie. Le capitaine était pressé de poursuivre sa navigation vers l'Angleterre.
On déchargea vite. Je fus tirée de l’ombre.
Pour la première fois depuis mon départ, mon titre réapparut : Xérès.
Un homme le lut sans s’attarder. Il savait. On ne discuta pas.

Car moi, j’étais attendue plus loin.
J'allais remonter la Seine jusqu'à la capitale.
Je passai d'une gabarre à une charrette, avant de trouver place dans un entrepôt parisien où des parfums de bois et de vin remplaçaient les vapeurs des embruns. Autour de moi, d’autres bouteilles, d’autres vins — mais pas tout à fait les mêmes usages.

Lentement, mais sûrement, de relais en relais, j'approchais de ces tables parisiennes où l’on appréciait ce que je portais : un vin stable, soutenu, façonné par son élaboration — un vin dont on ne parlait pas trop fort du prix, mais qui imposait, à lui seul, une certaine manière de le servir.

Je n’étais pas destinée à tous. Mon sceau le disait.
... Un grand capitaine s'éprit de moi, me promit le bonheur.

Et c’est peut-être cela, au fond, qui justifie qu'un siècle et demi plus tard l’on me garde.


-/-


Croyez que c'est un narrateur convaincu qui a retranscrit ces propos.


M


lundi 23 juin 2025

DU TONNEAU À LA BOUTEILLE... IL Y A VRAIMENT DE QUOI PERDRE CONTENANCE !



Amis blogueurs, bonsoir !


Foudre, muid, tonneau, barrique, fût, pièce...
Anglaise, normande, frontignane, champenoise, flûte rhénane, clavelin...
Gallon, pot, pinte, chopine, fillette...


DU TONNEAU À LA BOUTEILLE... IL Y A VRAIMENT DE QUOI PERDRE CONTENANCE !


L'histoire des unités de mesure utilisées pour les liquides, depuis le Moyen-Âge et jusqu'à la mise en place du système métrique, est très complexe.


Le monde européen du Moyen-Âge et des Temps Modernes, autrement dit celui d'Ancien Régime, antérieurement à la Révolution française, résultait de l'émiettement de l'Empire romain.
Certes, les frontières n'y étaient pas intangibles et le vocabulaire, issu du latin et de l'ancien français, était souvent encore partagé entre peuples voisins, avec cependant des sens qui ne cessaient de dériver, de s'écarter.
Les unités de mesure, innombrables, fluctuantes, relatives, locales ou régionales, n'étaient pas faciles à comprendre pour qui venait d'ailleurs : le commerce s'en trouvait compliqué, au point que le change était le domaine réservé de spécialistes, tels les banquiers lombards.


1700 : 800 unités de mesure,
1800 : le système métrique, "une loi, un poids et une mesure"


Rien qu'en France, selon National Geografic : 
"Les savants étaient confrontés à la réforme d'un patchwork de 800 unités de mesure différentes, de la toise à la lieue en passant par le quart et la pinte. Certaines mesures étaient extrêmement basiques : dans le Bordeaux du début du 18e siècle, une unité de terre était définie par la portée de la voix d'un homme. Il y avait peu ou pas de standardisation : à Paris, une pinte équivalait à 0,93 litre ; à Saint-Denis, elle équivalait 1,46 litre. Une aune, utilisée pour mesurer le tissu, était basée sur la largeur des métiers à tisser locaux. Ce système chaotique était sujet à la fraude et étouffait le commerce intérieur et extérieur."

Deux siècles plus tôt, Rabelais, dans Pantagruel (1532), donnait les noms d'une série de récipients qu'il est souvent impossible de distinguer aujourd'hui : "flacons, bouraches, bouteilles, fiolles, ferrières, barils, barreaulx, pots, pintes, semaises, antiques". 

Et Voltaire (1694 - 1778) pouvait encore écrire dans ses Dialogues
"Ce que vous me demandez [l’uniformité de la loi] est aussi impossible que de n’avoir qu’un poids et qu’une mesure ; comment voulez-vous que la loi soit pour tous la même, quand la pinte ne l’est pas ?"

La réaction vint du "siècle des Lumières". Les philosophes : Voltaire, mais aussi Montesquieu, Rousseau, Diderot..., les savants : Borda, Lagrange, Monge, Laplace, Condorcet... inspirèrent les élus révolutionnaires, jusqu'à ce que le gouvernement républicain promette au peuple de France "une loi, un poids et une mesure". Le système métrique décimal fut officiellement adopté en France le 10 décembre 1799, et bientôt utilisé dans plusieurs pays voisins. 



Tableau scolaire : les poids et mesures (Internet)


Napoléon crut satisfaire marchands et clients en faisant partiellement marche arrière en admettant en concurrence les "mesures usuelles" et il fallut attendre 1837 pour que le roi Louis Philippe révoque l'usage à la fois des mesures traditionnelles et des mesures usuelles et rétablisse le système métrique. 
Mais revenons à notre sujet...


-/-


Le transport et la conservation du vin.


A la fin du Moyen-Âge et pendant les Temps Modernes (le "petit âge glaciaire"), les vignobles sont souvent sous domination anglaise. Le vin est produit par la France et les pays méditerranéens, mais ce sont les anglais qui le commercialisent, imposant leurs unités de mesure, au premier rang desquelles le barrel ( = la barrique bordelaise) et le gallon.



Tonneau, barrique et fût


Les historiens s'accordent à dire que dans l'Antiquité, l'utilisation des outres et celle des récipients en terre cuite : les amphores ou, beaucoup plus grandes, les dolia, ont précédé celle des tonneaux et autres barriques ou fûts, pour le transport et la conservation, particulièrement des liquides.

Le "tonneau" :
Le tonneau, terme aujourd'hui générique, s'est imposé pour des raisons pratiques : il est solide, peut être roulé, et la densité du bois dont il est fait (0,85 pour le chêne) est bien moindre que celle de la terre cuite de l'amphore (1,5 à 1,8).
Le tonneau a vraisemblablement été inventé par les Rhètes, peuplade celte des régions alpines, Rhètes allègrement confondus avec les Gaulois par les Romains. 
Son nom même trahit cette origine : 
Le mot tonneau vient du vieux français tonel, mot formé à partir de tonne, dérivé du latin médiéval tunna, lui-même emprunté à un mot celtique tonn signifiant peau, outre ou récipient.
Parmi les synonymes de tonneau, on trouve :
- le muid, du latin modius, qui signifie "mesure principale" et la pipe (1,5 muid).
- le foudre, d'origine germanique : Fuder, équivalent à quatre muids... ou beaucoup plus !



Le foudre Mercier à Epernay... 1 600 hectolitres ou 213 000 bouteilles
(Bourse CFTB 2024)


La "barrique" :
Le mot barrique correspond au vignoble bordelais. Il vient du dialecte gascon barrica, signifiant : objet fermé ou consolidé avec une ou plusieurs barres.
Selon Eric Glatre, in Histoire(s) de vin, 33 dates qui façonnèrent les vignobles français, Éditions du Félin (2020), cf. : 
"La barrique apparaît dans un texte du Parlement de Bordeaux en 1597 ; elle doit alors contenir 112 pots, soit 50 gallons anglais ou 228 de nos litres."
Le choix d'une telle mesure pour la barrique s'explique aussi par son encombrement et son poids (environ 45 kg) : un docker devait pouvoir rouler seul une barrique pleine ou porter seul une barrique vide.
Au XIXe siècle, la contenance de la barrique est ramenée à 225 litres, mais correspond toujours à 50 gallons !
La barrique est définie comme un quart de tonneau, lequel doit donc contenir un peu plus de 900 litres.

Le "fût" :
Le mot fût est issu du latin classique fustis, signifiant : bois coupé, pieu, bâton, trique.
Le fût est bourguignon et contient lui aussi (et toujours aujourd'hui) 228 litres… ou 50 gallons. 
On parle de "pièce" quand il est plein : une pièce de 228 litres ; un demi-fût est une "feuillette" de 114 litres, tandis que le "quartaut" vaut 57 litres.



Fût  bourguignon, barrique bordelaise
(Wikipédia)


Retenons qu'un tonneau vaut quatre barriques ou fûts de 50 gallons... le "gallon impérial" anglais correspondant, selon le dictionnaire de l'Académie française, à 4,546 09 de nos litres. 

Mais qui aurait pu servir un gallon de cidre, de bière, de vin ou de champagne à ses hôtes ? 


La bouteille


Le gallon se devait d'être subdivisé pour faciliter la vente aux particuliers. 



Mesures anglo-saxonnes : gallon, quart, pint, gill
(Image Internet)


Le choix fut fait d'une équivalence entre un gallon et six bouteilles, solution offrant la plus grande facilité de rangement tête-bêche dans les caisses de transport.
Ce choix dicta la contenance d'une bouteille standard : 0, 75768 litre.
Les anglais s'y retrouvaient, mais pas les consommateurs des autres pays. 

Avant de découvrir le litre, les français comptaient en pintes et les taverniers étaient dits "à pinte et à pot", façon d'exprimer l'obligation qui leur était faite de servir au pichet le vin tiré du tonneau :
- Le pot valait deux pintes. Il disparut avec le système métrique, avant de réapparaître à Lyon au XIXe siècle, mais avec une contenance de 46 centilitres seulement : la moitié d'une pinte de Paris !
- La pinte valait environ 0,93 litre à Paris (mais cette contenance pouvait varier du simple au double selon les provinces).

Les nécessités du commerce international du vin ne pouvaient que l'emporter. Les partisans du système métrique ont admis le sixième de gallon, tandis que les anglais acceptaient d'arrondir les mesures pour tenir compte du même système métrique.

La bouteille serait dorénavant la mesure quasi-universelle et équivaudrait 0,75 litre, le gallon contiendrait donc 4,5 litres, la barrique 225 litres et le tonneau 900 litres... pas tout à fait une tonne !

Mais la bouteille a aussi ses sous-multiples, héritées des mesures anciennes : la fillette (1/2 bouteille ou 37,5 cl), la chopine (1/3 de bouteille ou 25 cl), voire même, à l'italienne, la piccola (20cl). Et le litre est également utilisé pour conditionner le vin ordinaire et nombre d'autres liquides.

Enfin et surtout, les mesures ne disent rien de la forme des bouteilles :



Quelques-unes de mes bouteilles anciennes




C'est là un autre sujet...


-/-



L'histoire pourrait se terminer là, mais l'usage est resté - ou est revenu ? - d'utiliser  d'anciennes mesures dans notre quotidien. 
Comme vous j'imagine, il m'arrive de commander une pinte de bière, mais si une pinte de bière équivaut en France à 50 cl de bière, elle correspond à 25 cl chez nos voisins belges, ou à 47,3 cl (Pint) aux Etats-Unis !
... à consommer bien sûr avec modération !


... Je vous le disais bien : il y a de quoi perdre contenance !




M



dimanche 25 mai 2025

JOLIE BOUTEILLE, SACRÉE BOUTEILLE...

Amis blogueurs, bonjour !


Un cadeau récent de l'ami Christian me remet en mémoire le refrain d'une chanson de Graeme Allwright :

"Jolie bouteille,
Sacrée bouteille,
Veux-tu me laisser tranquille..."


Graeme Allwright (1926 - 2020) était un auteur-compositeur-interprète franco-néo-zélandais non conformiste. Il est connu pour avoir introduit le folk-blues en France et notamment pour ses adaptations des chansons de Léonard Cohen.


Le cadeau ?
Un flacon de Petite Liquorelle par Moët et Chandon. 





Christian savait que j'aimais les bouteilles anciennes et avait vu chez moi une très ancienne bouteille de champagne que j'ai présentée ici il y a quelques années :


J'ai toujours cette bouteille, ainsi que sa "petite sœur" parfois qualifiée de bouteille ou quart de paquebot : elles auront maintenant une nouvelle amie.



Champagne !


Décrivons notre bouteille :

Les étiquettes de cette Petite Liquorelle produite par Moët & Chandon décrivent une boisson pétillante à servir très frais.
La première étiquette nomme le produit et indique que La Petite Liquorelle pétillante est élaborée sous le contrôle de Moët & Chandon. Elle donne aussi la contenance de la bouteille : 20 cl et la teneur en alcool : 18 ° (à consommer donc avec modération !).
La seconde étiquette indique que la Petite Liquorelle est distribuée par Moët-Hennessy. Cette société alliant à l'origine le cognac Hennessy au champagne Moët & Chandon est aujourd'hui une société holding constituant la branche "Vins & Spiritueux" du Groupe Louis Vuitton-Moët-Hennessy (LVMH).  
Cette seconde étiquette donne aussi la composition de cet "apéritif à base de vin" : vin, eaux de vie de vin, vin de liqueur, sucre, extraits végétaux.*

La bouteille est de couleur vert sombre.
Elle mesure 15 cm de hauteur.
Son corps, sphérique, a un diamètre d'environ 8 cm.
Elle est bouchée comme une bouteille de champagne, avec cape (brune), muselet et capsule de muselet.



Capsule de muselet Petite Liquorelle, vue sur le net.



Que pouvons-nous dire de son histoire ?

Moët & Chandon, cherchant à attirer la clientèle des jeunes urbains branchés, mit au point ce "cocktail champagne" au début des années 80. Conditionnement et format visaient une consommation individuelle éventuellement renouvelée.
Avec une recette à base de marc et de vin de champagne, la teneur effective en alcool : 18/5 = 4,5 g, correspondait approximativement à celle cumulée de deux consommations traditionnelles : 10 cl de spiritueux par exemple, tandis que le côté pétillant devait proposer une "passerelle" vers le champagne.

Des objets de communication ont été distribués par le marketing pour encourager les ventes : seau à glace, boîtes d'allumettes...



Le seau à glace



Des boîtes d'allumettes 
(collection Laurent Lachaud)


Mais le succès commercial ne fut pas au rendez-vous et la fabrication de la Petite Liquorelle finit par être abandonnée par Moët & Chandon en 1993.


Beaucoup de ces petites bouteilles ont cependant dû être ouvertes et bues, au point que celles qui ont été conservées sont aujourd'hui "collector", comme d'ailleurs la capsule de muselet.


Je ne connaîtrai pas le goût de la mienne !



M

dimanche 11 mai 2025

QUELQUES REFLEXIONS SUR UNE BOUTEILLE ANCIENNE

 Amis blogueurs, bonsoir !


J'aurais aimé vous entretenir d'une bouteille, mais elle me résiste !
Voici donc seulement :

Quelques réflexions sur une bouteille ancienne


Resituons d'abord cet achat.
C'est à la brocante de Chambord que j'ai acheté ma bouteille ce 1er mai 2025.
Si Chambord 2024 s'était déroulée sous la pluie, l'édition 2025 était au contraire très ensoleillée.



La brocante vue de la terrasse du château


Devant être présent sur un stand avec des amis, j'eus davantage l'opportunité de rencontrer des collectionneurs connus que celle de chiner.

Une courte escapade vers la buvette me permit cependant de voir de beaux stands, mais pas de me laisser tenter par des tire-bouchons peut-être un peu chers.



L'escapade au pied du château


Ma seule acquisition fut donc celle d'une bouteille :







3 vues : de face, du dessus et du dessous


Que peut-on en dire ?

C'est une bouteille soufflée à la bouche et donc striée.
Elle ne comporte ni "couture", ni aucune trace du moule ou sabot dans lequel elle a dû prendre corps.
Le verre est de couleur vert olive foncé. Il renferme beaucoup de bulles et quelques défauts.
La hauteur de la bouteille est de 25 cm. 
Vide, elle a une masse de 1020 grammes. Emplie d'eau (densité 1), sa masse est d'environ 1840 grammes. Sa contenance correspond au volume de l'eau contenue, calculée par différence entre les deux masses, soit environ 820 g ou 82 cl.

Le fût est de forme tronconique inversée, le diamètre variant de 10,5 cm à la base, jusqu'à 11,3 cm au diamètre le plus large, soit à 10 cm de hauteur.
Les épaules sont marquées.
Le col, légèrement désaxé, est conique, variant du bas en haut de 4,5 à 3,1 cm ; il mesure environ 10 cm.
Une bague de col large de 0,7 cm et de section grossièrement triangulaire  (cf. 2ème photo) est rapportée en haut du goulot, faisant passer son diamètre extérieur de 3,1 cm à 4,4 cm. Le bord a été tranché, certainement à l'aide de ciseaux de verrier.
On y voit des ébréchures (cf. 1ère photo) explicables par l'utilisation en levier d'un poinçon ou d'un pique-fût pour retirer le bouchon.
Le fond comporte une piqûre "en auge" assez profonde (5 cm), avec présence d'ébréchures ou traces de pontil (cf. 3ème photo). 

Rappelons que le fonçage était l'opération qui permettait au maître verrier de "régler" à vue la contenance de la bouteille, tout en en lui donnant une base stable. Il s'effectuait à chaud, bouteille maintenue au bout de la canne de souffleur, en poussant une seconde canne, ou pontil, contre le fond de la bouteille.
Ce fonçage au pontil a caractérisé les fabrications de bouteilles jusqu'à la fin du XVIIIe siècle ; le XIXe siècle verra la technique évoluer : le pontil utilisé pour le fonçage se terminera alors en cupule laissant au fond de la bouteille une empreinte "en boule".



En prenant en compte ces éléments :
Je crois pouvoir affirmer que cette bouteille est française et date de la seconde moitié du XVIIIe siècle, avant la mise en œuvre du système métrique.
Sa forme et sa contenance, non standardisées, me conduisent à penser qu'il doit s'agir d'une bouteille normande, destinée à l'eau-de-vie de cidre.


Additif : j'ai relu, depuis la publication, un article de Thierry De PUTTER, paru sur ACADEMIA 
Thierry De PUTTER est "Royal Museum for Central Africa, Faculty Member".
Son article est intitulé :
Quelques réflexions à propos de l’étude des bouteilles d’usage en France au XVIIIe siècle.

Cette lecture m'incite à ajouter qu'en ce qui concerne ma bouteille le ratio entre la hauteur totale A = 25 cm et la hauteur du fût mesurée au point où le diamètre est le plus large avant de diminuer B = 10 cm est de A/B = 2,5, ce qui tend à corroborer une datation comprise entre 1730 et 1760.



Illustration de l'article de Thierry de Putter


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Bien sûr le risque d'erreur existe et je prendrai volontiers en compte vos observations.



M



jeudi 20 mars 2025

1852 : NICAISE PETITJEAN INVENTE LA MACHINE À FICELER LES BOUCHONS DE CHAMPAGNE OU "CHEVAL DE BOIS"


Amis blogueurs, bonjour !


Ma bouteille de champagne ficelée n'est pas bue, mais déjà "délie les langues" !



La revoici, en compagnie de sa petite sœur



Et, en complément à mon précédent article :

Voici :

La machine à ficeler les bouchons de champagne ou "cheval de bois", 
inventée par Nicaise Petitjean en 1852.



Bernard Devynck, à qui rien n'échappe, l'a retrouvée dans un ouvrage qu'il possède dans sa bibliothèque :
Vins de champagne et Vins Mousseux  
Par P. Pacottet & L. Guittonneau
450 pages, 2° édition, 1930 (première édition en 1918), Librairie J-B Baillère et fils à Paris.



Le livre de Bernard Devynck



La description


Le cheval de bois,
très belle gravure, signée Poyet


On y voit clairement l'ouvrier ficeleur chevauchant la machine à ficeler.
Et cette technique a perduré pendant plusieurs décennies.


Voulant mieux connaître l'apport de Nicaise Petitjean, j'ai pu accéder à un autre très intéressant ouvrage que je viens de commander : 
Histoire(s) de vin : 
Les 36 grandes dates des vignobles français
Par Eric Glatre
2020 books.google.fr › books

Voici le paragraphe que l'auteur consacre à notre inventeur :




Nicaise Petitjean était vannier-emballeur à Avize...


Grâce à Nicaise Petitjean, un ouvrier pouvait "désormais ficeler jusqu'à 1 000 bouteilles par jour, en dix heures (durée légale du travail, à l'époque)".


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Merci Bernard !
Je vais attendre avec impatience la livraison du livre d'Eric Glatre !



M


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