Amis blogueurs, bonjour !
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La forme qu'on m'a donnée, viatique pour le voyage
On m’avait marquée d’un mot simple : Xérès, avec ces accents étranges pour qui est espagnol, des accents bien français, posés là pour être lus ailleurs. Ce mot n’était pas celui de mon origine. Là-bas, on disait Jerez.
Mais moi,
dès ma naissance, j’étais promise à une autre langue.
Mon fond est ferme, le cul bien pris. Mon col, bien dégagé, est cravaté d'une bague simple. Des bulles, comme paillettes, atténuent une tenue trop austère.
Mais rien d’orné. Je ne suis pas une pièce d’apparat.
Je suis mieux que cela. Je suis une forme aboutie.
La traversée
Dans la cale, au milieu des barriques et des caisses communes, notre petit groupe se distinguait, marqué Jerez, Sherry ou Xérès. Quelques dizaines de bouteilles seulement, partageaient l'appellation : Xérès. Non pas Jerez ou Sherry, mais cette forme française, destinée aux négociants du Havre, de Rouen, de Paris — qui savaient reconnaître, derrière ce mot, un vin à part.
Un vin qui voyage bien. Un vin que l’on sert autrement.
Cadix, Huelva, Lisboa, Porto... les marins égrenaient les noms des ports, se racontaient les aventures, bonnes ou mauvaises, exagérées souvent, vécues là.
Et c'est à Porto que fut complétée la cargaison : des cousines nous rejoignaient le temps de notre voyage. Elles poursuivraient vers le négoce londonien.
Souvent la mer était si forte que le roulis me faisait heurter mes voisines.
Je ne manquai pas de m'en excuser auprès d'elles, mais surtout je tins.
Mon corps solide conservait sa stabilité dans le désordre. Mon verre absorbait sans rompre.
C'est que même si nous n’étions pas nombreuses, mais nous étions attendues.
Certaines
furent prises — celles dont la présence appelait des comptes, ou dont la valeur
justifiait qu’on les remarque. Car nous ne valions pas toutes la même attention
: quelques-unes, parmi nous, portaient un vin dont la destination ne laissait
guère de doute.
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Le Havre
Le matin
était gris lorsque nous entrâmes au port du Havre.
Une
lumière plate, des grues, des quais déjà animés. Le vapeur accosta sans
cérémonie. Le capitaine était pressé de poursuivre sa navigation vers l'Angleterre.
On déchargea vite. Je fus
tirée de l’ombre.
Pour la
première fois depuis mon départ, mon titre réapparut : Xérès.
Un homme
le lut sans s’attarder. Il
savait. On ne
discuta pas.
Car moi,
j’étais attendue plus loin.
J'allais remonter la Seine jusqu'à la capitale.
Je passai d'une gabarre à une charrette, avant de trouver place dans un entrepôt parisien où des parfums de bois et de vin remplaçaient celles des embruns. Autour de moi, d’autres bouteilles, d’autres vins —
mais pas tout à fait les mêmes usages.
Un grand capitaine s'éprit de moi, me promit le bonheur.
Et c’est peut-être cela, au fond, qui justifie qu'un siècle et demi plus tard l’on me garde.
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Croyez que c'est un narrateur convaincu qui a retranscrit ces propos.
M





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