samedi 10 janvier 2026

ENIGMA N° 89 : QUAND LE CONTENANT VAUT PLUS QUE LE CONTENU !

 

Amis blogueurs, bonsoir !


Notre ami Bernard Devynck, qui a l'art de dénicher l'impossible, nous propose une belle histoire qui se termine en énigme.


Voici donc notre 

ENIGMA N° 89 : QUAND LE CONTENANT VAUT PLUS QUE LE CONTENU !


Dans ce petit village de la Drôme, des héritiers avaient mis en vente la maison familiale, laquelle devait donc être préalablement vidée. 
Le vide-maison allait permettre de débarrasser à bas prix les petits meubles, les bibelots, la vaisselle, les outils... tout ce dont ils n'avaient pas l'usage.

Brocanteurs et chineurs sont de plus en plus nombreux à courir ces vide-maisons où apparaissent parfois de vrais trésors, ignorés ou oubliés depuis longtemps.
Le hasard d'un déplacement avait mis celui-là sur la route de Bernard, à l'heure d'ouverture... comment ne pas s'y arrêter ?
Et, coup de chance ? il y avait des tire-bouchons !!!

Entassés sur et dans un curieux récipient, ils s'efforçaient de bien se montrer pour mieux séduire un éventuel visiteur hélixophile et, de fait, ce fut Bernard !



Etonnante présentation
(reconstitution a posteriori)


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Des tire-bouchons et un objet mystérieux


Bernard examina consciencieusement les tire-bouchons mais, non, décidément, il ne se voyait pas en acheter un : tous étaient basiques et l'ensemble faisait penser à une collection de débutant ou à une accumulation destinée à décorer une cave ou un bar.
Le récipient par contre retint son attention : une tablette percée sur un pot de bronze... il avait une sensation de déjà vu.

Il demanda à la dame qui semblait mener la vente si elle pouvait lui dire à quoi servait ce "pot". 
Réponse de la dame : "Je ne sais pas, j'ai toujours vu ce "truc" chez mon père, mais même lui ne savait pas de quoi il pouvait bien s'agir. L'objet avait toujours été dans la maison, hérité de la génération des grands-parents. Pour lui, c'était seulement un support pratique qu'il avait installé près du bar pour y planter ses tire-bouchons, des tire-bouchons auxquels il tenait beaucoup."

Bernard comprit que les tire-bouchons seraient surévalués, mais que le "truc" n'avait guère de valeur pour l'héritière.
Il engagea le dialogue :
"- Combien pour le lot de tire-bouchons ?"
Pas de surprise : les tire-bouchons étaient au triple des prix qui se pratiquaient en brocante.
"Un peu cher ! Et juste le support ?"
 "- 15 €, je vous le laisse à 10 si vous voulez : c'est juste le prix du bronze."

Les tire-bouchons dépités virent notre Bernard s'en aller avec ce qui leur servait si bien d'écrin !


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L'énigme


Je vous ai tout dit, mais je ne vous ai rien dit...  Voici la description et les photos fournies par Bernard :



Un coffret de bois et un pot en bronze à anse de cuivre.



22 cm de diamètre, 28 cm de hauteur et 2 X 13 trous


L'objet est de petite taille. Il est composé de deux pièces pour une hauteur de 28 cm : un coffret de bois placé sur un pot en bronze muni d'une anse en cuivre.
Le coffret en bois comprend quatre pieds, hauts de 16 cm. Il est de forme cylindrique, d'un diamètre de 22 cm, avec un couvercle. Le couvercle est de forme pleine mais avec une fente centrale permettant le passage de l'anse du pot et 13 trous traversants sont percés de chaque côté de cette fente. 
Le poids total est de 1150 grammes.
L'ensemble peut être facilement déplacé en saisissant l'anse en cuivre.


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Et depuis lors, l'objet, nettoyé et ciré, habite le bureau de Bernard et accueille à l'occasion une sélection de ses trouvailles récentes :



Fait pour ça ??


Mais quel est le nom et la destination de cet objet ? Saurez-vous l'identifier ?


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Je publierai bien sûr vos contributions avant de laisser Bernard nous livrer le résultat de ses recherches.
Déjà, merci à lui pour cette nouvelle énigme, et à vous, amis blogueurs, d'essayer de la résoudre !



M

dimanche 4 janvier 2026

OÙ EST PASSÉ LE TIRE-BOUCHON ?

 
Amis blogueurs, bonjour !


Mon ami Salvatore m'a montré cette belle photo ancienne. Il les collectionne, comme nous collectionnons les tire-bouchons.
Intrigué, j’ai regardé longuement ce cliché. Peut-être même me suis-je assoupi ? Et même ai-je rêvé que la photographe venait m’expliquer ?
En voici en tout cas le récit, mieux que vrai : vraisemblable !


OÙ EST PASSÉ LE TIRE-BOUCHON ?
Lecture d’une scène de table vers 1913



Photographie originale,
tirage sur papier au ton chaud, format 8 × 10 cm. Verso muet.



Henriette


Je m’appelle Henriette, je suis la cadette. On me présente souvent comme “celle qui s’occupe de tout”, ce qui est une manière polie de dire que je sais où l’on range les verres, les nappes… et les secrets. On me demande aussi, de plus en plus souvent, de prendre les photographies.
On dit que je cadre bien. Que je sais attendre. Que je n’oublie personne. Du coup, je n’apparais jamais, ce qui me va bien.
Voici la photo que je préfère, prise il y a une dizaine d'années...


Scène de table 1913


Les "années 1900" étaient derrière nous, l'art nouveau ne l'était plus tout à fait. 
Au-delà des frontières, cette année-là, les conflits se multiplient.
Le lustre hésite, les robes se libèrent sans s’affranchir. André, mon neveu, le seul enfant, n’est plus déguisé en petit adulte, mais pas encore un enfant moderne. Tout indique cette période suspendue de 1913, quand on buvait encore comme avant, sans savoir que le monde allait changer.

Emile et Marguerite venaient de faire installer l’électricité. Le lustre s’en félicitait presque. Il pendait au-dessus de la table avec l’assurance un peu vaine des choses neuves, et sa frange accrochait la lumière comme une coquetterie. Cette clarté-là ne flatte rien : elle révèle. Sous elle, les visages paraissent plus nets, les gestes plus amples, et les certitudes parfois trop visibles.

La table n’avait pas été débarrassée. Le fromage attendait encore entre le couteau et la fourchette, abandonné comme une conversation qu’on n’a pas jugée digne d’être terminée. Dans la boîte en bois, les gâteaux roulés faisaient mine d’être des cigarettes. Louise en tenait une du bout des doigts ; sa sœur, Marguerite, en bonne maîtresse de maison, faisait de même, l'air de ne pas y toucher ; André faisait semblant de fumer.


Les héros du jour


Les trois beaux-frères : Emile, Jules, le mari de Louise, et Paul, le mien, s’étaient levés. Ils occupaient l’arrière-plan comme une petite scène improvisée. Ils buvaient debout, la tête renversée, avec des gestes larges, presque théâtraux. Ce n’était pas la soif qui les guidait, mais le plaisir d’être vus en train de boire.
Leurs costumes étaient impeccables — trop bien coupés pour ces grimaces-là — et c’était précisément ce contraste qui les amusait. On pouvait encore être respectable et faire le pitre, parce que le monde semblait tenir tout seul.
Emile levait le bras comme on lève un argument définitif : pas exactement un toast, plutôt une ponctuation joyeuse adressée à l’instant lui-même. Ils buvaient comme on affirme une certitude, sans imaginer qu’un jour ce geste deviendrait un souvenir, ou pire, une nostalgie.

Les femmes étaient restées assises. Marguerite regardait cette agitation avec une indulgence exercée ; Louise commentait à mi-voix. Leurs robes flottaient un peu plus qu’autrefois, juste assez pour laisser passer l’air. Elles tenaient leurs “cigarettes” sucrées avec une élégance discrète qui n’avait pas besoin de s’expliquer. Elles savaient — sans encore le dire — que les choses changent rarement d’un coup.

Au centre, André s’ennuyait, et cela se voyait. Un ennui calme, appliqué, presque studieux. On l’avait placé là ; il y restait. Son ennui était peut-être la chose la plus moderne de toute la scène.
L’horloge indiquait 11h13. Mais André avait cessé de la regarder depuis longtemps. Il était bien sûr 23h13, et personne ne comptait plus le temps, sauf moi. 
J’ai déclenché alors, presque par politesse pour cette pendule qui continuait à faire son travail.


Ma photo


Dans cette ambiance de fin de repas, j’avais quitté ma place à table et pris mon appareil. Marguerite avait haussé les épaules, Louise m’avait souri. Elles savaient que je préférais regarder.
J’ai pris la photographie avec le petit Kodak Vest Pocket que je venais d’acquérir et auquel je m’étais facilement faite. Il tenait dans la main, se glissait dans une poche, et offrait une liberté nouvelle : plus besoin d’ordonner, de faire poser, il suffisait d’attendre que les choses se mettent en place et de savoir saisir l'instant.
Le tirage a été fait sur un papier au ton chaud, ce qui donne à l’image cette belle couleur sépia. La photographie est petite — huit sur dix centimètres — presque modeste. Elle oblige à s’approcher. Le verso est resté muet. Le laboratoire n’a ajouté aucun nom, aucune date, comme si l’image devait parler d’elle-même.


Le tire-bouchon


Et le tire-bouchon ? Voilà la question.

Il n’est pas sur la table. Ce n’est pas un oubli : c’est une règle. Le tire-bouchon est un personnage de passage. Il travaille, puis il disparaît. Il ouvre la bouteille, donne le signal de la suite, et s’éclipse avant qu’on ait le temps de le remercier. Jules l’avait reposé quelque part, j’en étais sûre.

Je crois même savoir où il est passé. Non par divination, mais par habitude. Je l’ai vu souvent circuler, puis quitter le champ, comme quittent le champ tous les objets utiles : un tiroir, une poche, un coin de nappe, une main prudente. Hors cadre, mais pas hors histoire.

C’est pour cela que l’on me demande souvent de prendre les photographies. Comme le tire-bouchon je joue mon rôle, puis je m’efface. Je cadre et déclenche quand l’essentiel est déjà en train de disparaître.
Je ne suis pas sur l’image. Il fallait bien que quelqu’un reste de ce côté-ci, pour regarder sans lever le verre. 

Et les collectionneurs le savent mieux que quiconque : les meilleurs tire-bouchons sont ceux dont on ne se souvient pas sur le moment, parce qu’ils font exactement ce qu’on attend d’eux — ouvrir, sans se faire remarquer.

C’est là sans doute notre paradoxe : rendre visible l’outil invisible, donner une histoire à ce qui, par nature, s’efface. Il n’y a pas de tire-bouchon sur cette photographie. Et pourtant, il est partout — dans la bouteille déjà ouverte, dans les gestes trop sûrs d’Émile, de Jules et de Paul, dans la table après le fromage, dans la frange du lustre, dans l’heure exacte indiquée par la pendule, et jusque dans l’ennui patient d’André.


Où est passé le tire-bouchon ?
Dans un tiroir, probablement.
Dans la mémoire, certainement.


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Henriette, Salvatore, M & IA

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