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Chose promise, chose due : voici mon compte rendu - très subjectif - de la visite du Musée Vivanco à l'occasion du Congrès CFTB 2026 :
Museo Vivanco de la cultura del vino
Notre nouveau Président, Loïc Bahuet, devant le car des congressistes
Il existe des musées où l’on apprend. Et
d’autres où l’on reconnaît soudain, derrière des objets familiers, toute une
civilisation. Le Museo Vivanco de la Cultura del Vino appartient clairement à
cette seconde catégorie.
Dès l’arrivée, le regard est happé par le paysage. Le musée est installé au
cœur de l’immense domaine viticole de la famille Vivanco, parmi les vignes
pierreuses de la Rioja qui encerclent le village de Briones, posé au loin
sur sa hauteur, presque immobile dans la lumière printanière. Rien
d’ostentatoire. Le musée semble au contraire vouloir s’effacer dans le vignoble
qui l’entoure. Et c’est sans doute déjà une manière d’annoncer son propos :
ici, le vin est d’abord une histoire de terre, de temps et d’hommes.
Je ne saurais trop vous recommander la lecture du livre-guide Museo Vivanco de la Cultura del Vino que vous pouvez acheter à la boutique de la Bodega :
Vous y découvrirez l'aventure de la famille Vivanco ainsi qu'un aperçu des riches collections exposées dans les nombreuses salles du musée.
L’architecture intérieure mérite d’ailleurs
qu’on s’y attarde. Les longs couloirs de circulation sont habillés
extérieurement de bois courbe, tandis que leurs parois intérieures sont peintes
dans de profondes teintes lie-de-vin. L’ensemble évoque discrètement
l’intérieur d’un tonneau ou les douelles d’une barrique géante. Ce choix
architectural, à la fois sobre et immersif, accompagne parfaitement le propos
du musée : le visiteur ne traverse pas seulement des salles d’exposition, il
chemine littéralement à l’intérieur de l’univers du vin.

Les œuvres antiques côtoient celles des peintres modernes. Les objets de piété de la mythologie gréco-latine voisinent avec ceux des religions monothéistes. Les matériaux les plus rares composent avec le bois et la pierre. On oscille sans cesse du plus noble au plus humble, évocation de peuples entiers...
Rafael Vivanco
Nous avons eu le privilège d’être
accueillis par Rafael Vivanco qui représente avec ses frères Pedro et Santiago
la quatrième génération Vivanco. Sa présence donne immédiatement un ton
particulier à la visite. Pas de discours récité. Pas d’emphase. On sent très
vite l’homme cultivé, francophile quand il le faut, habité par ses collections, attentif autant aux objets qu’aux
histoires qu’ils transportent avec eux.
Mais bouteilles et tire-bouchons m'appelaient !
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Les bouteilles
Le parcours commence très loin de la bouteille moderne. Amphores méditerranéennes, jarres anatoliennes, céramiques archaïques : les premiers contenants rappellent que le vin a d’abord circulé dans la terre cuite avant d’habiter le verre.
Le Museo Vivanco possède un remarquable ensemble de bouteilles anciennes présenté avec une rare intelligence chronologique. Dès les premières vitrines apparaissent plusieurs bartmannskrug, ces grès germaniques déjà évoqués ici rappellent combien l’histoire du contenant du vin plonge ses racines bien avant la généralisation du verre. Et puis surgit, presque comme une apparition fondatrice, la fondamentale bouteille « shaft and globe », invention de Sir Kenelm Digby, avec son verre sombre, sa silhouette ramassée, sa panse sphérique et son col élégant cravaté d'une collerette, qui marquent une étape essentielle dans l’histoire de la bouteille moderne.
La bouteille « shaft and globe » de Sir Kenelm Digby
Les vitrines permettent ensuite de suivre, siècle après siècle, la lente stabilisation des formes. On voit apparaître les bouteilles type « oignon » ou « maillet » anglaises du XVIIIe siècle, encore basses et ventrues, puis les modèles hollandais plus allongés, avant les silhouettes cylindriques qui finiront par s’imposer.



On s’attarde longuement devant ces alignements silencieux. La scénographie est particulièrement réussie : les bouteilles émergent de la pénombre comme des objets archéologiques tout juste sortis de fouilles.
Certaines semblent lourdes, presque trapues ; d’autres prennent déjà cette élégance verticale annonçant la bouteille contemporaine. À plusieurs reprises, je me suis surpris à revenir sur mes pas pour comparer une épaule, une teinte, un goulot, ou simplement la manière dont la lumière traversait le verre.
Le musée présente également plusieurs bouteilles remontées d’épaves, couvertes de concrétions marines, dont la présence introduit soudain une autre dimension : celle du transport maritime et du commerce du vin. Ces objets ne racontent plus seulement le contenant, mais le voyage.
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Les tire-bouchons
Et puis viennent les tire-bouchons. La
salle qui leur est consacrée impressionne immédiatement par son ampleur. De
grandes vitrines courbes déroulent des centaines de modèles dans une
présentation claire, élégante et parfaitement lisible.

Le musée ne présente pas le
tire-bouchon comme un gadget de cave ou un simple accessoire publicitaire. Il
retrouve ici son véritable statut : celui d’objet technique autant que culturel, définitivement lié à
l’évolution du bouchage, du transport du vin et des usages de table.
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Les installations vitivinicoles... une cathédrale !
La visite se prolonge ensuite dans les
installations vitivinicoles du domaine. Et le contraste est saisissant. Après
les amphores antiques, les bouteilles soufflées et les tire-bouchons anciens,
le visiteur découvre soudain l’extrême modernité des équipements actuels.
Machines à vendanger, systèmes d’égrappage, cuveries inox, pressoirs
pneumatiques et chaînes de vinification témoignent d’une maîtrise technique
impressionnante.
Puis viennent les chais. Immenses salles
souterraines, alignements de barriques, perspectives monumentales soutenues par
de puissantes colonnes, lumière chaude glissant sur le bois : l’architecture
des caves Vivanco possède quelque chose de presque théâtral, mais sans
ostentation inutile.
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Finalement il faut reconnaître qu’il est difficile, pour un amateur de bouteilles anciennes et de tire-bouchons, de rester raisonnable dans un pareil endroit.
On avance de vitrine en vitrine avec les meilleures intentions du monde… avant de s’attarder beaucoup plus longtemps que prévu, oubliant et le groupe et le guide !
Au fond, le musée Vivanco réussit surtout une chose assez rare : donner envie de ralentir. On pensait visiter un musée du vin ; on se surprend finalement à examiner pendant plusieurs minutes une statue de Dionysos, une œuvre d'art contemporaine, un bouteille bordelaise "Défendu d'en laisser" ou de rares tire-bouchons en se disant qu’on aurait bien aimé repartir avec.
C’est probablement le meilleur compliment que l’on puisse adresser au Museo Vivanco : on y entre par curiosité, on en ressort avec l’envie de regarder autrement les objets du vin que l’on croyait connaître depuis longtemps... l'envie aussi d'y retourner !
Mais le temps est venu de la dégustation - avec modération - des vins de la Rioja des domaines Vivanco :
M
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