Amis blogueurs, bonjour !
Nous connaissons tous Samuel Henshall, ce révérend anglais auquel fut accordé, le 24 août 1795, le premier brevet britannique concernant un tire-bouchon... un tire-bouchon que je ne possède toujours pas !
Nous connaissons surtout l'invention revendiquée par Samuel Henshall : un arrêtoir en forme de disque métallique placé entre la tige et la mèche du tire-bouchon, dispositif auquel son nom est resté attaché, et que l'on retrouve sur nombre de tire-bouchons anglais du XIXe siècle.
Ce que l’on sait moins, c’est que la paternité de cette invention est quelque peu discutée ; et aussi que notre révérend a connu des difficultés financières avec Matthew Boulton, l’industriel chargé de fabriquer son invention, et également avec d'autres créanciers.
Plus étonnant, Samuel Henshall aurait été inhumé avec ses derniers tire-bouchons : l'affaire vaut bien qu'on s'y arrête !
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Samuel Henshall, ecclésiastique et érudit
Samuel Henshall nait en 1764. Il obtient son Bachelor of Arts en 1786 puis son Master of Arts en 1789, avant d’entrer dans les ordres.
Il se targue d'érudition et s’intéresse aux langues anciennes (anglo-saxon) et à l’étymologie. Ses publications sur ces sujets suscitent des critiques, parfois sévères. En 1802, il devient recteur de l’église St Mary-le-Bow, à Londres, fonction qu’il conservera jusqu’à sa mort.
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Le brevet du 24 août 1795
Le brevet britannique n° 2061 est accordé à Samuel Henshall le 24 août 1795.
Il ne s’agit pas de l’invention du tire-bouchon lui-même, déjà connu depuis un siècle, mais d’un perfectionnement du modèle simple dit en "T".
Henshall place entre la tige et la mèche un disque métallique, légèrement bombé sur sa face supérieure. Cet arrêtoir, dit bouton, limite la pénétration de la mèche dans le bouchon et permet, par rotation, de contribuer à rompre l’adhérence du liège avec le goulot.
Les exemplaires anciens portent notamment les inscriptions "OBSTANDO PROMOVES" et "SOHO PATENT". La première est une devise latine que l’on peut traduire par "C’est en résistant que l’on progresse" ; la seconde renvoie à la manufacture de Soho.
Tire-bouchon Henshall -
Collection José Barella, photo Joseph C. Paradi
(Illustration reprise dans "Le tire-bouchon aux XVIIe et XVIIIe siècles")
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Matthew Boulton et la manufacture de Soho
Pour fabriquer son tire-bouchon, Henshall s’adresse à Matthew Boulton (1728-1809), l’un des grands industriels anglais de son époque. Boulton dirige la manufacture de Soho, près de Birmingham, et travaille également avec James Watt au développement des machines à vapeur.
En mai 1795, Henshall entre en relation avec lui et séjourne à Birmingham pour mettre au point son invention. Les relations entre les deux hommes se compliquent cependant pour des questions d’argent.
Selon une notice historique consacrée à Henshall, un conseiller juridique de Boulton aurait écrit en 1795 : "I doubt I shall not so easily extract £50 from the Parson, as he would a Cork from a Bottle."
Soit : "Je doute de pouvoir extraire aussi facilement 50 livres du révérend qu’il n’extrait un bouchon d’une bouteille."
Je n’ai pas retrouvé la lettre originale, ni le nom de son auteur. Mais les difficultés financières de Henshall ne s'arrêtent pas là : dans les cinq années suivantes, il sera poursuivi à trois reprises pour des dettes impayées, la plus importante, d'environ 420 livres sterling, concernant un brasseur !
Ces difficultés sont évoquées dans plusieurs notices biographiques ; on ignore dans quelle mesure elles pouvaient être liées à la fabrication ou à la commercialisation de ses tire-bouchons. Elles ne permettent donc pas, à elles seules, de mesurer le succès commercial de ses tire-bouchons.
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Une invention contestée
L’originalité du brevet de Henshall a été contestée. Bert Giulian, dans "Corkscrews of the Eighteenth Century" (p. 158-159), rappelle qu’en 1829 Robert Stuart attribuait l’invention du bouton à une certaine Miss O’Rourke. Stuart accusait un piratical screwmaker de s’en être approprié l’idée après la mort de cette femme.
Bert Giulian précise que Watney et Babbidge (1987, p. 47) ont identifié ce fabricant comme étant Samuel Henshall. Il cite aussi G. Bernard Hughes (1960, p. 500), selon lequel l’invention du bouton était attribuée à Miss O’Rourke dans les années 1780. Il s’agit toutefois d’attributions rapportées a posteriori : nous n'accédons pas à un document contemporain permettant d’identifier cette Miss O’Rourke.
Bert Giulian compare également le Henshall au Coaxer de Thomas Read, coutelier de Dublin. Les constructions sont très proches : la face inférieure du bouton est concave sur les exemplaires Read, comme sur le Henshall, et le fonctionnement est identique. Les différences concernent surtout la forme et la fixation de la tige à la poignée.
Henshall reconnaissait d’ailleurs dans son brevet que son instrument, dans sa forme générale, ressemblait à un tire-bouchon déjà connu, tout en revendiquant des différences essentielles.
Miss O'Rourke ou Thomas Read : la question de l’antériorité du bouton reste ouverte.
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Des tire-bouchons dans la sépulture ?
Samuel Henshall meurt en novembre 1807, à environ 42 ans. Il est inhumé dans le chœur de l’église londonienne St Mary-le-Bow, dont il était recteur. Il ne s’agit donc pas d’une tombe dans un cimetière, mais d’une sépulture située sous le dallage de l’église.
Selon une tradition reprise dans plusieurs publications, le stock de tire-bouchons invendus aurait été inhumé avec lui. La formulation employée dans une notice consacrée à Henshall est prudente : "It is said that the remaining stock of corkscrews was buried with Henshall in the chancel of Bow Church."
Je n’ai pas trouvé de témoignage contemporain de l’inhumation confirmant cette histoire. Si elle est exacte, les objets déposés avec lui devaient naturellement correspondre aux modèles fabriqués selon son brevet de 1795.
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L’hommage des collectionneurs
Le 24 août 2009, 214 ans après la délivrance du brevet, des membres de l’International Correspondence of Corkscrew Addicts (ICCA) se sont réunis à Bow pour rendre hommage à Henshall. Une plaque commémorative a été dévoilée à cette occasion. Le Virtual Corkscrew Museum a publié un compte rendu de la cérémonie.
Deux siècles après sa mort, notre révérend réunissait donc encore des amateurs de tire-bouchons dans son église.
Ont-ils été tentés de vérifier la légende ?
Je ne sais pas, mais les hélixophiles - c'est bien connu - n'ont pas l'esprit de lucre, ce sont des gens de raison : aucun collectionneur n'aurait pu imaginer de profaner la tombe !
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Pour terminer
Le brevet de 1795 et les relations de Henshall avec la manufacture de Soho sont documentés.
Si Henshall n'est pas l'inventeur, il restera dans l'histoire comme le premier à jamais pour avoir obtenu un brevet pour un tire-bouchon !
Quant aux tire-bouchons qui auraient accompagné Henshall dans sa sépulture, je n’ai pas trouvé de preuve permettant de confirmer cette tradition.
Peut-être l’un de nos amis collectionneurs britanniques pourra-t-il nous en apprendre davantage ?
M
Sources et références
• Samuel Henshall, brevet britannique n° 2061, 24 août 1795.
• Bert Giulian, Corkscrews of the Eighteenth Century, p. 158-159.
• Robert Stuart (1829), cité par Giulian, p. 159 ; Watney et Babbidge (1987), p. 47 ; G. Bernard Hughes (1960), p. 500.
• Virtual Corkscrew Museum, The Weekly Screw, 24 août 2009 : https://www.bullworks.net/daily/20090824.htm
• UK Intellectual Property Office, « Uncorking innovation », 27 mars 2025 : https://ipo.blog.gov.uk/2025/03/27/uncorking-innovation/



Bravo!
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