vendredi 30 janvier 2026

TIRE-BOUCHONS ET VIEUX PAPIERS : LA SAGA CHOPIN, FOULQUIER, EYMAR, HAUËT, VIDAL, LEROUX, WITTMER...

 

Amis blogueurs, bonjour !


Bon, certes ce n'est pas la Bible, ni l'Encyclopédie, mais quand même...

LE TARIF N° 45 HAUËT & VIDAL DE 1892

est un beau livre d'histoire(s) !


L'aide de mes amis Pascale et Bernard n'est pas de trop pour vous raconter l'enquête...

Ce lourd catalogue est intitulé :
Quincaillerie Articles de Paris
Anciennes Maisons A. CHOPIN, FOULQUIER & EYMAR
HAUËT & VIDAL
6, Rue Froissart 
PARIS
TARIF N° 45
Spécialité d’achats à commission



Document Marc Ouvrard


Le Tarif HAUËT & VIDAL compte plusieurs centaines de pages illustrées de gravures, et si les tire-bouchons ne représentent qu'une toute petite partie des articles proposés, ils sont quand même une centaine, issus des plus grands fabricants de la fin du XIXe siècle ! 
Dans son Dictionnaire du tire-bouchon français, Gérard BIDAULT écrit à propos de ce Tarif HAUËT & VIDAL  : "Un nouveau catalogue , qui propose un panel de plus de cent tire-bouchons, est édité. PERILLE côtoie BUREL, LEDUC, PECQUET, CREDOT et bien d'autres, dont le brevet de GENOT & GÜNTHER."

Nous datons le Tarif N° 45 de 1892, mais l'histoire de l'entreprise est longue, incertaine et pleine de rebondissements.
Un Tarif N° 45... et nous n'accédons qu'à deux versions antérieures : le Tarif N° 32 et le N° 41 !
Malgré nos efforts de recherches, les dirigeants, souvent, restent dans l'ombre, ne nous ayant même pas toujours laissé leurs prénoms !


Nous nous proposons de :
- vous livrer les éléments que nous avons pu retrouver sur l'histoire de l'entreprise et ses différentes époques,
- vous présenter les Tarifs auxquels nous accédons, 
- et aussi de... faire appel à vous pour compléter nos informations.
Ce sera l'objet du présent article.

Quant aux tire-bouchons, nous les garderons pour un second article, le "dessert" en quelque sorte !


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1ère époque, 1851(?) - 1864 : A. CHOPIN.


Rappelons-nous les raisons sociales citées en "une" du Tarif N° 45 : Quincaillerie Articles de Paris HAUËT & VIDAL 
Anciennes Maisons A. CHOPIN, FOULQUIER & EYMAR.
Spécialité d’achats à commission

Définition :
Selon les douanes françaises, les commissionnaires sont des intermédiaires entre vendeurs et acheteurs ; rémunérés par une commission, ils ne sont jamais propriétaires des marchandises.

A. CHOPIN est le premier dirigeant et probable fondateur (l'année 1851 sera revendiquée comme année de fondation), qualifié de commissionnaire et d'acheteur en "quincaillerie et articles de Paris" : nous ne connaissons pas son prénom et ne savons rien de ses origines, ni de sa vie !

1859 : A. CHOPIN est installé 5 Impasse Chausson Paris 10° :


Annuaire-almanach du commerce, de l'industrie, 
de la magistrature et de l'administration du 01.01.1859

1862 : on le retrouve 6 rue du Roi-Doré à Paris 3° :


Annuaire-almanach du commerce, de l'industrie, 
de la magistrature et de l'administration du 01.01.1862

1864 : au moment de sa cession, la quincaillerie A. CHOPIN est située au 6 impasse Froissart Paris 3°, adresse qui restera celle du siège de l'entreprise.


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2ème époque, 1864 - 1890 : FOULQUIER & EYMAR


FOULQUIER & EYMAR, associés, succèdent à A. CHOPIN, au plus tard en 1864.
Même constat que pour CHOPIN : faute de prénoms, nous ne sommes pas parvenus à retrouver ces dirigeants sur les sites généalogiques auxquels nous avons accès.

1864 : ils occupent deux adresses, séparées de moins de 100 m : 10 rue Commines et 6 Impasse Froissart Paris 3°. 


Annuaire des commerçants ou 
Indicateur des fabricants de Paris et du département de la Seine 
publié par Jules Méreau 01.01.1864

Il est vraisemblable que FOULQUIER & EYMAR étaient déjà installés rue Commines quand l’opportunité s’est présentée à eux de reprendre la quincaillerie de CHOPIN.

Ils y ajoutent l'adresse du 6 rue du Roi-Doré, où était précédemment établi CHOPIN.


Le Rappel 3 juillet 1875


1877 : FOULQUIER & EYMAR publient le Tarif Spécial N° 32, lequel ne propose pas de tire-bouchons.


Tarif spécial N° 32 : on notera l'adresse 6 Rue du Roi-Doré Paris.
Document Bernard Devynck.


1889 : FOULQUIER & EYMAR sont encore associés, puisqu'ils déposent cette année-là la marque "La Comète" au Greffe du Tribunal de Commerce de la Seine (marque non retrouvée sur le site de l’INPI).


Bulletin Officiel de la Propriété Industrielle 
"La Comète" marque déposée pour des tondeuses pour les chevaux 

1890 : FOULQUIER et EYMAR vendent leur entreprise à HAUËT et VIDAL :


Archives commerciales de la France 22 janvier 1890 (montage)


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3ème époque, 1890 - 1895 : FOULQUIER, HAUËT & VIDAL. 


Un mois plus tard, le 1er février 1890, FOULQUIER (sans EYMAR) s'associe avec HAUËT et VIDAL pour créer la société en nom collectif HAUËT & VIDAL, avec clause prévoyant explicitement son retrait deux ans plus tard. 


Archives commerciales de la France 12 mars 1890


On ne sait rien sur les raisons du départ d’EYMAR, absent de l'organigramme : il est pourtant encore dans le jeu au début de cette même année 1890. La ville qui a entrepris des travaux visant au classement et prolongement de l’Impasse Froissart en rue Froissart, s'engage dans une politique de dédommagement des riverains, notamment la société FOULQUIER, HAUËT & VIDAL ou... société FOULQUIER & EYMAR, locataires de Dame NÉRAT.


Bulletin municipal officiel de Paris 20 février 1890 : 
Dame NÉRAT, propriétaire du 6 impasse Froissart


Bulletin municipal officiel de Paris 29 mars 1890 : Dédommagement de la société locataire, FOULQUIER, HAUËT & VIDAL (ou société FOULQUIER & EYMAR).


1890 ou 1891 : HAUËT & VIDAL publient le Tarif N° 41.


Tarif N° 41 : document Bernard Devynck


La raison sociale est actualisée HAUËT & VIDAL : le Tarif  N° 41 ne peut donc dater que de 1890 ou 1891, le N° 45 étant daté de 1892.
On note qu'en couverture, HAUËT & VIDAL revendiquent une fondation en 1851.

Une centaine de tire-bouchons sont présentés pages 171, 172 et 173.




1892 : publication du Tarif N° 45.

Une première observation tient au rythme soutenu de parution des Tarifs, numérotés indépendamment des successions de dirigeants : l'année revendiquée pour la création de l'entreprise est 1851, le Tarif N° 32 date de 1877, le Tarif N° 41 de 1890-1891 et le N°45 de 1892 ! Soit, probablement, et en fonction des besoins, un Tarif actualisé et numéroté, tous les six mois !

Et le Tarif N° 45 semble bien être le dernier, A. VIDAL se contentant d’intercaler un cahier en 1896 dans le Tarif N° 45.





Tarif N° 45 : documents Marc Ouvrard


Ce Tarif N° 45 compte 798 pages, auxquelles il faut ajouter quatre cahiers intégrés a posteriori dans la reliure et ainsi titrés :
- "Tarif spécial réduit et modifications applicables au Tarif n° 45 de novembre 1893", 16 pages.
- Intercalaire : "Prix sans provision A. VIDAL du 15 avril 1896" : réductions de prix au Tarif N° 45 HAUËT & VIDAL … mais le nom d'HAUËT a disparu de la raison sociale !
- "Tarif spécial réduit octobre 1894", 20 pages.
- "Cahier rectifications, nouveautés (particulièrement en matière d'éclairage), 64 pages.
Soit 798 pages + 16 + 20 + 64 = 898 pages illustrées !

La datation du Tarif N° 45 découle de ce qui précède : après le Tarif N° 41 et avant les cahiers rectificatifs de 1893 à 1896.

Comme pour le Tarif N° 41, la réalisation de ce document a été confiée E. HAUËT, imprimeur-graveur, 4 Passage Brady Paris 10°... nous n'avons pas pu établir le lien - vraisemblablement familial - entre cet imprimeur et le dirigeant de l'entreprise.

Les milliers d'articles sont présentés par familles et par ordre alphabétique. Chaque article fait l'objet d'une illustration. Et tous les tarifs sont indiqués, signe d'une relative stabilité monétaire : en fait les prix sont malgré tout en hausse d'environ 10% entre les Tarifs N° 41 et N° 45.
Les tire-bouchons occupent les pages 477 à 480, et les références les concernant sont différentes de celles du Tarif N° 41 et vont du N° 9391 au N° 9486, soit 95 modèles, plus quelques variantes !




Mais, comme dit plus haut, nous y reviendrons dans un prochain article.


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4ème époque, 1895 - 1899(?) : VIDAL seul 


1er juillet 1895 : dissolution de la société HAUËT & VIDAL, mais VIDAL actualise encore le Tarif n° 45 en y insérant un additif l’année suivante, avec tarifs en date du 15 avril 1896.


Le Fer : revue métallurgique, commerciale et financière 1er août 1895
Dissolution de la société en nom collectif.


Nous n'avons toujours pas de prénom pour VIDAL, seulement la première lettre : A. VIDAL !
("A." VIDAL apparaît dans l'Annuaire-almanach du commerce, de l'industrie, de la magistrature et de l'administration : ou almanach des 500.000 adresses de Paris, des départements et des pays étrangers : Firmin Didot et Bottin réunis du 01 janvier 1897).

1899 : A. VIDAL a fait prospérer sa "quincaillerie en gros", élargissant son emprise aux immeubles voisins de l'impasse devenue la rue Froissart :


Annuaire-almanach du commerce, de l'industrie, 
de la magistrature et de l'administration 01.01.1899


L'histoire de l'entreprise va encore se poursuivre, mais avec des dirigeants mieux identifiés.


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5ème époque, 1906 - 1916 : Eugène LEROUX 


1901 : Victor Eugène Napoléon LEROUX (1856 - 1916) apparait comme repreneur unique de la quincaillerie :
Précédemment avoué, il a la cinquantaine, est célibataire, et vit au 137 avenue Victor Hugo dans le 16e arrondissement parisien.


Annuaire-almanach du commerce, de l'industrie, 
de la magistrature et de l'administration 01.01.1901

1910 :  La quincaillerie en gros Eugène LEROUX est active dans le commerce avec l'empire colonial français et figure à ce titre dans le Répertoire des entreprises coloniales, banques et négoce.

Août 1916 : C'est le coup de tonnerre ! Alors que la guerre bat son plein, Eugène LEROUX est assassiné dans ses locaux par des cambrioleurs :


La Libre Parole du 26 août 1916 : assassinat d'Eugène LEROUX


Janvier 1918 : vente de l’entreprise par Melle Jeanne-Elisabeth HERMÉ, héritière d’Eugène LEROUX, à Charles WITTMER, quincailler, et à son épouse Andrée-Jeanne ROSSIE.


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6ème (et dernière) époque, 1918 - après 1925 (1938 ?) : Charles WITTMER

1918 : Charles WITTMER (Soultz, 1882 - Paris, 1938), quincailler à Soultz, reprend parallèlement l'entreprise d'Eugène LEROUX et la dénomme Comptoir National de Quincaillerie.
1925 : Le dernier document retrouvé le montre toujours établi cette année-là à Paris et à Soultz, avec usines à Ronchamps et Soultz.


L'Annuaire industriel répertoire analytique général de l'industrie 01011925

Charles Wittmer décède en 1938 et la liquidation de ses entreprises suit en 1939.



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Pendant près d'un siècle, et avec bien des changements, l'entreprise fondée par A. CHOPIN, puis dirigée par FOULQUIER, EYMAR, HAUËT, VIDAL, LEROUX, enfin WITTMER, est restée pérenne.

Bien des interrogations demeurent cependant sur l'histoire de cette entreprise et nous espérons que vous nous aiderez à lever un coin du voile !


Avec l'aide de Pascale et Bernard, nous consacrerons un prochain article aux tire-bouchons présents dans les Tarifs N° 41 et 45.



M




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