Amis blogueurs, bonjour !
Point de travail pour moi, je goûte enfin loisir ;
Mon aîné s’en est chargé, pour mon grand plaisir.
Je le laisse aujourd’hui vous conter quelque chose :
Une fable à sa façon — qu’il invente ou qu’il ose.
Voici donc, vu par lui,
L’hélixophile et le Congrès
Un Curieux disait : « Je vais au Congrès voir
Quelques beaux Tire-bouchons, et non point m’émouvoir.
Les clubs ont leur caquet, leurs disputes frivoles ;
Un bel objet suffit aux personnes moins folles. »
Il partit là-dessus, l’esprit ferme et content,
Se promettant d’être homme à juger froidement.
« Je verrai, disait-il, ce que chacun étale ;
Mais je ne suis pas né pour la ferveur banale. »
À peine fut-il là, qu’un voisin complaisant
Tira d’un écrin noir un objet séduisant.
C’était un vieux modèle, à mèche déliée,
Dont la poignée avait noble grâce alliée.
Notre homme, en le voyant, dit d’un ton retenu :
« La pièce est fort honnête, et le travail connu ;
J’en ai vu toutefois de fabrique plus sûre. »
Mais son œil, en parlant, mesurait la mèche et la monture.
Un autre alors montra, d’un air simple et discret,
Un tire-bouchon court, presque sans apparat ;
On l’eût cru fort modeste, et d’origine obscure :
Un ancien catalogue en sauva la figure.
On disputa longtemps le lieu, l’âge, le nom ;
L’un donnait pour auteur un habile compagnon ;
L’autre niait le tout ; un troisième, plus souple,
Disait : « J’en ai connu de même espèce en groupe. »
Un jaloux souriait d’un sourire approbateur,
Qui cache assez souvent l’aiguillon du cœur.
Tel louait une pièce, et tout bas, dans son âme,
Souhaitait que son maître en perdît un peu l’âme.
Un quatrième enfin, sans paraître y tenir,
Sortit de son carton un rare souvenir :
Petit tire-bouchon, mais d’invention si neuve,
Que chacun s’empressa d’en examiner l’épreuve.
« D’où vient-il ? — D’un grenier. — Songez-vous ! — Sans façon.
— J’en ai vu le cousin chez un vieux compagnon.
— La mèche en est tardive. — Au contraire, elle est fine.
— Le manche sent Paris. — Non, plutôt la province. »
Ainsi, de table en table, et de boîte en étui,
On se prit à montrer, reprendre, et dire : lui
N’a pas tout à fait tort, mais pousse un peu l’affaire ;
Celui-ci sait beaucoup ; cet autre veut trop plaire.
Notre homme, qui jurait de n’être point des leurs,
Corrigea deux erreurs, soutint trois controverseurs,
Admira malgré lui plus d’une trouvaille neuve,
Et sentit contre un autre une petite fièvre.
Car ce voisin heureux, d’un air presque innocent,
Possédait justement ce qu’il cherchait souvent :
Un modèle ancien, simple, avec juste patine,
Que notre Curieux eût volontiers mis en vitrine.
Il dit : « Belle rencontre. » Et son rival répondit :
« Bagatelle, Monsieur ; je n’y tiens qu’à demi. »
Ce mot fut entendu comme on entend une offense ;
Rien n’irrite un amateur autant que l’indifférence.
Le soir, chacun pourtant soupa fort civilement,
Loua les découvertes et parla doctement ;
On reprit les débats, les doutes, les querelles,
Mais le vin adoucit les pointes les plus belles.
Tel qui soutenait ferme un avis le matin
Convia son rival, le verre à la main ;
Tel autre, fort piqué d’une remarque un peu vive,
Riait une heure après d’une humeur moins chétive.
Notre homme, de retour, songeait en son logis
Aux modèles montrés, aux ressorts, aux avis ;
Mais plus encor aux voix, aux regards, aux visages,
Aux plaisirs de disputer entre gens du même usage.
Il convint en secret, d’un cœur simple et civil,
Que le Congrès lui-même avait plus qu’ un charme utile ;
Si le tire-bouchon du Congrès en est l’alibi,
Il sert surtout à voir se retrouver les amis.
Morale
On part pour les objets ; on revient par les hommes.
H, M & IA






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