vendredi 10 avril 2020

UNE HISTOIRE DE MEURTRE ET DE TIRE-BOUCHON DANS LE ROUEN DU XIX° SIECLE - CHAPITRES 2 ET 3



Amis lecteurs, bonjour !



Voici les deuxième et troisième épisodes de notre feuilleton... pas télévisé, mais peut-être hebdomadaire :


MEURTRE ET TIRE-BOUCHON, ROUEN, 1890.

Vous découvrirez cette fois les chapitres 2 et 3 de cette histoire vraie retracée par Françoise VERGNAULT :

Pour relire l'article précédent publié sur cette affaire, cf. :
UNE HISTOIRE DE MEURTRE ET DE TIRE-BOUCHON DANS LE ROUEN DU XIX° SIECLE - CHAPITRE 1



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HISTOIRE VRAIE - DANS LE ROUEN DE LA FIN DU XIXème SIÈCLE


Chapitre 2


Comme chaque soir, en ce 6 mai 1890, Jules Adolphe Dubuc ferma son établissement vers les onze heures et demie, après le départ du dernier client.
Comme chaque soir, avec son garçon de café, Jean Hya  dit Victor, il compta la caisse et rangea la recette dans le coffre du petit cabinet, tout en longueur, derrière la salle principale.




Un bar, ailleurs, après le départ du dernier client...


Au départ de son employé, Jules Adolphe Dubuc éteignit les lumières des salles donnant sur la rue et s’en alla porter un bol de soupe à une de ses locataires, Madame Molière, occupant un petit appartement au premier étage de la maison. 
Cette jeune femme, épouse d’un représentant de commerce en déplacements chaque semaine, venait d’accoucher. Un ménage pas vraiment fortuné, aussi le propriétaire apportait-il de bon cœur ce modeste repas, prenant aussi des nouvelles du nourrisson et de la maman.
Quelques minutes d’une conversation bien réconfortante pour cette jeune femme seule et isolée.
Ce fut donc une vingtaine de minutes plus tard que le sieur Dubuc revint au rez-de-chaussée, afin de faire un dernier tour dans les lieux, avant de monter se coucher dans la chambre qu’il occupait au premier étage.

Sa tournée nocturne s’acheva dans le petit cabinet, devant le coffre qu’il venait de rouvrir afin d’y ranger quelques documents.





Le coffre, en plus des gains du jour, soit cent quatre-vingt francs (ainsi qu’une petite pièce grecque de 1868), contenait entre deux et trois mille francs en espèces et quarante huit mille francs de titres.




"une petite pièce grecque de 1868"


Une légère angoisse étreignait le limonadier, ce qui n’était pas dans ses habitudes. Il pensa que ce malaise venait de toutes les mises en garde qu’on lui faisait contre son ancien garçon de café qui, disait-on, rôdait depuis quelques jours dans la rue Frigori* et la rue des Charrettes. 

* Le nom de cette rue disparue et son orthographe ont beaucoup fluctué : c'était l'ancienne Cour des pigeons, successivement appelée rue Grigoire, rue Trigorie, rue du Cornet d’argent, et restée dans les souvenirs comme la rue Frigory, Frigori ou Frigoly.

Jules Adolphe Dubuc essaya de balayer cette anxiété, se disant que l’individu n’oserait pas s’attaquer à lui.
« Une grande gueule, certes, mais qui n’irait pas jusqu’aux actes », se rassura-t-il.

Pourtant, à cet instant, il sentait comme une présence, là, derrière lui. Prémonitions ?
Tout à ses réflexions, quelques peu moroses, il ressentit une forte douleur à l’arrière du crâne. Se retournant brusquement, il se trouva face à l’individu qui occupait à l’instant même ses pensées.
L’attaque avait été violente, mais malgré la douleur qui lui enserrait la boite crânienne, il chercha à se défendre. 
Suffoquant, il  essayait de s’extraire à l’emprise des mains qui lui serraient le cou. Il griffait, tapait, s’agitait en vain, car ses forces déclinaient peu à peu. 
Malheureusement, l’agresseur, plus vigoureux, prit l’avantage. Un sursaut d’énergie, dû à l’instinct de survie, donna à la misérable victime la force de hurler : « Au voleur !  L’assassin ! ». 
Cet appel à l’aide,  cri désespéré jeté dans la nuit, résonna lugubrement.
Mais serait-il entendu, alors que tout semblait dormir alentour ?

Toutefois, ces cris de détresse sortirent quelques dormeurs de leur premier sommeil. Une lumière, puis une autre éclairèrent la façade de l’immeuble donnant sur la cour intérieure. Une tête, puis une autre sortirent de l’entrebâillement de fenêtres ouvertes à la hâte. 

Ce fut la dame Molière qui, la première, entendit les appels mêlés à un bruit de lutte.
Ce fut elle qui alla prévenir sa voisine, la dame Lemercerre , qui s’habilla à la hâte et s’en alla toquer à la porte voisine, celle de l’appartement des Volits, autres locataires du petit immeuble.
Ce fut donc en force que les Volits, suivis des  dames Lemercerre et Molière, descendirent l’escalier les menant à la cour intérieure. Où là, plus aucun bruit. Aucune lumière non plus.
Tous quatre cherchèrent le limonadier, car assurément, c’était bien sa voix qu’ils avaient entendue quelques instants auparavant. Ce silence pesant ne leur semblait pas de bon augure.
Dans le café, rien n’avait bougé, si ce n’était dans ...
Il n’y avait plus d’autre alternative que d’aller prévenir les autorités au poste de police numéro deux, celui de leur quartier. Après avoir expliqué les raisons de leur venue, ils regagnèrent la rue des Charrettes, accompagnés de deux agents de police.



Agents de police, années 1890.


Et ce fut avec ces deux agents de la force de l’ordre qu’ils pénétrèrent à nouveau dans le café, pour montrer leur macabre découverte : le cadavre de Jules Adolphe Dubuc gisant à plat dos sur le sol, les yeux grand ouverts, au milieu d’une mare de sang et le coffre, non loin de là, porte béante.

Ne restait plus, à présent, à découvrir l’auteur et le mobile de cet acte horrible.
Mais déjà, les soupçons se dirigeaient vers une personne en particulier.


Chapitre 3


L’agresseur s’était fondu dans la nuit à l’approche des bruits de pas et des échanges à voix basses provenant de la cour intérieure.
Il n’avait pu emporter que peu d’argent. Pas assez ! Mais sa liberté était à ce maigre prix.
Il ne rencontra âme qui vive sur son chemin jusqu’à la rue du Petit Salut* où il regagna sa chambre en catimini pour ne pas être surpris.

* Située à trois cents mètres environ du Café Dubuc, la rue du Petit Salut allait-elle mériter son nom ? Notre homme pensait bien lui devoir le sien ! 
C'était en fait l'ancienne rue des Tailleurs, à quelques pas de la cathédrale Notre-Dame de Rouen.

A cette heure de la nuit, personne n’avait dû s’apercevoir de son absence. Du moins, l’espérait-il.
Aussitôt, dans sa chambre, il fit un brin de toilette et surtout changea de chemise, celle qu’il portait était maculée de sang, du sang qu’il fallait absolument faire disparaître. Cette lessive achevée, il s’allongea sur sa paillasse, guettant les bruits dans l’escalier menant au palier où trois portes donnaient accès à trois chambres inconfortables mais relativement bon marché. Les commodités, peu commodes d’ailleurs, se trouvaient dans la cour, pompe afin de s’approvisionner en eau et trou d’aisance malodorant.
Il guettait donc des bruits de pas, ceux de Edmond Henry, son voisin de palier, revenant du café où il servait comme garçon.
Il lui fallait un témoin et un alibi, aussi avait-il l’idée d’inviter ce camarade qui ainsi pourrait attester qu’il était bien chez lui à l’heure où un acte criminel venait de se produire quelques rues plus loin.
Des pas un peu traînants se firent entendre. Lorsqu’ils s’arrêtèrent sur le palier, Constant Roy (car il s’agissait bien de lui, pourquoi vous le cacher plus longtemps, vous l’aviez deviné) ouvrit sa porte et découvrit son voisin, lequel, une clef en main, s’apprêtait à entrer dans sa chambre. Il semblait harassé et visiblement n’avait qu’une envie, se mettre au lit.
"Salut ! J’ t’attendais !
- Ah ! Et pourquoi donc ?
- T’aurais pas d’ la bougie, j’en manque? Et puis, j’ voulais t’inviter à souper.
- C’est qu’ j’en ai plein les pattes, pardi, et qu’ j’aimerais bien m’ coucher. Attends, j’ regarde pour la bougie.
- Allez, viens donc ! C’est moi qu’invite !
- Toi, j’ croyais qu’ t’étais fauché ?
- J’viens d’ recevoir un peu d’ ma famille, pour m’aider : ça s’ fête !"

Il fallait que l’autre acceptât, aussi Constant Roy se fit convainquant, voir suppliant, jusqu’au moment où l’autre céda, sans grand enthousiasme, il faut bien le dire.

Alors, tous deux se rendirent par les rues rouennaises désertes jusqu’au café de la veuve Salles* où ils s’attablèrent dans un coin à l’écart pour festoyer, oui, festoyer, car c’était bien là un festin qui coûta cinq francs, ce qui n’était pas rien. Etonnant pour quelqu’un qui se disait sans le sou.

* le Café de la veuve Salles n'a pas pu être localisé. Cependant, forcément proche de la rue du Petit Salut, peut-être l'était-il aussi de l'église Saint-Laurent désaffectée et louée alors à des repasseuses. 
Cette église, nous la connaissons tous : c'est aujourd'hui le Musée de la ferronnerie Le Secq des Tournelles où est exposée une extraordinaire collection de tire-bouchons des XVIIe et XVIIIe siècles !



Légende : Eglise et Tour Saint-Laurent
Abandonnées, servent aujourd'hui de magasins.
(Delcampe)


RECTIFICATIF :
Depuis la parution de cet article, nous avons réussi à localiser le Café Salles : il se situait au 11 de la place du Vieux Marché. On y reviendra dans le prochain article.

Au menu : Des œufs, du jambon et une tranche de veau. Le tout, bien arrosé, comme il se doit.

Au moment de régler l’addition, Edmond Henry fut terriblement étonné de voir son camarade sortir autant de pièces de monnaie de sa poche, que des pièces d’un franc, parmi lesquelles se trouvait une petite pièce grecque qui attira son attention. En homme de bon sens, il se demanda si Constant Roy avait réglé ses dettes avant de dépenser autant sans compter. Mais l’autre affichait une bonne humeur, non feinte, et une inconscience loin d’être en rapport avec sa situation précaire. Chômeur et criblé de dettes.

Le retour vers le logis de leur logeuse se fit joyeusement, en discutant de choses et d’autres, sans grande importance.
Un caprice de Constant Roy leur fit faire un crochet par la rue des charrettes, alors qu’il eût été plus court de prendre par les quais.

Pourquoi cette envie soudaine ?
La suite nous apportera sans doute la réponse.



(à suivre, semaine prochaine)



mercredi 8 avril 2020

EBAYANA N° 244 DU 09 AVRIL 2020 : TIRE-BOUCHONS ANCIENS, ART ET CURIOSITÉ



Amis collectionneurs, bonjour !


Le contexte est défavorable aux tire-bouchons : ils sont moins nombreux sur eBay, heureusement de beaux objets d'art ou de curiosité compensent !

Voici mon EBAYANA N° 244 du 09 avril 2020,
sélection de beaux objets repérés sur l'ensemble des sites eBay à travers le monde.
Ces objets sont mis aux enchères par leurs vendeurs et sous leur responsabilité.


Les dernières enchères se termineront au plus tard ce lundi 13 avril 2020 à minuit, heure de Paris, et je publierai l'ensemble des résultats obtenus le mardi 14 avril 2020.



Prenez soin de vous et des autres : restez chez vous !

Bonnes enchères à partir du Blog des tire-bouchons !



M


Cliquez sur les textes 
correspondant aux objets qui vous plaisent,
vous êtes sur eBay !

effectuez toutes vos recherches ... 
sans quitter le blog !




MA SÉLECTION :




TIRE-BOUCHONS 01






















OBJETS D'ART ET DE CURIOSITE 01





















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Faites-moi vos propositions en m'écrivant à :
leblogdestirebouchons@gmail.com



dimanche 5 avril 2020

ENIGMA N° 57 RESOLUE : UN CANIVET TAILLE-PLUME



Amis lecteurs, bonsoir !


L'ENIGMA N° 57 proposée par notre ami Luc BILLE a trouvé sa solution : il s'agissait d'un taille-plume.

Son couteau tire-bouchon à l'effigie d'Albrecht DÜRER, qu'on peut aussi appeler canif* ou canivet**, était en effet équipé d'un taille-plume de forme singulière.

* Définition de canif, Wiktionnaire
CANIF : petit couteau formé d’une ou de plusieurs lames d’acier.
Du vieux-francique  knif, lequel a donné aussi knife en anglais.

** Définition de "canivet" dans le dictionnaire Littré :
CANIVET, ancien synonyme de canif.
La pointe d'un canivet vous fera l'ouverture d'une liberté perpétuelle [par la mort], Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne.




Des couteaux tire-bouchons jumeaux,
mais un outil unique !


Quatre lecteurs avaient approché la bonne réponse,  particulièrement Patrick et Gérard qui avaient identifié un taille-plume.



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Mais c'est Luc lui-même qui dévoile la solution :

Les premiers instruments de taille des plumes étaient des couteaux probablement aussi bien utilisés pour tailler la plume que pour gratter le support d'écriture afin d'y faire des corrections. 
C'est au XVIIe siècle que semble apparaître une spécialisation dans les couteaux utilisés pour ces deux tâches, taille-plume et grattoir.

Le taille-plume, ainsi spécialisé, ne servait plus à gratter le support d'écriture, mais devait assurer convenablement les deux opérations délicates que sont la découpe du bec et la réalisation de la fente.




L'outil dont est équipé le couteau de Luc était destiné à servir à la fois pour trancher les barbes et barbules, couper la plume, creuser sa hampe ou calamus*, tailler son bec et couper la fente.

* Définition "calamus", Wiktionnaire :
CALAME, en latin calamus : roseau taillé pour graver des signes sur des tablettes d'argile.


Une planche de l'encyclopédie DIDEROT nous montre la technique utilisée avec un canif taille-plume :




Encyclopédie DIDEROT



Luc nous a envoyé des photos agrandies de son taille-plume pour bien nous montrer cette lame :
- un poinçon acéré pour évider et fendre la hampe,
- et à la base une partie incurvée tranchante pour tailler la plume.





Les deux faces du taille-plume de Luc.


Reconnaissons qu'Albrecht DÜRER n'était finalement pour rien dans cette histoire... sinon qu'il devait être lui-même un expert du taille-plume !



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En même temps qu'il nous livre la solution, Luc félicite Patrick et Gérard.
Et moi je remercie Luc BILLE pour ses envois, ainsi que les lecteurs qui ont essayé d'identifier ce "curieux outil sur un curieux couteau tire-bouchon.



M



jeudi 2 avril 2020

UNE HISTOIRE DE MEURTRE ET DE TIRE-BOUCHON DANS LE ROUEN DU XIX° SIECLE - CHAPITRE 1



Amis bloggers,


Je vous propose aujourd'hui d'évoquer une authentique
HISTOIRE DE MEURTRE ET DE TIRE-BOUCHON
survenue à ROUEN en 1890.


C'est une histoire que nous vous proposons en duo, mon amie Françoise VERGNAULT et moi.
L'enquête a en effet été menée par Françoise, à qui il revient donc de vous la raconter. 


Le récit est long et passionnant : c'est sous la forme d'un feuilleton à épisodes que nous vous le proposons. En voici la première livraison.




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HISTOIRE VRAIE - DANS LE ROUEN DE LA FIN DU XIXème SIÈCLE


Introduction



Ce que je m’apprête à vous conter s’est déroulé dans la ville de Rouen, non loin des quais de la Seine, dans un café situé à l’encoignure des rues des Charrettes et Frigoly, le Café Dubuc.






Depuis une dizaine d’années, ce débit de boissons était tenu par Jules Adolphe Dubuc qui, au moment des faits, était âgé de 45 ans.
Un établissement très réputé, très fréquenté qui avait vu, tout de même sa clientèle chuter, lors de l’ouverture d’un nombre assez considérable de commerces du même genre, sur les quais.

Chacun avait en haute estime le sieur Dubuc, considéré comme un brave homme.
Propriétaire de l’immeuble, son commerce tenait tout le rez-de-chaussée, avec une grande salle pour les consommateurs, une salle de billard pour les joueurs, un office tenu par un garçon d’office qui y préparait les repas et un petit cabinet ou plus exactement un petit bureau. Au premier, quelques appartements loués et la chambre du propriétaire. Sous les combles, des chambres de bonnes occupées principalement par le personnel de l’établissement.
Pour accéder à la petite cour intérieure, il fallait emprunter une petite impasse longeant le mur extérieur du café, impasse qui donnait directement sur la rue des Charrettes.

Pour en connaître un peu plus sur ce débit de boissons, sachez qu’avant d’être la propriété de Jules Adolphe Dubuc, il avait eu deux autres tenanciers et avait porté les noms de :
• Café Thillard
• Café Eudes 

Jules Adolphe Dubuc avait vu le jour le 25 décembre 1844 à Saint-Martin-du-Vivier, à une lieue de Rouen, où son père, Adolphe Dubuc, exerçait en qualité de Maître cordonnier. Sa mère, Eulalie Rosine Togny, s’occupait de son ménage tout en élevant les enfants.
Le sieur Dubuc ne s’était jamais marié, et pour cause, il avait toujours exercé le métier de garçon de café, effectuant ici et là des saisons, et notamment en été, sur les côtes normandes. 


Le Café Thillard est attesté dès 1846 dans l'Annuaire général du commerce, de l'industrie, de la magistrature et de l'administration ou almanach des 500.000 adresses de Paris, des départements et des pays étrangers.
Gustave Flaubert l'évoque aussi dans son livre Madame Bovary publié en 1857 : le père Bovary y emmène le jeune Charles !
Ce Café était considéré à l'époque comme un café républicain, voire socialiste.
Fin 1877, Le Figaro insère une publicité pour le "Café Thillard, Heude successeur, Cours Boïeldieu ROUEN". Orthographe et adresse ne doivent pas nous arrêter : Heude c'est Eude ou Eudes, et le Cours Boïeldieu et la rue des Charrettes sont contiguës.
Dubuc devint patron de l'établissement vers 1880.
La vocation des lieux est donc constante au XIXe siècle et l'architecte Edouard Dagnet la maintiendra en édifiant à la place la Brasserie-restaurant de l'Opéra en 1904, et dans un style très art nouveau. C'est seulement à partir de cette époque que des images sont disponibles.




Carte réclame, début XXe siècle.



Il faut avouer que les cafés étaient légions, pas un quartier, pas une rue même, sans que ne s’étalent les façades de ces commerces, souvent couplés d’une épicerie, aussi offraient-ils un grand nombre d’emplois.

Tout était donc pour le mieux.
Tout aurait pu le rester. 
Jusqu’à un certain jour ou plutôt une certaine nuit...



Chapitre 1



Depuis quelque temps, déjà, un individu rôdait autour du café Dubuc. Certains l’avaient même surpris, caché dans l’encoignure d’une impasse, les yeux rivés sur le débit de boissons, observant les passages et mouvements dans celui-ci, jusqu’à fort tard dans la nuit.
Se voyant découvert, l’homme s’enfuyait, cachant son visage afin de ne pas être identifié, manœuvre bien inutile, car il était bien connu du quartier pour y avoir travaillé plusieurs mois à deux reprises, dans l’établissement Dubuc, justement, comme garçon de café. La première fois une année et la seconde fois trois mois. Ces deux périodes s’étaient soldées par un renvoi.

Pourquoi furetait-il ainsi ?
Que cherchait-il ?

Jules Alphonse Dubuc avait été averti par ses voisins de la présence régulière, inquiétante même, de son ancien garçon de café. Certains l’avaient mis en garde. A cela, le propriétaire des lieux avait répondu : 
« Un sombre individu qui finira en cour d’assises ...... »

Gibier de potence ! N’y allait-il pas un peu fort ce limonadier ?

L’homme dont il s’agissait se nommait Constant Roy. Il avait vu le jour dans le Canton de Vaux, en Suisse, le 20 avril 1865. Après le décès de ses parents, il était venu en France avec son frère, Auguste Constant, en 1883. Tous deux s’étaient fixés au Havre.
Ce frère, né dix-huit mois après lui, devait mourir au Havre d’une manière tragique, le 13 février 1888. En effet, il avait été retrouvé pendu dans la chambre meublée qu’il occupait rue de Chilou au numéro 15. « Chagrin d’amour » était la raison de ce geste que le jeune homme avait notée dans une lettre, juste avant son geste fatal.

Constant Roy, en sa qualité de garçon de café, exerça de nombreuses années sur la côte normande, effectuant des saisons l’été, notamment à Trouville, ne retournant au Havre qu’après les beaux jours. 
Dans ce port, il avait travaillé au « café Guillaume Tell » et à « l’hôtel Continental ».





Le Havre : le Guillaume Tell et le Continental,
deux établissements où avait travaillé Constant Roy.

Ce fut d’ailleurs sur une lettre de recommandation des dirigeants de ces deux établissements fort réputés que Constant Roy avait trouvé à se placer à Rouen au café Davoust, puis au café de la rue des Charrettes.
Chacun de ses employeurs se disait satisfait du travail de Constant Roy :
« Un garçon de café très compétent, connaissant parfaitement son métier ».

Mais... Car, il y avait un « mais » et point des moindres :
• Un voleur, qui ne rendait pas toujours la monnaie aux clients.
• Un voleur, qui pillait la caisse lorsque l’occasion s’en trouvait.
• Une forte tête. 
• Un irrespectueux envers la clientèle. Hautain et dédaigneux avec certains, trop familier avec d’autres.

Les clients se plaignaient. 
Et les indélicatesses côté « caisse-enregistreuse » mécontentaient fortement les patrons.
Faut comprendre !

Voilà pourquoi, et vous le concevrez aisément, Constant Roy se trouvait depuis quelque temps sans emploi, accumulant les emprunts, ici et là, pour survivre.
Il passait son temps au café Tonon dans le quartier Saint-Sever, buvant consommation sur consommation que jamais il ne pouvait payer. Lorsque l’ardoise était trop lourde, Roy changeait de café...
Il rentrait de plus en plus tard chez sa logeuse à qui il devait quelques loyers et qui l’avait menacé à plusieurs reprises de le mettre dehors.

Constant Roy était aux abois...
Remâchant sans cesse ses rancœurs...
Et puis, l’oisiveté n’était-elle pas la mère de tous les vices ?



(à suivre)


lundi 30 mars 2020

ENIGMA N° 57 : UN CURIEUX OUTIL SUR UN CURIEUX COUTEAU TIRE-BOUCHON


Amis bloggers, bonsoir !


Voici une nouvelle énigme, proposée par Luc BILLE, fidèle lecteur-collectionneur :

ENIGMA N° 57 : un outil à identifier, présent sur un couteau tire-bouchon.


Beaucoup d'entre nous le savent, Luc est passionné de couteaux autant que de tire-bouchons, et c'est de deux d'entre eux qu'il veut nous entretenir.
Il possède en effet deux beaux canifs tire-bouchons anciens dont les plaquettes représentent :
- l'une, un panorama de la ville allemande de Nuremberg
- et l'autre, la statue d'Albrecht DÜRER érigée dans cette même ville. 

Les voici :

- tous les deux fermés :



DÜRER et NUREMBERG


- et puis ouverts :



... des outils différents.



Albrecht DÜRER (1471-1528), est un citoyen illustre de Nuremberg. 



La statue d'Albrecht DÜRER à Nuremberg
(Wikipedia)


Artiste majeur de la fin du Moyen Âge et précurseur de la Renaissance, Albrecht DÜRER est un dessinateur, graveur et peintre allemand. 
Féru de mathématiques, il est également connu comme théoricien de la géométrie et de la perspective linéaire.

Et à ce titre, il aurait sûrement pu mettre nos mèches de tire-bouchons en équation, la preuve :



Albrecht DÜRER, 1525, 
Underweysung der Messung, Instructions sur la mesure
(Wikipedia)



Mais, pas d'anachronisme ! Les questions posées par Luc sont plus pragmatiques. 
Elles concernent un outil équipant l'un des couteaux :



A quoi sert cet outil ?


Voici le message de Luc :

"Parmi les lecteurs de ton blog, 
- quelqu'un sait-il à quoi servait cet outil ?
- et à quelle époque il était utilisé (ce qui faciliterait la datation) ?
Des lecteurs connaissent-ils d’autres couteaux équipés de cet outil ? 
Si oui, merci d'en envoyer des photos à l'adresse du Blog des tire-bouchons qui transmettra :
leblogdestirebouchons@gmail.com

Bonne recherche et merci pour les infos.
Portez-vous bien et à bientôt."


J'espère que vous serez nombreux à apporter des éléments complémentaires à notre ami Luc : il a d'autres énigmes en réserve !
Je publierai bien sûr vos contributions.


M

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