vendredi 12 novembre 2021

ZIG-ZAG : JULES BART ET SES FILS


Amis lecteurs, bonsoir !


Je vous propose de revenir aujourd'hui sur

La saga de Jules Bart et ses fils


Ayant lu sur le Blog des tire-bouchons un article dans lequel j'évoquais les cent ans du ZIG-ZAG, un arrière-petit-fils de Jules Bart m'a contacté et m'a suggéré de rencontrer son grand-père Roger Bart, fils cadet de Jules Bart, retiré du côté de Saint-Nazaire.
C'est un peu loin de chez moi, mais comment résister ? Contacté, Roger Bart voulut bien me recevoir et la rencontre a eu lieu chez lui le 14 juin 2021.

Avertissement : la plupart des portraits et photos illustrant cet article ont été rephotographiées - avec l'accord de Roger Bart - depuis l'album de famille où elles étaient sous plastique. La qualité s'en ressent. 


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Roger Bart, né le 31 octobre 1925, est un homme alerte, heureux d'ouvrir son album photos et de raconter son histoire de vie, à défaut de pouvoir me proposer des archives, abandonnées lors de la vente de l'entreprise.



14 juin 2021, Roger Bart, fils cadet de Jules Bart, chez lui.
C'est lui le créateur du nouveau packaging du ZIG-ZAG.


Voici le compte rendu de cette rencontre.


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La jeunesse de Jules Bart


Roger Bart m'a raconté son père : Marie, Jules, Léon, Joseph, appelé plus simplement Jules Bart. Né en 1893, il était le fils de Jules Bart, artisan ferblantier installé à Saint-Clément (Meurthe-et-Moselle), et de Juliette Paris, gantière.

Après l'école primaire, Jules n'a pas rejoint l'atelier de son père. Il est en fait entré comme apprenti mécanicien chez Lorraine-Dietrich, constructeur automobile renommé, installé à Lunéville. Il y côtoie l'ingénieur Ettore Bugatti, qu'avait embauché Eugène de Dietrich. De ces années nait sa passion pour les bolides. Doté d'un esprit curieux, comprenant instantanément les mécanismes les plus complexes, Jules construit bientôt de toutes pièces sa première voiture, avant de pouvoir acquérir de véritables automobiles de prestige, Lorraine-Dietrich et Bugatti bien sûr.


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De l'invention du ZIG-ZAG aux Ateliers Jules Bart


La première guerre mondiale arrive et Jules la passe en captivité en Allemagne : fait prisonnier en 1914, il y restera jusqu'à la fin du conflit. Deux de ses camarades de captivité vont le marquer fortement. L'un, polytechnicien, repère ses bonnes aptitudes et lui enseigne les mathématiques ; il ne parviendra cependant pas à le convaincre de reprendre des études après la guerre. L'autre se nomme Ehrenfeuchter (orthographe invérifiable), il est bijoutier place Vendôme à Paris ; en lui parlant de sa fabrication de broches articulées façon pantographe, il donne à Jules Bart l'idée qui le conduira au ZIG-ZAG.

Sa première demande de brevet pour le tire-bouchon ZIG-ZAG suit de peu son retour à la vie civile : il la dépose en effet le 17 septembre 1919 et le brevet lui est accordé le 29 mars 1920 sous la référence n° 503.957.

Son projet d'entreprise va aussi pouvoir se concrétiser inopinément grâce à l'héritage d'une tante vivant au Brésil ! Ce financement inattendu va permettre la création d'un atelier et son équipement en tours automatiques rachetés à l'armée française.

L'entreprise n'est pas une société, mais une entreprise en nom personnel : "Les Ateliers Jules Bart" ; et Jules Bart se présente comme constructeur-mécanicien, installé au 4 rue Molitor à Nancy, avant de déménager en 1922 au 14 rue du Placieux, toujours à Nancy. 



Usine de Nancy – Au fond le bureau du contremaître – 
Le bac à gauche est empli de ZIG-ZAG en voie d'achèvement.


L'entreprise est florissante et compte rapidement vingt-cinq salariés.


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La famille Bart


Jules Bart a épousé Renée Marthe Roehm (1896-1976), fille d'un commerçant en chaussures. 

Deux fils naissent de cette union : Jean en 1922, puis Roger en 1926. Des frères qui ne s'entendront pas, l'aîné n'ayant jamais accepté le cadet.


Jules Bart et son épouse, née Renée Roehm.

Leurs fils, Jean et Roger Bart, 
deux frères qui se sont toujours regardés en "chiens de faïence".



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Le temps des inventions


Jules Bart a l'esprit inventif. Fabrications et dépôts de brevets se succèdent.







































Et les autres brevets…
- Le tire-bouchon extensible DEBOUCHTOUT, version "low-cost" dépourvue de ressort. La demande est présentée le 18 novembre 1927, comme un additif au brevet 503.957 du ZIG-ZAG ; le brevet est délivré le 19 février 1929.
- L'ouvre-boîte TOUTYP, brevet demandé le 09 juillet 1929 et délivré le 23 décembre 1929 sous le numéro 678.075.
- Un autre "Ouvre-boite à conserves", probablement destiné à l'équipement des soldats : brevet 760.984, demandé le 20 septembre 1933 et délivré le 27 décembre 1933.
- Le presse-purée MOUSSE (brevet non retrouvé).
- Le moulin à légumes à lame tournante, dit NOVOTYP : brevet 763.192 demandé le 30 octobre 1933 et délivré le 05 février 1934. Selon Roger Bart, l'erreur de son père a été de ne pas croire dans le succès de cette dernière invention, laquelle sera largement reprise par la concurrence.- La bougie TURBY (brevet non retrouvé). Jules Bart est passionné de sports mécaniques au point de financer ses propres pilotes sur voitures Bugatti et motos belges Sarolea. Il invente un modèle de bougie à électrode réglable : la TURBY. La bougie est ainsi nommée en référence à la course de côte de Nice-La Turbie (Var), remportée huit fois entre 1922 et 1935 par des voitures Bugatti, les T35 particulièrement.


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Le déménagement à Mortagne-sur-Sèvre


Les années passent, florissantes pour l'entreprise, mais Jules Bart s'inquiète de la montée du nazisme en Allemagne. 
Vers 1937, la famille passe quelques jours en Alsace et Jules emmène ses fils admirer le pont du Rhin entre Strasbourg et Kehl. Découvrant sur l'autre rive la douane allemande arborant le drapeau à croix gammée, il dit sa conviction à ses fils : "ils vont remettre ça !". 



Le Pont du Rhin, attribué à la France en 1919 (CPA Internet).


Jules Bart décide alors d'éloigner son entreprise au plus loin de la frontière. La famille passe ses vacances à chercher un point de repli. Le choix se portera finalement sur le Pont-Vieux, une ancienne minoterie, à Mortagne-sur-Sèvre, en Vendée, mais à la limite du Maine-et-Loire, près de Cholet. Le moulin du Pont-Vieux, attesté depuis 1567, pourra fournir l'énergie nécessaire aux ateliers. 
Les ateliers Jules Bart sont fournisseurs de l'armée française : pour cette raison et dans le contexte de montée de la menace de guerre, leur déménagement fait partie de ceux jugés prioritaires par les autorités militaires. Il est effectif à la déclaration de guerre en septembre1939.



La minoterie du Pont-Vieux (CPA Internet).


Jules Bart propose à ses ouvriers lorrains de le suivre, mais seuls quelques-uns le feront après la débâcle française.
L'armistice de 1940 place cependant Mortagne-sur-Sèvre en zone occupée… aussi bien que Nancy et la Meurthe-et-Moselle : tout ça pour rien !
Les fabrications civiles (tire-bouchons, ouvre-boîtes, quelques commandes Citroën…) se poursuivent malgré les restrictions dans les livraisons de bronze et d'acier, et permettent à l'entreprise de se maintenir.



Les ateliers Jules Bart au Pont-Vieux.


Le fils aîné, Jean Bart (ainsi prénommé en référence au célèbre corsaire), est déporté du Service du Travail Obligatoire (S.T.O.) et part en Allemagne dans un atelier d'outillage. Son père lui demande d'utiliser cette période pour apprendre à travailler au profit de l'entreprise.


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Le décès de Jules Bart et sa difficile succession


Avec la fin de la seconde guerre mondiale, l'aventure familiale semble pouvoir reprendre son cours normal. Le conflit a cependant mis fin prématurément aux études entreprises par les deux fils : Jean, l'aîné, s'est arrêté après une classe préparatoire aux grandes écoles scientifiques ; Roger, admis à l'école supérieure de commerce de Nantes, ne peut pas terminer son cursus. Tous deux se retrouvent donc sur le marché du travail.

Mais Jules Bart décède subitement en juillet 1945 : il n'a pas 53 ans !

L'entreprise est en indivision, entre Renée, la veuve, et Jean et Roger, les fils.
Roger Bart explique que sa mère a alors proposé à Jean de reprendre les rênes, ce que celui-ci a accepté à la condition expresse d'être seul aux commandes. En 1947, Jean devient ainsi le gérant de la "Société des Ateliers Jules BART et ses Fils", société en nom collectif constituée pour dix ans.
Les conditions d'un conflit familial sont installées. 
Selon Roger, la gestion de Jean est erratique. Aucun nouveau brevet n'est déposé pendant cette période. Jean n'associe pas, ou pas suffisamment, sa mère et son frère aux résultats de l'entreprise : sa mère est ainsi privée de sa source de revenus. Devant cette situation, Renée et Roger, majoritaires en parts, finissent par décider l'éviction de Jean, puis au terme d'une procédure, de lui racheter ses parts. Ils bénéficient pour ce faire de l'aide financière des amis de Jules Bart, mobilisés par le propriétaire de la revue "Le Quincaillier".
La version de Jean, exprimée dans un courriel, est différente : " En décembre 1957, avant l'échéance de la société, je m'en suis retiré en cédant mes parts à ma mère et à mon frère." 
Jean part, laissant l'entreprise en difficulté selon son frère Roger, qui prend le relais en 1958 et fonde la "Société en nom collectif Veuve Jules BART et son fils successeur".
Cependant Roger exerce déjà une profession : il occupe un poste de chef comptable au Commissariat à l'Energie Atomique et n'est pas suffisamment disponible. Face aux difficultés persistantes de l'entreprise, et en accord avec sa mère, il décide alors en 1959 de vendre, sinon la société, du moins les droits et la production des tire-bouchons ZIG-ZAG et DEBOUCHTOUT à deux associés, Dubois et Crespeau, propriétaires de l'entreprise TIMECA à Cahors. 
La cessation d'activité et la fermeture et des ateliers interviennent en mai 1961 pour la fabrication, et en 1965 pour la vente des immeubles.


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Mais le ZIG-ZAG poursuit son aventure


C'est sur les conseils de Roger Bart que TIMECA rachète plus tard l'entreprise d'Amédée Boileau. TIMECA prend alors le nom d'établissement BOILEAU ZIG-ZAG ET TIMECA REUNIS et cette société reste active jusqu'en 1976, continuant de fabriquer le ZIG-ZAG et le bouchon doseur IDEAL, dont le nom va bientôt être réinvesti.
Dans la dernière étape en effet, en 1976, la société L'IDEAL succède à la société BOILEAU ZIG-ZAG et TIMECA, puis rachète le fabricant de doseurs DOSVER en 2002.



Le ZIG-ZAG souvenir du Congrès de Nancy en 2005.
Le conditionnement est celui conçu par Roger Bart
(Collection personnelle).



Et depuis plus d'un siècle maintenant l'aventure du ZIG-ZAG, la "Bugatti du tire-bouchon", se poursuit !


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J'adresse mes plus sincères remerciements à Roger Bart et à son petit-fils pour cette rencontre et ce témoignage inespéré.



M


lundi 25 octobre 2021

CFTB : LA BOURSE D'ECHANGES DE LA ROCHELLE

 
Amis lecteurs, bonjour !


Nous nous étions quittés avant 
la Bourse du CFTB organisée à La Rochelle le 16 octobre 2021
et l'événement est déjà passé !


Voici quelques images souvenirs de l'événement organisé de main de maître par notre ami Loïc Bahuet.



La Rochelle le 16 octobre au soir



Plaisir des retrouvailles, tout est passé trop vite.
Belle ville, belle rencontre : un peu de travail, beaucoup d'amitié, beaucoup d'échanges de tire-bouchons, beaucoup de tire-bouchons mis à l'épreuve, beaucoup, beaucoup...



Studieuse assemblée générale du CFTB


Les membres du CFTB n'avaient que l'embarras du choix entre les nombreuses et parfois très belles pièces présentées : 






Images de la Bourse


Trouvailles d'un trio dans lequel je n'ai pas été le meilleur !



Les échanges terminés, notre groupe a envahi les rues, les restaurants et les bars de La Rochelle :



Halte obligée à l'incontournable Guignette pour une dégustation multicolore




Dîner sympa dans une autre institution rochelaise : le Bar André


Le dimanche vit la plupart des membres participer à une belle journée découverte de l'île de Ré : j'aurais aimé en être, mais difficile d'être partout...



Sur l'île de Ré,
autour de Loïc, hôte du jour.


Pour moi, ce week-end fut celui d'un grand écart où je me devais de me partager entre le temps de la Bourse, celui des amis et celui de ma famille proche.



En famille...




Ainsi va la vie !



M






mardi 12 octobre 2021

AVANT LA BOURSE D'ECHANGES DU CFTB

 

Amis lecteurs, bonjour !


Je vous retrouve avec plaisir.
Comme je vais retrouver avec plaisir les membres du Club Français du Tire-Bouchon pour notre 
Bourse d'échanges prévue à La Rochelle ce samedi 16 octobre 2021,
des retrouvailles attendues depuis maintenant deux ans : allons-nous nous reconnaître ?

Nous avons réuni un "Zoom-Bureau" pour préparer nos assemblées générales. Le rapport moral et le rapport financier sont prêts : pas de stress donc.
J'ai réuni les pièces que je suis prêt à troquer : tout va bien aussi de ce côté-là.



Quelques petits couteaux, des tire-bouchons mécaniques, des marquages sympas...


Nous ferons nos valises demain matin et prendrons la route pour une semaine hélixophile : quel bonheur !


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J'ai malgré tout trouvé le temps de chiner un peu en Belgique ce week-end : 
- Ciney, où nous avons retrouvé nos complices Patrick Christiaens, Luc Bille et son éternel complice Baudouin, Bernard et Colette Lamot, Sincero Cioli. Chacun est reparti content, même si les prix de vente nous ont parus élevés. J'ai acheté pour ma part un tire-bouchon hollandais à étui poinçonné argent, un petit jeu de comptoir, un projecteur Viewmaster junior, une pince et une boule à masser.
- Courtraix, où j'ai trouvé un gabarit (à tubes ?) et deux petits étaux-enclumes anciens mais très oxydés.
- Waterloo enfin - mais était-ce bien une victoire ? - où j'ai acheté deux belles bouteilles anciennes, un marteau chromé (pour la glace ?) et un moulinet anglais des années 30.

Voici les photos de ces trouvailles :

- L'ensemble :



- Les étaux, la pince et le moulinet, un peu améliorés :


Les étaux sont américains, le moulinet est anglais et la pince est allemande


- Enfin, le tire-bouchon :



Hollandais, mais de quelle époque ?


Mes deux bouteilles méritent un article, mais ce sera pour plus tard : La Rochelle nous attend !



M



lundi 27 septembre 2021

1728 : PLAIDOYER POUR L'EXPORTATION DES VINS DE BOURGOGNE EN BOUTEILLES

 
Amis lecteurs, bonjour !


C'est d'un plaidoyer pour l'exportation du vin en bouteille, publié en 1728, que je veux vous parler aujourd'hui, une

Dissertation sur la situation de la Bourgogne, sur les vins qu'elle produit, sur la manière de cultiver les vignes, de faire le vin et l'éprouver...


Je vous propose de parcourir ensemble le texte de Claude Arnoux, publié à Londres en 1728, ce qui n'a bien sûr rien d'innocent : c'est du commerce du vin entre Bourgogne et Royaume-Uni dont il est ici question. 
Claude Arnoux (1695-1770) est un abbé à qui on doit le premier livre sur les vins de Bourgogne.

L'ouvrage figure au catalogue de la Bibliothèque nationale de France ; il est consultable en ligne.
Voici le lien :


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Le texte d'une quarantaine de pages s'adresse manifestement à une clientèle anglaise autant qu'à l'autorité royale française : il loue la Bourgogne, ses vins et - anachronisme revendiqué - ses "climats", la manière de conduire la vigne, de vinifier le raisin, de  tester le vin et de le commercialiser.

Dans cet écrit vieux de trois siècles, Claude Arnoux entraine les lecteurs dans un merveilleux voyage entre Volnet, Pomard, Beaune, Alosse, Pernand, Chassagne, Savigny, Auxey, Nuis, Vougeot, Chambertin, Mulsant, Puligny, Morachet... autant de hauts-lieux que vous reconnaîtrez sans qu'il soit besoin d'actualiser la façon d'écrire leurs noms.

Mais le texte nous intéresse aussi pour d'autres raisons :
 - il est un véritable plaidoyer pour que soit autorisée l'exportation du vin en bouteilles !
- il nous éclaire aussi sur les unités de mesure en vigueur au XVIIIe siècle. 


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L'auteur reproduit en introduction une ode au vin de Volnet adressée à l'abbé Couture en même temps que des bouteilles de ce vin - bouteilles bouchées, donc -, ode suivie des remerciements apportés par le très janséniste abbé le 14 mars 1715, quelques mois avant la mort du roi Louis XIV.
1715 : l'exportation du vin en bouteilles est toujours prohibée, mais des bouteilles circulent, en Bourgogne comme ailleurs.
Le besoin pour l'exportation en était exprimé depuis des décennies par les producteurs de champagne et les cidriers. De nombreuses verreries fabriquaient d'ailleurs des bouteilles, mais de qualité très aléatoire. La fraude à la contenance est l'une des raisons pour lesquelles la royauté s'est longtemps opposée à la commercialisation du vin en bouteille.

Confronté au risque de déforestation, le Royaume-Uni avait interdit les verreries au bois dès le début du XVIIe siècle, provoquant ainsi un bond technologique, illustré par l'invention de la bouteille dite moderne par Kenelm Digby. Mais en France, peu concernée par ce risque de déforestation, les verreries continuent de fonctionner au bois.
Les premières verreries au charbon commencent cependant à fonctionner sur le continent : ainsi à Rouen en 1616, ou à Liège en 1627.
Et en 1723, Pierre Mitchell (1687-1740), tonnelier bordelais d'origine irlandaise, fonde la verrerie à la houille de Bordeaux, qui deviendra la plus importante fabrique de bouteilles en France.



La verrerie de Pierre Mitchell ressemblait à celle-ci, créée par son fils vers 1756. 
Gravure de 1837 (Wikipedia).



Quand l'abbé Claude Arnoux écrit sa Dissertation en 1728, la situation est donc la suivante : le vin de Bourgogne est commercialisé en tonneaux et en bouteilles sur le sol français. Mais l'exportation en bouteilles reste interdite depuis un arrêt de la Cour des Aides du 15 février 1676, confirmé en 1680. 
L'interdiction n’est toutefois pas toujours respectée ; et surtout, elle est levée cette même année 1728 pour le vignoble de Champagne ! 
Les échevins de Reims ont demandé en 1724 "la suppression des restrictions apportées au transport des bouteilles de vin gris, en faisant valoir que ceux qui font usage de vin de Champagne gris préfèrent celui qui mousse à celui qui ne mousse pas : que d’ailleurs le Vin gris ne peut être transporté en Futailles, tant dans l’intérieur du Royaume que dans les Pais Etrangers, sans perdre de sa qualité". 
Et le 25 mai 1728, le roi Louis XV "permet d’expédier en Normandie le vin gris en bouteilles pour la consommation des Habitans et interdit d’y faire entrer en bouteilles des Vins d’aucune autre qualité, le tout à peine de confiscation et de cent livres d’amende". 
Le même arrêt "permet pareillement de faire passer par ladite Province du Vin de Champagne gris et rouge, et de tout autre crû et qualité en Paniers de cinquante ou de cent bouteilles, pour être transportés dans les Païs exempts des Droits d’Aydes, ou pour être embarqués pour l’Etranger dans les Ports de Rouen, Caen, Dieppe et le Havre, et non dans aucuns autres Ports".
L’application est, on le voit, territorialement limitée et il faudra attendre 1776 pour qu'un édit royal de Louis XVI libère complètement le commerce des vins : "Sa Majesté permet de faire circuler librement les vins dans toute l’étendue du royaume, de les emmagasiner, de les vendre en tous lieux, et en tout temps, et de les exporter en toutes saisons, par tous les ports, nonobstant tous privilèges particuliers et locaux à ce contraire, que Sa Majesté supprime".

La Dissertation publiée en 1728 est donc bien un plaidoyer pour la levée de l'interdiction de l'exportation des vins de Bourgogne en bouteilles.


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Même si ce n'est pas son objectif, Claude Arnoux nous apporte aussi des éléments sur la taille des contenants :

Concernant le tonneau bourguignon, il nous apprend que "la queüe de vin de Volnet [contient] quatre cens quatre vingt pintes de Paris qui font bien cinq cens bouteilles"





Faisons la part des approximations et retenons une correspondance moyenne pour la pinte de Paris de 0,94 litre (avec une marge d'erreur d'environ 1%).
Le tonneau bourguignon, autrement dit le muid ou la queüe, contient 480 pintes ou 500 bouteilles bourguignonnes ce qui correspond donc à environ 450 de nos litres.
A Beaune, une queüe équivalait à deux pièces ou poinçons, quatre feuillettes ou huit quartauts.



Pièce ou poinçon (228 l), feuillette (114 l) et quartaut (57 l).
Hôtel des ducs de Bourgogne, Beaune.
(Wikipedia).


La queüe avait cependant une contenance très variable selon les régions, allant de 270 à 700 litres !

Concernant la bouteille bourguignonne, en nous appuyant sur les dires de l'auteur, il est aisé de déduire que la bouteille bourguignonne correspond à 0,96 pinte de Paris, soit à environ 0,90 litre : c'est approximativement ce que j'avais pu constater en mesurant la capacité de mes bouteilles anciennes, celle-ci par exemple :



Bouteille trouvée à Troyes. 
Epaules tombantes, piqûre au pontil avec boule. 
90 cl environ. Début XIXe siècle.



Quant à la forme de la bouteille, on sait que la bouteille dite "champenoise et bourguignonne" ou parfois "Beaune-champenoise", est alors commune aux vignobles de Champagne et de Bourgogne. 
C'est la quatrième bouteille de la première ligne dans la gravure ci-après :



Bouteilles 
Dictionnaire universel Larousse Claude AUGE vers 1900.



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Concluons en recommandant la lecture de cette Dissertation de l'abbé Claude Arnoux. On y découvrira entre autres l'utilisation des forets et faucets, des essays (éprouvettes) et étiquettes...

... et si le tire-bouchon n'y est pas nommé, il n'en est pas moins présent !



M


lundi 13 septembre 2021

BÖRSE DES VEREIN KORKENZIEHERFREUNDE

 
Leserfreund, guten Morgen!


Wir waren dieses Wochenende in der Nähe von Frankfurt am Main, für die Verein KorkenzieherFreunde-Handelsbörse (VKF). / Nous étions ce week-end près de Francfort-sur-le-Main  pour  la Bourse d'échanges du Verein KorkenzieherFreunde.


Es war die erste Gruppierung europäischer Sammler seit Beginn der Pandemie.
Irene und Reinhold Berndt haben erneut die Großzügigkeit ihrer Aufnahme und ihr Organisationstalent unter Beweis gestellt.
Hans-Michael Granzow ist ein großer (sehr großer) glücklicher Präsident!
Drei Tage lang habe ich so getan, als würde ich Deutsch sprechen, und drei Nächte lang habe ich auf Deutsch geträumt.
Aber mein Schuldeutsch ist sehr unzureichend, auch ich werde Französisch wieder aufnehmen...


C'était le premier regroupement de collectionneurs européens depuis le début de la pandémie.
Irène et Reinhold Berndt ont une nouvelle fois prouvé la générosité de leur accueil et leurs talents d'organisateurs.
Hans-Michael Granzow est un grand (très grand) Président heureux !
Pendant trois jours j'ai fait semblant de parler allemand et pendant trois nuits j'ai rêvé en allemand.
Mais mon allemand scolaire est très insuffisant, aussi je vais reprendre le français...



Reinhold, Irène, Gerhard, Dietmar et Eliane.


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Irène et Reinhold nous ont accueillis la veille, en même temps que deux collectionneurs autrichiens, Gerhard Lambauer et Dietmar Schuch : encore deux nouveaux amis !
Ensemble, nous avons découvert quelques sites du Rheingau-Taunus : Kiedrich, Kloster Eberbach, Schloss Johannisberg...






Dans l'église de Kiedrich, Dietmar et moi avons dégusté symboliquement 
un vin très transparent.



Kloster Eberbach, imposant monastère.


Le déjeuner au Domaine Johannisberg restera un grand moment de plaisir gourmet dans un cadre exceptionnel.



Une dégustation plus simple mais très sympathique plus tard, nous pouvions revenir vers Edelsbach et un agréable restaurant.
Nous y retrouvions d'autres collectionneurs, dont Maurice Dancer, lequel devint aussitôt notre traducteur agréé (merci Maurice !).


Plus aucune preuve visible de nos agapes !


Samedi matin, une balade nous emmena dans la vieille ville de Franfort-sur-le-Main et ce fut l'étonnante occasion d'acheter chez un antiquaire un tire-bouchon inhabituel, sûrement oublié des collectionneurs allemands !



Une fabrication de Carl Christof Neues, selon Reinhold.



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Avec l'après-midi du samedi vint tout d'abord une grosse averse orageuse qui précéda de peu l'ouverture des échanges. La Bourse d'échanges était organisée dans un cadre agréable, et si les participants n'étaient pas très nombreux, les pièces exposées étaient le plus souvent de qualité et les modèles français intéressaient beaucoup.



La mise en place


Modèles allemands, mais aussi français en bon nombre.


Le discours du Président


Et le dîner de clôture...


Une courte nuit plus tard nous nous retrouvions à quelques-uns au Flohmarkt de Wiesbaden. Pas de tire-bouchon, mais quelques petits achats à ajouter aux trouvailles de la veille.



Notre "pêche".



Au total : 
- un livre sur Walter Bosse, un Strobel, un Brangs, un tire-bouchon français XVIIIe achetés, 
- un Cork-Master de Pull-Taps et un petit Clough accroché à sa mignonnette offerts, 
- auxquels sont venus s'ajouter nos achats de Wiesbaden : harmonicas, ciseaux anciens, cadenas et moule en cuivre.



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Nous avons été très heureux de pouvoir participer à ces retrouvailles, avons apprécié l'accueil de tous les particpants et remercions chaleureusement les organisateurs, Reinhold et Irène Berndt, ainsi que le Président du VKF, Hans-Michael Granzow.



M

vendredi 27 août 2021

BIBLIOGRAPHIE 58 : UN AUTRE REGARD SUR LES TIRE-BOUCHONS ACTE II Alain GRONDEAU

 

Amis bloggeurs, bonjour !


C'est la rentrée littéraire et hélixophile !

Alain GRONDEAU 

a récidivé et nous propose de partager avec lui :

Un autre regard sur les tire-bouchons Acte II



Alain m'ayant demandé de lui en rédiger la préface, vous conviendrez qu'il m'est difficile de dire du mal de son livre !
Mais peut-être aussi me l'a-t-il demandé parce qu'il savait par avance que ce livre me parlerait beaucoup ?


Peintre à l'humour iconoclaste, accroché à son pinceau, Alain nous assène un improbable syllogisme : "Il n'y a pas d'art sans tire-bouchon". 
Et pour mieux nous convaincre de la justesse de son propos, il nous propose un voyage en "réalité augmentée", réparant les oublis des grands maîtres et incrustant sur leurs œuvres les tire-bouchons qu'ils avaient dû oublier !
Ajoutons encore que ce faisant, Alain nous livre sans le dire beaucoup de sa sensibilité !


Trois petits extraits pour vous "allécher" :






Ce beau livre, d'un prix de 30,00 € (+ frais de port) est à commander directement à l'auteur, à l'adresse suivante : 


Voici ma fiche bibliographique, la cinquante-huitième déjà :




Bonne lecture !


M





mardi 10 août 2021

VENTE DE LA COLLECTION DE TIRE-BOUCHONS DE FRANCOIS TOUZIN


Amis hélixophiles, bonjour !


Une partie de la collection de tire-bouchons de François Touzin sera en vente le 14 septembre prochain...

Le Blog des tire-bouchons ne fait pas de publicité commerciale, sauf... quand c'est pour un ami du Club Français du Tire-Bouchon, François Touzin, qui met en vente une partie de sa collection.

François m'a adressé cet article du Yorkshire Post et me demande de vous le transmettre :



Et François de me joindre ce texte avec les liens utiles :

"It is live…see below links to the auction house S A S (Special Auction Services) and to the Saleroom.com

In advance, thank you for sharing the links with our corkscrews club members when appropriate.



Kind regards to you all."


Soit pour les francophones :

"C’est en ligne... voir ci-dessous les liens vers la maison de vente aux enchères S A S (Services spéciaux d’enchères) et vers le Saleroom.com

D’avance, merci de partager les liens avec les membres de notre club tire-bouchons le cas échéant.

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