mardi 5 juillet 2022

RETOUR SUR LA VENTE DE LA COLLECTION DE JEAN-PAUL BOUSSAT

 
Amis lecteurs, bonsoir !


C'est un grand moment qu'ont vécu bon nombre de collectionneurs il y a quelques jours : Xavier Dominique, commissaire-priseur de la Maison Ader, Nordmann et Dominique, procédait à 
la vente de la collection de Jean-Paul Boussat.


Une vingtaine de collectionneurs et autant de curieux étaient venus voir l'exposition la veille de la vente, tandis que plusieurs centaines avaient décortiqué le catalogue reçu ou accessible en ligne.



L'affiche de la vente



Picard, Coville, Méricant , Riollet...
Quelques belles pièces s'exposant indécemment au regard étonné des passants


Nous étions un petit groupe de membres du CFTB à admirer les vitrines, réunis autour de notre vénéré Président Jean-Pierre Lamy : Françoise, Alain, Alain, Bernard, Jean-Pierre (2), Maurice, Maxime, Patrice, Philippe, Stéphane, d'autres encore qui me feront peut-être reproche de ne pas les avoir cités...



A l'exposition, avec Jean-Pierre, notre Président, et Maxime


Il y avait même Philippe, ami saint-pierre-et-miquelonnais, collectionneur (?) venu m'offrir le seul tire-bouchon de l'archipel : la poignée est faite de bois de cerf de Virginie, un cerf chassé sur la presqu'île de Langlade-Miquelon.



Le bouchon tire-bouchon à poignée de bois de cervidé, 
venu de Saint-Pierre-et-Miquelon.


Les choses sérieuses allaient pouvoir commencer.


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La vente eut lieu les 29 et 30 juin dans la salle d'exposition libérée des vitrines, un cadre presqu'intime donc.
Xavier Dominique la mena tambour battant, ralenti seulement par les enchères en live, nombreuses mais très chronophages.




Au marteau : Xavier Dominique, commissaire-priseur



Vouloir résumer cette vente en quelques lignes serait impossible. 
En voici seulement quelques aspects parmi les plus saillants que j'ai retenus :
- La vente a globalement dépassé 180 000 €, prix marteau, une belle somme, même si je m'attendais à beaucoup mieux.
- Une explication a certainement joué : plusieurs correspondants, étrangers particulièrement, m'ont fait valoir l'importance des frais acheteurs : 28 % en salle, auxquels il fallait ajouter les frais d'enchères en live, de 1,8 % (Drouot Live) à 3,6 % (Interenchères) et, bien sûr, les frais d'expédition et les éventuelles taxes d'importation des pays destinataires... de quoi réfréner les ardeurs !
- Notons que tous les lots présentés (quelques belles pièces de la collection m'ont semblé manquer, mais peut-être Jean-Paul les avait-il vendues) ont trouvé preneur, sans aucune exception, le plus modeste, groupant deux Tony Dussieux, pour 10 € il est vrai !
- Quelques descriptions comportant des restrictions ou imprécisions, d'autres proposant des estimations exagérément basses, ont probablement pesé sur les résultats obtenus.
- Des résultats ont ainsi pu décevoir les vendeurs : deux magnifiques tire-bouchons en or et nacre présentés très tôt en début de vente sont partis, le n° 6 pour 750 €, le n° 8, avec son étui de galuchat, pour 1 100 € ; un peu plus tard, le n° 183, le Régulateur de Coville, a été adjugé à 2 200 € seulement. 
- Un tire-bouchon en ébène et fer, présenté comme "dans le goût de ceux du XVIIIe siècle", lot n° 44, n'a atteint que 550 €, tandis que son jumeau en ivoire et fer,  lot n° 45, présenté de même manière, était adjugé pour 4 200 €, deux résultats qui auraient sûrement fait peine à Jean-Paul, un Jean-Paul qui m'avait dit sa fierté d'avoir acheté - très cher - ces exemplaires.
- Une bataille homérique a cependant vu la salle l'emporter sur le net avec un prix marteau de 15 000 € pour le troisième exemplaire, lot n° 47, "un tire-bouchon à cage en fer à décor à filets de laiton, la cage ajourée de décors géométriques, la poignée à décor de fleurs stylisées, travail français du XVIIIe siècle" !



L'objet de la compétition, 
photographié chez Jean-Paul Boussat, il y a quelques années


- Notons encore parmi les beaux résultats les 5 800 € atteints pour le Méricant et les 8 000 € pour le Riolet.
- Avouons enfin que je ne me suis pas vraiment intéressé aux couteaux, lesquels ont cependant attiré un autre public, venu tout exprès.


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Pour ce qui me concerne, connaissant bien la richesse et la diversité de la collection de mon ami Jean-Paul, je m'étais dit que la concurrence serait rude sur les grands classiques : les tire-bouchons XVIIIe siècle, les mono-leviers qui faisaient sa fierté, les meilleurs Delarbre, Leboullanger, Pérille, Pecquet, Delaporte... aussi bien que sur la grande famille des Thomason et autres harpes multi-outils anglais. 
J'avais affûté ma stratégie en conséquence pour :
- augmenter ma série de poignées de bronze à des prix que j'imaginais "forcément" modestes, 


Poignées de bronze exposées


- acquérir un Copley, tire-bouchon irlandais, pour lequel j'avais une vraie faiblesse depuis la lecture du livre de Bert Giulian, "Irish Corkscrews of the eighteenth century",
- "chasser" les erreurs de présentation (cf. lot 418, dénommé "Le Caquet" au lieu de "Le Canuet")
- enfin miser sur quelques lots sympathiques mais délaissés par la plupart des enchérisseurs.

Inutile de dire que ma stratégie a  souvent été mise à mal par des acheteurs aussi pointus que gourmands : ainsi les tire-bouchons à poignée de bronze ont attiré beaucoup d'enchères et les erreurs de présentation n'ont pas trompé les collectionneurs vigilants.

Mais je ne suis pas mécontent : je suis reparti le premier jour avec mon Copley, un beau type Thomason à décor "cathédrale", plus quelques Pérille et deux tire-bouchons de poche XVIIIe ; le deuxième jour j'ai saisi les opportunités qui se présentaient. 
Voici mes achats :



Achats du premier jour


Achats du deuxième jour



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Jean-Paul et moi partagions une même conviction : les collectionneurs ne sont que des passeurs d'objets. Nous réunissons les objets que nous aimons et les préservons du même coup de l'oubli ou de la destruction ; leur dispersion aux enchères les conduit vers d'autres collections et contribue encore à leur préservation.


Tu as fait le "job", Jean-Paul, repose en paix !



M


P.S. : vous pouvez retrouver les prix obtenus, frais inclus, sur le site de la Maison Ader : https://www.ader-paris.fr



lundi 20 juin 2022

VENTE DE LA COLLECTION JEAN-PAUL BOUSSAT

 
Amis collectionneurs, bonjour !


Vous avez probablement reçu l'information : 

la collection de notre regretté ami Jean-Paul Boussat sera prochainement dispersée aux enchères.




Jean-Paul Boussat devant ses vitrines.



Jean-Paul Boussat était mon voisin lorrain et mon ami. C'est avec lui que nous avions organisé le Congrès du Club Français du Tire-Bouchon à Metz en 2018. Il est décédé le 8 mai 2019, il y a déjà trois ans.
Jean-Paul avait amassé en une vingtaine d'années une collection de très haut niveau, entre tire-bouchons et couteaux. Vous pourrez l'apprécier en relisant les deux articles que je lui avais consacrés sur le Blog des tire-bouchons :




La vente des 598 lots de la collection a été confiée à la Maison parisienne ADER et aura lieu les mercredi 29 et jeudi 30 juin 2022 à partir de 14 heures.
Adresse : Salle des ventes Favart , 3, rue Favart 75002 Paris
Catalogue : PDF disponible sur le site d'Ader ou sur Interenchères.
Frais acheteurs : 28% prix marteau pour les participants présents en salle.
C'est auprès de la maison Ader que vous devrez vous adresser pour tous compléments d'information.


Gageons que les collectionneurs, de France et d'ailleurs, seront nombreux à participer à cette vente et à ainsi rendre encore hommage à Jean-Paul.



M




vendredi 17 juin 2022

VERRE DE PRESTIGE ET VERRE D'USAGE

 
Amis lecteurs, bonjour !


Les brocantes suivent et se ressemblent... ou bien pas tout à fait !

Nos pérégrinations nous ont emmené le week-end dernier vers les vide-greniers de petits villages meusiens. Notre espoir était d'y trouver autre chose que des fripes, des jouets ou du plastique, même si nous comprenons bien l'utilité sociale des ventes de "seconde main", utilité encore plus manifeste en ces temps d'inflation.

Notre pêche a été modeste, mais nous y avons trouvé au moins de quoi nourrir cet article sur 

le verre : verre de prestige, verre d'usage.




Notre "pêche" du week-end.


Nos trouvailles : un ZIG-ZAG, un type "COMMERCIAL", une pipette coudée, un flacon, une bouteille soufflée et un pot à moutarde AMIEUX FRERES.


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Notre région de Lorraine est depuis le Moyen-Âge une région de maîtres-verriers : 
- cristalleries et verreries d'art de Baccarat, de Saint-Louis, de Vannes-le-Châtel..., avec leurs nombreux ouvriers et ouvrières, et leurs talentueux créateurs : Daum, Muller, Schneider... 



Cartes postales anciennes (eBay, Delcampe)


- mais jadis aussi verreries d'usage en Argonne, où la dernière fabrique, aux Islettes, ferma en 1937.


Les Islettes - La verrerie

Comme toutes les verreries établies dans les immenses forêts d'Argonne, telles celles de La Vignette, de La Chalade, ou celles installées dans la vallée de la Biesme, la verrerie des Islettes (bocaux "L'Idéale") s'était elle aussi établie là en raison de l'abondance des matières premières : gaize siliceuse, argile, fougères, ainsi que du combustible : le charbon de bois. On y fabriquait du verre plat (vitres et miroirs), des bouteilles, des bocaux, des cloches de jardin...

Notre bouteille peut-elle provenir de l'une de ces verreries ? Ce n'est pas à exclure : selon le Musée du Verre d'Argonne, à partir du XVIIe siècle, les verreries s’installent dans les vallées et se spécialisent dans le soufflage des bouteilles fortes dites "argonnaises" puis "champenoises" et, dans une moindre mesure, des cloches de jardin et des bocaux.


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Mais notre propos est ailleurs.
Evoquons un instant le rare petit pot en verre fin XIXe siècle et son inscription MOUTARDE AMIEUX FRERES. 





Dans un excellent état de conservation, le pot, on le voit, est encore muni de son tire-bouchon incorporé : un anneau logé dans le bouchon de liège.
Et puis, oublions nos autres objets : les tire-bouchons ou la belle pipette en verre soufflé, pour nous attacher à notre bouteille et à notre flacon


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Notre belle bouteille, de type champenoise - ou argonnaise - date du XVIIIe siècle. 
Sa couleur indique une fabrication dans une verrerie fonctionnant à la houille ; l'irisation, très appréciée des collectionneurs, est due à la corrosion du verre au fil des siècles. 
Elle a été soufflée, comme le montrent les stries très nettes au niveau du col et a été foncée au pontil (traces de casse) ; le col est muni d'un cordon de verre rapporté, destiné à ligaturer un bouchon pour contenir la pression interne. 
C'est une bouteille pansue, haute de 28 cm de haut, pesant environ 900 g et contenant environ 680 ml, sensiblement moins donc qu'une pinte de Paris (952 ml).
Bouteille pour le champagne donc, mais bien fragile cependant !

Le flacon, lui, gardera plus de mystère encore.
De forme rectangulaire, il est fait de verre ou de cristal gravé. Le graveur a réalisé un décor floral important sur les deux faces principales, par taille et gravure : le décor est de grande finesse et comporte les petites irrégularités gages d'un travail artisanal. L'objet ainsi décoré correspond certainement à un cadeau de valeur destiné à une personne noble ou bourgeoise. Il devait contenir quelque liquide précieux, une liqueur peut-être ?
Le flacon comporte un embout scellé sur lequel est vissé un bouchon en étain. L'orifice est étroit, son diamètre est d'environ 9 mm. Ce type de bouchage conduit à le dater antérieurement au XXe siècle, sans plus de précision.
Il est haut de 19,5 cm, bouchon compris, pèse 645 g et a une contenance d'environ 540 g ou 500 g au haut des épaules : si cette dernière contenance n'est pas fortuite, la datation pourrait peut-être être précisée pour correspondre au XIXe siècle et à la mise en place du système métrique.


Mais pourquoi distingue-t-on ainsi entre bouteille et flacon ? C'est l'occasion de reprendre et développer un point évoqué dans mon livre.  


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Bouteille et flacon


C'est à François Rabelais que l'on doit cette distinction entre bouteille et flacon. La formule date de 1534 et est issue du Gargantua, Livre I, Chapitre V, in Les Propos des Beuveurs.
Voici l'échange dans la forme conservée du XVIe siècle.

Un des "beuveurs" pose une question :
Quelle différence est entre bouteille et flaccon ?
Et l'autre de répondre :
Grande, car bouteille est fermée à bouchon, et flaccon à vitz.

Bouteille est fermée à bouchon et flacon à vis... la formule devient très vite un apophtegme, repris partout et par tous.

Relativisons cependant :
Pendant tout le Moyen-Âge, les bouchons, faits d'étoupe ou de paille, servent à boucher des trous ou à bouchonner des chevaux. 
La bouteille, qu'elle soit faite de verre, de bois ou de grès, est simplement protégée par un tampon (ou tapon) d'étoffe, de papier ou de fibres végétales. Ce bouchage est destiné à protéger le contenu de la bouteille le temps d'un voyage qui ne va que de la cave à la table.
La bouteille de Rabelais ne nécessite pas encore de fermeture hermétique.
Mais c'est de ce manque que viendra un siècle plus tard l'invention de la bouteille dite moderne : une bouteille pouvant être bouchée hermétiquement au liège, particulièrement pour contenir des liquides effervescents : cidres, bières ou champagne.

Le flacon au contraire, et depuis l'Antiquité, est destiné à voyager loin. Objet luxueux, il est destiné à contenir des liquides précieux ou dangereux : parfum, liqueur, potion ou... poison.
Il nécessite donc une obturation hermétique : bouchon de verre émerisé ou bouchon à vis sont de bons moyens pour obtenir ce résultat.



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L'analyse nous aide à mieux comprendre la citation de Rabelais, spécialiste des flacons s'il en fut ! Rappelons qu'il a exercé comme médecin dans notre bonne ville de Metz.

Et nos vide-greniers du week-end auront au moins eu le mérite de nous proposer une réflexion sur verre de prestige et verre d'usage.



M

mercredi 1 juin 2022

ENIGMA N° 72 : WANTED ! MANUEL, ARBOGAST & Cie



Amis lecteurs, bonjour !


Je "sèche" depuis quelque temps sur deux catalogues de grossistes, au point de demander votre aide, ce sera donc mon

ENIGMA N° 72 : WANTED !
MANUEL, ARBOGAST & Cie

Ces grossistes en outillage commercialisaient des tire-bouchons, notamment Pecquet et Pérille, mais les renseignements en ma possession ne me permettent guère de progresser.


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J'ai trouvé en brocante deux catalogues de la

MAISON E. RIECKE
MANUEL, ARBOGAST & Cie
SUCCESSEURS




Les deux catalogues datent tous les deux de 1909.

- Le premier, du 15 janvier 1909 est intitulé

TARIF - ALBUM N° 11
JARDINAGE . AGRICOLE . TAILLANDERIE

On y trouve des outils de jardin, cadenas, serpes, pièges, sécateurs, soufflets, lampes tempête...
Les outils ont pour fabricants les entreprises PERRIN Acier fondu ou MANARBO, mais les sécateurs sont de marque RIECKE.


- Le second, d'avril 1909, est intitulé

TARIF - ALBUM N° 13
ARTICLES DE SAISON - MENAGE, etc. etc.

On y trouve des casseroles, marmites, cafetières, garnitures de toilette, bassines, râpes, ciseaux, hachoirs, moulins à café... et bien sûr des tire-bouchons. 




Les catalogues sont intéressants, mais les informations sur l'entreprise ne sont pas nombreuses !


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Le site lecouteau.info, dédié à la coutellerie et aux couteaux, s'appuyant sur une facture de 1912, indique :
"En 1912, Manuel ARBOGAST a succédé à E. RIECKE au 41 de la rue Meslay. On y vend de la quincaillerie et autres équipements pour les ménages."

Mais les informations données sont lacunaires et pour partie inexactes, comme le montre la raison sociale donnée dans le tarif-album N° 13 :



 
- MANUEL n'est pas le prénom d'ARBOGAST, mais le nom de son associé, ainsi que l'indique la virgule placée entre ces deux noms,
- La succession d'E. RIECKE est plus ancienne, puisqu'il est indiqué en bas de couverture sur le tarif-album n° 13, qu'il annule le N°2 de juin 1907.



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Concernant E. RIECKE, mes recherches dans les numéros de l'Annuaire-almanach du commerce, de l'industrie, de la magistrature et de l'administration, ou Almanach des 500,000 adresses de Paris, des départements et des pays étrangers, accessibles sur Galliga.bnf.fr, m'ont apporté les éléments suivants :
- Dès 1820, des RIECKE & Fils sont installés comme négociants en quincaillerie à Paris, rue de la Verrerie, 58.
- On les retrouve en 1837, rue des Philippeaux, 15. L'almanach les présente comme vendant de la quincaillerie d'Allemagne de leur f. (fabrique ?) de Remscheid (actuel land de Nordrhein-Westfalen) :



Almanach du commerce de Paris, 1 janvier 1837



- En 1870, l'entreprise est installée rue Meslay, 41 (cette adresse sera conservée au moins jusqu'en 1936).
- Une publicité de 1873 la présente sous la raison sociale :
RIECKE & FILS
Quincaillerie en gros, rue Meslay, 41
Sécateurs, échenilloirs et pinces garantis MARQUE A LA CLEF
- C'est dans le numéro du 1er janvier 1908, qu'apparaissent les noms des successeurs : MANUEL, ARGOBAST & Cie.

- Le journal Les Archives commerciales de la France, dans son numéro du 25 janvier 1913, fait part d'un changement de raison sociale par suite de la cession par RIECKE de tous les droits lui appartenant : l'entreprise prend pour nom MANUEL & ARBOGAST (mais les documents commerciaux sont vraisemblablement conservés dans leur présentation précédente).





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Une recherche généalogique m'a permis de remonter jusqu'à Jean Eberhard RIECKE, né à Allemagne-en-Provence le 13 juillet 1849 et décédé à Paris le 5 mars 1922, établi comme négociant puis fabricant en quincaillerie : gageons qu'Eberhard RIECKE est le descendant du fondateur et que c'est lui qui a cédé l'entreprise à MANUEL et ARBOGAST.


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J'ai pu acquérir une facture plus tardive, datée du 30 mai 1931 : l'entreprise est toujours installée rue Meslay, 41 ; elle a pour raison sociale :
Maison E. RIECKE, Fondée en 1821
J. ARBOGAST 
SUCCESSEUR

Deux éléments supplémentaires nous sont donnés : 
- La fondation de l'entreprise est datée de 1821, ce qui confirme peu ou prou les informations trouvées sur Gallica : des RIECKE, négociants en quincaillerie sont installés à Paris, rue de la Verrerie, 58 en 1820.
- Un ARBOGAST est à la tête de l'entreprise, le nom de MANUEL a disparu, mais l'entreprise continue de vendre des tire-bouchons sur carte : cf. 1ère ligne verso "1 carte tire-bouchons n° 4360."





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Malgré mes efforts, je n'ai pas pu trouver d'informations sur MANUEL et ARBOGAST, même pas leurs prénoms ! ... je compte donc sur vous !


Ajoutons cependant des informations ultérieures glanées sur le site Delcampe.net :
- J. ARBOGAST est seul à la tête de l'entreprise au moins entre 1920 et 1933,
- Une facture de 1936 montre une adresse inchangée, mais une raison sociale modifiée : 
Maison ARBOGAST
SUCCESSEUR

La maison a donc vraisemblablement changé de mains entre 1933 et 1936, mais pas d'adresse.


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Pour aller plus loin, il me faut faire appel à vous.
Peut-être avez-vous des documents permettant d'enrichir cet article, notamment susceptibles de lever un peu le voile sur les dirigeants successifs de cette entreprise ?

Je ne manquerai pas de publier vos contributions.



M

vendredi 13 mai 2022

WHO'S WHO : S... COMME RINO SAUTA

 
Amis hélixophiles, bonjour !
Ou peut-être plutôt : Ciao, Amici elixofili !


Dans la rubrique WHO'S WHO de ce Blog, je vous ai présenté beaucoup de collectionneurs chevronnés, des pionniers, des experts, le plus souvent connus de la plupart d'entre vous. Vous pouvez relire ces articles dans ma rubrique WHO'S WHO, accessible en page d'accueil, colonne de gauche.

J'aimerais y ajouter à présent quelques portraits de collectionneurs "différents".

J'espère que ces portraits rassureront les "anciens" sur la qualité des "modernes" ; j'espère aussi qu'ils  inciteront de nouveaux collectionneurs à rejoindre nos clubs.


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Le héros du jour est un italien encore quadragénaire :




Rino SAUTA


A quelques jours du Congrès de l'Associazione Italiana Collezionisti Cavatappi, lequel aura lieu en Sardaigne, à Sassari – Alghero, il me paraissait bien d'évoquer un membre de ce Club. 
Notre ami Armando Cecconi, président de l'AICC, m'a décrit Rino comme un jeune homme gai, imaginatif et très entreprenant, qui crée des œuvres très personnelles : tire-bouchons géants en fer, dessins très inspirés, vidéos curieuses et amusantes... un artiste !

De quoi donner l'envie de mieux le connaître donc, ce que nous allons pouvoir faire puisque Rino a bien voulu répondre à mes questions.


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Hélixophile par passion et par profession


Question : Pouvez-vous vous décrire en quelques lignes : origines, lieu de vie, âge, situation familiale, profession exercée et secteur d'activité...?

Réponse : Je m’appelle Rino Sauta, je suis né en Sicile (sur l’Etna) en 1973. Je vis dans le Piémont dans la province d’Alessandria où sont produits des vins de qualité, je suis marié, j’ai un fils et je suis sommelier qualifié.



Un sommelier hélixophile et qui en parle...


Q. A l'origine d'une collection, il y a généralement un événement déclencheur : qu'est-ce qui vous a amené à collectionner les tire-bouchons ?

R. J'ai reçu mon premier tire-bouchon il y a plus de trente ans. C'était un cadeau de mon grand-père : le Chinois (je l'appelle Fu Manchu). Fabriqué au milieu du XXe siècle en Allemagne, il fait partie des premiers tire-bouchons que mon grand-père m'a offert et c'est celui que j'aime le plus. Puis au fil des ans j’ai développé ma passion pour ces objets et j’ai continué à agrandir la collection.



Le Chinois, cadeau du grand-père de Rino.



Q. Combien de tire-bouchons estimez-vous posséder ?

R. Aujourd’hui, dans ma collection, j’ai 1925 tire-bouchons.


Q. Vraiment ? 1925 tire-bouchons ? Pas 1924 ou 1926 ?

R. Tous sont enregistrés et il m'est donc facile de répondre à votre question. En fait, j'adore le classement, l'organisation, la précision et les moyens informatiques permettent tellement de choses aujourd'hui... vous devriez essayer !


Q. Trop tard pour moi : je suis incapable de dire combien je possède de tire-bouchons, même pas à la centaine près !
Mais avez-vous des préférences pour certaines catégories de tire-bouchons ? Lesquelles et pourquoi ?

R. J’adore les tire-bouchons et sommeliers figuratifs. Particulièrement ceux qui représentent les femmes parce les femmes sont ce qu'il y a de plus beau au monde et donc les tire-bouchons qui les représentent se doivent d'être eux-mêmes très beaux. Les tire-bouchons figurant des diables ou d’autres figures effrayantes m’inspirent artistiquement. J'aime aussi les tire-bouchons de poche et les tire-bouchons à mécanisme parce que je les utilise souvent pour ouvrir des bouteilles de vin.



Sommeliers figuratifs.


Enfin, j'aime beaucoup les tire-bouchons à parfum et suis toujours surpris de les voir négligés par de nombreux collectionneurs.



cavatappi profumi, les tire-bouchons à parfum.



Q. Quels lieux ont votre préférence pour acheter des tire-bouchons et lesquels conseilleriez-vous aux nouveaux collectionneurs : salles de ventes, antiquaires, brocantes, Internet...

R. J’aime acheter dans les marchés aux puces (j’y assiste tous les dimanches depuis 2006) dans différentes villes italiennes et je conseille aux nouveaux fans de faire de même : sur les marchés, il arrive de trouver de belles pièces également excellentes pour commencer une collection. Depuis 2008, comme beaucoup d'entre nous, j’achète dans le monde entier sur Internet sur divers sites d’enchères.


Les nouvelles technologies : une nouvelle façon de collectionner


Q. Le phénomène majeur de notre génération est effectivement l'irruption du numérique dans notre quotidien. Vous semblez être un expert de ces technologies numériques. Pouvez-vous nous dire comment vous les utilisez au service de votre collection ?

R. J’utilise toutes les nouvelles technologies et j’aime suivre le rythme, "rester dans le coup" comme vous dites en France. J’achète, vends, classe, crée et communique de plus en plus souvent via l'outil informatique. J’utilise Excel pour garder mes archives à jour afin de savoir combien je possède de tire-bouchons et où ils se trouvent : c'est que j’ai beaucoup de vitrines et que j'ai jugé utile de les référencer. 
Depuis 2018, je fais des captures d’écran systématiques sur les ventes de tire-bouchons supérieures à 50 euros trouvées sur les différents sites que je suis pour apprécier la fluctuation des prix et analyser les marchés internationaux les plus adaptés à la vente. Dans mes archives, j’ai près de 2000 fichiers divisés en dossiers par années et par mois.


Q. Je pense que votre approche renouvelle la façon de collectionner. J'espère que vous aurez à cœur de partager la documentation que vous avez amassée. Un livre ou un site peut-être ?

R. Pourquoi pas ? Je crée déjà des œuvres d'art numériques...


"Je porte toujours un tire-bouchon sur moi"


Q. Nous y reviendrons, mais restons encore sur votre vie de collectionneur. Pouvez-vous nous raconter une anecdote qui a marqué votre parcours : rencontre, scène de vie, trouvaille inespérée... ?

R. Il faut commencer par dire que j'ai toujours collectionné. J’ai commencé à accumuler des pièces de monnaie à l’âge de huit ans (j’ai toujours gardé cette petite collection). Environ dix ans plus tard, je vous l'ai dit, le tire-bouchon est apparu dans ma vie avec le cadeau de mon grand-père.  En grandissant, je suis passé pendant un certain temps aux voitures anciennes et aujourd’hui, je me concentre principalement sur le tire-bouchon. 
J’aurais beaucoup d’histoires et de découvertes à raconter, mais celle qui me vient à l’esprit maintenant et me fait sourire à nouveau est la suivante : un jour, lors d’un événement il y a quelques années, il y avait des bouteilles de vin à déboucher - je précise que je n’étais pas de service, mais seulement invité - et soudain toutes les personnes présentes se sont regardées parce que personne n’avait de tire-bouchon. J’ai été le plus choqué de tous en tant que sommelier et collectionneur et depuis lors, je jure que je porte toujours un tire-bouchon avec moi. 
J'ai bien sûr repensé à cette anecdote en retrouvant dans votre livre celle, très amusante, racontée par Lord Sandwich : le sommelier n'avait pas de tire-bouchon, mais chacun des dix prêtres présents "mit la main à la poche pour offrir le sien".*

* NDLR : Lord Sandwich, cité par La Gazette Littéraire du 10 juin 1830 : "Le sommelier à qui on avait fait le mot fit semblant d'avoir perdu son tire-bouchon, et aussitôt chacun de ces messieurs [les dix prêtres présents] mit la main à la poche pour offrir le sien." (Marc Ouvrard, Le tire-bouchon aux XVIIe et XVIIIe siècles, p. 157).


Q. Et aujourd'hui, collectionnez-vous encore d'autres objets ? Avec autant de passion que les tire-bouchons ?

R. Certainement, mais mes collections sont en cohérence avec ma passion et ma profession ! 
Je possède 144 siphons pour le champagne et quelques centaines d’objets (anciens ou non) qui racontent l’histoire de ce vin que j’aime à travers le marketing de 1700 à aujourd’hui. Ensuite, j’ai aussi une collection de coupe-cigares que je développe, des bouteilles en verre anthropomorphiques, des fûts en bois, des embouteilleuses, des dames-jeannes, des tastevins, des pots en métal et des caisses en bois de vins fins, et plus encore autour de l'alcool.


Collectionner les tire-bouchons 
comme autant de sources d'inspiration pour raconter et créer


Q. Quel sens revêt pour vous votre collection : un challenge personnel ? un sujet d'études ? un investissement ? une occasion de rencontrer des gens partageant votre passion ?...

R. Collectionner les tire-bouchons aujourd’hui signifie pour moi beaucoup de choses, principalement créer des projets artistiques et culturels pour diffuser cette passion. La collection m’aide à exprimer d’une manière inhabituelle la passion pour le vin à ceux qui, comme moi, sont des disciples du Dieu Bacchus. J’aime suivre l’évolution de cet instrument au fil des siècles et le faire découvrir de manière tangible à ceux qui aiment le vin, donc à d’autres "assoiffés" de culture. C’est certes un investissement, mais pas seulement économique. 
Je pense pouvoir dire que ma collection d’aujourd’hui est pour moi un moyen de m’entourer d’histoires à raconter.


Q. Nous sommes aujourd'hui à un tournant de l'hélixophilie : la génération des fondateurs est vieillissante, mais nous rencontrons aussi de plus en plus de nouveaux collectionneurs. Quel message passeriez-vous à ces jeunes collectionneurs pour les aider dans leurs débuts ?

R. Ayez toujours de la curiosité et collectez ce qui remplit votre cœur et votre cerveau, car ceux qui collectent juste pour gagner de l’argent sont seulement des commerçants.


Q. Vous pouvez répondre aussi si vous le désirez à des questions que je ne vous ai pas posées...

R. Ma passion pour le tire-bouchon va au-delà de la collection : ayant en fait des compétences artistiques, j’ai créé environ 280 œuvres d’art numérique et 30 tire-bouchons géants conçus, sculptés et décorés à la main sur des plaques de métal. J’écris aussi des fictions.



Créations de l'artiste.


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J'aime dire que "chaque collectionneur est différent et collectionne à sa façon" : notre héros Rino le prouve à sa manière !
Merci à lui d'avoir bien voulu répondre à mes questions.




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vendredi 6 mai 2022

BIBLIOGRAPHIE 62 : LE DICTIONNAIRE DU TIRE-BOUCHON FRANCAIS PAR GERARD BIDAULT


Amis lecteurs, bonjour !


Voici une nouvelle fiche bibliographique pour vous présenter un ouvrage sur les tire-bouchons français, d'un expert reconnu, et de forme originale. Il s'agit du

DICTIONNAIRE DU TIRE-BOUCHON FRANCAIS 
par Gérard BIDAULT


Faut-il encore présenter Gérard Bidault ? Le fondateur du club Français du Tire-Bouchon et auteur d'ouvrages très documentés consacrés aux tire-bouchons français et à leurs fabricants ?
Je crois plus simple de vous suggérer la relecture de l'article que je lui avais consacré dans ma rubrique WHO'S WHO ; voici le lien pour y accéder directement :


Nous pensions que la passion de Gérard  s'était - telle une mèche de tire-bouchon - quelque peu "émoussée". Il n'en est manifestement rien puisqu'il a mis à profit le temps de la pandémie de Covid pour penser et rédiger un dictionnaire !
Aidé de Loïc Bahuet, autre membre du CFTB, Gérard nous offre un volume aussi sobre par sa présentation que riche par son contenu.



Page de garde



Des noms, des sigles, du texte, des explications...




Voici ma fiche bibliographique :





L'ouvrage, au tirage restreint, est à commander directement auprès de l'auteur.



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