samedi 21 décembre 2024

RAMEAU : LIMES, FUSILS DE BOUCHER, COUTEAUX ET TIRE-BOUCHONS CHAPITRE 1


Amis blogueurs, bonsoir !


Captivé par un catalogue, je vous propose un voyage dans le temps, commencé dans la bonne ville de Sens (Yonne) en 1849 et qui dure encore, 
C'est dire que l'histoire, bien que lacunaire, est un peu longue. C'est pourquoi je me propose de la partager en deux parties que je compte publier à quelques jours d'écart.


Voici donc :

RAMEAU : LIMES, FUSILS DE BOUCHER, COUTEAUX ET TIRE-BOUCHONS -  CHAPITRE 1


Rameau était artisan coutelier-taillandier, installé à Sens depuis 1849.
Il fabriquait des rasoirs, spécialité senonaise, comme le confirme Camille Pagé en 1896, in La coutellerie depuis l'origine jusqu'à nos jours. La fabrication de la coutellerie :
"Les ouvriers couteliers de Sens sont occupés dans deux fabriques de rasoirs ; c'est le seul article de coutellerie qui s'y confectionne."
Ses successeurs revendiqueront d'ailleurs l'invention par lui, "Rameau Père", du "rasoir à baguette" en 1852.

En 1859, un taillandier suisse, maître ouvrier dans la fabrication de limes, vint solliciter Rameau pour l'aider à fabriquer des tranchets, dits aussi fusils à aiguiser ou fusils de boucher. 
Il s'appelait Fischer et c'est son nom qui donnera naissance à la marque, apposée aujourd'hui sur beaucoup de fusils de boucher.
 
Wikipédia nous rappelle que le taillandier est un forgeron spécialisé dans la confection des outils tranchants. Il travaille pour de nombreuses corporations tels les bouchers ou encore les agriculteurs.
Et le site de l'entreprise Fischer nous indique que 
"La technique et le savoir-faire pour la réalisation des limes est assez proche de celle des fusils à aiguiser (c’est aujourd’hui, une technique encore utilisée pour les modèles professionnels)".


Le taillandier par Jean Frédéric Wentzel, 1847
(Wikipédia).


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Le catalogue Rameau 1902

Fort de cette collaboration, Rameau se lança alors avec succès dans la fabrication en grande série des fusils à aiguiser.
Notre catalogue l'illustre ; daté de 1902, il a pour titre : ALBUM DES FUSILS DE BOUCHERS ET DE TABLE.
C'est un très beau catalogue, conçu par l'Imprimerie Lithographique P. Mongin 156 rue Saint-Denis à Paris. D'un format 24 x 31,5 cm, il compte 16 pages intérieures, richement illustrées de gravures de fusils pour bouchers, fusils de table et chaînes pour fusils. Il se conclut par un tarif, non renseigné.
En voici la couverture :


Album Rameau des fusils de bouchers et de table, 1902
(Collection personnelle)


Pas encore de tire-bouchon dans cet album, donc !
Que peut-on apprendre cependant sur la manufacture de coutellerie Rameau à partir de ce document ?

Nous n'avons pas d'éléments biographiques concernant le fondateur de l'entreprise et ses premiers successeurs. On sait seulement qu'elle est dirigée vers 1910 par Eugène Rameau, Paul Rameau et Gustave Rameau, sous la raison sociale "Rameau Frères", mais notre document donne pour raison sociale "Manufacture de Coutellerie" Rameau à Sens.
C'est Gustave, patron emblématique, actif dans le premier tiers du XXe siècle, qui semble avoir déposé la marque La Colombe, représentée sur notre couverture : une colombe tenant dans son bec un ... rameau, forcément !




On découvre aussi sur notre couverture, entourée de médailles, une gravure impressionnante du site de l'usine Rameau : bâtiments imposants, cheminées qui fument, animation humaine, convois tirés par des chevaux et, en arrière-plans, l'Yonne où naviguent des barques, et même un train à vapeur.




Est-ce l'importance de la manufacture qui justifie l'absence d'adresse postale, de télégraphe et de téléphone ? On indique seulement qu'elle est située à Sens, et que Rameau revendique l'invention du rasoir à baguette.

Une publicité parue dans l'Annuaire du commerce Didot-Bottin de 1926 précisera cette adresse : rue Champbertrand, 15 à Sens (Yonne).


Annuaire du commerce Didot-Bottin, 1926


De fait, la coutellerie Rameau était située à proximité du cours d'eau dit le rû de Mondereau. Ce ruisseau - pas représenté sur la gravure -  fournissait la force motrice nécessaire à son activité, comme c'était aussi le cas pour les usines artisanales avoisinantes : moulins à farine, tanneries et blanchisseries.
Selon un groupe Facebook publiant des "Photos et souvenirs d'antan. Sens et ses alentours" :
Une grande maison, à la rencontre de la rue des Moulins et de la rue Champbertrand, porte encore sur sa façade l'inscription Gve [Gustave] RAMEAU.



Maison Gve Rameau (Google.maps)


C'est l'ultime témoin de cette activité industrielle disparue. Si la maison ressemble bien à la "vignette" de l’Album des Fusils, il n'en est pas de même pour ses alentours qui ont vu disparaître tous les bâtiments de l'usine ainsi que le "saut" du rû de Mondereau que nous avons connu bruissant et puissant au coude de la rue Champbertrand.


Quant au contenu de notre catalogue, soulignons la qualité et l'esthétique singulière des fusils pour bouchers proposés par Rameau : des poignées à garde ou à embase, en corne de buffle ou corne blonde, parfois incrustées de nacre, et souvent très figuratives !






Ces ustensiles produits par Rameau au début du XXe siècle - mais aussi par ses concurrents, souvent allemands - sont aujourd'hui très recherchés des collectionneurs.


Collection Pierre Lenuyeux


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De Rameau à Bargoin, puis Fischer


La Manufacture a fermé ses portes en 1981, après plus de 130 années d'activité.
Le site de l'entreprise nous livre d'autres informations, 
1978 : la société Rameau est rachetée par André Bargoin, héritier d'une famille de couteliers - taillandiers de Thiers, et Jean et Andrée Raynaud, artisans bouchers de Sens.
1979 : Jacques Raynaud et Marie-Christine, fille d’André Bargoin, en prennent la direction.
1981 : déménagement à Thiers, pour se rapprocher du bassin coutelier.
2010 : achat de la société Bargoin par Fischer.
2011 : fusion pour former la société Fischer - Bargoin... Rameau et Fischer se trouvent ainsi à nouveau réunis !


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Et les tire-bouchons ?


C'est un deuxième catalogue qui nous permettra d'aborder ce thème qui nous réunit. Suite donc dans un prochain article !



M

dimanche 8 décembre 2024

ENIGMA N° 82 : S.O.S. TIRE-BOUCHON ?... QUELQUES ELEMENTS DE REPONSE


Amis blogueurs, bonsoir !


ENIGMA N° 82 : S.O.S.  TIRE-BOUCHON ?
... QUELQUES ELEMENTS DE REPONSE




Quelques vaillants lecteurs ont bien tenté de nous venir en aide, mais je crains que le S.O.S. lancé ne nous sauve pas vraiment !


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S.O.S. est un signal universel de détresse, transcription d'un code morse choisi pour sa simplicité : 3 points, 3 traits, 3 points

· · · — — — · · · 

soit l'abréviation de l'anglais "Save Our Souls", équivalent du français : "sauvez nos âmes".

François, ami proche, a souligné que ce sigle S.O.S. correspondait bien à l'objet principal de l'entreprise éponyme : la protection des biens et des personnes, et qu'il ne fallait probablement pas chercher plus loin l'origine du choix de cette marque par Emile Gissinger, en 1929.
Les Etablissements Joly & Lelandais, devenus propriétaires de la marque en 1932, étaient d'ailleurs eux aussi spécialisés dans les pièges et surtout les cadenas.


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Le très intéressant blog Ma collection de cadenas présente plusieurs catalogues E. Joly montrant les produits S.O.S. : on retrouve notre publicité dans les éditions 1950 et 1954, mais plus dans celles de 1967 ou 1974.


Catalogue E. Joly 1954
Source : blog Ma Collection de cadenas
https://macollectiondecadenas.blogspot.com/


Comme moi, Patrick Pagniez a visité ce blog et m'a envoyé copie des images.


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Bernard Devynck a recherché des informations sur l'entreprise : 
- à l'ancienne "Maison N. Chargueraud" (sur laquelle nous n'avons pas d'informations) a succédé en 1932 :
- la SARL "Etablissements Joly & Lelandais", 21 faubourg Saint-Antoine Paris 11°, puis après la seconde guerre mondiale :
- la SARL "Etablissements E. Joly", 128 boulevard Richard-Lenoir Paris 11°.
L'objet de la société est resté stable : proposer des articles renforçant la sécurité et la protection des biens et des personnes. Les rasoirs de sûreté, les ouvre-boîtes, les pièges, les cadenas sont marqués S.O.S.
Pour Bernard comme pour moi, les ouvre-boîtes devaient logiquement être fabriqués dans l'usine de Nemours que possédait l'entreprise.


En-tête facture Etablissements E. Joly - 1949
(Document Bernard Devynck)


Aujourd'hui, on trouve au 128 boulevard Richard-Lenoir : la société JMA France SAS, entreprise experte dans la fabrication et le négoce de machines-outils.


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"The last but not the least" de nos contributeurs est notre ami Daniel Neveu, déjà cité ici, grand collectionneur d'ouvre-boîtes :
Daniel possède et a bien voulu photographier pour nous un présentoir complet d'ouvre-boîtes S.O.S. sur carte :


Document Daniel Neveu


Ayant écarté les douze ouvre-boîtes, il nous montre aussi le fond du support, un mode d'emploi :


Document Daniel Neveu


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Additif :

Après la publication de cet article, Pascale, chercheuse infatigable, m'a communiqué un extrait d'une revue "La Pratique automobile vulgarisée", parue le 15 mars 1928 :


L'acier S.O.S.


Cet acier spécial aurait-il été utilisé par Emile Gissinger, en 1929 ?


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Nous ne savons pas tout, mais apprécions l'effort de nos amis pour nous aider et remercions-les chaleureusement !



M



jeudi 5 décembre 2024

ENIGMA N° 82 : S.O.S. TIRE-BOUCHON ?


Amis blogueurs, bonjour !


Peu de brocantes et peu de trouvailles en ce moment, mais soyons optimiste : le printemps revient dans moins de quatre mois !
Et puis l'écriture de mon livre sur les catalogues et documents anciens de fabricants de tire-bouchons suffit amplement à meubler les longues soirées d'hiver.
C'est d'ailleurs dans ce registre que je pioche la matière pour une nouvelle énigme :


 ENIGMA N° 82 : S.O.S.  TIRE-BOUCHON ?


Je viens de retrouver une ancienne publicité présentant un  outil multifonctions :



Notons le jeu de mise en scène, 
les lettres S.O.S. inscrites dans les trois visages féminins


L'objet présenté, assez commun, associe ouvre-boîte, tire-bouchon et décapsuleur. Il est marqué OUVRE-BOÎTE MODELE DEPOSE avec le sigle S.O.S. inscrit dans un losange. La lame de l'ouvre-boîte est également marquée ACIER CÉMENTÉ. 




Gérard Bidault nous apprend que cet ustensile était commercialisé par Emile Gissinger, grossiste en quincaillerie, repreneur du magasin précédemment tenu par Pecquet au 27 rue Pastourelle Paris 3°.
Gissinger était dépositaire de la marque S.O.S. depuis le 14 février 1929.

Mais quel en était le fabricant ?
Je n'ai retrouvé que quelques fragments d'information :
- En 1932 la marque S.O.S. était propriété de la S.A.R.L. Etablissements Joly & Lelandais, ancienne Maison N. Chargueraud, installée 21 faubourg Saint-Antoine Paris 11° et possédant une usine à Nemours (Seine-et-Marne).
- Cette entreprise a ensuite pris comme raison sociale S.A.R.L. Etablissements E. Joly, avec siège social déplacé au 128 boulevard Richard-Lenoir Paris 11°. Elle commercialisait des rasoirs, des ouvre-boîtes, des pièges, des cadenas... probablement fabriqués dans l'usine de Nemours.


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Je suis bloqué là, mais peut-être pourrez-vous m'en dire plus ?
Je publierai bien sûr vos contributions.



M

mercredi 20 novembre 2024

ENIGMA N° 81 : QUI EST PLAISAN ?

 

Amis Blogueurs, bonjour !


Souffrant, je vous ai un peu délaissés ces jours-ci.

C'est déplaisant certes, mais qui donc est PLAISAN ?


Je ne devrais pas, mais je craque trop souvent en brocante pour des forets à déboucher, ces tire-bouchons sans mèche, pour ne pas dire "éméchés" !



Quelques forets à déboucher et autres coups-de-poing...
(collection personnelle)


Je ne vais pas rouvrir ce dossier aujourd'hui. Je vous invite plutôt à utiliser le lien suivant pour lire ou relire celui que j'avais consacré il y a quelque temps aux

Ce sera sûrement une bonne introduction à la devinette du jour...


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"Faute de grives, on mange des merles", dit le proverbe.
Chinant la semaine dernière, je n'ai pas trouvé de tire-bouchon, rien d'autre qu'un foret à déboucher marqué PLAISAN, et sur lequel je me suis rabattu.




Il est basique, tout en acier, à fût carré se terminant par une courte vrille... rien d'original donc, si ce n'est son marquage :




PLAISAN ? 
Pour ma part, je ne connais pas de fabricant de forets ou de mèches de ce nom-là.
J'ai enregistré dans le passé bon nombre de ces fabricants, sans d'ailleurs avoir toujours d'informations sur leurs entreprises. 
Citons, par ordre alphabétique :
Batard, Bauer, Boileau & Baradat, Boué-Deveson, Crédot (Sitbon), Gagnepain, Gautret, Guelon, Guinot, Langlois, Pecquet, Pérille, Tisseur... la liste n'est pas exhaustive !

Un marquage J. PLAISAN a pourtant été repéré il y a quelques années par Alain GRONDEAU :


Mais nous ne savons rien de plus sur ce fabricant.


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Vos contributions sur PLAISAN - ou sur d'autres fabricants - seront donc appréciées... et publiées !



M

lundi 11 novembre 2024

RETOUR SUR LE POEME D'ALEXANDRE LAINEZ : L'ORIGINE DU TIRE-BOUCHON

 

Amis blogueurs, bonjour !


Je viens de relire le poème d'Alexandre Lainez : L'origine du tire-bouchon, poème  que j'avais présenté sur ce blog il y a déjà dix ans !
Et pour ne pas le laisser tomber dans l'oubli, je vous propose de revenir sur ce texte, en enrichissant quelque peu mon étude.


Alexandre Lainez


Présentons tout d'abord l'auteur :
Alexandre Lainez (vers 1650 - 1710) était un poète très connu à la Cour du roi Louis XIV, bien qu'il n'ait rien édité pendant sa courte vie. C'est Evrard Titon du Tillet (1677 - 1762), homme de lettres, chroniqueur et mécène, qui réunit ses poésies et les fit éditer en 1753.
Ayant étudié à Reims, Lainez en gardait le goût et la connaissance des vins de champagne : "né pour goûter le plaisir de la table et pour le faire goûter aux autres, il y passoit souvent des nuits entières : le vin de Champagne l'entretenoit dans une vivacité aimable & lui fournissoit les pensées les plus brillantes".
C'était un homme cultivé, esprit libre, grand voyageur, et surtout un personnage haut en couleurs, apprécié de Colbert et de La Fontaine. Bohème désargenté, il récitait ses poèmes pour un bon repas. 
Précisons qu'Evrard Titon du Tillet, admirateur inconditionnel, mais peu réaliste, rêvait d’établir le « Parnasse français », monument à la gloire des poètes et musiciens, parmi lesquels il incluait Lainez, un projet qui ne vit jamais le jour...

Dans un essai publié en 1900, "Quelques poëtes français des XVIe et XVIIe siècles à Fontainebleau", Jacques Madeleine, critique français, spécialiste de littérature française des XVIe et XVIIe siècles, n'est tendre ni avec Titon du Tillet, ni avec Alexandre Lainez. 
Il écrit ainsi : 
"Il est amusant, parfois, de voir un niais admirer un sot. Aux yeux de Titon du Tillet, Alexandre Lainez est un être extraordinaire".
Et voici le portrait qu'il trace de notre poète :
"Ce Lainez était un individu bizarre qui promenait ses excentricités en tous les pays du monde, quand il ne s’enfermait pas dans un taudis, à écrivailler pendant des mois, enveloppé d’une mauvaise robe de chambre, unique vêtement qu’il possédât. [...] Il était doué d’une faim tenace. Après avoir dîné pendant cinq ou six heures, il se remettait à table et mangeait avec un appétit renaissant, alléguant que son estomac n’avait pas de mémoire.
Il cite, pour s'en moquer, Titon du Tillet, exagérément admiratif des poésies de Lainez :
" Il prenoit ordinairement des sujets qui se présentoient dans ses parties de plaisir pour occuper ou amuser son génie Poétique. Un verre de vin de Tocane, un excellent fromage, un bouchon de bouteille, une bougie qui éclairoit un repas et d’autres sujets dans ce même goût fournissoient de matières à ses pensées : l’Amour et les grâces ne lui en fournissoient pas moins. Tous ces sujets gracieux et aimables lui faisoient produire de jolis morceaux Poëtiques, ausquels il donnoit le nom de tableau. Il m’a dit aussi plusieurs fois en me parlant des ouvrages qu’il avoit composez nouvellement : Ami, j’ai à te faire part d’un pendant que j’ai fait à mon dernier tableau. Il avoit raison, car toutes ses Pièces de Poësies, comme on vient de le dire, sont des peintures vives et agréables de la belle nature…"

Si Titon du Tillet est un admirateur béat de Lainez, Madeleine, lui, est bien acerbe, mais n'est pas pour autant passé à la postérité !


Le poème L'origine du tire-bouchon


Alexandre Lainez nous livre donc un poème justement intitulé L'origine du tire-bouchon !
L'invention serait divine : les dieux Amour et Bacchus se rencontrèrent fortuitement un jour dans un caveau champenois. 
Amour était armé de son arc et de ses flèches : malheur à qui en est atteint !
Bacchus tient le thyrse, lance menaçante et capable de faire surgir la vigne.
Amour et Bacchus ne font pas bon ménage - mon épouse me l'a déjà dit ! - mais tous deux décident cette fois de faire la paix et pour sceller leur accord de boire ensemble une bouteille.
Hélas le bouchon est trop serré et ne peut être retiré sans l'aide d'un outil... que va inventer sur le champ le dieu Amour.


• Voici pour votre plaisir le texte original du poème L'origine du tire-bouchon par Alexandre Lainez :





Et, pour en faciliter la compréhension et la traduction, en voici une version modernisée :

Le Dieu du Vin, de son Thyrse étayé,
Faisait trembler l'AMOUR et sa cohorte. 
Au seul aspect de cette arme effrayé,
Contre BACCHUS, AMOUR n'avait pas essayé
Les traits et l'arc que contre nous il porte.
Si l'œil à l'aguet, l'un pour sa sûreté
Veillait toujours, l'autre de son côté,
De l'Ennemi redoutant les atteintes,
Ne dormait pas avec tranquillité.
Egalement partagés en leur crainte,
Tous deux vivaient avec civilité,
Quelques égards, des complaisances feintes,
Mais rien de plus. Or, par un cas nouveau,
Il advint qu'un jour dans le fond d'un caveau,
Je ne sais comment, ces Dieux se rencontrèrent :
Ils n'y venaient pas dans cette intention.
Sans se parler, non sans émotion,
Assez longtemps tous deux se regardèrent.
Enfin l'AMOUR, en bégayant de peur,
Fut le premier à rompre le silence.
C'est trop, dit-il au Divin Vendangeur,
De vivre entre nous dans cette défiance,
Soyons unis, frère, faisons la paix,
Délivrez-moi de la frayeur étrange
De votre Thyrse, et je jure en échange,
Que vous serez à couvert de mes traits.
Le Protecteur de la liqueur vermeille,
À ce début rassurant ses esprits,
Pour accepter l'alliance à ce prix,
Ne se fit pas longtemps tirer l'oreille,
Soit, et pour mieux cimenter notre accord,
Il faut, dit-il, vider une bouteille.
Sans hésiter l'autre y topa d'abord,
Quoiqu'il ne soit enclin à ce breuvage :
Pour se sauver du Thyrse redouté,
Il eût fait plus : d'ailleurs dans un traité
De telles façons n'étaient pas en usage.
Plusieurs flacons rangés là par étage,
S'offraient aux yeux de nos deux Contractants :
C'était un tel vin ... qu'Hautvillers, l'Hermitage
N'en donneraient de tel en cent mille ans.
Un clair flacon de la liqueur bachique
De son repaire aussitôt fut tiré,
Mais par un coup de la discorde inique,
Dans le goulot le liège trop serré,
Déconcerta le couple pacifique.
Ils ne savaient comment l'en arracher,
Le cas était d'une extrême importance,
Comment sans vin terminer l'alliance ?
Ce n'était même pas l'ébaucher.
Enfin l' Amour, qui jamais ne s'épuise
En nouveaux traits d'imagination,
Se creusant la tête et pensant à reprise
À quelque tour de son invention,
De celui-ci tout à propos s'avise.
Cet Enfant tire un trait de son Carquois,
Au feu divin de sa torche allumée,
Il l'amollit, la matière enflammée
Qu'il presse, tourne et retourne cent fois,
S'étend, se file en spirale formée.
L'Amour jamais à demi n'inventa,
Et toujours maître en son apprentissage,
À la spirale enfin il ajouta
L'anneau qui paracheva son ouvrage.





Bacchus et l'Amour ivres
par le peintre français Jean-Léon Gérôme en 1850
(Musée des Beaux-Arts de Bordeaux).


Retenons la leçon de Lainez : c'est à l'Amour que nous devons le tire-bouchon !


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Plus prosaïquement, les informations contenues situent ce texte vers 1690 : 
- les bouteilles sont modernes, puisque rangées couchées et superposées ; 
- le mode de bouchage enfin nous apprend que ce vin est encore un vin tranquille ;
- le Champagne est du meilleur et vaut celui de l'Abbaye bénédictine d'Hautvillers dont le cellérier, depuis 1669, n'est autre que Dom Pérignon.


Statue de Dom Pérignon 
appartenant à la Maison Moët & Chandon



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Le document a surtout le mérite de nous montrer que le mot tire-bouchon était connu en France avant 1700 !



M

dimanche 3 novembre 2024

QUI DONC VEUT LA MORT DES PUCES DE METZ ?

 


Amis blogueurs, bonsoir !


Qui donc veut la mort des Puces de Metz ?


De longue date, le dimanche 3 novembre avait été ajouté par les organisateurs au calendrier des Puces de Metz, avec emplacements plus chers pour les vendeurs et entrées payantes pour les chineurs.
Patatras, les marchands ne se sont pas inscrits et l'évènement a été annulé. Mais deux mois sans brocante ont dû paraître trop longs aux organisateurs qui ont décidé à l'improviste d'ajouter la date de ce samedi 2 novembre à leur calendrier.
Les vendeurs, prévenus par mail, ont le plus souvent anticipé une faible fréquentation et renoncé à venir déballer... 
De nombreux chineurs ont pensé de même et ne se sont pas déplacés, préférant miser sur les Puces de Thionville, clairement annoncées pour le lendemain.
Je n'ai vu aucun marchand alsacien ou champenois ce samedi, et les chineurs étrangers étaient tout aussi absents.
Résultat : des halls aux trois-quarts vides où erraient des chineurs désorientés !


Le grand hall : au premier plan, les professionnels,
au fond, les particuliers


Le Républicain Lorrain, journal quotidien régional, est revenu aujourd'hui sur l'événement :





Le ton est modéré, mais la critique bien présente : 
l'organisation dysfonctionne !


Bien sûr les chineurs présents ont essayé de compenser en passant plus de temps sur les stands. Tant mieux pour les vendeurs qui avaient payé leur place, à 13 € le mètre linéaire chez les particuliers, peut-être auront-ils évité le déficit ?
Mais chineurs et vendeurs réunis, tous grognaient devant l'amateurisme de l'organisation, réclamant un calendrier stable et régulier des brocantes le samedi matin, seul susceptible de garder aux Puces de Metz leur lustre international.
Beaucoup rappelaient que les expérimentations tentées avaient été autant d'échecs. Le dernier exemple de Puces dites "nocturnes" un samedi de 14 h à 19 h (!) l'avait encore montré : qui va chiner un samedi à 14 h ?
Un autre exemple était également rappelé : la tentative, heureusement avortée, de faire payer le stationnement sur un parking vide !

Résumons : 
Plutôt que de se livrer à des calculs hasardeux pour améliorer leur marge financière, les concessionnaires du Parc des Expositions seraient bien avisés de consulter chineurs et brocanteurs pour trouver avec eux et maintenir l'organisation la plus favorable à la fréquentation de ces événements qui peuvent attirer régulièrement des milliers de personnes à Metz. 


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Ajoutons qu'ils ne devraient pas trop tarder : attendant hier matin l'ouverture des portes du Parc des Expositions, je me disais, regardant le dos des gens arrivés avant moi, que les chineurs étaient majoritairement des hommes, aux cheveux blanchis par le temps ou... disparus ! 
Où sont donc les jeunes hommes et femmes ?

Sûrement ils chinent encore, mais d'autres choses : pas les tire-bouchons ou les moulins à café, pas le "trench art" ou les poupées anciennes, mais le "vintage" : les vinyles bien sûr, les robots transformers, le design scandinave, les maillots retro, le rétrogaming...

Aux organisateurs de proposer des événements ciblant cette clientèle, sans écarter les plus anciens si possible. C'est à ce prix qu'ils sauveront les puces de Metz et d'ailleurs !


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Il ne me reste plus qu'à vous parler de ma petite chine de ce week-end :





- un catalogue des Grands Magasins "A LA MENAGERE" de 1898-99, dans lequel j'ai retrouvé le tire-bouchon L'Excelsior d'Armand Guichard,
- un service à viande marqué TOUSSAINT à MARSEILLE,
- quelques tire-bouchons qui m'ont été offerts et que j'aurais donc eu mauvaise grâce à refuser : le premier, publicitaire pour l'eau minérale naturelle "COUZAN - SOURCE - BRAULT", estampillé "Déposé AC", un PERFECT de Martenet, un extensible EX de Boileau non marqué, enfin un tire-bouchon cloche et ressort de Coville,
- un sifflet enfin, identifié par notre ami Bernard Devynck après parution de mon article : 



Catalogue MANUFRANCE, non daté mais forcément antérieur à 1938.





Ce sifflet est le modèle réglementaire des compagnies de chemins de fer, dont la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée ou PLM, nationalisée lors de la création de la SNCF le 1er janvier 1938... merci Bernard !


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Une pêche modeste, donc, à mettre en relation avec le caractère fantomatique de cette brocante !



M


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