mercredi 8 novembre 2023

WHO'S WHO : LUC BILLE



Amis blogueurs, bonsoir !


Je vous propose aujourd'hui une nouvelle interview, celle d'un ami collectionneur  et collègue belge, je veux parler de Luc Bille.


WHO'S WHO DE L'HELIXOPHILIE :
LUC BILLE


Luc BILLE
Hélixophile belge et buveur de bière !


La bonhommie du personnage cache un peu ses talents de chasseur. Je me souviens ainsi d'avoir retrouvé un jour Luc à la Foire de Ciney (Belgique). Par souci d'égalité, l'ouverture s'y fait le vendredi à 14 heures précises, tant pour les vendeurs que pour les chineurs. Vingt minutes plus tard, je quittais un stand en cours de montage sans y avoir vu le moindre tire-bouchon. Luc est arrivé sur ce même stand et a simplement interrogé le vendeur : celui-ci avait apporté une boîte de très beaux tire-bouchons laquelle attendait sur le siège passager de son véhicule d'être déballée ! Il ne restait à notre ami qu'à faire son marché, heureux de la farce !

Mais voici l'interview de Luc : je lui avais posé mes questions rituelles par mail et il a rédigé ses réponses, c'est pratique, non ?


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Luc, pourrais-tu te décrire en quelques phrases : origines, lieu de vie, situation familiale, profession exercée et secteur d'activité...?


Je suis né à Bruxelles, à l’hôpital St Pierre, à cinquante mètres du célèbre « Marché aux puces », hasard ou pas ?
Mon père était numismate et ma belle-mère collectionneuse de pyrogènes anglais en argent, autre hasard ?
Je suis instituteur primaire de formation et ai vécu comme un bonheur total d’avoir exercé ce passionnant métier dans une école de quartier qui comptait plus de cinquante nationalités différentes, un milieu très riche, au moins du point de vue culturel.
J’ai rencontré Brigitte vers la trentaine : son charme m'a conquis ! C'est une femme passionnée par son métier et par tout ce qu’elle entreprend : jardinage, couture, poterie, cuisine…



Luc et Brigitte


Brigitte m’a toujours soutenu.
Nous habitons Bruxelles depuis le début et avons deux enfants et deux petits-enfants... pour le moment !
J’ai eu la chance de pouvoir prendre ma prépension à 55 ans…, de me mettre au golf quotidiennement et d’avoir du temps libre pour plein de choses.
       

A l'origine d'une collection, il y a le plus souvent un événement déclencheur : est-ce que cela a été le cas pour toi aussi ?

Avec des enfants en bas âge, on se levait de bonne heure le weekend et on se promenait à la brocante. J’y rencontrais souvent Serge Carion, ancien collectionneur que beaucoup de membres du CFTB ont connu, et qui avait une collection superbe, ou Jean-Claude Vandenbruel  qui nous a malheureusement quittés.
Ce sont eux qui m'ont donné le virus ! Mais je ne me souviens plus du premier tire-bouchon que j'ai acquis !                                          


Combien de tire-bouchons estimes-tu posséder ?

Bonne question… J’ai commencé à les compter et les répertorier les deux premières années.
Et puis les pièces se sont accumulées à grande vitesse et j’ai arrêté le comptage.
L’important n’est plus le nombre, mais la qualité et la rareté des pièces...


Comment présentes-tu ta collection ?

Vitrines, tiroirs, murs, caisses...






... là où il reste des rares places libres!


As-tu une préférence pour une catégorie de tire-bouchons ? Et si oui, laquelle et pourquoi ?

Je suis un polyvalent. J’aime les TB allemands pour leur systèmes variés, les pisseurs de notre ami Georges Féret, les tire-bouchons figuratifs sympathiques, objets-souvenirs pour les passagers de croisières... Je suis d'ailleurs déçu de ne pas avoir eu de retour de collectionneurs ayant des modèles similaires, mais avec d'autres parures.



Les pisseurs de Georges Féret et les autres



Souvenirs de croisières


J'aime aussi ceux du XVIIIe siècle pour leur look d’enfer, et un tas d’autres... 
Mais voici les trois que je préfère... et je peux te dire que j’ai "ramé" pour les avoir !

- Un extensible italien géant trouvé en Roumanie :




- Un lion allemand ornant un couteau multi-lames taille-plumes et tire-bouchon :
 
  


- Un vieux avec sifflet, décrasseur de sabots, clé de carrosse et tirebouchon :

 


Et je cherche celui-ci :





Le phénomène majeur de notre génération est l'irruption du numérique dans notre quotidien. Utilises-tu ces nouvelles technologies pour acquérir ou vendre ? ou bien utilises-tu l'informatique pour classer ta collection ? Et si oui, comment ?

Un jour est arrivé Internet et je m’y suis mis tout de suite, on trouvait beaucoup de bonnes choses car peu de gens y cherchaient. La France à ce moment était encore "accro" au Minitel.

Maintenant il faut chercher où d’autres ne cherchent pas, d’autres pays, d’autres sites.
Mais je n'en dirai pas plus !



1982 - 2012, la France du Minitel !


J'ai bien noté un brin de malice dans ton allusion à cette "merveilleuse" invention qu'était le Minitel... mais passons ! 
Dis-moi plutôt quels lieux ont ta préférence pour acheter des tire-bouchons et lesquels conseillerais-tu à mes lecteurs nouveaux collectionneurs : salles de ventes, antiquaires, brocantes ?

Partout où cela est possible… Bruxelles est un carrefour entre Angleterre, Allemagne, France et beaucoup de choses transitent par la Belgique. 
Nous habitons près du centre de notre capitale et tous les dimanches matin, en allant chercher les croissants, je ne peux éviter une brocante hebdomadaire qui se tient là, à 500 mètres. 




L'antenne belge du CFTB : 
Martine Vandenbruel, Luc Bille, Bernard Lamot et Guy Vankeerberghen


En fait, nous ne devons pas parcourir beaucoup de kilomètres et entre collectionneurs bruxellois, nous nous répartissons les secteurs pour ne pas nous « marcher sur les pieds ».
Au plus on bouge, au plus on trouve. Et puis il faut avoir un maximum de contacts, se faire connaître et reconnaître comme un client sérieux.


Pourrais-tu nous raconter une anecdote qui a marqué ta vie de collectionneur : rencontre, scène de vie, trouvaille inespérée... ?

Deux anecdotes me viennent à l'esprit :
- J’aime bien l’histoire d’Adam et Eve, Eve tentée par le serpent…et qui a croqué la pomme. Et j’ai trouvé un petit objet assez rare, bel objet symbolique qui vient de Russie …



Et pendant ce temps, Eve croque la pomme ?


Le tire-bouchon culmine, le serpent en argent approche et… le collectionneur s’empare du tire-bouchon avant le serpent…

- La seconde date de l'an dernier : mon ancien téléphone fixe (on ne s’en sert plus depuis très longtemps) sonne un jour. Je décroche…
Bonjour, nous nous sommes croisés 10 années auparavant à la foire de Ciney (que tu aimes bien, Marc) et vous m’avez donné votre carte de collectionneur. J’ai une petite collection dont je veux me débarrasser, j’habite à "Pétaouchnock" (top secret).

Je suis curieux de nature…devinez la suite.


Quel sens revêt pour toi ta collection : un challenge personnel ? un sujet d'études ? un investissement ? une occasion de rencontrer des gens partageant ta passion ?

Ma "collectionnite" a évolué. Je la vis aujourd'hui comme le prétexte à des rencontres avec un maximum de monde dans un maximum de pays. Et j'apprécie particulièrement le partage d’informations entre collectionneurs. 
C’est très riche, plus que la valeur des pièces.
Bravo et merci au CFTB de nous avoir fait découvrir toutes ces belles régions de France, du Portugal, de Belgique et leurs spécialités, et merci à tous ces organisateurs d’un jour qui ont goûté, testé plein de choses avant de nous bien nous recevoir !


Collectionnes-tu d'autres choses ? Avec autant de passion que les tire-bouchons ?

Je collectionne les couteaux de poche avec ou sans tire-bouchon, il faut seulement que le modèle me plaise.

   
Nous sommes aujourd'hui à un tournant de l'hélixophilie : la génération des fondateurs est vieillissante, mais nous rencontrons aussi de plus en plus de nouveaux collectionneurs. Quel message passerais-tu aux jeunes collectionneurs pour les aider dans leurs débuts ? 

Je leur dirais que le monde ne s’est pas fait en un jour et que les pièces arrivent petit à petit ; à force de patience, sur le long terme, elles arrivent. Quand je vois l’enthousiasme de Dimitri, nouveau membre de notre Club, pour rechercher et trouver des pièces lors de notre Bourse de Montpellier, cela fait plaisir à voir, cela nous donne la "pêche" pour continuer.
La relève est en route.

Mais je vais quand même donner à nos jeunes amis un truc "sympa" pour parler tire-bouchon. Souvent, lorsque nous étions invités à souper chez des copains, nous remarquions la "pauvreté" du matériel utilisé pour déboucher une bouteille, bien souvent un "sommelier". Par la suite, nous nous sommes mis à leur offrir un ou deux tire-bouchons et à leur en raconter l'histoire.
Croyez-moi, les invités suivants seront nombreux à parler tire-bouchons et à entendre évoquer le "malade qui les a donnés et qui les collectionne"...  


L'anecdote me plait bien et n''a surtout rien à voir avec la pièce de théâtre "Le dîner de cons" dans laquelle le père du héros involontaire (François Pignon, joué par Jacques Villeret) est collectionneur de tire-bouchons !


Mais laissons le dernier mot à notre invité...

Comme notre ami collectionneur italien Rino Sauta 
Luc aime la démesure de certaines de ses pièces et vous en propose deux autres, en plus de l'extensible acquis en Roumanie :





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Disons-le en conclusion : les tempêtes qui sévissent sur l'Europe ces derniers temps en interdisant la pratique du golf auront au moins permis d'immobiliser notre infatigable Luc chez lui le temps de répondre à mes questions !
Merci à lui et à son épouse Brigitte de s'être ainsi prêtés au jeu !



M


vendredi 3 novembre 2023

LES TIRE-BOUCHONS A HELICE

 
Amis blogueurs, bonsoir !


Quelques lignes ce soir sur une aventure partagée avec Jean-Pierre Lamy : écrire un livre sur...


LES TIRE-BOUCHONS A HELICE



Le tire-bouchon de Jacques Pérille, 
celui par qui tout a commencé !



Jean-Pierre Lamy est un ami. Lui et moi avons géré ensemble le Club Français du Tire-Bouchon pendant six années, avant qu'il ne me succède à la présidence.
Sachant que je partageais son intérêt pour les tire-bouchons à hélice, Jean-Pierre me parlait souvent de son projet, jusqu'à me demander de le coécrire avec lui.



Ressemblances, divergences...



Jean-Pierre Lamy avait orienté très tôt sa collection vers ce type de tire-bouchons trop négligés par d'autres hélixophiles, se régalant de dénicher un modèle non répertorié, ou bien dans sa boîte d'origine, d'en examiner les caractéristiques, les points de ressemblance avec d'autres modèles mieux connus pour l'attribuer à tel ou tel fabricant. Il a passé en revue de très nombreux catalogues de grossistes et de grands magasins pour remonter à leurs fournisseurs. Et comme la France lui semblait un terrain de jeu trop petit, il a aussi ouvert ses recherches aux autres pays. 





Ayant accumulé avec le temps et beaucoup de tire-bouchons à hélice et beaucoup de connaissances à leur sujet, il s'est dit qu'aucun ouvrage ne leur avait été consacré et qu'il était donc temps de s'atteler à la tâche.
Je le cite : 
"Encore rien sur les tire-bouchons à hélice, des laissés pour compte en quelque sorte… Il est vrai que la plupart de ces tire-bouchons n’ont pas une grande valeur marchande et que leur mécanisme n’a rien non plus de très exceptionnel. Pourtant c’est certainement dans la première moitié du XXe siècle le modèle le plus distribué dans le monde, il est rare qu’une famille française n’ait pas possédé une « ménagère » dans son tiroir de cuisine".


De mon côté, ma propre motivation était plutôt du côté de l'écriture et quand on me demandait mes motivations pour coécrire un livre sur les tire-bouchons à hélice, je m'en tirais en répondant qu'on ne connaissait pas de tire-bouchons à réaction...



Que des tire-bouchons à hélice, aucun à réaction !


J'étais moins "pointu" que Jean-Pierre sur les aspects techniques mais, plus attiré par la recherche documentaire et l'histoire des fabricants, j'avais consacré plusieurs articles de ce blog aux origines de ces tire-bouchons, à leurs pères putatifs : Blake, Carmien ou Pérille, au procès ayant opposé Pérille à Trébutien, ou présenté quelques documents inédits...

Nous pouvions donc former un bon duo, lui avec un regard de technicien, moi avec celui d'un historien, et écrire ce livre à quatre mains : trois de Jean-Pierre et une de moi !


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L'aventure arrive aujourd'hui à son terme et notre livre part à l'impression. 
Somme de recherches, de références et d'illustrations, il recense et présente sur 324 pages très illustrées les centaines de modèles de tire-bouchons à hélice proposés par près de cent fabricants et/ou grossistes, français ou étrangers.
Jacques Pérille est le héros central de la saga, mais la distribution est riche et de très nombreux acteurs ont joué un rôle important : Trébutien, Pecquet, Boileau, Coville...

Notre livre est en souscription à 60 € jusqu'au 15 novembre 2023. Renseignements complémentaires sur demande à l'adresse mail du Blog des tire-bouchons  : leblogdestirebouchons@gmail.com
Je rédigerai à réception une fiche bibliographique à ajouter à une liste déjà longue !



M


mercredi 1 novembre 2023

ENFIN... L'ETINCELANT D'ADOLPHE PECQUET !



Amis blogueurs, bonjour !


Ca y est, je l'ai enfin...

ENFIN... L'ETINCELANT D'ADOLPHE PECQUET !



L'Etincelant acheté à un certain Jacques L.



La Bourse du CFTB s'est tenue ce 21 octobre 2023 et ce fut pour moi l'occasion d'acheter ce bel exemplaire, bien marqué :

ETINCELANT AP PARIS
DEPOSE OCTOBRE 1895.


C'est un vieux rêve qui a fini par se concrétiser :
- Je n'étais pas suffisamment en fonds pour acheter le premier ETINCELANT qui m'avait été proposé il y a près de trente ans : le prix ferme était de 7000 FF, soit quelques 1600 € ... un prix retrouvé dans une vente ICCA en 2011 !
- Dix années plus tard, le deuxième exemplaire vu aurait pu servir à son propriétaire, mauvais débiteur, pour solder la dette importante qu'il avait contractée... mais cet homme de peu de foi, après m'avoir "lanterné" pendant des mois, préféra finalement emprunter ailleurs l'argent nécessaire, plutôt que lâcher son ETINCELANT (ce mauvais camarade a depuis disparu de nos radars hélixophiles, laissant derrière lui quelques "ardoises" conséquentes !).
- En 2014 ou 2015, un troisième ETINCELANT, d'un prix correct, me passa sous le nez : un concurrent et néanmoins ami avait été le plus rapide et l'avait acheté devant moi... je vieillissais !
- Ces dernières années, les prix commencèrent à baisser et je me remis à rêver de ce très beau tire-bouchon. Mais l'an passé, j'ai renoncé à acheter un autre exemplaire, malgré un prix raisonnable : son état était très moyen...
Tantôt d'un prix hors de portée, tantôt dans un état insuffisant, l'ETINCELANT restait encore un tire-bouchon inaccessible... 
C'est vous dire si je suis heureux d'avoir enfin acheté cet "étincelant" ETINCELANT à un membre du CFTB : un certain Jacques L.


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Que dire de ce tire-bouchon fabriqué par Adolphe Pecquet ?



Il convient tout d'abord d'évoquer les débuts d'Adolphe Pecquet comme fabricant de tire-bouchons : Gérard Bidault, dans son livre Les tire-bouchons français, indique que "En 1883, [Pecquet] rachète une manufacture d'acier poli fondée en 1850, tenue pendant près de quinze ans par Louis Eugène Trébutien."
1883, c'est l'année de la mort de Louis Eugène Trébutien.

Mais depuis 1865, c'est Jacques Pérille qui se montre le fabricant français le plus inventif et le plus communicant, si ce n'est le plus prudent.
En 1876, Pérille demande un brevet pour son tire-bouchon à hélice... qu'il a malencontreusement exposé avant de l'avoir protégé. Son concurrent Louis Eugène Trébutien copie immédiatement ce tire-bouchon, ce qui vaudra un procès interminable, retentissant et jurisprudentiel, finalement perdu par Pérille en 1884... un an après la mort de Trébutien !

Pecquet a succédé à Trébutien, mais l'histoire semble se renouveler quatre ans plus tard, en 1888. 
Le 24 octobre 1887 Pérille a demandé un brevet pour un tire-bouchon dénommé le DIAMANT. Il l'obtient le 19 janvier 1888. La tête rappelle celle du tire-bouchon LA BELIERE qu'il a fait breveter quatre ans plus tôt. Comme celle-ci, elle est couronnée, est ajourée en losange, comporte un trou d'accroche et est agrémentée de deux petites sphères destinées à faciliter la prise en main.
Alors, de son côté, Pecquet va proposer bientôt l'ETINCELANT, un tire-bouchon à hélice à deux pales.
Pour Gérard Bidault, : "A partir de 1886, [Pecquet] commence à étoffer sa gamme de nouveaux modèles. C'est d'abord le PARISIEN, concurrent de l'EXCELSIOR, puis sortent l'ETINCELANT avec une tête "copiée" Pérille, ainsi qu'un modèle à un levier du type RAPIDE, mais dont la fourche est refermée."
Pecquet copie ainsi sans trop de vergogne ou s'inspire largement des réussites de ses concurrents Guichard, Leboullanger ou Pérille !

L'inspiration prise chez Pérille est manifeste dans l'ETINCELANT dont le modèle est déposé, sinon breveté, en octobre 1895 :



Hélice Pérille, modèle au compas
 versus ETINCELANT de Pecquet


- L'hélice à deux pales de Pecquet est solidaire de la cloche, comme c'est le cas sur l'hélice de Pérille qu'avait copiée son prédécesseur Trébutien. Le "moyeu" de l'hélice de l'ETINCELANT est taillé à facettes comme l'est aussi le "manchon" du DIAMANT.



Têtes Pérille et Pecquet


- La tête de l'ETINCELANT, comme celle du DIAMANT, est couronnée, ajourée et comporte un trou d'accroche. Seules différences notables : la forme de cette tête est triangulaire et les deux sphères sont devenues des polyèdres !

Mais la réalisation, comme toujours chez Pecquet, est de grande qualité : l'esthétique est soignée, le nickelage est parfait, l'hélice et la cloche sont finement décorées de stries.


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L'ETINCELANT apparait pour la première fois dans le catalogue Pecquet de 1896 :



Extrait catalogue 1896
(collection personnelle, issue des archives de l'entreprise).


Référence : 2519
Description : "A facettes ou L'Etincelant nickelé fin, en boîte par pièce, la douzaine".
Prix : non indiqué.


On le retrouve dans les éditions suivantes, ainsi dans le catalogue 1898 :

Extrait catalogue 1898
(collection personnelle, issue des archives de l'entreprise).


Référence identique, et description enrichie :
Référence : 2519
Description (reconstituée, du fait d'un découpage dans mon exemplaire du catalogue) : "A hélice, dit l'Etincelant, nickelé, à facettes, en boîte par pièce, la douzaine".
Prix : 21 Francs (la douzaine).


Ou, dans le catalogue 1905 :


Extrait catalogue 1905 
(Collection Lionel Belhacène)


La référence est toujours la même, mais la description est modifiée :
Référence : 2519
Description : "Tire-bouchon à hélice, dit "l'Etincelant", 2 branches, tête ajourée, soigné. En boîte par 1 pièce, la douzaine".
Prix : 21 Francs (la douzaine).
On le voit, les facettes et le nickelage ne sont plus mis en avant, mais la tête particulière à ce tire-bouchon est valorisée.


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Il est étonnant pour nous de constater sur ces extraits de catalogues l'absence d'inflation entre 1898 et 1905 et la relativement faible différence de prix - 40 % quand même - entre l'hélice trois branches n° 2517, modèle Pérille copié par Trébutien, vendue 15,00 FF la douzaine et l'ETINCELANT n° 2519, vendu 21,00 FF la douzaine. 



L'ETINCELANT... version améliorée
du tire-bouchon à hélice copié sur Pérille ?


Adolphe Pecquet considérait certainement l'ETINCELANT comme une simple version améliorée de son tire-bouchon à hélice copié sur Pérille.
Il serait surpris de constater que l'ETINCELANT vaut aujourd'hui dix fois plus cher que ce tire-bouchon à hélice !

Alors, l'ETINCELANT, simple tire-bouchon à hélice décoré, va-t-il perdre son prestige à mes yeux ?
Certainement pas, je suis heureux comme un enfant devant un beau jouet !
Merci Jacques !



M

mercredi 18 octobre 2023

MEMOIRES D'UN "TIREBOUCHON" DE FAMILLE

 

Amis blogueurs, bonsoir !


Je n'aurai pas beaucoup de travail ce soir : je vais simplement m'effacer derrière Daniel Bellet, auteur d'un très bel article paru il y a cent-quarante ans dans La Gazette des Bains de Mer de Royan-sur-L 'Océan :


MEMOIRES D'UN "TIREBOUCHON" DE FAMILLE


Oui, vous avez bien lu : "tirebouchon" et non "tire-bouchon" ou "tire bouchon" ! Quel dommage que nous n'ayons pas gardé cette orthographe si simple !



La Gazette des Bains de Mer de Royan-sur-L 'Océan, 
numéro du 27 novembre 1887


L'auteur, Daniel Bellet, né le 30 juillet 1864 à Saint-Julien-de-l'Escap (Charente-Maritime) et mort le 11 octobre 1917 à Maisons-Laffitte (actuelles Yvelines), était économiste, professeur et journaliste. Il écrivait notamment dans la Gazette des Bains de Mer de Royan et parlait manifestement couramment la langue des tirebouchons !


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Voici donc, traduit par lui, l'histoire d'un tirebouchon qui se disait parisien :
"Mon père habitait le Marais, l'ancien Paris commerçant, et fabriquait des bouchons, des sceaux et des futailles, des marteaux pour tonneliers, et généralement tous les appareils nécessaires à ceux qui s'occupent des vins et des eaux-de-vie, soit qu'ils les vendent, soit qu'ils les aiment et les consomment."

Mais l'autoportrait qu'il donne laisse plutôt penser à un enfant adopté : 
"J'étais un tirebouchon sérieux, en cuivre et en fer, destiné à vivre mon siècle et même davantage, si l'on savait me traiter suivant mes mérites [...] Par une rotation continue, toujours dans le même sens, d'un mouvement respectueux et lent, je soulevais doucement le bouchon et l'enlevais, sans effort, sans imprimer la moindre secousse au liquide."





Cuivre, fer, double pas de vis, poignée en os poli et pinceau trahissent des origines anglaises, la famille Thomason probablement, même si le blason n'est pas évoqué...







Acheté par un marchand, c'est en Charente, pays de cognacs, que notre tirebouchon allait rencontrer sa destinée. Placé en vitrine, "au milieu de pains de cire, de robinets, de tirebouchons vulgaires", notre tire-bouchon brille de tous ses feux. Le marchand le présente, le valorise, montre son fonctionnement jusqu'à ce qu'un médecin-maire de village le considère et l'ausculte avec attention.





Le prix n'est fixé qu'après une longue discussion entre acheteur et vendeur : "deux écus de trois livres, ce qui représentait alors environ six francs et n'en vaudrait pas moins de dix à douze aujourd'hui" (en 1887), ... soit l'équivalent d'une quarantaine de nos Euros : un achat bien négocié pour un si bel instrument, non ?





Crise d'angoisse lors du déjeuner : le maître boit de l'eau et notre tirebouchon reste enfermé dans un tiroir...




Mais au dîner, baptême du feu : dans les mains de la cuisinière, notre tirebouchon, rasséréné, ouvre deux bouteilles d'un vin local, le côteau des Tartres lequel rivaliserait avec les meilleurs bordeaux. Et c'est le début d'une belle vie pour notre héros !





Le fils succéda au père et notre tirebouchon continuait de servir, imperturbable, "bien qu'une servante maladroite eût faussé quelque peu mon tube de cuivre en me laissant choir". 
La vieillesse s'annonce pourtant : "mon tube de cuivre s'était fendu à l'endroit où j'avais subi jadis le premier bossellement ; mon pas de vis en cuivre était complètement usé, et l'on ne se servait plus de moi que comme d'un vulgaire tirebouchon et pour ne pas me chagriner en me remplaçant par un autre". 
Et la décrépitude : "Enfin, comble de malheur ! ma jolie perruque noire, à force de brosser la cire, s'était mise à tomber peu à peu, et maintenant il ne restait plus, ô horreur ! sur mon crâne dénudé qu'un trou noir rempli par la cire qui tenait jadis mes pauvres cheveux...".







Le pire restait à venir : "mes deux tubes en cuivre restèrent entre les mains de la bonne [...] j'étais réduit à l'état de squelette, plus laid même que les tirebouchons les plus vulgaires".




Trois ou quatre années plus tard : 
"au commencement de janvier, pendant un dîner de famille où j'avais travaillé comme quatre, je sentis une douleur épouvantable me retentir dans tout le corps : j'avais les reins brisés !
Enfin, peu de jours après, j'eus à lutter contre un bouchon de mauvaise composition et ma pointe y resta."




L'existence de notre tirebouchon était finie : né au début des années 1800, il avait traversé le siècle pour s'éteindre vers 1887 ! 





Gardons son souvenir et retenons sa morale :

"Respectez la vieillesse, jeune [tirebouchon] orgueilleux, et souvenez-vous que rien n'est plus honorable et plus beaux que les blessures des vieux travailleurs !"




M






jeudi 12 octobre 2023

TIRE-BOUCHON ET BOUCHON : NECTAR, LE LIVREUR DES VINS NICOLAS

 

Amis blogueurs, bonjour !


Voici un article à déguster avec modération !
Vous connaissez probablement la célèbre Maison Nicolas, entreprise leader dans la distribution de vins de qualité en France et en Europe, et ses nombreux cavistes "ayant pignon sur rue".

L'histoire de l'entreprise est passionnante mais je ne ferai que l'évoquer aujourd'hui ; mon sujet est plus restreint, je veux vous parler de son symbole : 


TIRE-BOUCHON ET BOUCHON : 
NECTAR, LE LIVREUR DES VINS NICOLAS




Nectar, le livreur aux 32 bouteilles
(Site de l'entreprise).


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L'histoire à grands traits


L'enseigne est née à Paris en 1822. Son fondateur, Louis Nicolas, initialement marchand de vins en fûts, décide alors de mettre en bouteilles les vins de ses fournisseurs, des producteurs de qualité, pour les commercialiser en boutiques spécialisées. L'entreprise s'installe quai de Bercy à Charenton en 1878 et établit son siège social rue de Valmy - avenue Winston Churchill. Il est aujourd'hui installé à Thiais dans le département du Val-de-Marne.

Dès l'origine, les cavistes recrutés par Nicolas sont des spécialistes, connaisseurs des produits vendus et capables de conseiller les clients sur la dégustation et ses outils, le service et les accords entre mets et vins. 
Aujourd'hui, chaque futur caviste est formé par l'entreprise à la gestion commerciale, aux produits et à la relation clientèle, chaque boutique devant être un lieu d’échange et de convivialité.
Nicolas n'a cessé de prospérer sur ce mode succursaliste : la maison mère constitue une entreprise unique, avec des boutiques dispersées sur le territoire. Ces boutiques sont 45 en 1900, 138 en 1919, localisées essentiellement en Île-de-France, et plus de 500 en 2018, réparties entre France, Royaume-Uni, Belgique, Suisse, Maroc ou Liban.
Mais l'enseigne a su aussi passer le cap du numérique en ouvrant son premier site internet marchand en 2000.

Véritable "pépite", la maison Nicolas a été rachetée en 1984 par le célèbre producteur de cognacs Rémy Martin, avant de passer en 1988 aux mains du groupe Castel, géant de la distribution de vins et bières.


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Une politique innovante en matière de commerce et de communication


Le site internet de la Maison Nicolas met en avant cette politique volontariste :
"[...] une gamme de services toujours plus innovants : la livraison à domicile en 1840, la disponibilité de vins au frais en 1988, le service glaçons en 2012… [...] Nicolas fut le premier à proposer le Beaujolais Nouveau à grande échelle en 1966. En 1995, il met à l’honneur les Vins de Pays de France avec la gamme des Petites Récoltes, suivi des Grains de Cépage en 2003."

L'entreprise fait aussi massivement appel à la publicité : logo, code couleurs, PLV, objets dérivés.
Nicolas, c'est d'abord un logo stable et reconnu, présent en façade des boutiques et sur les bouteilles vendues :

Un logo stable et reconnu


Et c'est un personnage symbole décliné au fil des ans : le petit livreur appelé Nectar :



Nectar, 1922 et 2012


Le personnage de Nectar est inspiré d'un livreur de la maison Nicolas nommé Le Paven, "frêle livreur moustachu aux yeux en soucoupe, chargé de bouteilles dans chaque main". Imaginé par l'artiste franco-suisse Dransy, de son vrai nom Jules Isnard, pour le centenaire de l'enseigne en 1922, ce personnage fut popularisé par les catalogues Nicolas, les publicités murales, les affiches, des objets dérivés et même le premier dessin animé publicitaire en 1921.


- Les catalogues Nicolas, illustrés par des artistes réputés, sont aujourd'hui recherchés des collectionneurs.



Deux couvertures de catalogues Nicolas :
1935 par Darcy et 1961 par Bernard Buffet


- D'autres suivront certainement, comme cette carte publicitaire humoristique pour "les Petites Récoltes Nicolas" :


Pas talons-aiguilles, mais talons tire-bouchons... 
carte publicitaire Nicolas, 2005.
(Collection Jacky Corbel)



- On retrouve bien sûr Nectar sur les "PLV" ou publicités sur les lieux de vente  : cartonnages, marque-page...



Lot de cartonnages destinés aux boutiques Nicolas
(en vente chez Drouot.com)



Nicolas et Nectar au tire-bouchon :
les deux faces d'un marque-page des années 30.
(collection personnelle)



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Et pour conclure : le bouchon et le tire-bouchon Nectar de Nicolas


Derniers objets, et non les moindres :

- Les bouchons à l'effigie de Nectar. Deux ont été vendus aux enchères il y a quelques années :



Les bouchons Nectar par Charles Loupot.
(Maison Rouillac)


Description par le commissaire-priseur :
Lot de deux bouchons en métal polychrome représentant le visage géométrisé de Nectar, symbole de Nicolas (manques de peintures sur le deuxième).
Stylisation par l'artiste Charles Loupot en 1927.
Lot adjugé 160 € en 2006 par la Maison Rouillac à Vendôme
 

- Et surtout le beau et rare tire-bouchon représentant Nectar : celui-ci a été acquis par Jacky Corbel lors d'un Congrès du CFTB :




Souvenir acquis par Jacky Corbel lors du Congrès 2019 du CFTB.


Description par Jacky Corbel :
"Tire-bouchon publicitaire pour les Vins Nicolas. La poignée est en zamac (alliage régule-plomb-étain) et peinture  polychrome, à l'effigie de style cubiste de  "Nectar le livreur" symbole de la maison, sur une idée du graphiste Charles Loupot (1892-1962). Le tire-bouchon date des années 1930."


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J'espère que vous aurez pris autant de plaisir à lire cet article que j'en ai eu à le rédiger, et je vous invite à l'approfondir, 
- en vous suggérant la lecture du livre : Nectar comme Nicolas, par Alain Weil, Editions Herscher Paris, 1986,
- et en vous renvoyant au site de l'entreprise Nicolas :

Je voudrais enfin remercier chaleureusement Jacky Corbel pour son aide et vous encourage à consulter souvent son blog :



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